Joseph Semachko
Joseph Semachko (en ukrainien : Йосиф Семашко ; en polonais : Józef Siemaszko ; en russe : Иосиф Семашко), né le dans le village de Pavlivka, près de Kyïv, et mort le à Vilnius, est un ecclésiastique orthodoxe, métropolite de Lituanie et de Vilnius.
| Nom de naissance | Иосиф Семашко |
|---|---|
| Naissance |
Pavlivka, Gouvernement de Kiev (Empire russe) |
| Décès |
(à 69 ans) Vilnius (Empire russe) |
| Activité principale |
Il est auparavant évêque de l'Église grecque-catholique (uniate).
Il est considéré comme l'un des artisans du rattachement de nombreux uniates biélorusses et ukrainiens à l'Église orthodoxe.
Biographie
modifierJeunesse
modifierLe grand-père de Joseph Semachko était prêtre grec-catholique, mais contrairement à bon nombre de fidèles de cette confession, sa famille n'avait pas une perception négative de l'Église orthodoxe[1][réf. non conforme]. Quand il était jeune, Joseph assistait souvent aux offices religieux à la paroisse orthodoxe voisine[2][réf. non conforme].
En , il est envoyé dans un lycée de Nemyriv accueillant majoritairement des élèves catholiques, dont il sort major de promotion. Il part ensuite étudier au Grand Séminaire théologique de l'Université de Vilnius, où règne à cette époque une forte tendance polonophile[1]. Il y obtient une maîtrise en théologie en .
Début de carrière ecclésiastique
modifierAprès avoir été diplômé, il part s'installer à Loutsk, où il est ordonné diacre puis prêtre par l'évêque grec-catholique de la ville en [2]. Il est également professeur de théologie au séminaire de Loutsk. Cependant, le jeune ecclésiastique est peiné par la situation de ses coreligionnaires. En effet, les grecs-catholiques de Loutsk sont fortement méprisés par les catholiques de rite latin (même si, sur le papier, les deux sont catholiques), et pas très bien vus des orthodoxes locaux non plus[2]. Joseph Semachko constate également que le clergé uniate est divisé, entre ceux qui sont proches (par leurs convictions) du christianisme orthodoxe et ceux qui ont une mentalité plus catholique[1].
Mandat à Saint-Pétersbourg
modifierEn , il est envoyé à Saint-Pétersbourg pour devenir membre du Collège catholique romain, un organe ecclésiastique nommé par le gouvernement impérial russe pour gérer les affaires temporelles de l'Église catholique (uniates compris) dans le pays[3]. À cette époque, les rites grecs-catholiques sont en déclin dans l'Empire, notamment à cause du haut clergé catholique de rite latin et de l'ordre basilien, qui forcent les fidèles à adopter le rite latin[4], ce qui afflige Semachko, qui est fermement contre cette latinisation.
En , sur la suggestion des autorités, il envoie un rapport à l'empereur Nicolas Ier dans lequel il décrit la situation, selon lui alarmiste, des grecs-catholiques et propose des mesures pour préserver leur culture et leur tradition liturgique contre les pressions des catholiques de rite latin[5]. L'empereur se montre réceptif et intéressé par les constats faits, qui servent de base à un décret adopté en [6].
Toutefois, Joseph Semachko est déçu par le catholicisme et il commence à cette époque à fortement se rapprocher des orthodoxes[4]. Cela ne l'empêche pas d'être ordonné évêque uniate en , dans l'église catholique Sainte-Catherine de Saint-Pétersbourg. Il devient alors évêque auxiliaire grec-catholique de Polotsk[7][réf. non conforme].
Synode de Polotsk
modifierSouhaitant désormais ardemment la réunification des uniates à l'Église orthodoxe, il se consacre à atteindre ce but, avec le soutien personnel de Nicolas Ier[8]. En , il est nommé évêque diocésain grec-catholique de Vilnius. Il continue alors à promouvoir l'union avec les orthodoxes, s'entretenant avec quasiment chaque prêtre de son immense diocèse pour le convaincre du bien-fondé de la démarche[9][réf. non conforme]. Il promeut également l'élévation à l'épiscopat de trois clercs uniates qui partagent ses vues[10]. En parallèle, il fait mettre en place des iconostases dans les églises uniates de son diocèse (où ils avaient été retirés en raison de la latinisation) et introduit l'usage de missels orthodoxes auprès de son clergé[11].
À partir de , sa démarche est un succès, de nombreux membres du clergé uniate exprimant leur volonté de rejoindre l'Église orthodoxe. Le , un synode uniate du clergé est réuni à Polotsk, sous la présidence de Semachko, pendant lequel une demande collective de rejoindre l'Église orthodoxe est rédigée, munie de 1 305 signatures de clercs grecs-catholiques[12],[13]. La demande, envoyée à l'empereur Nicolas Ier, est transmise au Saint-Synode de l'Église orthodoxe russe, qui l'accepte[14][réf. non conforme].
Joseph Semachko, devenu évêque orthodoxe, est élevé au rang d'archevêque de Lituanie, puis de métropolite en . Il exhorte son clergé à faire preuve d'amour et de respect envers les catholiques, y compris ceux qui le vexent en raison de son ralliement à l'orthodoxie[15][réf. non conforme].
Autodafé des livres liturgiques
modifierEn , l'action visant à supprimer les vieux livres liturgiques et autres biélorusses et à les remplacer par ceux de Moscou a commencé. Depuis les églises et les monastères jusqu'au Consistoire spirituel de Polotsk, les éditions des imprimeries biélorusses, parmi lesquelles se trouvaient des œuvres scientifiques et théologiques originales, artistiques et poétiques de la littérature biélorusse, ont été incendiées[16].
En , Semachko assista personnellement à l'incendie de 1 295 livres trouvés dans d'anciennes églises unionistes. Dans ses « Notes », il rapportait fièrement qu'au cours des trois années suivantes, deux mille volumes supplémentaires avaient été brûlés sur ses ordres[17],[18].
Postérité
modifierÀ la suite du synode de Polotsk, 1,5 millions de fidèles uniates et 1 500 prêtres uniates rejoignent l'Église orthodoxe, principalement en Biélorussie, où l'église grecque-catholique perd de ce fait la grande majorité de ses fidèles[9],[19].
En raison de son ralliement au christianisme orthodoxe avec un nombre significatif de fidèles, Joseph Semachko est généralement mal vu au sein des milieux cléricaux catholiques. Jacques-Paul Migne, par exemple, le dépeint en des termes très négatifs dans son encyclopédie théologique[20].
À l'inverse, il est bien vu dans l'Église orthodoxe biélorusse. À l'occasion du 150e anniversaire de son décès, en , des discussions ont lieu sur la possibilité d'ouvrir une procédure de canonisation[21][réf. non conforme].
Décès
modifierIl décède le et est enterré au monastère du Saint-Esprit de Vilnius.
Bibliographie
modifier- (be) Сяргей Абламейка, « Кананізацыя Сямашкі. Скон народу… », Радыё Свабода, (lire en ligne, consulté le )
- (be) Сяргей Абламейка, « Кананізацыя Сямашкі. Скон народу-2 », Радыё Свабода, (lire en ligne, consulté le )
Notes et références
modifier- 1 2 3 (ru) « Иосиф Семашко, митрополит Литовский и Виленский », sur bobreparhiya.by (consulté le )
- 1 2 3 (ru) « Митрополит Иосиф (Семашко) », sur Православный портал «Азбука веры» (consulté le )
- ↑ (en) Anatole Leroy-Beaulieu, The Empire of the Tsars and the Russians: The religion, Royaume-Uni, G.P. Putnam's Sons, 1893, p. 531.
- 1 2 (en) Christianity and World. Collected papers of the IIIrd All-Russian scientific theological student conference, Penza, 2018, p. 32.
- ↑ (en) Nikolai Talberg, History of the Russian Church, traduit par Vladimir Djambov, p. 586-587.
- ↑ Ibid.
- ↑ (en) « Archbishop Yosyf (Józef) Semashko (Siemaszko) », sur Catholic-Hierarchy (consulté le )
- ↑ (en) Instrumentalizing the Past: The Impact of History on Contemporary International Conflicts, Autriche, De Gruyter, 2022, p. 80.
- 1 2 (ru) « Памяти митрополита Иосифа Семашко », sur oroik.by (consulté le )
- ↑ (en) Nikolai Talberg, History of the Russian Church, traduit par Vladimir Djambov, p. 967.
- ↑ (en) Christianity and World. Collected papers of the IIIrd All-Russian scientific theological student conference, Penza, 2018, p. 34.
- ↑ (en) Nikolai Talberg, Vladimir Djambov (trad.), History of the Russian Church, p. 588.
- ↑ Jean-Henri Schnitzler, L'empire des Tsars..., N.p., n.p, 1866, p. 531-532.
- ↑ А. С. Хотеев, « Роль императора Николая Павловича в воссоединении униатов в 1839 году », Ортодоксия, no 4, , p. 52-71 (ISSN 2949-2424, DOI 10.53822/2712-9276-2024-4-52-71, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « The Life of Joseph Semashko, Metropolitan of Lithuania and Vilnius », sur obitel-minsk.org (consulté le )
- ↑ Аўген Калубовіч, « Мова ў гісторыі беларускага пісьменства », sur pawet.net, (consulté le )
- ↑ Сяргей Абламейка, « Як мы сталі «сильно похожи друг на друга». Адкрыты ліст да Барыса Акуніна », sur Радыё Свабода, (consulté le )
- ↑ Кірэеў В. Сямашка Іосіф // ЭГБ, 6-1к, С. 476.
- ↑ Schnitzler, Jean-Henri, L'empire des Tsars..., N.p., n.p, 1866, p. 531-532.
- ↑ Jacques-Paul Migne, Encyclopédie théologique, ou Série de dictionnaires sur toutes les parties de la science religieuse, t. 1-50, 1844-1862 ; nouv. sér. t. 1-52, 1851-1866 ; 3e sér. t. 1-66, 1854-1873, France, n.p, 1873, p. 963.
- ↑ « Metropolitan Joseph who brought Uniates back to Orthodoxy may soon be canonized by the Belarusian Church », sur Orthodoxie.com, (consulté le )