Julia Arévalo

femme politique uruguayenne

Julia Arévalo Suárez ( - ) est une syndicaliste et femme politique uruguayenne, membre fondatrice du Parti communiste d'Uruguay. Elle consacre sa vie à l'organisation des travailleurs ruraux et à l'amélioration des conditions de travail des femmes. Elle fait partie de la première génération de femmes à accéder au parlement, lors des élections de 1942. En 1947, elle devient la première sénatrice du continent sud-américain.

Julia Arévalo
Fonctions
Sénatrice
-
Député
-
Biographie
Naissance
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Barriga Negra (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 87 ans)
MontevideoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Julia Arévalo SuárezVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Parentèle
Julia Möller (en) (petite-fille)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Place Cagancha à Montevideo (1940)

Biographie

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Julia Arévalo naît dans une famille pauvre le à Barriga Negra, dans la campagne de Lavalleja. C'est la première fille d'une fratrie de neuf enfants. La famille Arévalo déménage à Montevideo dans l'espoir d'une vie meilleure, mais à l'âge de 10 ans, Julia commence à travailler dans une usine d'allumettes puis dans une entreprise de tabac. Son expérience à l'usine la pousse à s'investir dans le mouvement syndical[1],[2],[3],[4]. Elle est licenciée à l'âge de 11 ans, avec sa sœur, pour avoir participé à une grève[5],[6]. Elle doit quitter l'école après sa quatrième année d'études et passe le reste de sa vie à apprendre en autodidacte[7].

À l'âge de 15 ans, elle rejoint le Parti socialiste d'Uruguay auquel son père, ouvrier de la Compagnie des tramway d'Uruguay, est déjà adhérent[3]. En 1920, elle quitte le Parti socialiste et participe à la fondation du Parti communiste d'Uruguay (PCU) au sein duquel elle prend progressivement des responsabilités[2].

Elle épouse Carlos Roche avec qui elle déménage dans la ville de Minas. Depuis Minas, elle participe à l'organisation des grèves et manifestations rurales, tout en voyageant régulièrement pour participer à la vie politique du pays[3]. Elle a cinq enfants[1].

En 1973, lorsque s'installe la dictature militaire, elle participe à plusieurs manifestations d'opposition puis est contrainte de s'exiler à Buenos Aires, Cuba et Moscou. Malade, elle rentre en Uruguay en 1984 et meurt le à Montevideo, quelques mois après le retour de la démocratie[1],[2].

Activité politique

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Syndicalisme

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En 1915, alors qu'elle a 17 ans, elle participe à la première grève du pays dans l'industrie du tabac, à l'usine La Garibaldina, où elle est invitée à prendre la parole devant l'assemblée de grévistes. À partir de 1916, elle commence à rédiger des articles pour les journaux engagés El Socialista, El Trabajo et La Batalla. En 1918, avec Paulina Luisi, elle soutient la grève « Pantaloneras y Chaqueteras » des ouvrières du textile[2].

Engagement politique en Uruguay

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Local du PCU où 8 communistes sont assassinés en 1972 (2018)
Local historique du Comité El Galpón du Front Large (2024)

En 1920, elle participe à la fondation du Parti communiste d'Uruguay (PCU), et devient déléguée du Centre « Rosa Luxembourg » dédié à la lutte pour les droits des femmes. En 1928, elle est nommée secrétaire régionale du PCU pour les départements de Paysandú et Río Negro[2].

À cette époque, il n'existe pas de locaux pour le PCU. Julia Arévalo met alors à disposition sa propre maison pour l'organisation du mouvement paysan et les réunions syndicales[8]. Elle participe à la toute première grève paysanne du pays en 1931 dans la « Colonie du 19 avril » à Paysandú[2],[3]. En 1933, elle s'implique dans la défense de la ville de San Javier, une colonie d'émigrés russes qui vivent de leurs récoltes et sont menacés d'expulsion par les banques. Lors d'une manifestation du pour revendiquer les droits des paysans sur leurs terres, la répression de la police mène au meurtre de Julia Skorina. Arévalo est blessée et emprisonnée pendant plusieurs jours[2],[8],[9]. Durant la suite de son mandat, elle organise la résistance contre les expulsions dans deux autres villages de Paysandú[8].

