L'Actrice et le Poète

film de Mikio Naruse, sorti en 1935

L’Actrice et le Poète (女優と詩人, Joyū to shijin?) est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1935, adapté d'une pièce de théâtre de Minoru Nakano (ja)[1],[2].

L’Actrice et le Poète
Titre original 女優と詩人
Joyū to shijin
Réalisation Mikio Naruse
Scénario Ryūji Nagami (ja)
Minoru Nakano (ja) (théâtre)
Musique Noboru Itō (en)
Acteurs principaux Toyoaki Yokota (ja)
Sachiko Chiba
Kamatari Fujiwara
Sociétés de production P.C.L.
Pays de production Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Genre Comédie
Durée 72 minutes
Sortie 1935

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

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Dans une petite maison de la banlieue de Tokyo, Chieko répète une scène dramatique avec ses amis comédiens. Son mari, Geppū, ancien fantassin selon ses dires, est poète et parolier de chansons enfantines. Il porte un tablier et s'occupe de la maison. Il a profité du beau temps pour faire la lessive. Il fait les courses pour sa femme et ses amis. La voisine, Ohama, curieuse et bavarde, lui rend souvent visite. Son mari, Kintarō, est agent d'assurances. Nose, écrivain sans le sou, loge à l'étage du bureau de tabac mais se cache car il n'a pas payé le loyer. Un jeune couple vient d'emménager dans une maison voisine.

Le voisinage est à la fois admiratif et critique à l'égard de Geppū, qui vit aux crochets de sa femme. Ses écrits ne lui rapportent que de petits cadeaux comme des gâteaux. Geppū est invité chez les voisins. Sur l'injonction d'Ohama, Kintarō réussit à vendre une assurance au jeune couple. Pour fêter cette vente, ils passent le reste de la soirée à boire et à écouter des naniwa bushi sur le gramophone. Kintarō, ivre, proclame en dansant : « Le mari est le seigneur de son château. » De retour chez lui, Geppū, enivré, se plaint de Chieko en s'adressant à ses portraits puis à celle-ci, qui vient de rentrer. Elle ne semble pas s'en préoccuper, ferme le fusuma et va se coucher.

Quand Chieko lui demande de l'aider à répéter son texte avant la première, Geppū est très embarrassé : il s'agit d'une scène de ménage qui reflète en miroir leur propre situation. Nose survient et croit à une vraie dispute ; il essaie de les séparer avant de se rendre compte qu'ils jouent la comédie. Nose profite d'un moment où il est seul avec Geppū pour lui demander de l'héberger, car il n'a pas payé son loyer. Geppū accepte et Nose va chercher ses affaires. Lorsqu'il revient, le couple est en pleine querelle. Nose croit à une répétition et s'installe en spectateur, rejoint par Ohama, frustrée de ne pas avoir eu de place gratuite pour la représentation. Mais Geppū et Chieko se disputent violemment, pour de vrai cette fois, exactement comme dans la pièce : à cause d'un locataire qui n'est pas le bienvenu.

Un policier est à la recherche d'un jeune homme, peut-être accompagné d'une jeune femme. On découvre que les deux jeunes gens ont tenté un double suicide. Heureusement pour Kintarō, qui vient juste de leur vendre une assurance, ils ne sont pas morts. Mais Ohama fait des reproches à son mari et une dispute éclate aussi dans l'autre maison. Geppū et Chieko se réconcilient et, grâce à leur propre querelle, elle se réjouit d'avoir compris le rôle qu'elle doit jouer. Elle propose à Nose de venir habiter chez eux : « C'est moi qui gagne l'argent ici, mais c'est quand même lui le maître de maison. »

La vie reprend, mais les rôles sont inversés : c'est Chieko qui prépare le petit déjeuner puis discute avec Ohama. Geppū demande si le repas est prêt. Nose, qui se réveille, est perplexe ; Chieko craint que son mari ne prenne froid.

Fiche technique

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Distribution

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Autour du film

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« Naruse parlait de ce film comme d'une sorte de film de transition (stopgap), tourné à un moment où il se familiarisait encore avec les difficultés de l'enregistrement sonore. »[7]Audie Bock

Note sur l'auteur

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Minoru Nakano (ja) (1901-1973), dramaturge et romancier, écrit notamment pour le théâtre shinpa. Sa pièce Le Bonheur de demain (Asu no kōfuku) lui vaut en 1954 le prix Mainichi du théâtre et le prix du Festival des arts[8].

