Jude Chehab

réalisatrice libano-américaine

Jude Chehab, (en arabe : جود شهاب, née à Rochester, New York, est une réalisatrice et productrice de films documentaires libano-américaine, connue pour son film Q, qui retrace le parcours des femmes de sa famille dans le mouvement religieux secret et matriarcal Qubaysiyyat. Son travail cinématographique est engagé sur des thèmes sensibles comme la foi, les abus de la dévotion spirituelle, et les dynamiques familiales intergénérationnelles.[pourquoi ?]

Jude Chehab
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Biographie

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Jude Chehab naît à Rochester, New York, et grandit à Tallahassee en Floride. Elle déménage à Beyrouth avec sa famille à l'âge de dix ans[1]. Elle commence à filmer avec une caméra à l'âge de quinze ans, avant d'entamer des études de cinéma à l'université de Tampa. Elle est influencée par des cinéastes comme Nacer Khemir, Majid Majidi et Mohsen Makhmalbaf[2]. Jude Chehab a participé à une formation à Cuba avec le dernier groupe d'étudiants du cinéaste iranien Abbas Kiarostami[3].

Carrière cinématographique

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Elle collabore notamment avec la BBC, Hot Docs, Refinery29 et Oxfam[3]. Elle a travaillé comme directrice de la photographie au niveau international[4], sur des films en Somalie, au Soudan et au Pakistan, et a été productrice associée de l'émission Ahlan Simsim (en) de Sesame Street, pour les réfugiés syriens[3].

Chehab a réalisé plusieurs courts et longs métrages documentaires présentés dans des festivals régionaux et internationaux[5]. Son premier long métrage documentaire, Q (en arabe : ق), a été projeté dans plusieurs festivals et a suscité l’intérêt de la presse arabe[6].

Q, documentaire sur le mouvement Qubayissat

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Elle tourne un premier film documentaire intitulé Q (en arabe : ق)[7], qui retrace l'engagement sur trois générations de femmes de sa famille libanaise dans l'organisation religieuse féminine et soufie Qubayissat[8]. L'organisation est soutenue publiquement par le régime de Bachar el-Assad en Syrie[9],[10]. Le film s’appuie sur les journaux personnels, les archives familiales et les témoignages filmés de la mère et de la grand-mère de la réalisatrice[11]. Il explore les questions de la foi, l'autorité spirituelle et la loyauté envers l'organisation. En parallèle, à travers la description des relations intimes nouées à travers trois générations de femmes qui se sont vouées à ce culte religieux, il en examine l'impact émotionnel sur leurs vies[12]. Jude Chehab choisit une approche poétique et émotionnelle plutôt qu'historique et factuelle, pour mettre en lumière les liens inexprimés, la loyauté, et les conséquences d’une dévotion extrême[13] dans un contexte familial intime[6]. Sans juger ni condamner la foi et l'engagement des protagonistes du film, Chehab interroge les frontières mouvantes entre amour, dévotion, rupture et perte de soi[6].

Le personnage central du film, Hiba Khodr[14], la mère de Jude est une universitaire musulmane pratiquante, qui a mis de côté ses études et sa carrière de médecine pour rejoindre le mouvement Qubayissat. Elle porte comme les autres initiées un hijab blanc et comme les autres membres, voue un amour inconditionnel à la fondatrice du mouvement, Munira al-Qubaysi (Anisa)[10]. Jude Chehab filme avec empathie les conséquences de l'engagement religieux de Hiba dans sa famille[15]. Le film débute juste après son exclusion et ostracisation du mouvement par Anisa, ce qui lui cause une vive souffrance[13]. Le tournage du film a pris plusieurs années, Jude Chehab s'attachant à filmer sa mère relisant des entrées de son journal intime, des poèmes d'amour spirituel adressés à Anisa, afin de comprendre la nature de son attachement à cette communauté religieuse[6].

Jude Chehab indique que son objectif n'était pas d'en faire un film sur une secte religieuse, même si elle en décrit le culte de la personnalité voué à sa fondatrice, sa culture du secret et l'emphase autour de la spiritualité extatique. Elle s'est attachée à décrire en tentant de rester dans le respect et l'objectivité, l'utilisation abusive de la dévotion par des personnes en situation de pouvoir. Le drame décrit dans le film est constitué par le fait de savoir que c'est notre désir d'être aimées qui peut être la cause de la plus grande souffrance dans nos vies[16].

Réception critique de Q

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Q a été présenté dans des festivals arabes et internationaux, notamment dans la programmation documentaire du Festival d’El Gouna et d’autres manifestations relevées dans la presse arabe[17].

Le film remporte le prix Albert Maysles de la meilleure nouvelle réalisatrice de documentaire à Tribeca[16] et le Grand prix du jury du meilleur premier long métrage à Sheffield DocFest (en)[3]. Il est également primé dans la catégorie documentaire au festival du film d'Amman[18]. Il figure dans la liste des meilleurs documentaires de l'année 2024 du magazine Vogue[19]. Il reçoit également un prix Spotlight Award lors de la 17ème éditios des Cinema Eye Honors (en)[20].

Autres activités

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Elle exprime des critiques sur le film Jihad Rehab, regrettant l'utilisation du terme même de jihad, qui est mal interprété dans le monde occidental, alors qu'il signifie littéralement « lutte » ou « effort », d'une personne pour mener une vie conforme aux principes de la foi musulmane. Elle pense aussi qu'il promeut une forme de victimisation des protagonistes, d'islamophobie et de racisme en présentant les Arabes et musulmans comme de potentiels criminels[21].

En 2024 elle est lauréate du Pillars Fund, et reçoit 25 000 dollars ainsi qu'une expertise destinée à promouvoir sa carrière comme cinéaste musulmane[22]. Elle reçoit la même année une bourse Guggemheim[23].

Son court métrage 300 days of sun est seléctionné pour le prix du Conservation Film Fest 2024. Il décrit l'utilisation de l'énergie solaire dans un village au Liban pour pallier les coupures régulières de courant électrique[24].

Références

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  1. (ar) « رين رزوق وجود شهاب... كاميرا جريئة محمّلة بالأسئلة », sur الأخبار, (consulté le )
  2. (en-US) Vadim Rizov, « Jude Chehab », sur Filmmaker Magazine, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 « Africiné - Jude Chehab », sur Africiné (consulté le )
  4. (ar) « تقرير حول الدعم وخدمات ما بعد الإنتاج لفيلم « ق » », sur اليوم السابع (consulté le )
  5. (ar) « بيانات الأفلام العربية المشاركة في مهرجانات (AIFF / جونة / عروض عربية) », sur El Gouna Film Festival (consulté le )
  6. 1 2 3 4 (ar) « «ق» تجربة وثائقية ذاتية تحكي عن 3 أجيال من «القبيسيات» بلبنان », sur aawsat.com (consulté le )
  7. « Q | 2023 Tribeca Festival », sur Tribeca (consulté le )
  8. الشرق الأوسط – « «ق» تجربة وثائقية ذاتية ».
  9. (en) « The New Arab meets Jude Chehab, award-winning director of documentary 'Q' », The New Arab, (lire en ligne Accès libre)
  10. 1 2 (en) Kristin Peterson, « Q by Jude Chehab (review) », Nova Religio, vol. 28, no 4, , p. 143–145 (ISSN 1541-8480, DOI 10.1353/nvr.2024.a958978, lire en ligne, consulté le )
  11. Metropolis Cinema – صفحة الفيلم « ق ».
  12. (en) Cary Darling, « Houston filmmaker Bassam Tariq to host 14 Pews Q&A with acclaimed new director », Houston Chronicle, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  13. 1 2 (en-CA) Alisha Mughal, « Reel Asian 2023: Jude Chehab’s ‘Q’ Gifts Us Love », sur The Asian Cut, (consulté le )
  14. (en) Nicolas Rapold, « Sometimes, Making a Documentary Can Take Years (and Years and Years…) (Published 2023) », New York Times, (lire en ligne Accès payant, consulté le )
  15. (en) Hanna Flint, « Jude Chehab's Q screens the secrets of the matriarchal Muslim order Al-Qubaysiat », The New Arab, (lire en ligne Accès libre)
  16. 1 2 (en-US) Lauren Wissot, « “I Cried a Lot During the Edit”: Jude Chehab on Tribeca ’23 Premiere Q », sur Filmmaker Magazine, (consulté le )
  17. كتالوج مهرجان الجونة السينمائي – برنامج الأفلام الوثائقية.
  18. (en-US) Majda Bouzaroita, « Moroccan Film 'Les Meutes' Captures the Grand Prize at Amman Film Festival », sur Morocco World News, (consulté le )
  19. (en-US) Taylor Antrim, « The Best Documentaries of 2023 », sur Vogue, (consulté le )
  20. (en) « Jude Chehab | International Documentary Association », sur www.documentary.org, (consulté le )
  21. (en) « Why Filmmakers Have Had a Problem With 'Jihad Rehab' for Years | International Documentary Association », sur www.documentary.org, (consulté le )
  22. (en) « 10 New Filmmakers Awarded Coveted Pillars Artist Fellowship », sur About Netflix (consulté le )
  23. (en) « Meet our Fellows - Guggenheim Fellowship — Guggenheim Fellowships: Supporting Artists, Scholars, & Scientists », sur Guggenheim Foundation (consulté le )
  24. (en-US) American Conservation Film Festival, « 300 Days of Sun », sur American Conservation Film Festival | ACFF, (consulté le )

Liens externes

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