Karol Nawrocki

historien et homme d'État polonais

Karol Nawrocki, né le à Gdańsk, est un historien et homme d'État polonais, d'obédience conservatrice. Il est président de la république de Pologne depuis le .

Karol Nawrocki
Illustration.
Karol Nawrocki en 2025.
Fonctions
Président de la république de Pologne
En fonction depuis le
(1 an, 1 mois et 12 jours)
Élection 1er juin 2025
Président du Conseil Donald Tusk
Prédécesseur Andrzej Duda
Président de l'Institut de la mémoire nationale

(3 ans, 10 mois et 14 jours)
Prédécesseur Jarosław Szarek
Successeur Fonction vacante
Directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdańsk

(3 ans, 9 mois et 4 jours)
Prédécesseur Paweł Machcewicz
Successeur Grzegorz Berendt
Biographie
Nom de naissance Karol Tadeusz Nawrocki
Date de naissance (43 ans)
Lieu de naissance Gdańsk (Pologne)
Nationalité Polonaise
Parti politique Indépendant[N 1]
Conjoint Marta Smoleń
Diplômé de Université de Gdańsk
École polytechnique de Gdańsk
Profession Historien
Religion Catholicisme
Résidence Palais présidentiel (Varsovie)

Signature de Karol Nawrocki

Image illustrative de l’article Karol Nawrocki
Présidents de la république de Pologne

Issu d'un milieu modeste, il sort diplômé de l'université de Gdańsk en puis soutient cinq ans plus tard une thèse de doctorat. Ses recherches portent sur l'histoire du sport, le crime organisé et la résistance anticommuniste en République populaire de Pologne.

Directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdańsk entre 2017 et 2021, il est ensuite nommé président de l'Institut de la mémoire nationale où il défend une orientation patriotique et anticommuniste du récit national polonais.

Malgré son inexpérience politique et plusieurs controverses au sujet de son passé, il est proposé comme candidat à l'élection présidentielle de 2025 par le parti national-conservateur Droit et justice, dont il n'est pourtant pas membre. Il est élu président de la République au second tour face à son adversaire libéral Rafał Trzaskowski, à l'issue d'un scrutin particulièrement serré et marqué par un taux de participation record depuis l'avènement de la Troisième République.

Il entame son mandat présidentiel par une cohabitation avec le gouvernement libéral et pro-européen de Donald Tusk.

Situation personnelle

modifier

Origines

modifier

Karol Nawrocki est issu d'un milieu modeste[1]. Il grandit dans la banlieue de Gdansk, dans de vastes ensembles résidentiels en béton construits durant l’ère communiste[2].

En 2009, membre d'un groupe d'ultras du Lechia Gdańsk, il participe à une rixe impliquant 140 personnes contre des supporters du club rival du Lech Poznań. Interrogé sur cet épisode durant sa campagne présidentielle, Nawrocki reconnaît sa présence lors de cet affrontement qu'il qualifie cependant de « combat noble et viril »[3],[4],[5].

Mariage et descendance

modifier

Karol Nawrocki est marié depuis le à Marta Smoleń (née en 1986), elle-même diplômée de l'université de Gdańsk et fonctionnaire du Service national des douanes et des impôts, spécialisée dans le contrôle de l'industrie pétrolière et la lutte contre le commerce frauduleux[6].

Le couple a deux enfants, Antoni (né en 2011) et Katarzyna (née en 2018). Karol Narwocki a par ailleurs élevé et adopté Daniel (né en 2003), issu d'une précédente relation de son épouse[7].

Formation

modifier

Après des études secondaires achevées en 2002 dans un lycée à section sportive où il pratique le football et la boxe[8] (il est champion régional de boxe amateur en Poméranie dans la catégorie poids lourd en 2004), il commence des études d'histoire à l'université de Gdańsk en 2003, où il termine un master (magister) en 2008, tout en ayant exercé plusieurs petits emplois[5], notamment comme agent de sécurité au Grand Hôtel de Sopot. Il obtient un diplôme de technicien spécialiste en gestion du personnel.

Il soutient en 2013 une thèse préparée sous la direction de Grzegorz Berendt (en) et intitulée « La résistance sociale aux autorités communistes dans la voïvodie d'Elbląg de 1976 à 1989 », et obtient un doctorat en sciences humaines. En 2023, il finalise, à l'École polytechnique de Gdańsk, un MBA international en stratégie, gestion de programmes et de projets[5].

Carrière d'historien

modifier
Karol Nawrocki en 2022.

