Kalanchoe daigremontiana
Bryophyllum daigremontianum · Kalanchoé de Daigremont
| Règne | Plantae |
|---|---|
| Clade | Angiospermes |
| Clade | Dicotylédones vraies |
| Clade | Noyau des Dicotylédones vraies |
| Ordre | Saxifragales |
| Famille | Crassulaceae |
| Genre | Kalanchoe |
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EN (Niveau Monde) : En danger
Kalanchoe daigremontiana, le Kalanchoé de Daigremont[1] est une espèce de plantes vivaces succulentes, de la famille des Crassulacées (Crassulaceae), originaire du Sud-Ouest de Madagascar, produisant de nombreuses propagules sur le bord des feuilles.
Endémique à Madagascar, l'espèce a été introduite dans de nombreuses régions tropicales où elle s'est parfois naturalisée et a pu devenir envahissante. C'est ainsi qu'on la trouve dans certaines zones à La Réunion, en Nouvelle-Calédonie et dans les Antilles françaises. Elle est aussi cultivée dans les jardins créoles.
Dans les régions tempérées, elle est cultivée comme plante d'appartement car elle ne nécessite quasiment aucun entretien et supporte bien l'atmosphère sèche des intérieurs.
Synonyme
modifierÉtymologie
modifierLe terme bryophyllum est composé à partir de deux mots grecs : βρῦον/βρύειν bryon/bryein « pousser » et φύλλον phyllon « feuille » par allusion à la production de « bulbilles » sur le bord des feuilles.
L'épithète spécifique daigremontiana -um est forgé à partir du patronyme de Madame et Monsieur Daigremont[3], des collectionneurs de Crassulacées, en remerciement de la mise à disposition pour étude de leur collection.
Nomenclature
modifierLa plante fut collectée en par Henri Perrier de La Bâthie sur les grès boisés ou dénudés du mont Androhibolava, sur les gneiss du Marosavoha Onilahy et sur les grès de l'Isalo et du Makay[3], dans le Sud Ouest de Madagascar[4].
Quatre ans plus tard, Raymond-Hamet et Perrier de la Bâthie en donnaient une description dans les Annales du Musée Colonial de Marseille[3] (1914) sous le nom de Kalanchoe daigremontiana.
Mais les botanistes s'opposaient sur l'extension à donner au genre Kalanchoe depuis que le britannique Salisbury avait établi (en 1806) un genre très proche des Kalanchoe qu'il appela Bryophyllum et qu'il caractérisa par des fleurs tétramères pendantes (et non érigées).
Certains botanistes, comme De Candolle (1828) ou Raymond Hamet étaient d'avis qu'il fallait concevoir un genre Kalanchoe sensu lato (au sens large) englobant les Bryophyllum, d'autres comme l'allemand Alwin Berger, étaient d'avis qu'il fallait garder distincts les genres Kalanchoe et Bryophyllum. C'est pourquoi, A. Berger reclassa en 1930, K. daigremontiana dans le genre Bryophyllum[5].
Les travaux très poussés[6] de Bernard Descoings (2006) semblent actuellement faire pencher la balance en faveur d'un genre unique Kalanchoe sensu lato[n 1]. Et les Bryophyllum deviennent un sous-genre des Kalanchoe.
Description
modifierKalanchoe daigremontiana est une plante succulente, pérenne, avec une tige dressée, non ramifiée, portant dans la partie supérieure des feuilles et dans la partie inférieure les cicatrices des pétioles des anciennes feuilles[7],[8].
La plante au port érigé et à croissance rapide peut mesurer jusqu'à 1 mètre, voire 1,50 m. Des racines adventives s'y développent parfois à 15 cm du sol, et donnent lorsqu'elles atteignent le sol de nouvelles plantes.
Ses feuilles opposées, décussées, pétiolées[9], épaisses, charnues, de 15-20 cm × 3-4 cm, sont cordées, subpeltées à lancéolées, souvent incurvées. La marge crénelée porte dans les indentations des bulbilles cochléaires[n 2]. Les bulbilles sont portées par des excroissances spéciales sur le bord du limbe et tombent au moindre contact. Ces propagules commencent à développer leurs racines sur la plante (embryogenèse somatique naturelle) puis s'enracinent en tombant sur le sol.
