Jeanne-Marie la Féronne

Jeanne-Marie la Féronne, ou Jeanne la Féronne, également appelée la Pucelle du Mans, née vers 1440, est une fausse Jeanne d'Arc.

Jeanne-Marie la Féronne
Biographie
Naissance
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Jeune femme soumise à des visions et à de probables crises d'épilepsie, elle prophétise et demande la baisse des impôts. Elle reçoit le soutien de l'évêque du Mans, Martin Berruyer, mais est condamnée officiellement en 1461.

Biographie

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La Pucelle du Mans

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Après l'exécution de Jeanne d'Arc en 1431, plusieurs fausses Jeanne d'Arc apparaissent. Leur rayonnement repose soit sur la croyance que Jeanne d'Arc n'est pas morte, comme pour Claude des Armoises soit sur l'idée que d'autres jeunes femmes peuvent l'imiter. C'est dans cette seconde configuration que se situe le cas de Jeanne-Marie la Féronne[1].

En 1459, au moment où elle apparaît dans l'histoire, Jeanne la Féronne a 18 ou 22 ans. Elle est issue d'une famille d'artisans de Chassé-les-Ussons près de Laval. Pieuse, elle a des visions et se plaint de tourments causés par le démon. La dame de Laval l'envoie à l'évêque du Mans, Martin Berruyer[2].

Évêque du Mans depuis 1449[3],[4], Martin Berruyer est un des clercs, qui, en 1456, ont participé au procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc en 1456. Martin Berruyer a écrit un mémoire contre les juges de Jeanne d'Arc[5],[6],[7]. Selon lui, Jeanne d'Arc ne pouvait être une sorcière puisqu'elle était vierge[7] et seule la volonté de Dieu peut expliquer qu'elle ait pu accomplir ses exploits dont même les hommes étaient incapables[8], alors qu'elle est une femme, donc faible à ses yeux[9]. Il pense que l'esprit de Jeanne d'Arc a permis, après sa mort, les victoires françaises de la reconquête de l'Aquitaine et de la Normandie[6],[10].

Martin Berruyer reçoit Jeanne la Féronne, l'examine, la confesse et la confirme sous le nom de Marie. En novembre 1460 — probablement victime d'une nouvelle crise d'épilepsie —, Jeanne-Marie la Féronne revient au Mans, Malgré l'exorcisme qu'on lui administre, elle est toujours tourmentée par le démon, saigne et fait des prédictions. Elle ne mange presque rien sauf des hosties et se confesse au moins une fois par jour, appelant les gens à réformer leur comportement[2]. Elle affirme être inspirée par Dieu, comme Jeanne d'Arc[11]. Son charisme agit sur les habitants du Mans qui multiplient les confessions, à tel point que les confesseurs ne sont plus assez nombreux[2].

Jeanne la Féronne ne reste pas cantonnée dans le domaine religieux. Elle demande au roi de « reconnaître les grâces que Dieu lui avaient faites et soulager son pauvre peuple », en baissant les impôts, qui ne se justifient plus puisque la guerre est finie[2]. Le , Martin Berruyer envoie à la reine de France Marie d'Anjou, épouse du roi Charles VII, une lettre très favorable à Jeanne la Féronne[2]. Il se sert de ce cas pour soutenir l'idée d'une menace de Satan envers la société chrétienne[5].

Condamnation

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La reine intervient efficacement : elle obtient que le cas de Jeanne la Féronne soit examiné[12],[13], en 1461, par l'archevêque de Tours Jean Bernard et le conseil du roi. Mais ils concluent que Jeanne la Féronne est une fausse pucelle et une simulatrice. Elle est condamnée pour fausses visions, prophéties mensongères et abus des sacrements. Elle est exposée au pilori à Tours le . Son image peinte porte la mention suivante :

« Quae famata prius nunc sum infamata per orbem
Tempore facta juvant quae modo jure nocent
Multos derisi nunc sum derisa per omnes
Facta favent fictis edita fictiribus.
 »

— [14], [15]

« Moi qui avais bonne réputation, je suis maintenant infâme aux yeux du monde.
Ce que j'ai fait autrefois était contraire au droit.
Je me suis moquée de beaucoup et tous aujourd'hui se moquent de moi.
Mes faits n'étaient que fictions issues de simulacres. »

— [15]

Elle est condamnée à sept ans au pain et à l'eau. Après sa sortie de prison, elle aurait tenu un bordel. Son parcours nous montre quel aurait pu être le destin de Jeanne d'Arc si elle n'avait pas été crue[14].