En 1939, elle rejoint le comité exécutif du PCU puis en devient vice-présidente en 1942, sous la présidence d'Eugenio Gómez. En 1942, Julia Arévalo, Magdalena Antonelli Moreno, Sofia Álvarez Vignoli et Isabel Pintos deviennent les premières femmes députées de l'histoire du pays. En 1947, Arévalo devient la première femme à accéder au poste de sénatrice en Amérique latine. Durant sa carrière parlementaire, elle travaille sur des projets de loi qui protègent les droits des femmes et des travailleuses, comme l'égalité salariale et la retraite des employées domestiques[1],[2],[3],[10]. Elle soutient également la retraite anticipée des travailleurs cumulant les responsabilités, la création d'un fonds d'assurance maternité et les retraites des enseignants et travailleurs ruraux[7].

En 1945, avec Silvia Mainero, elle fonde le magazine mensuel féminin Nosotras, affilié au PCU. Elle dirige la publication jusqu'en 1953[2],[8].

En 1951, elle est responsable de la section jeune du PCU à Montevideo, et participe à la fondation de l'Union de la jeunesse communiste en 1955. En 1962, elle fonde le Comité national des femmes du Frente Izquierda de Liberación, une branche du PCU[2].

Entre 1959 et 1967, elle est élue pour deux mandats comme Ediles (es) de Montevideo, c'est-à-dire comme dirigeante du conseil législatif en charge du département[11].

En 1971, elle participe à la fondation du Front Large, un parti composite qui inclut le PCU[2].

À l'international

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En 1935, elle est contrainte d'entrer dans la clandestinité après avoir soutenu Basilio Muñoz contre la dictature de Gabriel Terra. Au même moment, le fascisme de Francisco Franco gagne du terrain en Espagne. Pour apporter le soutien de l'Uruguay aux républicains espagnols, elle dirige le Comité d'aide au peuple espagnol et le Mouvement d'aide aux enfants et aux femmes d'Espagne. Elle se lie d'amitié avec Pablo Picasso et Dolores Ibárruri alias La Passionaria. À cette période, on attribue à Julia Arévalo le surnom «  La Passionaria uruguayenne »[1],[2],[3]. Elle est déléguée de l'Uruguay pour le dixième congrès du Parti communiste de l'Argentine[4].

Pendant la Seconde guerre mondiale, elle rejoint le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme[3]. En 1945, elle est nommée déléguée de l'Union des femmes uruguayennes et est invitée à la fondation de la Fédération démocratique internationale des femmes à Paris. Par la suite, elle devient conseillère mondiale de la Fédération et participe au congrès de Moscou en 1963. En 1973, elle est nommée secrétaire de la Fédération[2],[4].

En 1949, elle devient déléguée du Mouvement de la paix à l'occasion du congrès qui a lieu à Paris. Elle participe également au congrès du Mouvement de la paix qui a lieu à Vienne en 1952[2]. En 1968, elle représente l'Uruguay durant la commémoration des 50 ans du Parti socialiste international de l'Argentine puis participe au dixième congrès du Parti communiste de Roumanie[4].

Reconnaissance

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Centre Culturel Julia Arévalo à Montevideo (2019)

À la suite de l'élection de 1942, la militante communiste Amalia Polleri affirme que Julia Arévalo no es une mujer, es un monumento en el partido (« Julia Arévalo n'est pas une femme, c'est un monument du parti »)[8]. Le poète Raúl González Tuñón lui consacre un poème où elle est décrite comme la mujer hecha de miel y bronce (« la femme faite de miel et de bronze »), le miel représentant sa personnalité chaleureuse en privé, le bronze sa fermeté et sa combativité en politique[6].

En 2007, elle apparaît dans la série de timbres dédiée aux femmes célèbres d'Uruguay[12].

