Jo Tréhard

metteur en scène et directeur de théâtre français, créateur de la Comédie de Caen (1922-1972)

Jo Tréhard, nom d'artiste de Joseph Tréhard, né à Sées dans l'Orne le et mort à Caen le , est un metteur en scène et directeur de théâtre français. Il est l'une des figures marquantes de la décentralisation théâtrale en France, actif en Normandie à Caen, où il dirige le Théâtre-Maison de la Culture de Caen de 1963 à 1968 et où il crée en 1969 la Comédie de Caen .

Jo Tréhard
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Biographie
Naissance
Décès
(à 50 ans)
CaenVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Joseph Marie Réginald TréhardVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Biographie

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Jo Tréhard, fils d'un coiffeur de Sées, après des études jusqu'en cinquième au petit séminaire de sa ville natale, suit une formation professionnelle à Caen et obtient un CAP d’ajusteur en . Pendant la seconde guerre mondiale, il est moniteur d’éducation physique, puis d’art dramatique dans un Centre de jeunesse de l’Orne[1].

Comédien de théâtre autodidacte, Jo Tréhard est engagé à l'automne 1945 par Édouard Colin, directeur de l'Office municipal de la jeunesse de la mairie de Caen, pour animer les veillées et jeux dramatiques ; la ville est alors encore en grande partie en ruines à la suite des bombardements de juin et lors du débarquement de Normandie. Il fonde en 1947 autour d'une compagnie le Centre régional d'art dramatique, qu'il installe avenue Albert-Sorel dans un hangar, un ancien baraquement militaire de 48 mètres de long qui contient des surplus américains ; la salle de 620 places, inaugurée en et baptisée salle des Beaux-Arts, est rapidement, en raison de sa forme, surnommée le Tonneau[1],[2]. Elle fait office de théâtre municipal pendant 13 ans.

Il crée en 1950 au Château de Caen le Festival dramatique de Normandie : les spectacles sont joués en plein air, sur un plateau de 50 mètres sur 16. La première édition a lieu en 1951 : Tréhard y met en scène la pièce Guillaume de Normandie de Paul Blanchart[3],[4]. Il passe commande à Boris Vian pour le texte et Georges Delerue pour la musique de scène d'un spectacle adapté des romans de la Table ronde : Le Chevalier de neige, autour de la figure du chevalier Lancelot du Lac et de la reine Guenièvre, est créé en au château de Caen pour sept représentations, mis en scène par Tréhard, avec Silvia Monfort, Jacques Dacqmine, Jean Lagache, le jeune Michel Piccoli, mais sans succès : les spectateurs ne sont pas au rendez-vous, Jo Tréhard reçoit un blâme de la mairie et doit rembourser l'avance qu’il avait perçue pour monter le spectacle[5].

En , la décision est prise par la municipalité de reconstruire le théâtre de Caen détruit pendant la guerre. Jo Tréhard rédige un programme architectural en 1955 et un projet de gestion en qui transforment le théâtre en un Théâtre-Maison de la Culture, dont le principe d'une vie permanente et polyvalente anticipe l'institution des maisons de la Culture par André Malraux.

Le Théâtre-Maison de la Culture de Caen (TMC) est inauguré le , et Jo Tréhard en devient le directeur[6], entouré d'un conseil d'administration où l'on trouve le peintre Jacques Bouffartigue, les comédiens Pierre Barrat, Jean Bouchaud et Pierre Byland (de)[7]. Il y présente ses propres mises en scène, et y invite d'autres metteurs en scène, notamment Antoine Vitez qui y met en scène ses premières pièces : Électre de Sophocle en , sa tragédie-montage Le Procès d'Émile Henry en décembre de la même année, Les Bains de Vladimir Maïakovski dans l'adaptation française d'Elsa Triolet en [8].

Après les événements de Mai 68, le maire de Caen Jean-Marie Louvel, qui reproche à Tréhard sa programmation tout autant que sa participation au mouvement de Mai, décide de reprendre en main et de municipaliser le Théâtre-Maison de la Culture. Afin de conserver son indépendance, Jo Tréhard démissionne de son poste et continue son aventure en transformant une salle paroissiale en théâtre de 436 places[9],[10],[11] ; la salle est située au 32, rue des Cordes : le , il y fonde la Comédie de Caen, devenue centre dramatique national en 1972[12].

Jo Tréhard la dirige jusqu'à sa mort survenue à l'âge de 50 ans le à l'hôpital de Caen[13],[14]. Il ne voit pas la première de son dernier spectacle Martin Luther et Thomas Münzer ou les Débuts de la comptabilité de Dieter Forte, mis en scène en collaboration avec Michel Dubois (qui lui succède à la direction de la Comédie de Caen) et dont la première a lieu à Paris en au Théâtre de l'Est parisien.

Metteur en scène

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Hommages

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Au début des années 2000, l'espace situé devant la façade du Théâtre de Caen reçoit le nom d'« Esplanade Jo-Tréhard »[22]. En 2023, son nom est donné à une salle de la Comédie de Caen[23].

En 2022, le festival de théâtre amateur organisé à Sées, ville natale de Jo Tréhard, prend son nom[24] ; son nom est donné à une rue de la ville[25].

En 2025, une exposition Les années Tréhard lui est consacrée au Théâtre de Caen[26].

Archives

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Les archives Jo Tréhard sont déposées à l’Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)[27].