La face supérieure des feuilles est gris verdâtre. La face inférieure est marbrée de brun-pourpre.
L'inflorescence paniculiforme est composée d'un axe et de 2 ou 3 pédoncules primaires latéraux, opposés, terminés au sommet par des cymes bipares [9]. L'inflorescence supporte des fleurs tubulaires pendantes avant et pendant l'anthèse mais érigées après celle-ci. Le calice tubulaire, de 4-7 mm de long, est bordé de 4 lobes triangulaires. La corolle, plus longue que le calice, est formée par un long tube, rouge pourpre ou rose terne foncé, de 25 mm de long, bordé de 4 lobes de 8 mm. Les 8 étamines sont fixées au milieu du tube corollien. Les 4 nectaires sont plus larges que haut. Soudés entre eux sur un cinquième environ de leur longueur totale, les carpelles sont appliqués les uns contre les autres[3].
Dans de bonnes conditions, la plante fleurit un à deux ans après la plantation d'une propagule. Elle produit alors en hiver, si l'exposition solaire a été suffisante, de spectaculaires grappes de fleurs de forme tubulaire d'environ 1,5 cm de long de couleur violette, orange, rouge ou jaune selon les variétés. Les graines ne sont pas viables mais K. daigremontiana est une espèce à formation constitutive de bulbilles foliaires[10] qui lui assurent une multiplication végétative efficace.
La plante est monocarpique : la tige principale meurt après la floraison, généralement un à deux ans après la plantation d'une propagule[11]. Des ramifications latérales peuvent cependant parfois se développer à partir de la base, prolongeant la vie de l'individu au-delà de la floraison. La continuité de l'espèce est assurée par les nombreuses propagules produites tout au long du cycle.
- Sur un mur à Madère.
- Kalanchoe daigremontiana dans la nature.
- Port de la plante.
- Inflorescence.
- Propagule sur le bord d'une feuille.
Toxicité
modifierToutes les parties de la plante contiennent des bufadienolides (daigremontianine et bersaldégénine-1,3,5-orthoacétate[12]) et sont toxiques pour l'homme, les animaux de compagnie et le bétail. Elles ont une forte activité insecticide. Il faut se protéger les mains lors de la manipulation des graines.
L'hybride Kalanchoe daigremontiana × K. delagoense ressemble à K. daigremontiana mais avec des feuilles plus étroites. Il a été classé parmi les plantes envahissantes en Australie.
Distribution
modifierLe Kalanchoé de Daigremont est originaire du Sud-ouest de Madagascar où il était indigène. Plus précisément de la vallée du fleuve Fiherenana et des montagnes Androhibolava[13]. Il a été introduit dans de nombreuses régions tropicales et subtropicales d'Asie, d'Australie, d'îles du Pacifique, d'Afrique, d'Amérique et d'Europe (Espagne, Portugal, Italie).
Il pousse dans les zones sèches et arides.
Cultivé dans les jardins tropicaux, il s'est souvent échappé et naturalisé.
L'espèce est déclarée plante envahissante en : Afrique du Sud, Hawaï, Cuba, Porto Rico, Venezuela, Queensland (Australie), Nouvelle-Calédonie[14].
Statut à Madagascar
modifierParadoxalement, alors que l'espèce est classée comme envahissante dans de nombreux pays, elle est évaluée comme En danger (EN) par l'UICN dans son aire d'origine malgache. Seules cinq localités sauvages de K. daigremontiana sont connues à Madagascar, et le dernier spécimen sauvage documenté date de 1928[15]. Son habitat naturel se superpose à celui de Kalanchoe laetivirens, espèce proche avec laquelle elle est souvent confondue et qui semble l'avoir largement supplantée localement.
Culture
modifierCette plante se contente de n'importe quel type de sol drainant (donc de préférence mélangé à du sable).
