L'Éclair comtois
L'Éclair comtois est un journal régional français, publié de 1903 à 1939[1] à Besançon[2].
Historique
modifierFondé par les dirigeants locaux d'un parti politique de catholiques ralliés à la République mais hostiles aux partis de gauche alors au pouvoir, l'Action libérale populaire (ALP), le quotidien est acheté en 1903 - il succède ainsi à L'Indépendant - par la société de presse libérale franc-comtoise, créée par Jean Maître, président de son conseil d'administration. Premier président départemental de l'ALP du Doubs et membre du comité directeur de ce parti, cet industriel est actionnaire en 1905 du groupe de presse catholique La Presse régionale, lié à l'ALP[3]. L'Éclair comtois fait dès lors partie de ce groupe de presse.
Membre du conseil d'administration, l'universitaire Jean Guiraud, également membre de l'ALP, futur rédacteur en chef de La Croix à partir de 1917, y donne des articles, parfois sous pseudonyme, et devient son directeur politique en 1905. L'intransigeance de ce catholique militant, hostile à une alliance avec les progressistes (les républicains modérés groupés autour de René de Moustier et de La Dépêche républicaine) et désireux de mener avant tout un combat de défense religieuse, est toutefois contestée au sein du journal et de l'ALP, alors même que Guiraud devient en 1908 le deuxième président départemental de l'ALP. Les confits de personnes et la mésentente sur la stratégie électorale doivent être arbitrés par Jean Maître[4]. Le journal tire alors à 7 000 exemplaires. À l'instigation de Jean Maître et avec le soutien de Paul Féron-Vrau, dirigeant de La Presse régionale, et de l'ALP, un bi-hebdomadaire est acheté en 1905, Le Nouvelliste de Haute-Saône ; Guiraud en est l'un des administrateurs[5].
Louis Hosotte est le rédacteur en chef à partir de 1903. Né en 1871 à Poitiers, mais issu d'une famille originaire de Franche-Comté, Hosotte a étudié à Poitiers puis à Paris, été professeur de rhétorique à Toul, puis à Luxeuil, avant que ses articles publiés sous pseudonyme dans un journal local ne l'obligent à démissionner de l'enseignement public[6]. Militant de l'ALP[7], il est tout aussi intransigeant et polémiste[8]. La condamnation pontificale de l'Action française lui posa un dilemme ; il finit par s'y rallier[9]. Il reste rédacteur en chef jusqu'à sa mort le [10].
Les administrateurs du journal sont alors René Caron, président, le général de Thuy, Etienne Maitre, le vicomte du Fou, Emmanuel Saillard (secrétaire du comité départemental de l'ALP en 1903 et frère d'Antoine Saillard, député de 1919 à 1924) et Jules Dassonville, directeur et administrateur-délégué de La Presse régionale. L'ancien député René Caron, ancien président départemental de l'ALP (1912-1914) et président de l'Union catholique diocésaine, a remplacé Jean Maitre, décédé en 1926, à la tête du conseil d'administration de la Presse libérale franc-comtoise, jusqu'à son décès en 1930[11],[12].
Joseph Grave, ancien rédacteur en chef du Télégramme des Vosges et ancien cofondateur et secrétaire général de la Fédération des catholiques vosgiens, affiliée à la Fédération nationale catholique (FNC)[13], prend la succession d'Hosotte en 1928[14] à son éviction en 1938. Il est membre de la Fédération républicaine[15].
L'industriel Gaston Saglio succède un temps à Caron à la tête du conseil d'administration de L'Eclair comtois[16].
La veuve de Jean Maître, Marie Maître, née Viellard, reste la principale actionnaire du journal ; elle détient environ 40 % du capital. Elle préside jusqu'à son décès en le conseil d'administration de la Presse libérale[17], qui édite aussi La Croix franc-comtoise. La situation financière de la société est déficitaire à sa mort. Le journal, qui tire alors à 6 400 exemplaires, est repris par l'archevêque Mgr Maurice-Louis Dubourg, auquel Marie Maitre s'était adressée et qui devient le principal actionnaire.
Il met en place un nouveau conseil d'administration, présidé par Jean Contenot, s'y fait représenter par un clerc, le chanoine Gaillard, impose un nouveau rédacteur en chef, Fernand Feugère, en . Le journal annonce dans un texte anonyme, mais écrit par l'archevêque, qu'il entend être un journal qui rallie tous les catholiques, « à l'heure où l'on sent le besoin d'une doctrine lumineuse et forte, seule capable de barrer la route au communisme et où tant de regards se tournent du côté de l'Église ». Il prétend être « un journal indépendant de tout parti et de tout groupement, professant ouvertement la doctrine sociale catholique, n'étant inféodé à aucune classe, n'étant ni de droite, ni de gauche parce que l'Église n'est ni à droite, ni à gauche »[18]. L'archevêque organise ensuite le déménagement du journal, qui se rapproche de l'Imprimerie catholique de l'Est, dirigée par le chanoine Goux. Il inaugure et bénit les nouveaux locaux du quotidien, au 13, rue Ronchaux, en [19].
Fin
modifierLe dernier numéro du journal parait le , au début de la Seconde Guerre mondiale[20]. L’Éclair comtois fusionne le lendemain avec La République de l'Est, contrôlée depuis peu par le député modéré Léonel de Moustier (il s'est imposé face à l'industriel et sénateur Louis Viellard), à la demande des parlementaires et compte tenu du contexte de guerre et des difficultés financières rencontrées par les journaux. Le titre devient L'Éclair comtois, La République de l'Est[21]. Le paraît le dernier numéro du journal portant les deux titres[22],[23].
Direction et personnalités
modifierJean Maître (1861-1926), maître de forges à Morvillars, est un des fondateurs du journal L'Éclair Comtois dont il préside le conseil d'administration[24],[25]. Né en 1861 à Châtillon-sur-Seine, fils d'un industriel, polytechnicien (1879) et ingénieur du corps des mines (1881), Jean Maître est ingénieur à la Compagnie des chemins de fer de l'Est puis aux usines Viellard-Migeon. Il a épousé en 1891 Marie Viellard (1871-1937), fille de Léon Viellard, de la famille des maîtres de forges Viellard-Migeon, et devient co-gérant de Viellard-Migeon et Cie. Il est conseiller général du Canton de Delle de 1900 (il succède alors à son beau-père Léon Viellard) à sa mort, membre puis président de la chambre de commerce de Belfort (1920-1926) et administrateur de la Compagnie des forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons et d'autres firmes. Il est commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand et président de l'Union des catholiques du territoire de Belfort et du canton de Delle à sa mort. Il a publié des articles dans L'Echo de Paris et dans les journaux de La Presse régionale[26],[27],[28].
Antoine Saillard est actionnaire du quotidien catholique L'Éclair comtois dès ses débuts ; l'un de ses frères, Emmanuel, siége à son conseil d'administration[29].
René Caron siège dès ses débuts en 1903 au conseil d'administration de la Presse libérale franc-comtois[30].
Gaston Saglio (1881-1951), maître de forges et fils de Camille Saglio (directeur des Forges d'Audincourt, ami de Jean Maitre, un patron catholique et un membre de l'ALP), préside un temps le conseil d'administration du journal[31]. Gaston Saglio a repris en 1914 la manufacture d'Ougney-Douvot (métallurgie), rebaptisée G. Saglio et Cie, qui connait des difficultés financières en 1936. Il est maire d'Ougney.
Frédéric Cocar est l'administrateur-délégué du journal, jusqu'à son décès en 1932 à 58 ans. Cet avocat de Besançon, d'origine bretonne, a été membre avant la guerre du comité départemental de l'ALP et président de l'Union régionale de l'ACJF[32],[33].
Jean-Raymond Tournoux collabore au journal[34].
Notes et références
modifier- ↑ « L'Éclair comtois (Besançon) - 37 années disponibles - Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le )
- ↑ « L'Éclair comtois (Besançon) », sur data.bnf.fr (consulté le )
- ↑ Dominique Lambert, La presse catholique en Franche-Comté : Cité Fraternelle, 1944-1967, Presses Universitaires de Franche-Comté, , p. 30-31.
- ↑ Aurore Deglaire, Jean Guiraud (1866-1953) : de l’Affaire Dreyfus à Vichy, itinéraire d’un militant catholique intransigeant (Thèse de doctorat), Université Paris-Sorbonne, (lire en ligne), Papiers Jean Guiraud : biographie.
- ↑ Deglaire 2013, p. 121.
- ↑ Bulletin de l'Association des élèves et anciens élèves de la Faculté des lettres de Paris, octobre 1931, « Les obsèques de M. L. Hosotte », L'Eclair comtois, 6 juin 1928.
- ↑ La Croix, 24 septembre 1903.
- ↑ « Quand ferraillent L’Éclair Comtois et Le Petit Comtois…. », billet du 20 septembre 2015. Cf. aussi son Histoire de la Troisième République, 1912, et Joseph Pinard, Antisémitisme en Franche-Comté : de l'affaire Dreyfus à nos jours, Cêtre, 1997. Ainsi que L'Eclair comtois, 2 juin 1928 et 6 juin 1928 (sa nécrologie et le discours de Caron soulignent son intransigeance)
- ↑ Lambert 2007, p. 31-32.
- ↑ « Mort de M. Hosotte », L'Eclair comtois, 2 juin 1928, « Les obsèques de M. L. Hosotte », Ibid., 6 juin 1928
- ↑ Vingt-cinquième anniversaire de la fondation de La Presse régionale, p. 12.
- ↑ Journal des débats, 31 octobre 1930, « Les obsèques de M. L. Hosotte », L'Eclair comtois, 6 juin 1928 (discours de Caron)., « Mort de M. R. Caron », Ibid., 27 octobre 1930.
- ↑ Le Gaulois, 6 avril 1926.
- ↑ « Les noces d'argent de L'Eclair comtois », L'Eclair comtois, 10 octobre 1928, « Notre nouveau rédacteur en chef », Ibid., 28 juin 1928, « La presse de l'Est en deuil : M. Joseph Grave », La République de l'Est, 14 août 1941 : Né à Reims en 1878, licencié ès lettres, il a collaboré à L'Observateur de Reims, a été le secrétaire de rédaction du Havre-Eclair au Havre, rédacteur en chef à partir de 1906 de La Volonté nationale à Remiremont dans les Vosges puis rédacteur en chef du Télégramme des Vosges jusqu'à son retrait en 1924. Il meurt à Epinal en 1941.
- ↑ Il se plaint à Jean Guiter, secrétaire général de la Fédération républicaine, de son éviction.
- ↑ « Nécrologie», L'Eclair comtois, 6 janvier 1934, Ibid., 24 avril 1934, Ibid., 8 octobre 1932.
- ↑ « Madame Jean Maitre », L'Eclair comtois, 23 septembre 1937.
- ↑ « A nos lecteurs », L'Eclair comtois, 5 février 1938. Cité par Lambert 2007, p. 35.
- ↑ L'Eclair comtois, 9 décembre 1938.
- ↑ « A nos lecteurs », L'Eclair comtois, 30 septembre 1939.
- ↑ « L'Éclair comtois, La République de l'Est », sur data.bnf.fr (consulté le )
- ↑ Lambert 2007, p. 34-39
- ↑ Louis Mairry, Le département du Doubs sous la IIIe République : une évolution politique originale, Cêtre, 1992.
- ↑ Action libérale populaire (France) Auteur du texte, « Almanach de l'Action libérale populaire », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ « L'Éclair comtois : journal d'union libérale quotidien », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ . « Mort de M. Maitre », L'Eclair comtois, 26 octobre 1926« Nécrologie », Le Gaulois, 26 octobre 1926.
- ↑ Pierre Lamard, De la forge à la société holding : Viellard-Migeon et Cie, 1796-1996, Polytechnica, 1996
- ↑ Les châteaux de Morvillars (biographies de Jean Maître et de son épouse).
- ↑ « Nécrologie. M. Antoine Saillard », L'Eclair comtois, 12 septembre 1929
- ↑ Vingt-cinquième anniversaire de la fondation de La_Presse_régionale, Lyon, La Presse lyonnaise du Sud-Est, 1929, p. 12, « Les obsèques de M. L. Hosotte », L'Eclair comtois, 6 juin 1928
- ↑ « Bulletin paroissial de Baume-les-Dames : paraissant le 1er dimanche du mois », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ Le Petit semeur, janvier 1904, « Les obsèques de M. Frédéric Cocar », L'Eclair comtois, 8 octobre 1932 : Né à Rennes, fils d'un avoué, il suit ses études à Rennes jusqu'au doctorat de droit. Il épouse une femme originaire de Franche-Comté, où il s'établit.
- ↑ Jean-Marie Mayeur, Le Sillon de Marc Sangnier et la démocratie sociale: actes du colloque des 18 et 19 mars 2004, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2006, p. 103 et 109
- ↑ « FONDS JEAN-RAYMOND TOURNOUX (XVIIIe siècle-1984) », sur francearchives.gouv.fr (consulté le )