Jurande

corps de métier constitué de maîtres artisans dans l'Ancien régime

La jurande désignait en France, sous l'Ancien Régime, le groupe de jurés d'une corporation, formé par le serment mutuel que prêtaient chaque année, dans la plupart des cas, les maîtres d'un corps de métier. Ce serment portait sur le respect des règlements, mais aussi sur la solidarité et la morale professionnelle. La fonction de juré était attribuée à des membres élus au sein de la corporation, chargés de la représenter, de défendre ses intérêts, de veiller à l'application du règlement intérieur et de délivrer les titres de maîtres et d'apprentis.

Historique

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Les jurandes furent créées en même temps que les corporations, par Saint Louis. Les jurés (généralement quatre par corporation[1], faisaient office de gardiens du métier, d'inspecteurs du travail et de protecteurs du personnel ouvrier. Dans les corporations féminines, comme celles des lingères ou des couturières, etc., les élues portaient le titre de maîtresses jurées[2]. Dans l'industrie textile, où cinq métiers étaient exercés par les femmes (fileresses de soie à grands ou petits fuseaux, bordeuses sur soie, fabricantes d'orfrois et aumônières), la jurande pouvait être mixte ou composée d'hommes ; toutefois, celle des tisserandes de soie pour couvre-chefs féminins n'était formée que de jurées[3].

« Par ordonnance de 1467, Louis XI arma tous les gens de métier, les partagea en soixante et une bannières et compagnies, en mettant chaque bannière sous la conduite d'un principal ou d'un sous-principal, élus tous les ans par les chefs d'hôtels, des métiers et des compagnies. Toujours préoccupé du soin de fortifier l'autorité royale, il exigea que les principaux et sous-principaux prêtassent et fissent prêter à tous les gens de métier serment de fidélité et d'obéissance immédiate envers le roi sur les saints Évangiles et sur la damnation de leur âme. C'est de ce serment que tire son origine le nom de juré qui, dès lors, fut donné à ceux qui exerçaient cette charge »[4].

Les jurandes, qui limitaient le nombre des patrons et favorisaient ainsi les monopoles, ont été abolies par l'édit de février 1776 de Turgot, avant d’être rétablies en sous la pression de leurs défenseurs[5]. Elles ont finalement été supprimées définitivement, comme toutes les autres corporations, par le décret d'Allarde des 2 et , confirmé par la loi Le Chapelier du .

Les jurés avaient pour mission de rendre visite aux maîtres, de contrôler la qualité des ouvrages et de diriger les cérémonies d’admission dans la corporation. Ils étaient en général élus à la majorité des voix[2] par l'assemblée des maîtres, puis nommés par les autorités publiques. Leur mandat durait généralement un an, et chaque corps comptait habituellement quatre jurés.

Les jurandes faisaient obstacle à l'emploi d'une main-d'œuvre docile et peu coûteuse par la jeune bourgeoisie industrieuse[6].

Charpentiers et maçons

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Les jurés des charpentiers et ceux des maçons étaient nommés à vie, faisant de leurs charges de véritables offices. Charles VI en interdit donc la vente[7].

Orfèvres

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De 1275 (1313 pour l'or) jusqu'à la Révolution, les jurandes des orfèvres garantissaient le titre des ouvrages réalisé par ces artisans ; un poinçon « de jurande » attestait de cette garantie. La vérification du titre des pièces était alors confiée à des fonctionnaires[8].

1994 - Une Jurande réapparaît

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A Thiers dans le Puy-de-Dôme, on produit de la coutellerie depuis le Moyen-Âge et la corporation est assujettie à une jurande dès 1582 :

Les « règles et statutz pour le règlement du mestier et artisage de coustelerie, en la ville et mandement de Thiers, accordéz par la commune délibération des maistres coutelier de ladite ville et banlieue sur l’exécution des lettres de chartres du roy Henri III du mois de mai 1582, nouvellement compilées et réformées sous le bon plaisir et autorisation de Sa Majesté et autres qu’il appartiendra et confirmées par lettres patentes du roy Louis XIII du mois de septembre 1614 » forment le cadre de la réglementation décidé par le pouvoir [9]. Comme expliqué ci-dessus, cette jurande disparaît à la révolution.