Peut-être manipulée par elle[6] ou par les clercs de son entourage[14], Martin Berruyer a ainsi soutenu une femme considérée comme une fausse Jeanne d'Arc[6]. Dans Les vies des femmes célèbres (1504), le confesseur royal et évêque Antoine Dufour en parle ainsi : « Il a bien esté depuys une faulcement surnommée Pucelle du Mans, ypocrite, ydolâtre, invocatrice, sorcière, magicque, lubrique, dissolue enchanteresse, le grant mirouer de abusion, qui, selon son misérable estat, essaya à faire autant de maulx que Jehanne la Pucelle avoit fait de biens »[16]. Plus précisément, Jeanne la Féronne ne prétend pas être Jeanne d'Arc, mais lui ressemble beaucoup par ses origines, sa volonté de réforme religieuse et ses soutiens[14]. Elle s'inscrit dans son prolongement[1]. Contrairement à Claude des Armoises, autre fausse Jeanne d'Arc, elle n'affirme aucune parenté avec la vraie Jeanne d'Arc. Malade, Jeanne la Féronne n'envisage pas de réaliser ses prophéties, mais essaie d'influencer les puissants[14].

Notes et références

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  1. 1 2 Beaune 2009, p. 442.
  2. 1 2 3 4 5 Beaune 2009, p. 449.
  3. ↑ P. Calendini, « Berruyer (Martin) », dans A. de Meyer, Étienne van Cauwanbergh (dir.), Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 8, Paris, Letouzey et Ané, , col. 891-892.
  4. ↑ Jean-Marie Moeglin, « Berruyer, Martin », dans Jean-Marie Moeglin (dir.), Dictionnaire de la Guerre de Cent Ans, Paris, Bouquins éditions, , 1492 p. (ISBN 9782382923368), p. 182-183.
  5. 1 2 Vincent Tabbagh, « Formation et activités intellectuelles des évêques d’Anjou, du Maine et de Provence à la fin du Moyen Âge », dans Marie-Madeleine de Cevins et Jean-Michel Matz (dir.), Formation intellectuelle et culture du clergé dans les territoires angevins (milieu du XIIIe siècle – fin du XVe siècle), Rome, École Française de Rome, coll. « Publications de l'École française de Rome » (no 349), (lire en ligne), p. 117–137.
  6. 1 2 3 4 Beaune 2009, p. 22.
  7. 1 2 Favier 2010, p. 629.
  8. ↑ Beaune 2009, p. 335.
  9. ↑ Beaune 2009, p. 216.
  10. ↑ Favier 2010, p. 474.
  11. ↑ Albert Lecoy de La Marche, « Une fausse Jeanne d’Arc », Revue des questions historiques, vol. 10,‎ , p. 562-582 (lire en ligne).
  12. ↑ Murielle Gaude-Ferragu, La Reine au Moyen Âge, Tallandier, , 314 p. (ISBN 979-10-210-0265-4, DOI 10.3917/talla.gaude.2014.01., lire en ligne), p. 133.
  13. ↑ Christian de Mérindol, « Charles VII et la mission de Jeanne d’Arc. Emblématique, art, histoire », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 99, no 1,‎ , p. 155–247 (ISSN 1148-6023, DOI 10.3406/piot.2020.2169, lire en ligne, consulté le ).
  14. 1 2 3 4 5 Beaune 2009, p. 450.
  15. 1 2 Beaune 2009, p. 518.
  16. ↑ Renée-Claude Breitenstein, La Rhétorique encomiastique dans les éloges collectifs de femmes imprimés de la première moitié du XVIe siècle (1493-1555), Paris, Hermann, coll. « Les collections de la République des Lettres », (ISBN 978-2-7056-9231-5, DOI 10.3917/herm.breit.2016.01., lire en ligne), p. 186.

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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