Karl Baedeker
Karl Baedeker, né à Essen le et mort à Coblence le , est un libraire, un éditeur et un écrivain allemand connu pour son succès dans le domaine des guides de voyage grâce à l'introduction du format « de poche ».
Biographie
modifierKarl Baedeker est le fils de Marianne Gehra (1781-1847) et de l'éditeur et libraire, Gottschalk Diedrich Baedeker, fondateur en 1817 de la maison d'édition G. D. Baedeker Verlag[1]. Karl, l'aîné, a sept frères et sœurs.
Dans un premier temps, formé dans la maison de son père, Karl Baedeker se contente de traduire les guides du britannique John Murray ; il s'associe à lui et finit par le supplanter dans ce secteur. En effet, en 1827, il fonde sa propre maison et publie dix ans plus tard, en allemand, la seconde édition d'un guide touristique (Rheinreise von Mainz bis Köln) qui est considérée comme le modèle initial du nouveau format de guide qu'il propose[1]. Les ouvrages de Murray possèdent déjà une reliure entoilée de couleur rosé, mais font 18 cm sur 12 cm (in-octavo)[2].
Tout en s'inspirant de Murray de façon affirmée, Karl Baedeker va révolutionner le monde du guide de voyage en développant le format « de poche » (in-18°, d'une hauteur inférieure à 14 cm) : jusqu'alors, en effet, les guides destinés aux voyageurs étaient de semblables à des encyclopédies, souvent volumineuses et richement illustrées et qui, par suite, ne s'adressaient qu'à un public restreint ou tout simplement, manquaient de clarté. Grâce à un papier bible, les guides Baedeker pèsent pour leur part moins de 500 grammes ; les illustrations cèdent la place à de nombreuses cartes des villes et des lieux visités. Son objectif est de faciliter les visites touristiques tout en se passant des services d'un guide-conférencier[1]. L'utilisation d'« étoiles » pour identifier les principaux lieux et les meilleurs hôtels est l'une des innovations notables de ses guides[1].
Le succès de ses guides est rapide : dès le milieu du XIXe siècle, Baedeker devient synonyme de précision et clarté, à concurrence des guides Murray et Joanne[3].
Le « guide Baedeker »
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Baedeker regroupe ses guides sous la forme d'une véritable collection dotée d'une identité visuelle : une reliure en toile rouge au lettrage doré. Enfin, il s'attache à la mise à jour régulière des informations. Il précise au début de chaque ouvrage qu'il n'accepte aucune publicité, les appréciations (notamment pour les hôtels et les restaurants) sont donc données en toute impartialité. Le grand intérêt de cette collection, à l'époque, était de présenter les facilités de transport qu'apportait le chemin de fer, en pleine expansion. Baedeker met au point une organisation remarquable : pour chaque titre de la collection, un coordinateur est nommé, assisté de collaborateurs ayant chacun une fonction nettement définie. Karl Baedeker rédige une grande partie des guides et revoit tous les textes avant leur publication[3]. Il échange avec des experts et effectue des voyages incognito pour garantir la qualité de ses guides[1].
À compter de 1846, Karl Baedeker a pour politique de publier la plupart de ses guides en deux langues : allemand, et français[1]. À sa mort, beaucoup de destinations européennes possèdent déjà leur guide[1].
Après le décès du fondateur en 1859, ses fils prennent la direction de la maison d'édition. L'aîné, Ernst (1833-1861), publie le premier ouvrage en anglais (Le Rhin, 1861), mais meurt prématurément en 1861, à l'âge de 28 ans. Son frère benjamin, Karl (1837-1911), lui succède et enrichit le catalogue de titres en anglais. En 1869, le cadet, Fritz (1844-1925), devient également associé. En 1870, les deux frères abandonnent la librairie familiale et, en 1872, transférent la maison d'édition à Leipzig, centre névralgique de l'édition allemande. Sept ans plus tard, en 1878, à l'âge de 40 ans, Karl doit se retirer de la direction pour cause de maladie mentale, et Fritz devient l'unique propriétaire.
En 1883, Baedeker signe un partenariat avec l'éditeur parisien Paul Ollendorff qui dure jusqu'en 1914. Les versions françaises paraissent avec les deux marques d'éditeurs, sous l'appellation Manuels du voyageur pour tous pays en trois langues. Guides Baedeker[5].
La bibliographie d'Alex Hinrichsen[6] recense pour la période 1832-1944 plus de 477 éditions en allemand, 226 éditions en français, et 266 éditions en anglais[7]. Ainsi le guide Baedeker est vraisemblablement le guide de voyage ayant acquis la plus grande notoriété dans le monde.
Fritz meurt en 1925 et ce sont ses trois fils qui poursuivent l'aventure éditoriale, célébrant en 1927 le centenaire de la marque. En 1929, l'entreprise, qui avait fortement souffert de conséquences de la Première Guerre mondiale, doit faire un emprunt auprès de Allen & Unwin, l'éditeur britannique des guides Baedeker. En 1934, le régime nazi vole au secours de l'éditeur, entraînant une dépendance sur le plan de la propagande. Durant la Seconde Guerre mondiale, le 3 décembre 1943, le siège est entièrement détruit par les bombardements alliés. Les archives de l'éditeur, comprenant tous ses documents textuels et de nombreuses cartes, furent également perdues[3].