Entre 2009 et 2017, Karol Nawrocki travaille pour l'Institut de la mémoire nationale (IPN). De 2017 à 2021, il est directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdańsk[9]. Il s'oppose alors aux travaux de la nouvelle école polonaise d'histoire de la Shoah menée par des historiens comme Jan Tomasz Gross, Barbara Engelking et Jan Grabowski (en), qui documentent le rôle de certains Polonais dans la Shoah[4].

Il revient ensuite à l'Institut de la mémoire nationale, dont il est élu président par le Parlement en . Il s'attribue alors un luxueux logement de fonction dans le complexe du musée alors que son appartement se trouve à cinq kilomètres de son bureau, tandis que le fonctionnement jugé népotique et politisé de l’IPN sous ses ordres est dénoncé par de nombreux universitaires[2]. Il quitte la tête de l'Institut après sa victoire à l'élection présidentielle de 2025[10].

Partisan du déboulonnage des monuments soviétiques, cela lui vaut d'être inscrit par la Russie sur la liste des personnes recherchées[5].

Parcours politique

modifier

Élection présidentielle de 2025

modifier
Logo de la campagne présidentielle de Karol Nawrocki.

Le , alors qu'Andrzej Duda ne peut briguer un troisième mandat, Karol Nawrocki est choisi pour représenter Droit et justice (PiS) à l'élection présidentielle de 2025. Jarosław Kaczyński, président du parti national-conservateur, semble ainsi faire le même pari que pour Duda, peu connu avant de remporter l'élection présidentielle de 2015[2].

D'origine modeste, Karol Nawrocki cultive une image de candidat proche du peuple face au maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, représentant de la Coalition civique (KO), défait par Andrzej Duda à l'élection présidentielle de 2020 et souvent perçu comme le candidat des élites. Trzaskowski est activement soutenu par le gouvernement Tusk dans un contexte de blocage institutionnel avec le président Duda, qui use souvent de son droit de veto[2],[1].

Les débuts de la campagne de Nawrocki sont difficiles. Il souffre d'un manque d'expérience politique et fait l'objet de scandales, notamment en raison de relations avec des supporteurs de football ultras, de membres de groupes criminels et d'un militant néonazi. Les sondages le donnent un temps distancé de vingt points par Rafał Trzaskowski, voire en passe d'être éliminé dès le premier tour par le candidat d'extrême droite Sławomir Mentzen[2].

Deux semaines avant le premier tour, il rencontre à la Maison-Blanche le président des États-Unis, Donald Trump. Il réaffirme ainsi son alignement avec la ligne du président Duda, critique de la « politique anti-américaine de l’Union européenne ». Il s'affiche aussi aux côtés de George Simion, candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle roumaine de 2025[11].

Lors du premier tour, Karol Nawrocki réalise un score plus élevé qu'attendu avec 29,5 % des voix, moins de deux points derrière Trzaskowski. Dans l'entre-deux-tours, comme son adversaire, il s'entretient avec l'ultra-nationaliste Sławomir Mentzen (14,8 %), devant lequel il s'engage à s’opposer à l’adhésion de l’Ukraine à l'OTAN et à ne pas impliquer l'armée polonaise dans la guerre russo-ukrainienne[12],[13].

À l'issue d'un second tour marqué par une participation historique pour une élection présidentielle polonaise (71,6 % des inscrits), il est donné perdant par les sondages à la sortie des urnes, mais l'emporte finalement avec 50,9 % des suffrages exprimés, au terme du scrutin le plus serré de l'histoire du pays en termes de pourcentage[14]. C'est la troisième fois consécutive qu'un candidat conservateur remporte une élection présidentielle en Pologne[15].

Président de la République

modifier

Karol Nawrocki prête serment devant la Parlement polonais le , devenant ainsi président de la République, et succède à Andrzej Duda. Lors de son serment, le nouveau président déclare qu'il sera « la voix de ceux qui veulent une Pologne souveraine dans l’Union européenne »[16].

Prises de position

modifier
Karol Nawrocki au côté du président des États-Unis, Donald Trump, le à la Maison-Blanche.

S'il s'engage à maintenir le soutien de la Pologne à l'Ukraine sous la condition de la résolution des différends mémoriels entre les deux pays sur les massacres des Polonais en Volhynie[4], il est opposé à l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan et dénonce les aides accordées aux réfugiés ukrainiens en Pologne[9].

Il développe des liens avec l'administration de Donald Trump[4].

Il est fermement opposé au pacte vert pour l'Europe[4].

Pendant la campagne présidentielle de 2025, il prône la mise en place de contrôles à la frontière avec l'Allemagne afin d'empêcher l'entrée de migrants, refoulés selon lui par ce pays, et réclame que l'Allemagne verse à la Pologne de nouvelles réparations pour les conséquences de l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale[9].

