Kansala
Kansala est une ancienne ville fortifiée du Kaabu, située dans l'actuelle Guinée-Bissau. Elle constitue pendant plusieurs siècles la capitale politique, religieuse et cérémonielle de cet État mandingue. La ville est détruite en 1867 lors de la bataille de Kansala, qui entraîne la disparition du Kaabu comme puissance régionale.
| Kansala Kansalá | |||
Carte de l'Afrique de l'Ouest en 1625 montrant le Kaabu. | |||
| Localisation | |||
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| Pays | |||
| Type | Ancienne capitale et ville fortifiée | ||
| Coordonnées | 12° 32′ 11″ nord, 14° 11′ 41″ ouest | ||
| Histoire | |||
| Époque | Moyen Âge et époque moderne | ||
| Géolocalisation sur la carte : Guinée-Bissau
Géolocalisation sur la carte : Afrique
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Histoire
modifierFondation et rôle politique
modifierLe Kaabu se forme à partir du XIIIe siècle sous l'impulsion de populations mandingues venues de l'empire du Mali, dont il constitue d'abord une province vassale. Le mansaba Mansa Sala Sane établit Kansala comme capitale afin de remplacer l'ancien centre politique baïnouk de Mampatim, moins central dans le territoire du Kaabu[1].
La ville abrite un bois sacré dans lequel se déroule le couronnement du mansaba. Kansala constitue ainsi le principal centre politique, religieux et symbolique du royaume[1].
Après le déclin de l'empire du Mali, Sama Koli proclame l'indépendance du Kaabu en 1537. Le nouvel État conserve des institutions politiques et des traditions culturelles héritées du Mali. Il développe également des relations commerciales avec les comptoirs portugais établis sur la côte atlantique[2].

Fortifications
modifierKansala est protégée par un ensemble de fortifications en terre appelées tata. Les récits historiques et les traditions orales décrivent sept enceintes successives, chacune étant associée à l'un des principaux territoires du Kaabu[3].
Ces enceintes délimitent les différents espaces de la capitale et protègent le quartier royal, les habitations, les réserves ainsi que les lieux cérémoniels. Leur organisation reflète aussi la structure politique du royaume et les relations entre ses provinces.
Bataille de Kansala
modifierAu cours du XIXe siècle, les relations se dégradent entre les élites mandingues du Kaabu et les États musulmans peuls de la région. Dans les années 1860, les forces de l'imamât du Fouta-Djalon, soutenues par des groupes peuls établis dans le Kaabu, engagent une campagne contre le pouvoir du mansaba.
En 1867, Kansala est assiégée pendant onze jours. Les assaillants parviennent à franchir les enceintes extérieures et pénètrent dans la ville. Le mansaba Janke Wali ordonne alors de mettre le feu aux réserves de poudre. L'explosion détruit une grande partie de Kansala et tue de nombreux défenseurs ainsi qu'une partie des forces d'invasion[4].
La destruction de la capitale met fin au Kaabu comme État indépendant. Son ancien territoire se divise ensuite entre plusieurs pouvoirs locaux, tandis que l'influence du Fouta-Djalon progresse dans la région.

Organisation de la ville
modifierKansala comprend un quartier royal protégé par plusieurs enceintes en terre. Le palais du mansaba, les espaces cérémoniels, les réserves de nourriture et de poudre ainsi que les habitations des dignitaires se trouvent dans les secteurs les mieux défendus.
La capitale possède aussi un bois sacré consacré aux cérémonies d'intronisation. Les traditions politiques du Kaabu associent ainsi l'autorité du souverain aux lieux rituels, aux lignages dirigeants et au contrôle de la ville fortifiée.
Les constructions utilisent les matériaux disponibles dans la région, dont la terre, le bois et les fibres végétales. La destruction de 1867 et l'érosion font disparaître une grande partie des structures visibles en surface.
Archéologie
modifierLe site conserve des traces d'enceintes en terre, de zones d'habitation et d'espaces liés à l'ancien pouvoir royal. Les recherches archéologiques visent à préciser l'emplacement des fortifications, l'organisation de la capitale et la chronologie de son occupation.
Au début de l'année 2024, une équipe internationale entreprend les premières fouilles archéologiques systématiques du site. Les travaux se concentrent sur les vestiges du tata royal et sur l'organisation des espaces situés à l'intérieur des enceintes.
Les recherches confrontent les vestiges matériels aux récits historiques et aux traditions orales consacrées à la bataille de 1867. Elles portent également sur les techniques de construction en terre, la vie quotidienne des habitants et les échanges commerciaux du Kaabu.

Mémoire et patrimoine
modifierLa bataille de Kansala occupe une place importante dans les traditions historiques des populations mandingues de la Guinée-Bissau, du Sénégal et de la Gambie. Sa mémoire se transmet par les récits des griots et par les généalogies des familles liées aux anciennes élites du Kaabu.
Le site constitue un témoignage matériel de l'histoire politique de la Sénégambie intérieure et des relations entre les États mandingues et le Fouta-Djalon au XIXe siècle.
Notes et références
modifier- 1 2 Daouda Mané, Bipolarisation du Sénégal du XVIe-XVIIe siècle, Dakar, HGS Éditions, , « La question des origines et de l'émergence de l'État de Kaabu », p. 279
- ↑ (en) Richard Andrew Jr. Lobban et Peter Karibe Mendy, Historical Dictionary of the Republic of Guinea-Bissau, Lanham, Scarecrow Press, , 157-158 et 275-276 (ISBN 978-0-8108-5310-2)
- ↑ (en) Sirio Canós-Donnay, Fortifications in their Natural and Cultural Landscape: From Organising Space to the Creation of Power, Bonn, Habelt-Verlag, , 72-74 p., « Fluid fortresses in changing states: Tàta in southern Senegal (13th–19th centuries AD) »
- ↑ (en) Richard Andrew Jr. Lobban et Peter Karibe Mendy, Historical Dictionary of the Republic of Guinea-Bissau, Lanham, Scarecrow Press, , 275-276 p. (ISBN 978-0-8108-5310-2)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Richard Andrew Jr. Lobban et Peter Karibe Mendy, Historical Dictionary of the Republic of Guinea-Bissau, Lanham, Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-5310-2)
- Daouda Mané, Bipolarisation du Sénégal du XVIe-XVIIe siècle, Dakar, HGS Éditions,
- (en) Sirio Canós-Donnay, Fortifications in their Natural and Cultural Landscape: From Organising Space to the Creation of Power, Bonn, Habelt-Verlag, , 63-84 p., « Fluid fortresses in changing states: Tàta in southern Senegal (13th–19th centuries AD) »