John H. Smythe
John Henry Smythe, aussi orthographié John Henry Smyth ou John H. Smythe, né le à Richmond et mort le dans la même ville, est un diplomate, avocat, enseignant, fonctionnaire et éditeur américain.
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John Henry Smythe |
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Personnalité afro-américaine de la fin du XIXe siècle, il est l'un des premiers diplomates noirs des États-Unis. Il sert à deux reprises comme ministre résident et consul général des États-Unis au Liberia, de 1878 à 1881 puis de 1882 à 1885[1]. Avant sa carrière diplomatique, il exerce comme enseignant, clerc dans plusieurs administrations fédérales, employé de la Freedman's Savings Bank et avocat en Caroline du Nord[2]. Après son retour du Liberia, il participe à plusieurs organisations afro-américaines, dirige des publications et s'investit dans l'éducation et la réforme sociale[3].
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierJohn Henry Smythe naît le à Richmond, en Virginie. Il est le fils de Sully Smythe et d'Ann Eliza Smythe[4].
Il apprend à lire très jeune. Vers l'âge de huit ou neuf ans, il est envoyé à Philadelphie, où il reçoit une instruction dans une école quaker puis dans une grammar school[4]. Après la mort de son père en 1857, il interrompt un temps ses études et travaille comme coursier dans un magasin de tissus, avant de reprendre sa formation[4].
En 1859, il entre à l'Institute for Colored Youth, établissement quaker destiné à la formation des jeunes Afro-Américains. Il y est formé sous la direction d'Ebenezer D. Bassett, futur diplomate américain en Haïti, et obtient son diplôme le [4].
Smythe manifeste aussi un intérêt pour la peinture. Il est admis à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie, où il se consacre à la peinture de paysage[4].
Parcours
modifierPremiers emplois et service public
modifierAprès ses études, John H. Smythe occupe plusieurs emplois. En 1864, il travaille dans l'établissement Tyndale & Mitchell, puis exerce brièvement comme clerc auprès d'un sutler de l'armée pendant la guerre de Sécession[4].
En 1865, sur recommandation de John W. Forney et de Shelton Mackenzie, il se rend à Londres dans l'espoir de se former au théâtre. Il souhaite rencontrer l'acteur afro-américain Ira Aldridge, alors absent de Grande-Bretagne, ainsi que l'acteur Samuel Phelps. Son projet échoue faute de ressources financières suffisantes, et il rentre aux États-Unis[4].
Sur les conseils de William Whipper, il devient enseignant à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie[4]. Il s'oriente ensuite vers le droit et s'inscrit en 1869 à la faculté de droit de l'université Howard, où John Mercer Langston exerce alors comme doyen[2].
Pendant ses études, il entre dans l'administration fédérale. Le , il est nommé clerc au Bureau des affranchis, puis quitte ce poste en août de la même année pour travailler au recensement fédéral de 1870[2]. Il fait partie des employés afro-américains qui protestent contre les discriminations dans l'administration et quitte le bureau du recensement en 1872[2].
Il travaille ensuite pour le département du Trésor, puis pour la Freedman's Savings and Trust Company. Il est envoyé à Wilmington, en Caroline du Nord, comme caissier de la succursale locale de la Freedman's Bank[2].
Activités en Caroline du Nord
modifierAprès la faillite de la Freedman's Bank, John H. Smythe reste à Wilmington. Il est admis au barreau de Caroline du Nord et devient avocat[2].
Il s'engage aussi en politique dans le contexte de la Reconstruction. Membre du Parti républicain, il participe à la vie politique locale et soutient les campagnes présidentielles d'Ulysses S. Grant et de Rutherford B. Hayes[4].
En 1875, il est élu membre de la convention constitutionnelle de Caroline du Nord[2]. Cette expérience contribue à renforcer ses réseaux politiques, qui favorisent ensuite sa nomination diplomatique.
Carrière diplomatique
modifierEn 1878, John H. Smythe est recommandé pour un poste diplomatique au Liberia par le sénateur Matthew W. Ransom, avec le soutien de personnalités afro-américaines telles que Frederick Douglass et Blanche Bruce[4].
Il est nommé ministre résident et consul général des États-Unis au Liberia. Selon l'Office of the Historian du département d'État américain, il présente ses lettres de créance le et exerce jusqu'au [1]. Il succède à James Milton Turner et précède Henry Highland Garnet[1].
Smythe est rappelé sous la présidence de James A. Garfield, puis nommé une seconde fois sous Chester A. Arthur. Il reprend ses fonctions au Liberia le et reste en poste jusqu'au [1].
Pendant ses mandats, Smythe représente les États-Unis auprès du Liberia à une période où la diplomatie américaine en Afrique de l'Ouest reste limitée mais symboliquement importante. Le Liberia occupe alors une place particulière dans l'imaginaire politique afro-américain, en raison de son histoire liée à l'American Colonization Society et à l'émigration d'Afro-Américains libres vers l'Afrique de l'Ouest[4].
Smythe assure également, pendant certaines périodes, des responsabilités consulaires pour d'autres puissances. D'après William J. Simmons, il prend en charge pendant quelques mois le consulat allemand à Monrovia et représente aussi des intérêts belges et scandinaves[4].
Il cherche à développer les relations entre les États-Unis, le Liberia et d'autres territoires d'Afrique occidentale. Il nomme des agents consulaires locaux et défend l'idée d'une relation plus directe entre les Afro-Américains et l'Afrique[4].