Elle prospère en Zone USDA 9b à 11, supporte bien la sécheresse mais pas le gel (rusticité aux alentours de 5 °C). Elle n'a pas besoin d'engrais et peut devenir une plante envahissante. Il est déconseillé de la jeter au compost pour éviter sa prolifération incontrôlée car, même coupée en morceaux, la feuille continue de produire de nouvelles plantules. De même, si on souhaite la cultiver, il vaut mieux le faire en pot plutôt qu'en pleine terre.
La multiplication se fait en laissant les plantules qui tombent sur le sol prendre racine. La bouture et le semis sont également possibles mais les graines perdent vite leur pouvoir germinatif.
L'espèce est sensible à l'oïdium.
- Hybride Kalanchoe daigremontiana × delagoensis
- Propagules au bord d'une feuille
- Fleur de l'hybride Bryophyllum × houghtonii
Physiologie : métabolisme acide des Crassulacées (CAM)
modifierK. daigremontiana pratique le métabolisme acide crassulacéen (CAM, de l'anglais Crassulacean Acid Metabolism), un mode de photosynthèse adapté aux milieux arides. Contrairement aux plantes en C₃ ou C₄, les plantes CAM ouvrent leurs stomates la nuit pour fixer le CO₂, qu'elles stockent temporairement sous forme d'acide malique dans leurs vacuoles, avant de le décarboxyler et de l'utiliser pour la photosynthèse le jour, stomates fermés. Ce mécanisme réduit considérablement les pertes d'eau par transpiration[16].
K. daigremontiana est l'une des espèces de Kalanchoë les plus intensément étudiées sur le plan du CAM et a servi de modèle pour de nombreuses généralisations sur les mécanismes biochimiques de ce métabolisme[17].
Utilisations
modifierK. daigremontiana est principalement cultivée comme plante d'appartement dans les régions tempérées.
En médecine traditionnelle, notamment en Amérique latine (où elle est connue sous le nom d'« aranto ») et en Afrique du Sud, des préparations à base de feuilles sont utilisées empiriquement contre les inflammations ou les troubles digestifs (sans validation clinique à ce jour et avec un risque toxique réel, voir section Toxicité)[18].
Sur le plan scientifique, des études in vitro ont documenté des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et cytotoxiques attribuées à ses bufadienolides et flavonoïdes[19], sans qu'aucun médicament homologué n'en soit issu.
Son métabolisme CAM en fait également un organisme modèle pour la recherche sur l'efficacité hydrique des plantes, avec des perspectives d'application à la production de biomasse en zones arides — domaine où des espèces à plus grande biomasse comme Agave ou Opuntia lui restent cependant supérieures[20].
Espèces proches et risques de confusion
modifierK. daigremontiana est fréquemment confondue avec trois taxons proches[21] :
- Kalanchoe laetivirens : feuilles entièrement vertes, sans taches ni marbrures sur la face inférieure, d'où son épithète laetivirens (« d'un vert vigoureux »). Les deux espèces partagent le même type de propagules foliaires.
- Kalanchoe delagoensis (anciennement K. tubiflora) : feuilles très étroites et cylindriques, nettement différentes des feuilles lancéolées à ovées de K. daigremontiana.
- Kalanchoe × houghtonii : hybride entre K. daigremontiana et K. delagoensis, aux feuilles plus étroites et à base atténuée à cunéiforme (et non cordée-peltée comme chez K. daigremontiana
Notes
modifier- ↑ pour des informations supplémentaires voir Kalanchoe#Nomenclature et systématique
- ↑ en forme de colimaçon
Références
modifier- ↑ Amic Alain, « Kalanchoe daigremontiana - Famille des Crassulacées »
- ↑ USDA, Agricultural Research Service, National Plant Germplasm System. Germplasm Resources Information Network (GRIN-Taxonomy). National Germplasm Resources Laboratory, Beltsville, Maryland., consulté le .
