L'Affaire Kate Logan
L'Affaire Kate Logan (The Kate Logan Affair) est un film canadien en langue anglaise écrit et réalisé par Noël Mitrani, sorti en 2011, mettant en vedette Alexis Bledel. L'aspect peu conventionnel du dénouement de ce film divise la critique et le public.
| Titre québécois | L'Affaire Kate Logan |
|---|---|
| Titre original | The Kate Logan Affair |
| Réalisation | Noël Mitrani |
| Scénario | Noël Mitrani |
| Acteurs principaux |
Alexis Bledel Laurent Lucas |
| Sociétés de production |
Galafilm Entertainment One |
| Pays de production |
|
| Genre | Thriller |
| Durée | 86 minutes |
| Sortie | 2011 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Synopsis
modifierBenoît Gando (Laurent Lucas), agent d'assurance français, est marié et a une fille de onze ans. Il est en visite dans une petite ville canadienne pour un congrès, se fait interpeller à la sortie d'un magasin par Kate Logan (Alexis Bledel), une policière débutante. Selon ses informations, sa description correspond à celle d’un violeur en série recherché. Benoît confirme son identité à l’aide de son passeport. La policière le relâche en lui présentant ses excuses et ils se séparent. Kate s'angoisse, elle craint que Benoît se plaigne aux autorités policières de ce qu'elle lui a fait subir.
Le soir, Benoît est seul dans sa chambre de motel. Kate frappe à la porte. Il la fait entrer. Elle le supplie de ne pas se plaindre. Il lui assure que ce n'est pas son intention, puisqu'il lui a déjà pardonné son erreur. Elle devient entreprenante, il se laisse séduire et ils passent la nuit ensemble.
Lors de leur rencontre suivante dans la chambre du motel, Kate propose à Benoit de lui apprendre à tenir et à viser avec un pistolet pour s'amuser, puisqu'il n'en a jamais manié. Elle lui prête son pistolet de service.
Fiche technique
modifier- Titre originale : The Kate Logan Affair
- Titre francophone : L'Affaire Kate Logan
- Titre au Brésil : Traição perigosa
- Titre au Chili : Un Romance Peligroso
- Titre au Japon : ザ・バレット (The Bullet)
- Titre en espagnol : El Terrible Caso de Kate Logan
- Accroche : Seduction can be a deadly offense (La séduction peut être un délit mortel)
- Réalisation : Noël Mitrani
- Scénario : Noël Mitrani
- Musique : James Gelfand
- Photographie : Nathalie Moliavko-Visotzky
- Son : Dominique Chartrand
- Montage : Arthur Tarnowski
- Production : Ian Whitehead
- Société de production : Galafilm
- Société de distribution : Entertainment One, Paramount Pictures (Brésil)
- Pays d'origine :
Canada - Langue originale : anglais
- Genre : drame, thriller
- Durée : 86 minutes
- Budget : 3 000 000 dollars
- Date de tournage : septembre et octobre 2009
- Lieux de tournage : Québec, Alberta et Paris
- Format : 35 mm, 2,35:1 (couleurs)
- Date de sortie : (Canada)
- Dates de sortie du DVD : (États-Unis), (Japon)
Distribution
modifier- Alexis Bledel (VQ : Geneviève Désilets) : Kate Logan
- Laurent Lucas (VQ : Lui-même) : Benoît Gando
- Noémie Godin-Vigneau (VQ : Elle-même) : Valérie Gando
- Serge Houde (VQ : Benoit Rousseau) : Sergent McBean
- Pierre-Luc Brillant : le témoin du motel
- Mike Paterson (VQ : Louis-Philippe Dandenault) : Officier Dawson, adjoint de McBean
- Ricky Mabe (pl) (VQ : Philippe Martin) : le réceptionniste du motel
- Alan Fawcett (VQ : Antoine Durand) : Capitaine Simons
- Cory Fantie (VQ : Claude Gagnon) : le pompiste
- Bruce Dinsmore : le président de la société d'assurances Belem
- Ludivine Reding : Juliette Gando
- Rebecca Croll : policière médico-légale
- Kate Drummond : officier de la gendarmerie royale du Canada enregistrant la déposition de Kate Logan
- Martin Thibaudeau : officier de la gendarmerie royale du Canada interrogeant Kate Logan
- Tarah Schwartz : journaliste télévisée
- Anie Pascale : Isabelle, collègue de Benoit Gando
- Keir Cutler : collègue de Kate Logan, soucieux de l'état des véhicules de service
Production
modifierGenèse et développement
modifierDepuis qu'il fait du cinéma, Noël Mitrani rêve de réaliser un road-movie à l'américaine. Après le succès critique de son premier film Sur la trace d'Igor Rizzi, il écrit une première version de ce qui deviendra The Kate Logan Affair, censé être tourné en Floride avec un petit budget de 200.000 dollars. Mais le projet piétine puis est abandonné. Le scénario atterrit pourtant sur le bureau de la productrice canadienne Melissa Malkin qui décide de le produire. Le projet chemine alors de main en main pour finir par être produit par Galafilm avec un budget confortable de 3 millions de dollars. En étant fidèle au scénario, la première version de montage durait dix minutes de plus que celle sortie en salles, on y voyait le personnage de la policière regretter son geste et vivre dans le tourment. Pour des besoins d'efficacité, la production incite le réalisateur à amputer le film de cette dernière partie. Confronté à des previews assez négatives, le réalisateur propose de tourner une scène supplémentaire où l'on voit l'épouse de Benoît Gando venir se venger de la policière qui a tué son mari. Mais la production refuse, laissant désormais le film avec une fin considérée comme non satisfaisante pour beaucoup de spectateurs.
Attribution des rôles
modifierLe réalisateur a écrit le scénario en pensant attribuer le rôle de Benoît Gando à Laurent Lucas. L'acteur français n'avait jamais joué en anglais auparavant. Son niveau d'anglais étant inférieur à celui de son personnage, un travail de simplification des dialogues a été entrepris pour réduire ce décalage. Afin que l'acteur apparaisse naturel dans son interprétation, Noël Mitrani lui a demandé d'assumer pleinement son accent français et sa difficulté à parler en anglais.
Dès l'origine du projet, le réalisateur souhaitait Zooey Deschanel dans le rôle de la policière Kate Logan. Après avoir donné son accord, l'actrice se retire lorsque la production lui demande de différer la date de tournage de six mois afin de compléter le financement du film. De nombreuses actrices sont ensuite envisagées, parmi lesquelles Juliette Lewis (jugée trop âgée par le réalisateur), Kirsten Dunst, Rachel McAdams, Elisha Cuthbert et Megan Fox. Lindsay Lohan, premier choix du réalisateur, est écartée par le distributeur qui se méfie de sa réputation d'actrice ingérable sur les plateaux de tournage. Finalement, Noël Mitrani choisit Alexis Bledel qui répond selon lui à toutes les caractéristiques du personnage. L'actrice étant elle-même désireuse de casser son image de gentille adolescente.
Pour jouer l'épouse de Benoît Gando, le rôle est d'abord proposé à Irène Jacob, qui le refuse pour des raisons de calendrier. Le réalisateur engage alors Noémie Godin-Vigneau après avoir été fortement impressionné par son audition. L'actrice deviendra ensuite récurrente dans la filmographie de Noël Mitrani.
Tournage
modifierL'Affaire Kate Logan a été tourné en vingt-trois jours, entre le et le , à Montréal, Chambly, Banff et Paris.
Le motel où loge le personnage de Benoît Gando est le "Motel Mon Repos" à Chambly, rebaptisé "Sunnyside" dans le film. Ce motel a été choisi pour son apparence évocatrice des montagnes de l'Ouest canadien.
Le congrès annuel de "Belem Assurances" a été tourné au Château Montebello, converti en hôtel. La compagnie "Belem Assurances" a été inventée pour le film, il s'agit d'un acronyme constitué des initiales des noms des deux acteurs principaux et de celui du réalisateur (Bledel-Lucas-Mitrani).
L'équipe canadienne du film s'est rendue spécialement à Paris avec l'actrice Noémie Godin-Vigneau pour tourner un unique plan-séquence.
Accueil
modifierLa critique est très divisée sur ce film qui ressemble à un thriller mais qui n'en est pas un. Pour certains la trame est captivante et inattendue, vue comme un mélange entre Hitchcock et les frères Coen, pour d'autres l'enchaînement des actions est jugé peu crédible. En manipulant les clichés du cinéma hollywoodien et en brouillant les pistes, le réalisateur crée un malaise pour le spectateur qui se demande si ce qu'il voit est un parti pris ou une série de maladresses. Le dernier tiers du film multiplie les entorses aux règles classiques, laissant perplexe une partie du public.
Connue jusque-là pour son rôle d'adolescente candide dans la célèbre série télévisée Gilmore Girls, Alexis Bledel se risque avec le personnage de la policière Kate Logan à jouer une jeune femme trouble et désaxée, une rupture qui a dérangé ou enchanté une partie de son public.
Le critique Karl Filion juge sévèrement le film : « Les événements s'enchaînent et s'avèrent tous plus absurdes les uns que les autres : des policiers incompétents et cabotins au possible, un réceptionniste de motel qui fait une vilaine chute, le fameux truc de faire démarrer une voiture en touchant des fils, le chantage… Les personnages ne cessent de répéter que c'est complètement illogique de fuir la police… et ils ont bien raison. Sans toutes ces coïncidences et ces illogismes, The Kate Logan Affair n'aurait pas existé, parce que son récit n'aurait tout simplement pas eu lieu[1]. »
En revanche, pour la critique Miryam Charles, « The Kate Logan Affair est un suspense efficace qui joue sur la manière dont des faits peuvent être perçus. Il y a, de l’intérieur, l’histoire de Kate et de Benoît qui se déroule devant nous et, de l’extérieur, tous les personnages secondaires (les policiers, la femme de Benoît) qui tentent de reconstituer ce qui s’est réellement passé. Dans ce film, Noël Mitrani s’amuse à brouiller les pistes. Même si cela fonctionne moins bien dans la dernière partie, l’atmosphère qu’il réussit à créer tient la route autant dans les lieux dépeints que dans l’interprétation des acteurs[2]. »
Analyse
modifierLe film joue sur le contre-emploi de ses acteurs, en particulier d'Alexis Bledel. Habituellement cantonnée à des rôles de jeunes filles douces et innocentes, elle incarne ici une antagoniste inattendue et profondément perturbée. Sous son uniforme protecteur et ses traits angéliques se cache une femme impulsive, dénuée de conscience morale. À l'inverse, Benoît représente le citoyen sans histoire dont la vie bascule à cause d'une mauvaise décision.
En rupture avec ses parents et avec ses attaches, à la frontière de l’adolescence et de l’âge adulte, le personnage de Kate Logan est une jeune policière dont l’instabilité psychologique se révèle progressivement au spectateur. Son trait de caractère principal est sa peur maladive de déplaire et d’être jugée négativement par les autres. Et c’est en voulant masquer ses erreurs ou ses faiblesses qu’elle devient dangereuse.
Au moment du tournage (), Alexis Bledel avait à la fois l'âge et le physique pour interpréter cette policière. « Kate Logan est frappée d'une immaturité presque maladive, dit Mitrani. Elle est dans cette période de quelques mois entre adolescente et femme où l'on cherche qui on veut être. Alexis Bledel correspondait parfaitement à ce que je voulais représenter. Si nous tournions le film aujourd'hui, elle ne pourrait plus jouer ce rôle[3]. »
Commentaire
modifierNoël Mitrani explore comment le destin tient parfois à un fil. L’intrigue bascule de la simple erreur administrative vers le film noir classique, où la figure de la femme fatale (réinventée ici en policière névrosée) détruit un homme ordinaire en exploitant ses faiblesses.
La structure du récit est scindée en deux parties distinctes qui déstabilisent le spectateur : La première moitié s'impose comme un thriller policier réaliste, nerveux et psychologiquement crédible. La seconde moitié bifurque vers la série B étouffante. La fuite en avant des personnages s'accélère jusqu'à un dénouement abrupt et non conventionnel.
Distinctions
modifier- Festival du nouveau cinéma de Montréal 2010
- Les Rendez-vous du cinéma québécois 2011
- Eastern Townships Film Festival 2011
- Flimmer Norrköping Filmfestival 2011
Notes et références
modifier- ↑ Karl Filion, « Soyons sérieux… », sur cinoche.com, (consulté le ).
- ↑ Miryam Charles, « The Kate Logan Affair (L'affaire Kate Logan) *** / ** », sur cinefilic.com, (consulté le ).
- ↑ André Duchesne, « The Kate Logan Affair: une bière de trop », La Presse, (lire en ligne, consulté le ).
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Entretien avec le réalisateur
- Bande-annonce en VF
- Une Gilmore-girl chez Noël-Mitrani
- Critique dans La Presse
- Le blog du film