Son action est reconnue par les autorités libériennes. Il reçoit un doctorat honorifique en droit du Liberia College et est fait chevalier commandeur de l'Ordre de la Rédemption africaine par le président libérien Hilary R. W. Johnson le [4].
Activités après la diplomatie
modifierAprès son rappel par le président Grover Cleveland, Smythe rentre aux États-Unis et exerce comme avocat à Washington puis à Richmond[3].
Il participe à plusieurs organisations afro-américaines de la fin du XIXe siècle. Il est membre de la Grand Fountain of the United Order of True Reformers, importante organisation mutualiste noire fondée à Richmond. Il y dirige le bureau d'information de 1892 à 1896 et assure la direction éditoriale du journal The Reformer[5].
En 1895, il prononce une allocution intitulée The African in Africa and the African in America, dans laquelle il analyse les relations entre les Africains du continent et les Afro-Américains, ainsi que les perspectives de développement politique, économique et culturel des populations noires[6].
En 1903, il participe à la création de la Negro Development and Exposition Company of the United States of America, qui vise à promouvoir une exposition noire à l'occasion de l'exposition de Jamestown prévue en 1907 à Norfolk[7].
Smythe s'investit aussi dans l'éducation correctionnelle. Il devient président d'une école de redressement destinée aux jeunes Afro-Américains près de Richmond[3].
Positions intellectuelles et controverses
modifierJohn H. Smythe appartient à une génération d'intellectuels et militants afro-américains actifs avant la création de la NAACP. Ses positions témoignent à la fois d'un engagement en faveur du progrès noir et de conceptions parfois divergentes de celles d'autres dirigeants afro-américains.
Il défend l'autonomie institutionnelle des Afro-Américains et l'importance de la solidarité raciale. Il se montre cependant opposé aux mariages interraciaux et aux écoles mixtes, position qui le place en désaccord avec plusieurs militants noirs favorables à l'intégration scolaire et civique[8].
Ces prises de position le situent dans un courant de pensée valorisant les institutions noires séparées comme moyens de protection, d'élévation et de construction d'une conscience collective, plutôt que dans une stratégie d'intégration immédiate[9].
Vie privée et postérité
modifierJohn H. Smythe est presbytérien. Il épouse Fannie Shappen, avec laquelle il a plusieurs enfants[10].
Il meurt le à Richmond, au domicile de sa fille, la docteure Clara H. Smythe[10].
John H. Smythe est considéré comme l'un des diplomates afro-américains importants de la période qui suit la guerre de Sécession. Son parcours illustre l'accès progressif de certains Afro-Américains instruits à la fonction publique fédérale, à la diplomatie et aux réseaux politiques républicains de la Reconstruction[2].
Une école élémentaire destinée aux enfants noirs à Norfolk, en Virginie, porte son nom[11].
Il est aussi le grand-père de John Henry Clavell Smythe, pilote de la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale, avocat et haut fonctionnaire de Sierra Leone[12].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (en) « Chiefs of Mission for Liberia », sur Office of the Historian, U.S. Department of State (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « John Henry Smythe », sur United States Census Bureau (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Smyth, John H. », sur Encyclopedia.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) William J. Simmons et Henry McNeal Turner, Men of Mark: Eminent, Progressive and Rising, Cleveland, G. M. Rewell & Company, , 872-877 p.
- ↑ (en) William Patrick Burrell, Twenty-five Years History of the Grand Fountain of the United Order of True Reformers, 1881-1905, Richmond, Grand Fountain, United Order of True Reformers, , 368 p.
- ↑ (en) « (1895) John H. Smyth, “The African in Africa and the African in America” », sur BlackPast, (consulté le )
- ↑ (en) « A Negro Exposition », The Minneapolis Journal, , p. 10
- ↑ (en) August Meier, Negro Thought in America, 1880-1915: Racial Ideologies in the Age of Booker T. Washington, Ann Arbor, University of Michigan Press, , 84 p.
- ↑ (en) Shawn Leigh Alexander, An Army of Lions: The Civil Rights Struggle Before the NAACP, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, , 84 p. (ISBN 978-0-8122-4301-7)
- 1 2 (en) « Former Minister to Liberia Dead », The Baltimore Sun, Baltimore, , p. 11
- ↑ (en) Jeffrey L. Littlejohn et Charles Howard Ford, Elusive Equality: Desegregation and Resegregation in Norfolk's Public Schools, Charlottesville, University of Virginia Press,
- ↑ (en) « Thame's Unknown Hero », sur Thame Museum (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- (en) William J. Simmons et Henry McNeal Turner, Men of Mark: Eminent, Progressive and Rising, Cleveland, G. M. Rewell & Company, , 872-877 p.
- (en) August Meier, Negro Thought in America, 1880-1915: Racial Ideologies in the Age of Booker T. Washington, Ann Arbor, University of Michigan Press,
- (en) William Patrick Burrell, Twenty-five Years History of the Grand Fountain of the United Order of True Reformers, 1881-1905, Richmond, Grand Fountain, United Order of True Reformers,
- (en) Shawn Leigh Alexander, An Army of Lions: The Civil Rights Struggle Before the NAACP, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, (ISBN 978-0-8122-4301-7)
- (en) « John Henry Smythe », sur United States Census Bureau (consulté le )
- (en) « Smyth, John H. », sur Encyclopedia.com (consulté le )
Liens externes
modifier- (en) « Chiefs of Mission for Liberia », sur Office of the Historian, U.S. Department of State (consulté le )
- (en) « (1895) John H. Smyth, “The African in Africa and the African in America” », sur BlackPast (consulté le )