- 1 2 3 4 Raymond-Hamet et Perrier de la Bâthie, « Nouvelle contribution à l'étude des Crassulacées Malgaches », Annales du Musée colonial de Marseille, vol. 3e série, no 2, (lire en ligne)
- ↑ muséum
- ↑ Nat. Pflanzenfam., ed. 2 [Engler & Prantl] 18a: 412., 1930
- ↑ Bernard Descoings, « Le genre Kalanchoe structure et définition », Le Journal de Botanique (Société Botanique de France), vol. 33, , p. 3-28 (lire en ligne)
- ↑ Jacques Fournet, Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, Gondwana éditions, Cirad,
- ↑ Natacha Mauric, « Kalanchoe daigremontiana - Kalanchoé De Grémont »
- 1 2 (en) Flora of Pakistan : Bryophyllum daigremontianum (Raym.-Hamet & H. Perrier) Berger
- ↑ Helena M. P. Garcês, Connie E. M. Champagne, Brad T. Townsley, Soomin Park, Rui Malho, Maria C. Pedroso, John J. Harada, and Neelima R. Sinha, « Evolution of asexual reproduction in leaves of the genus Kalanchoë », PNAS, vol. 104, no 39,
- ↑ « Kalanchoe daigremontiana », sur NC State Extension Gardener Plant Toolbox (consulté le )
- ↑ Rani Maharani, Sofa Fajriah, Revan Hardiawan, Unang Supratman, « Insecticidal bufadienolides from the leaves of Kalanchoe daigremontiana (Crassulaceae) », Proceeding of The International Seminar on Chemistry, Jatinangor, , p. 236-239
- ↑ « Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H.Perrier », sur Plants of the World Online, Kew Science (consulté le )
- ↑ CABI, « Invasive Species Compendium ; Kalanchoe daigremontiana »
- ↑ Smith, G.F. et al., « The Distribution of Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H.Perrier in Madagascar », CactusWorld, vol. 38, , p. 309-313
- ↑ Kluge, M. ; Ting, I.P., « Crassulacean Acid Metabolism: Analysis of an ecological adaptation », Ecological Studies, Springer-Verlag, vol. 30,
- ↑ Lüttge, U., « Crassulacean Acid Metabolism in the Genus Kalanchoë: Ecological, Physiological and Biochemical Aspects », Ecological Studies, Springer,
- ↑ Rodrigues, M. et al., « Biological properties of different extracts of the Kalanchoe daigremontiana: a review », Pharmaceutical Biology, (DOI 10.1093/rpsppr/rqac009)
- ↑ Stefanowicz-Hajduk, J. et al., « Identification of Flavonoids and Bufadienolides and Cytotoxic Effects of Kalanchoe daigremontiana Extracts on Human Cancer Cell Lines », Planta Medica, (DOI 10.1055/a-1099-9786)
- ↑ Widmann, K. et al., « Biomass production and nitrogen contents of the CAM plants Kalanchoe daigremontiana and K. tubiflora », Oecologia, vol. 82, (DOI 10.1007/BF00319789)
- ↑ Shaw, J.M.H., « An investigation of the cultivated Kalanchoe daigremontiana group, with a checklist of Kalanchoe cultivars », Hanburyana, vol. 3, , p. 17-79
Liens externes
modifierBases de référence :
- (en) JSTOR Plants : Kalanchoe daigremontiana (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & Perrier (consulté le )
- (en) Madagascar Catalogue : Kalanchoe daigremontiana (consulté le )
- (en) GRIN : espèce Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H. Perrier (consulté le )
- (fr) INPN : Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H.Perrier, 1914 (TAXREF) (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H. Perrier (consulté le )
- (en) NCBI : Kalanchoe daigremontiana (taxons inclus) (consulté le )
- (en) The Plant List : Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H. Perrier (source : Tropicos.org) (consulté le )
- (en) Tropicos : Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H. Perrier (Syn. Bryophyllum daigremontianum (Raym.-Hamet & H. Perrier) A. Berger) (+ liste sous-taxons) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Kalanchoe daigremontiana Raym.-Hamet & H.Perrier (consulté le )