Notes et références

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  1. 1 2 Joël Masson 2024.
  2. « Le Tonneau, une époque du tonnerre ! », Ouest-France, (lire en ligne).
  3. 1 2 René Fix, « La fin des années « Foll » ... et le retour de Jo Tréhard ! », sur cavecaenem.fr, .
  4. « Entouré de ses descendants, Guillaume de Normandie va connaître la vedette à Caen », Ce soir, , p. 2 (lire en ligne Accès libre).
  5. 1 2 Florence Bernard, « Un « théâtre de masse, dans des conditions de conte de fées ». Le Chevalier de neige de Boris Vian », dans Michèle Gally et Marie-Claude Hubert (dir.), Le médiéval sur la scène contemporaine (actes du colloque international, Marseille, 8-10 novembre 2012, CIELAM [Centre interdisciplinaire d'étude des littératures d'Aix-Marseille]), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, coll. « Senefiance » (no 60), (ISBN 978-2-85399-961-8, lire en ligne Accès libre), p. 111-124.
  6. Joël Masson, « Jo Tréhard et l’invention du TMC », dans Robert Abirached (dir.), La Décentralisation théâtrale. 2. Les Années Malraux (1959-1968), Paris, Actes-Sud-Papiers, (ISBN 2-86943-363-8), p. 105-122.
  7. Bertrand Hamelin, « Élites culturelles et (re)construction: les élites culturelles à Caen de la Libération au début des années 1970 », hal-shs 02901110, p. 11
  8. Brigitte Joinnault, « « Élitaire pour tous » : oxymore ou pléonasme ? », L’Annuaire théâtral. Revue québécoise d’études théâtrales, no 49 « Héritages et filiations du théâtre populaire », (lire en ligne Accès libre).
  9. « L'évêché donne asile à Jo Tréhard », Le Monde, (lire en ligne).
  10. Nicole Zand, « Les deux théâtres de Caen », Le Monde, (lire en ligne)
  11. Jean Quellien et Serge David, Caen 68, Amfreville, Éditions du Bout du Monde, , 203 p. (ISBN 978-2-9523961-6-5)
  12. « Comédie de Caen (1969) - Organisation - Ressources de la Bibliothèque nationale de France », sur data.bnf.fr (consulté le ).
  13. « Mort de Jo Tréhard pionnier de la décentralisation », Le Monde, (lire en ligne).
  14. « matchID - moteur de recherche des personnes décédées », sur deces.matchid.io (consulté le )
  15. Claude Sarraute, « Une belle représentation de Volpone », Le Monde, (lire en ligne).
  16. Claude Sarraute, « Richard II de Shakespeare », Le Monde, (lire en ligne).
  17. Bertrand Poirot-Delpech, « Le Chariot de terre cuite adapté de Cudraka par Claude Roy », Le Monde, (lire en ligne).
  18. Maëlle Puéchoultres, « L’adaptation de Claude Roy du Petit Chariot de terre cuite de Śūdraka (1969) : un "classique" indo-français », Elfe, vol. XX-XXI, no 16, (lire en ligne Accès libre).
  19. Colette Godard, « Le Prince travesti à la Comédie de Caen », Le Monde, (lire en ligne).
  20. Colette Godard, « Don Juan ou l'Amour de la géométrie de Max Frisch », Le Monde, (lire en ligne).
  21. Louis Dandrel, « Martin Luther et Thomas Münzer. Luttes de classes sous la Réforme », Le Monde, (lire en ligne).
  22. « Jo Tréhard, l'homme aux trois théâtres », Ouest-France, (lire en ligne).
  23. Laurent Neveu, « Une salle au nom de Jo Tréhard au théâtre des Cordes de Caen », Ouest-France, (lire en ligne).
  24. « Sées. Le Sagien Jo Tréhard mis à l’honneur avec un festival », Ouest-France, (lire en ligne).
  25. Romaric Larue, « Les noms d’un ancien maire et d’un célèbre comédien attribués à deux voies à Sées », L'Orne Hebdo, (lire en ligne).
  26. « Les années Tréhard », sur Théâtre de Caen.
  27. « Tréhard, Jo (1922-1972 », sur Institut mémoires de l'édition contemporaine (consulté le ).

Bibliographie

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  • Charline Gatel, La décentralisation théâtrale en Basse-Normandie de 1945 à 2012 (thèse de doctorat en arts plastiques et musicologie), Université de Caen Normandie, , 484 p. (lire en ligne).
  • Daniel Grisel, Jo Tréhard : maître d'œuvre d'un théâtre populaire : Caen 1945-1972, Cabourg, Cahiers du temps, , 255 p. (ISBN 978-2-35507-113-3)
    Compte-rendu : Bertrand Hamelin, « Daniel Grisel, Jo Tréhard, maître d’œuvre d’un théâtre populaire, Caen 1945-1972, Cabourg, Cahiers du temps, 2019, 256 p. [compte-rendu] », Annales de Normandie, no 1, , p. 173d-190d (lire en ligne Accès libre).
  • Joël Masson, « À Caen en marge de la décentralisation. Les années d’apprentissage de Jo Tréhard (1945-1949) », Revue d’histoire du théâtre, no 185, , p. 53-62.
  • Joël Masson, « Tréhard Jo », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 1369.
  • Joël Masson, « Tréhard Jo [Tréhard Joseph, Marie, Réginald, dit] », dans Le Maitron, (lire en ligne Accès libre).

Voir aussi

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Liens externes

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