Jostein Gaarder
Jostein Gaarder (prononcé [ˈjùːstæɪn ˈɡòːɖər] en norvégien), né le à Oslo, est un écrivain et philosophe norvégien. Ancien enseignant de philosophie, de religion et de littérature dans l'enseignement secondaire norvégien, il se consacre entièrement à l'écriture depuis 1991.
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Période d'activité |
Depuis |
| Père |
Knut Gaarder (d) |
| Mère |
Inger Margrethe Gaarder (en) |
| Fratrie |
Helge Gaarder (en) |
| Distinctions | Liste détaillée Prix des libraires norvégiens () Prix littéraire Skolebibliotekarforeningens (d) () Prix littéraire Bancarella (Le Monde de Sophie) () Prix international de littérature Janusz-Korczak (d) () Prix des libraires du Québec (Le monde de Sophie : roman sur l'histoire de la philosophie (d)) () Prix Peer-Gynt (en) () Premio Arcebispo Xoán de San Clemente de novela estranxeira (d) (Le Monde de Sophie) () Literaturpreis der Jury der jungen Leser (d) () Prix Brage honorifique () Prix Willy Brandt (en) () Commandeur de l'ordre de Saint-Olaf () Riksmålsforbundets barne- og ungdomsbokpris (d) Flaiano Literary Prize |
|---|
Le Monde de Sophie, Le Mystère de la patience |
Biographie
modifierJostein Gaarder naît à Oslo dans une famille marquée par la pédagogie. Son père, Knut Gaarder (1924–2016), fut successivement secrétaire général du Norsk Lektorlag (association nationale des enseignants du secondaire), directeur du Gymnasrådet et proviseur du lycée Nordstrand. Sa mère, Inger Margrethe Berthelsen (1926–1993), était enseignante en méthodologie à la Sagene lærerskole et autrice de livres pour enfants[1]. Élevé dans un milieu libéral, Gaarder développe très tôt un intérêt pour les questions religieuses, avant d'être influencé par les courants de gauche radicale de son époque ; il refuse le service militaire pour des raisons pacifistes[1]. Cette influence familiale et intellectuelle l'amène à écrire ses récits du point de vue d'un enfant, explorant leur capacité à s'interroger sur le monde. Il utilise fréquemment la métafiction dans son travail, recourant à des mises en abyme et à des récits enchâssés[1].
Jostein Gaarder fréquente l'école de la cathédrale d'Oslo puis l'université d'Oslo, où il étudie les langues scandinaves, l'histoire des idées et la théologie. En 1974, il épouse Siri Dannevig (née le 26 mai 1953), professeure de théâtre et fille du pasteur Thorvald Dannevig[1]. Le couple a deux fils et, en 2019, cinq petits-enfants[2]. Il enseigne la philosophie, la religion et la littérature au lycée Valler à Bærum de 1978 à 1981[1], puis déménage avec sa famille à Bergen, où il enseigne à la Fana Folkehøgskole (école populaire supérieure) de 1981 à 1991, date à laquelle il se consacre entièrement à l'écriture. De 1984 à 1989, il est également chargé de cours de philosophie pour les étudiants de l'examen philosophicum au Folkeuniversitetet de l'Agder[1].
Sa première œuvre, Diagnosen og andre noveller (publiée en anglais sous le titre The Diagnosis and Other Stories, mais non traduite en français), paraît en 1986, suivie par Froskeslottet (publiée en anglais sous le titre The Frog Castle, mais non traduite en français) en 1988 et Kabalmysteriet, paru en français sous le titre Le Mystère de la patience, en 1990[3]. Ce dernier roman lui vaut le Kritikerprisen (prix de la critique) ainsi que le prix de littérature de jeunesse du ministère de la Culture[1]. Il connaît dans son pays un important succès critique et public. Son roman Le Monde de Sophie, publié en 1991 en Norvège et traduit notamment en français en 1995, le consacre auprès de la critique et du grand public à l'échelle internationale : resté quatre ans sur la liste des best-sellers en Norvège[4], traduit en plus de 60 langues, il s'impose en 1995 comme le livre le plus vendu dans le monde, avec des ventes particulièrement massives en Allemagne, en France et au Japon[1]. En Allemagne, Sofies Welt occupe la première place de la liste des best-sellers du Spiegel pendant 63 semaines entre 1994 et 1995, dont 49 semaines consécutives[réf. nécessaire]. Le roman paraît en livre audio en 1997[1], puis est adapté au cinéma et en comédie musicale en 1999, et donne également lieu à un jeu de plateau et un CD-ROM[5]. Une grande partie de l'œuvre de Gaarder est aujourd'hui disponible en livre audio en plusieurs langues.
En parallèle de son œuvre littéraire, il crée en 1997 avec son épouse la Fondation Sophie (pour la défense de l'environnement), qui décerne chaque année le Prix Sophie pour récompenser des actions en faveur de l'environnement et du développement durable. Le prix est remis pour la dernière fois en 2013, le couple ayant prévu dès sa création de le financer sur un capital fixe plutôt que de le pérenniser indéfiniment[6]. En décembre 2005, le couple fait également l'acquisition de l'Operacafeen, un café-théâtre du quartier de Grønland à Oslo[7].
Style et thèmes
modifierL'œuvre de Gaarder, tant pour la jeunesse que pour les adultes, est marquée par une attitude d'ouverture et d'émerveillement devant les énigmes de l'existence, héritée de sa formation de professeur de philosophie et de religion[1]. La vie humaine y est présentée comme un mystère qui invite à un questionnement et à une réflexion sans cesse renouvelés. Ses récits, souvent écrits du point de vue d'un enfant ou d'un adolescent, explorent cette capacité d'interrogation face au monde.
Sur le plan formel, ses livres se caractérisent par des constructions narratives élaborées, faites de récits enchâssés et de procédés métafictionnels. Ce schéma est particulièrement net dans Le Mystère de la patience, Le Monde de Sophie et Julemysteriet, mais une architecture semblable se retrouve aussi dans Vita brevis et La Belle aux oranges[8]. Le Mystère de la patience, profondément ancré dans l'histoire culturelle européenne et dans la tradition du fantastique en littérature jeunesse, a été comparé à des classiques comme Alice au pays des merveilles et Nils Holgersson[1].
Ses thèmes récurrents incluent les grandes questions philosophiques et religieuses, le rapport entre science et spiritualité, et, dans ses œuvres plus récentes, l'urgence climatique et la responsabilité envers les générations futures. Gaarder considère la question « comment préserver les conditions de vie sur Terre ? » comme la question philosophique la plus importante de notre époque[9]
Œuvres
modifierRomans et livres jeunesse
modifier
- Diagnosen og andre noveller (nouvelles), 1986 — non traduit en français[10]
- Barna fra Sukhavati (livre pour enfants), 1987 — non traduit en français[10]
- Froskeslottet (livre pour enfants), 1988 — non traduit en français[10]
- Le Monde de Sophie (Sofies verden), 1995, roman philosophique, prix des libraires du Québec
- Le Mystère de la patience (Kabalmysteriet), 1996 — roman dont les 53 chapitres correspondent aux cartes d'un jeu de cartes, mêlant voyage philosophique et récit fantastique[1]
- Julemysteriet (roman de l'Avent), 1992 — non traduit en français[10]
- Bibbi Bokkens magiske bibliotek (avec Klaus Hagerup), 1993 — non traduit en français[10]
- Dans un miroir, obscur (I et speil, i en gåte), 1997
- Le Petit frère tombé du ciel (Hallo? Er det noen her?), 1997
- Vita brevis (Vita brevis : Floria Aemilias brev til Aurel Augustin), 1998
- Maya (Maya), 2000
- La Fille du directeur de cirque (Sirkusdirektørens datter), 2002
- La Belle aux oranges (Appelsinpiken), 2003
- Sjakk matt (anthologie), 2006 — non traduit en français[11]
- De gule dvergene (livre pour enfants), 2006 — non traduit en français[10]
- Le Château des Pyrénées (Slottet i Pyreneene), 2010
- Je me demande (Det spørs), 2014
- Anton og Jonatan, 2014 — non traduit en français[10]
- L'Héritage d'Anna (Anna : en fabel om klodens klima og miljø), 2015
- Dukkeføreren (The Puppeteer), 2016 — non traduit en français[11]
- Akkurat passe. En liten fortelling om nesten alt (Just Right. A Brief Story of Almost Everything), 2018 — non traduit en français[11]
- Det er vi som er her nå. En livsfilosofi (essai), 2021 — non traduit en français[12]
- Equinox. 24 nøkler til en verden før den glipper (anthologie), 2022 — créé à l'origine comme spectacle scénique en 2014 avec une musique du violoniste et compositeur Henning Kraggerud ; non traduit en français[12],[13]
Manuels et ouvrages pédagogiques
modifierAvant et pendant sa carrière littéraire, Gaarder a coécrit plusieurs manuels scolaires norvégiens de religion, de philosophie et d'éthique, dont aucun n'est traduit en français[10] :
- Verdens religioner, 1982
- Kristendommen, 1983
- « Allahu Akbar » Gud er størst. En bok om Islam (avec Inger M. Gaarder), 1983
- Livssyn og etikk, 1984
- Religionsboka, 1989
- Etikk og livssyn i samfunnslære, 1990
- Religion og etikk, 2000
Bandes dessinées
modifier- Le monde de Sophie : la philo, de Socrate à Galilée — tome 1 (scénario de Vincent Zabus, dessin de Nicoby et Philippe Ory), Albin Michel, 2022[14]
- Le monde de Sophie : la philo, de Descartes à nos jours — tome 2 (scénario de Vincent Zabus, dessin de Nicoby et Philippe Ory), Albin Michel, 2023
Prix et distinctions
modifier- 1990 : Norsk litteraturkritikerlags barnebokpris (prix de la critique littéraire norvégienne, littérature jeunesse), pour Kabalmysteriet
- 1990 : Kritikerprisen (prix de la critique), pour Kabalmysteriet