Contexte de production

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En 1934, Naruse quitte la Shōchiku pour la P.C.L., où il réalise son premier film parlant, Trois sœurs au cœur pur (1er mars 1935). Sorti trois semaines plus tard, L'Actrice et le Poète est son deuxième film pour le studio ; il passe pour un échec cuisant. Le troisième, Ma femme, sois comme une rose (15 août 1935), est en revanche salué par la critique et élu meilleur film de l'année par la revue Kinema Junpō. Les deux sont adaptés de pièces de Minoru Nakano (ja)[8] et partagent une construction serrée ; tous deux ont pour interprète principale Sachiko Chiba, seconde grande vedette de Naruse à la P.C.L., qu'il épouse en 1937 et dont il a un fils, Takashi — ils divorcent en 1940[1],[9].

Analyse

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Dans The Cinema of Naruse Mikio (en), Catherine Russell écrit que L'Actrice et le Poète constitue « l'inversion ou la réfutation » de l'émergence de la new woman japonaise et marque l'inscription de Naruse dans la politique de plus en plus répressive des années 1930 : Chieko, comédienne à succès dont le mari porte le tablier et gagne bien moins qu'elle, finit par reconnaître à celui-ci son statut de maître de maison et lui prépare gaiement son petit déjeuner, rendue en apparence à son rôle d'épouse. Russell y voit une comédie de mœurs pour le Japon moderne, solidement construite, qui joue de façon réflexive du métier théâtral de son héroïne. La scène d'ouverture, une menace au couteau aussitôt révélée comme une répétition, installe une opposition entre la théâtralité du texte joué et la trivialité du quartier, que le film démonte ensuite en faisant coïncider la dispute écrite et la dispute réelle presque réplique pour réplique : « la vie imite l'art ». Elle y décrit des caricatures de types sociaux, saisies dans le quotidien d'une banlieue tokyoïte que scandent des plans de trains traversant des terrains hérissés de poteaux électriques, comme dans Bon courage, larbin ! et Rêves de chaque nuit ; l'intrigue secondaire du jeune couple assuré puis suicidaire — que Russell rattache à une escroquerie courante à l'époque — et l'écart entre les 100 yens d'un concours de slogan publicitaire et les 5 000 yens d'un prix de roman populaire achèvent de dessiner un monde saturé de culture de masse et de ses promesses de gain[1].

Russell juge le dénouement « terriblement artificiel » et estime qu'il ne restitue guère aux personnages leurs rôles domestiques : les actrices ayant incarné, depuis Sumako Matsui, le visage public de la new woman et concentré à ce titre les réactions hostiles, Chieko fonctionne selon elle comme la parodie comique de la vedette que Sachiko Chiba était elle-même, et le jeu de l'actrice « dément toute tentative de neutralisation idéologique »[1].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 (en) Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio : Women and Japanese Modernity, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4312-7), « 2. Naruse at P.C.L.: Toward a Japanese Classical Cinema, 1935-1937 », p. 96-99
  2. ↑ Le générique ne porte que la mention 中野實・作 (« œuvre de Minoru Nakano »), sans préciser la nature de l'original. Catherine Russell et la Wikipédia en japonais parlent d'une pièce de théâtre (戯曲) ; le chercheur Toshiaki Satō indique pour sa part que le texte avait paru dans la revue de fiction populaire Ōru yomimono. Les deux indications ne sont pas nécessairement contradictoires, cette revue accueillant aussi des pièces en un acte.
  3. ↑ (ja) « [NFAJ] | 女優と詩人 | Joyū to shijin (1935) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  4. ↑ (ja) « 女優と詩人| Joyū to shijin (1935) », sur db.eiren.org (consulté le )
  5. ↑ Aucune source consultée ne porte de furigana. 二ッ木 se lit ordinairement Futatsugi ; les sous-titres anglais de la copie diffusée transcrivent Futatsuki.
  6. ↑ 花島 admet les deux lectures Hanashima et Hanajima ; les sous-titres anglais transcrivent Hanajima.
  7. ↑ (en) Audie Bock, Japanese Film Directors, Tokyo, Kodansha International, (ISBN 0-87011-304-6), p. 125
  8. 1 2 (ja) Kotobank, « 中野実 Minoru Nakano », sur コトバンク (consulté le )
  9. ↑ (ja) « 千葉早智子 Sachiko Chiba », sur コトバンク (consulté le )

Liens externes

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