En 2017, à Montevideo, Myriam Campos met en scène une pièce de théâtre inspirée de la vie de Julia Arévalo, intitulée Pasionarias, avec Susana Castro dans le rôle d'Arévalo[13]. La même année, une autre pièce intitulée Julia Arévalo, mujer de bronce y miel est mise en scène par Magdalena Alejo à Valladolid[14]. La pièce est jouée de nouveau en 2026 à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes[15].

La place de Montevideo qui borde le Palais de justice prend le nom de Julia Arévalo[16],[13], tout comme un centre culturel inauguré en 2019[6],[17]. En 2024, le Conseil départemental monte un projet de commémoration en son honneur, sous la forme d'une plaque commémorative et du changement du nom d'une des rues de sa ville de naissance, avec l'accord du maire. Finalement, le projet ne voit pas le jour car il est rejeté par le bloc nationaliste du Conseil[18],[19]. En 2026, c'est un bâtiment du ministère du Travail et de la Sécurité sociale qui prend son nom[7].

Malgré tout, selon Myriam Campos, la figure de Julia Arévalo reste très discrète dans la conscience collective[13].

Bibliographie

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  • (es) Carlos Yaffe, Julia Arévalo marcha con nosotros : "salud a ti, hecha de miel y bronce...", Montevideo, S.N., (ISBN 978-9974-91-319-6)

Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 (es) « Una pionera en la política: Julia Arévalo en "La Memoria Femenina" », sur Portal de Museos del Uruguay (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (es) « Julia Deanora Arévalo Suarez », sur Biografias de legisladores actuantes titulares y suplentes, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (es) Valeria Machado, « Julia Arévalo: mujer sindicalista, primer Senadora Comunista de Latinoamérica », La R,‎ (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 (es) « ARÉVALO, Julia (de Roche) », dans América Latina en la Internacional Comunista. 1919-1943. Diccionario biográfico, Buenos Aires, CLACSO, (ISBN 978-956-8416-39-3), p. 64-65
  5. ↑ (es) « Fue presentado el libro "Julia Arévalo marcha con nosotros" de Carlos Yaffe », Diario La Unión,‎ (lire en ligne)
  6. 1 2 3 (es) Carlos Yaffe et Mirtha Villasante, « Homenaje a Julia Arévalo », El Popular,‎ (lire en ligne)
  7. 1 2 3 (es) « Julia Arévalo y un merecido homenaje », El Popular,‎ (lire en ligne)
  8. 1 2 3 4 5 (es) Graciela Sapriza, « A propósito de Julia Arévalo », El Popular,‎ 91-08-1987 (lire en ligne)
  9. ↑ (es) Virginia Martínez, Los rusos de San Javier, Ediciones de la Banda Oriental, (ISBN 978-9974-1-0850-9), p. 67
  10. ↑ (es) « Las mujeres uruguayas están en el Parlamento desde hace 68 años », La Red 21,‎ (lire en ligne)
  11. ↑ (es) « Julia Arévalo », sur Centro de Investigaciones sobre América del Norte, (consulté le )
  12. ↑ (es) « Serie Mujeres Notables Uruguayas, Julia Arévalo – Primera Senadora Latinoamericana - 2007 - », sur Stamps.uy.post (consulté le )
  13. 1 2 3 (es) « «Pasionarias», la obra basada en la vida de Julia Arévalo llega al Teatro de la Candela », La Red 21,‎ (lire en ligne)
  14. ↑ (es) « JULIA ARÉVALO, MUJER DE BRONCE Y MIEL (2017) », sur Martinez Jessica (consulté le )
  15. ↑ (es) « Zamora en femenino, la ciudad se llena de actos con motivo del 8M », sur 24 Horas Zamora (consulté le )
  16. ↑ (es) « Inauguración del Memorial a las ex presas políticas », Mateamargo,‎ (lire en ligne)
  17. ↑ (es) « Centro Cultural Julia Arévalo », sur Montevideo Oeste (consulté le )
  18. ↑ (es) « Lavalleja: Partido Nacional rechazó homenaje a Julia Arévalo », El Popular,‎ (lire en ligne)
  19. ↑ (es) « Decreto Departamental N° 3.862 de fecha 07/02/2024 », sur Intendencia Departamental de Lavalleja