- 1991 : Prix de littérature de jeunesse du ministère de la Culture et des Affaires ecclésiastiques (Kultur- og kirkedepartementets pris for barne- og ungdomslitteratur), pour Kabalmysteriet
- 1991 : Sonja Hagemanns barne- og ungdomsbokpris, pour Sofies verden
- 1993 : Bokhandlerprisen (prix des libraires), pour I et speil, i en gåte
- 1993 : Skolebibliotekarforeningens litteraturpris (prix des bibliothécaires scolaires), pour Kabalmysteriet, Sofies verden et Julemysteriet
- 1994 : Wettergrens barnbokollon (Suède)
- 1994 : Deutscher Jugendliteraturpreis (Allemagne), pour Sofies Welt
- 1995 : Premio Bancarella (Italie), pour Il mondo di Sofia
- 2002 : Hederspris de la Brageprisen (prix d'honneur Brage)
- 2003 : Riksmålsforbundets barne- og ungdomsbokpris, pour Appelsinpiken
- 2004 : Prix Willy Brandt, conjointement avec le professeur allemand Heiko Uecker
- 2005 : Doctorat honoris causa, Trinity College, université de Dublin
- 2005 : Nommé commandeur de l'ordre de Saint-Olav
Polémique
modifierEn août 2006, Gaarder publie dans le quotidien norvégien Aftenposten une chronique intitulée « Guds utvalgte folk » (« Le peuple élu de Dieu »)[15], dans laquelle il critique vivement la conduite de la guerre du Liban par Israël et conteste le droit de l'État d'Israël à exister sous sa forme actuelle. Le texte est accusé d'antisémitisme par plusieurs organisations, dont le Centre Simon Wiesenthal.
Dès le 10 août 2006, Gaarder reçoit le soutien de la présidente de l'Association norvégienne des écrivains, Anne Oterholm, ainsi que du président du PEN norvégien, Kjell Olaf Jensen ; plusieurs autres écrivains, dont Jon Michelet et Jan Kjærstad, expriment aussi publiquement leur soutien[16]. Gaarder déclare par ailleurs au quotidien israélien Haaretz qu'il est un ami du peuple juif[17], puis publie une chronique de clarification le 12 août 2006[18]. L'ancien premier ministre norvégien Kåre Willoch critique également, cette même année, les attaques visant Gaarder[19].
En 2011, soit cinq ans plus tard, Gaarder publie un nouveau texte où il exprime des regrets pour certaines formulations de sa chronique initiale, reconnaissant qu'elles pouvaient être mal interprétées comme antijudaïques[20].
L'écrivain s'exprime également sur cette polémique dans le quotidien français Le Monde[21]. La chronique connaît un regain d'attention médiatique lors des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza à l'été 2014[22].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « Jostein Gaarder », sur Store norske leksikon (consulté le ).
- ↑ (en) « A Day in the Life of a Writer: Jostein Gaarder », sur norway2019.com, (consulté le ).
- ↑ « The Wordy, Wonderful Craft of Curiosity »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur jakartaglobe.id (consulté le ).
- ↑ (en) « Jostein Gaarder », sur EBSCO Research Starters (consulté le ).
- ↑ (en) « Gaarder, Jostein 1952- », sur Encyclopedia.com (consulté le ).
- ↑ « Sofieprisen legges ned », sur NRK, .
- ↑ (no) « Kjøper teater i julegave », sur Aftenposten, .
- ↑ (no) « Jostein Gaarder », sur Store norske leksikon (consulté le ).
- ↑ (de) « Philosoph und Autor Jostein Gaarder in Lübeck: Jostein Gaarder über sein Buch », sur Die Blaue Seite (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Jostein Gaarder : Biographie et Bibliographie », sur Zonelivre Nordique (consulté le ).
- 1 2 3 (en) « Jostein Gaarder », sur Oslo Literary Agency (consulté le ).
- 1 2 (no) « Treffliste – Gaarder, Jostein », sur Depotbiblioteket (consulté le ).
- ↑ (no) « Equinox », sur Aulaseriene (consulté le ).
- ↑ Noël Fairy, « Le monde de Sophie, t. 1, La philo, de Socrate à Galilée », sur philomag.com, .
- ↑ « Guds utvalgte folk », sur Aftenposten, .
- ↑ Peter Wivel, « Jostein Gaarder angriber Israel », sur Politiken, .
- ↑ « Norway up in arms after author claims Israel has lost its right to exist », sur Haaretz, .
- ↑ « Forsøk på klargjoering », sur Aftenposten, .
- ↑ « Nyhetsartikkel », sur Dag og Tid, .
- ↑ Jostein Gaarder, « Ettertanke », sur Aftenposten, .
- ↑ Olivier Truc, « Après son article critique d'Israël, Jostein Gaarder s'explique », Le Monde, 18 août 2006, document archivé sur Archive.today.
- ↑ (no) « Jostein Gaarder », sur Wikipédia en norvégien (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Eric Eydoux, Histoire de la littérature norvégienne, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2007, 526 pages.
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à la littérature :
- Ressource relative au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Site officiel