Nawrocki s'oppose à la tradition des bougies de Hanoucca au palais présidentiel, pourtant initiée par le conservateur Lech Kaczyński, et déclare qu'il y mettrait fin s'il était élu, au nom de son « attachement aux valeurs chrétiennes »[4].

En juin 2026, Karol Nawrocki retire la distinction de l’ordre de l’Aigle blanc à Volodymyr Zelensky, pour avoir nommé une unité militaire en l'honneur de l'armée insurrectionnelle ukrainienne, ayant massacré près de 100 000 polonais[17]. Peu de temps après, Volodymyr Zelensky renvoie cette distinction, suivi de plusieurs personnalités politiques ukrainiennes de premiers plans qui renvoient leur distinction polonaise, dont deux anciens présidents ukrainiens[17] Leonid Koutchma et Viktor Iouchtchenko.

Travaux et publications

modifier

Karol Nawrocki est auteur ou co-auteur de nombreuses publications de livres et d'articles scientifiques et de vulgarisation dans le domaine de l'histoire de l'opposition anticommuniste, de l'histoire du sport et du crime organisé en république populaire de Pologne.

Sous pseudonyme de Tadeusz Batyr, il écrit en 2017 une biographie jugée complaisante d’un important mafieux de la côte Baltique, Nikodem Skotarczak[2], durant la période du communisme[9].

Résultats à l'élection présidentielle

modifier
Année Parti 1er tour 2d tour
Voix % Rang Voix % Issue
2025[18] PiS[N 2] 5 790 804 29,54 2e 10 606 877 50,89 Élu

Notes et références

modifier
  1. S'il est indépendant, il est réputé proche de Droit et justice (PiS).
  2. Candidat sans appartenance partisane, il est appuyé principalement par ce parti.

Références

modifier
  1. 1 2 Hélène Bienvenu (d), « En Pologne, un nationaliste et un progressiste s’opposeront lors de la présidentielle », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 6 Jakub Iwaniuk (d), « En Pologne, la difficile campagne du candidat du PiS à l’élection présidentielle, entachée par les scandales », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  3. Ruben Steiger, « Le nouveau président de la Pologne est un ancien hooligan », Le Matin, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 Malik Matheo, « Qui est Karol Nawrocki ? Historien, hooligan, anti-avortement : le candidat du PiS sera le prochain président de la Pologne », Le Grand Continent, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  5. 1 2 3 4 Isabelle Mandraud, « Karol Nawrocki, du hooliganisme à la présidence de la Pologne », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  6. (pl) « "Szczęśliwa żona i mama". Marta Nawrocka pierwszą damą », sur rmf24.pl, (consulté le ).
  7. (pl) « Skończyła szkołę baletową, w której nauczyła się dyscypliny i determinacji. Kim jest Marta Nawrocka? », sur Business Insider Polska, (ISSN bc2cca24-4424-4792-9a28-7958ca03ef21[à vérifier : ISSN invalide], consulté le ).
  8. « Pologne: les nationalistes désignent un historien pour briguer la présidence », Le Figaro, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  9. 1 2 3 4 « Pro-Trump, critique de l’UE... qui est Karol Nawrocki, vainqueur de l’élection présidentielle en Pologne ? », Le Figaro, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  10. (pl) Jacek Frączyk, « Kto zastąpi Karola Nawrockiego. Trzech kandydatów na prezesa IPN », sur businessinsider.com.pl, (consulté le ).
  11. Isabelle Mandraud, « En Pologne, une fin de campagne présidentielle à l’ombre de Donald Trump », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  12. « Pologne : le candidat nationaliste veut séduire l’extrême droite avant la présidentielle », La Croix, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  13. (pl) Robert Kędzierski, « Trzaskowski nie podpisał. Mentzen pokazał to na żywo na YouTube w programie "Mentzen Grilluje" », sur money.pl, (consulté le ).
  14. « Pologne : le candidat nationaliste remporte la présidentielle », Challenges, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  15. (en) « A Nationalist Victory in Poland’s Presidential Election », sur cfr.org, (consulté le ).
  16. AFP et Eraliyah Ebongue, « La Pologne investit officiellement son nouveau président, le nationaliste Karol Nawrocki », Le Parisien, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  17. 1 2 Thomas d’Istria et Hélène Bienvenu, « Varsovie et Kiev en pleine crise mémorielle à la veille d’une conférence sur la reconstruction de l’Ukraine » Accès payant, sur Le Monde,
  18. (pl) « Wybory Prezydenta Rzeczypospolitej Polskiej w 2025 r. », sur wybory.gov.pl (consulté le ).

Liens externes

modifier