Au début des années 1990, la coutellerie de Thiers est confrontée, d’une part à la concurrence des exportations venues d’Asie à bas coût, et d’autre part aux revendications venues de la ville de Laguiole où on recommence à produire le couteau éponyme qui n’était plus fabriqué qu’à Thiers depuis près de 40 ans.

A l’automne 1993, quatorze couteliers se réunissent et décident de créer une confrérie à laquelle ils donnent le nom, en patois local, de « Confrérie du Couté de Tié ». Sa première décision porte sur la création d’un couteau représentatif de Thiers et ses environs. Au mois de , le modèle du couteau « LE THIERS ® » est déposé à l’INPI, ce qui le protège des contrefaçons[10].

La Confrérie, soucieuse de laisser à chacun de ses membres la possibilité de décliner librement le modèle du couteau « LE THIERS ®» dans leur production, tout en garantissant une haute qualité assise sur une morale professionnelle irréprochable, se rend compte que les dispositions les plus adaptées pour faire respecter son règlement trouvent leurs réponses dans la création d’une autorité semblable à celle du Moyen-Âge : ils créent donc une Jurande présentée aux couteliers thiernois en [11]. C’est ainsi que le Conseil de Jurande, présidé par un Grand Maître élu, s’assure que le couteau proposé coche tous les critères du règlement en terme de respect de la forme, de qualité, et de territorialité pour autoriser sa fabrication[12].

Ainsi adapté à notre époque, ce cadre juridique qu’on croyait relégué aux oubliettes continue de prospérer à la satisfaction de ses adhérents, toujours plus nombreux : en 1995, près de 30 entreprises avaient rejoint la Confrérie. En 2007, elles étaient 40. Dix ans plus tard, ils sont 51 fabricants auxquels s’ajoutent 14 couteliers d’art[13].

Notes et références

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  1. ↑ Larousse 1867, p. 1118.
  2. 1 2 Larousse année1867, p. 1118.
  3. ↑ Verdon 1999, p. 74.
  4. ↑ Larousse 1867, p. 1118..
  5. ↑ Richard Bloch, « Problèmes et conflits contemporains. La concurrence et les groupements de producteurs », Annales d’histoire économique et sociale, vol. 1, no 2,‎ , p. 203-224 (lire en ligne)
  6. ↑ Louis Meignen, Histoire de la révolution industrielle et du développement : 1776-1914, PUF, .
  7. ↑ François Husson, Artisans français : étude historique - Les charpentiers, Paris, Marchal & Billard, , 269 p. (lire en ligne).
  8. ↑ « Garantie des métaux précieux à travers l'Histoire (de 1260 à nos jours) », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
  9. ↑ (fr + et + en) Confrérie du Couté de Tié, LE THIERS © - Le livre, (ISBN 9 782953 016307, lire en ligne), p. 8 en français; 9 en anglais
  10. ↑ « Nom de la marque: Le Thiers » Accès libre, sur https://www.inpi.fr/ (consulté le )
  11. ↑ Confrérie du Couté de Tié, « La Gazette de Thiers: Avec "Le Thiers", une ville s'offre un emblème (doc 4/9) » Accès libre [jpg], sur https://lethiers.fr/, (consulté le )
  12. ↑ Auvergne Promobois, « Histoire et origine du couteau Le Thiers » Accès libre, sur https://www.auvergne-promobois.com (consulté le )
  13. ↑ Chambre du Commerce et de l'Industrie du Puy-de-Dôme, « Le Thiers ® » Accès libre, sur https://www.coutellia.fr/presentation-2/ (consulté le )

Annexes

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Voir aussi

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Bibliographie

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  • Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 3, Paris, Librairie classique Larousse et Boyer, , p. 1118.
  • François Husson, Artisans français : étude historique - Les charpentiers, Paris, Marchal & Billard, , 269 p. (lire en ligne).
  • Louis Meignen, Histoire de la révolution industrielle et du développement : 1776-1914, PUF, .
  • Jean Verdon, La Femme au Moyen Âge, Paris, Éditions Jean-Paul Gisserot, , 128 p., p. 74.

Articles connexes

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Liens externes

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