Karl Friedrich Baedeker (1910-1979), arrière-petit-fils du fondateur, crée une nouvelle société à Malente en 1948, conservant le nom d'origine. Le siège social est transféré à Fribourg-en-Brisgau en 1956. En 1951, il s'associe à l'éditeur et cartographe Kurt Mair (1902-1957) à Stuttgart pour créer les guides de voyage « Baedekers Shell ». Après le décès de Kurt Mair, son fils Volkmar (1931-2025) reprend la direction de la maison d'édition. Suite aux décès de Karl Friedrich Baedeker en 1979 et, peu après, de son fils, la société Langenscheidt KG rachète la filiale fribourgeoise. En 1987, les deux maisons d'édition ont fusionné pour former Karl Baedeker GmbH, dont le siège social est situé à Ostfildern. En 1997, Mairs Geographischer Verlag, devenue MairDumont en 2005, rachète la maison d'édition Karl Baedeker, ainsi que tous les droits sur le nom.
Les premières éditions du guide Baedeker sont très recherchées par les collectionneurs.
Illustrations
modifierBaedeker se fait remarquer par le nombre et la qualité des cartes, des plans, et la beauté des panoramas dépliants, tandis qu’on trouve inclus dans le texte des plans d’églises et de musées. Au niveau cartographique, l’enrichissement est continuel et la couleur fait son apparition, constituant l’un des points forts des Guides Baedeker, et l’une des supériorités sur les Guides Murray[3].
Représentations
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Cinéma
modifierAu cinéma (avec Peter Ustinov) et à la télévision (avec David Suchet), les deux versions de l'aventure d'Hercule Poirot Mort sur le Nil, d'après Agatha Christie, montrent clairement l'utilisation par Poirot et ses compagnons de voyage, du guide Baedeker sur l'Égypte avec sa couverture rouge caractéristique.
Le guide Baedeker est aussi maintes fois évoqué dans le film Chambre avec vue de James Ivory par les protagonistes lors de leur séjour touristique dans la région florentine.
Littérature
modifierDans La muerte y la brújula (es) (1942), de Jorge Luis Borges (La Mort et la boussole, in: Fictions), apparaît une page arrachée d'un Baedeker.
Le guide est également évoqué dans la nouvelle Le droit romain n'est plus d'Aragon ainsi que dans le roman Brisure à senestre de Nabokov.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Karl Baedeker sur l’Encyclopædia Britannica (consulté le 23 novembre 2022)
- ↑ (en) L'ouvrage de référence est : John Murray: A hand-book for travellers on the continent : being a guide through Holland, Belgium, Prussia and Northern Germany, and along the Rhine, from Holland to Switzerland : containing descriptions of the principal cities ... with an index map, Londres, MDCCCXXXVIII [1838] — sur Open Library.
- 1 2 3 4 Goulven Guilcher, « Les guides européens et leurs auteurs : clefs de lecture », In Situ. Revue des patrimoines, no 15, 2011 — lire sur OpenEdition.
- ↑ (de) Hans Joachim Bodenbach, « Rheinansichten aus dem Verlag Karl Bädeker (Baedeker) in Koblenz », Eifel und Kunst, 2008.
- ↑ Exemple d'ouvrage (1907), La Gazette Drouot, 21 août 2017.
- ↑ Baedeker`s Reisehandbücher: 1832 - 1944. Bibliographie der deutschen, französischen und englischen, 1981, (ISBN 978-3922293026).
- ↑ Hinrichsen 1981
Annexes
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Sur Karl Baedeker
- (de) Otto Mühlbrecht, « Baedeker (1. Art.) », dans Allgemeine Deutsche Biographie (ADB), vol. 1, Leipzig, Duncker & Humblot, , p. 759-760 (Familienartikel)
- (de) Karl Friedrich Pfau, « Baedeker (2. Art.) », dans Allgemeine Deutsche Biographie (ADB), vol. 46, Leipzig, Duncker & Humblot, , p. 180-182 (Familienartikel)
- (de) Hans Lülfing, « Baedeker, Karl », dans Neue Deutsche Biographie (NDB), vol. 1, Berlin, Duncker & Humblot, , p. 516–517 (original numérisé)
- Rudolf Schmidt: Baedeker, Familie. In: Deutsche Buchhändler – Deutsche Buchdrucker. Beiträge zu einer Firmengeschichte des deutschen Buchgewerbes. Band 1, Berlin 1902, S. 18–21 (Digitalisat)
- Burkhart Lauterbach (de): Baedeker und andere Reiseführer. Eine Problemskizze. In Zeitschrift für Volkskunde. Halbjahresschrift der Deutschen Gesellschaft für Volkskunde 85, 1989, S. 206–234 (Digitalisat).
- Andreas Austilat (de): Herr Baedeker irrt nie, in: Der Tagesspiegel Nr. 20394, Berlin, 27. September 2009; S. S7.
- Sur les Guides Baedeker
(fr) K. Baedeker, Allemagne du Sud et Autriche, 12e édition, revue et augmentée, Leipzig, Verlag Karl Baedeker, 1902.
(de) Alex Hinrichsen, Baedeker’s Reisehandbücher 1832-1944 : Bibliographie der deutschen, französischen und englischen Ausgabe, Holzminden, Hinrichsen, , 72 p. (ISBN 3922293026 et 9783922293026, OCLC 8906807)- (de) Karl Baedeker et Karl Baedeker GmbH (Ostfildern), Baedecker : ein Name wird zur Weltmarke, Ostfildern, Baedeker, coll. « Baedeker-Allianz-Reiseführer », , 136 p. (ISBN 389525830X et 9783895258305, OCLC 243897840)
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :