Chasse à l'enfant

chanson écrite par Jacques Prévert en 1937
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Chasse à l'enfant[1] est d'abord une chanson avant d'être un poème écrit par Jacques Prévert qui évoque la mutinerie d'août 1934 à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer.

Chasse à l'enfant
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Elle sera mise en musique par Joseph Kosma et interprétée par Marianne Oswald en 1936. Le texte et l'arrangement sont publiés conjointement dès 1937[2]. Il trouvera ensuite plus tardivement sa place dans le recueil Paroles (1946, p.87-88).

Analyse

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Effet immédiat

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Tout d'abord, on s'interroge sur les raisons de la chasse, car l'auteur nous entraîne dans l'action dès le début du poème. En effet, le premier vers est : « Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! » Puis, on est indigné par cette mutinerie. L'enfant mérite-t-il vraiment ces mauvais traitements ?

Type, thème et propos

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Les rimes et les vers permettent au lecteur d'identifier le genre poétique de ce texte. Le titre indique que le thème du poème est : La chasse à l'enfant. Le récit prend place sur une île. On perçoit des cris « d'honnêtes gens » qui poursuivent un enfant, échappé d'une maison de redressement où il était malmené. « Les gendarmes, les touristes, les rentiers, les artistes » le pourchassent en pleine nuit, ce qui le pousse à fuir à la nage. Des coups de fusil sont tirés. Ainsi le poème s'achève, sans que le lecteur sache si l'enfant est mort ou s'il survit. Ce dernier est parfois représenté par le pronom personnel il (vers 13) et les « honnêtes gens », par le pronom personnel ils (vers 11).

Le poème cherche en premier lieu à dénoncer la maltraitance que les enfants peuvent subir. Il témoigne également d'un fait divers qui s'est réellement produit et cherche ainsi à sensibiliser et émouvoir ses lecteurs. Enfin, Jacques Prévert suscite notre curiosité en créant une fin ouverte.

Composition

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Il s'agit d'une œuvre contemporaine reconnaissable grâce au lexique employé, à la poésie en forme libre ainsi qu'à la place faite à l'enfant. Le poème est composé de huit strophes de longueurs différentes (de 1 à 8 vers). De plus, certaines se répètent. Le poète emploie des rimes plates ou embrassées (vers 1 à 4) mais le nombre de pieds n'est pas constant. Il y a un retour en arrière lorsque l'auteur revient en arrière sur les raisons de la chasse. Enfin, on trouve plusieurs contrastes. Celui entre le caractère idyllique de l'île et la brutalité qui s'y déchaîne ainsi que celui entre l'enfant et les adultes (même si le cœur de Prévert penche vers l'enfance).

Contexte

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Carte postale de la colonie pénitentiaire Haute-Boulogne de Belle-Ile - Le salut au drapeau

Dès 1902, le ministère de la Justice établit, sur la Haute-Boulogne, une colonie pénitentiaire pour mineurs « délinquants » avec une école de matelotage : un bateau avec son gréement était placé au milieu de la cour, mais les détenus ne sortaient pas en mer.

Rapidement, le domaine de Bruté est acheté et transformé en Centre d'apprentissage agricole et aussi de mécanique, ce qui permet d'augmenter la capacité d'accueil des enfants et de diversifier leur formation. Une célèbre révolte des enfants a lieu en 1934 ; après que les surveillants pénitentiaires ont tabassé un pupille, les jeunes détenus se sont soulevés et enfuis.

Une prime de 20 francs a été offerte à quiconque capturerait un fugitif. Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse faisant connaître au monde entier les conditions de détention, demandant la fermeture de bagne d'enfants. Ces conditions furent améliorées pour l'occasion mais la colonie ne fut définitivement fermée qu'en 1977.

Les bâtiments de la Haute-Boulogne, qui avaient été complètement rénovés, sont depuis utilisés comme locaux pour accueillir des colonies de vacances pour jeunes enfants[3],[4].

Jacques Prévert et Marcel Carné (dans le film inachevé La Fleur de l'âge) ont voulu rendre hommage aux jeunes victimes de cette période sombre de l'histoire de Belle-Île. Le film La Révolte des enfants s'est aussi en partie inspiré de ce fait.

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Qu'est-ce que c'est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Il avait dit J'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coups de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

 Jacques Prévert, Paroles, [5]

Bibliographie

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Articles connexes

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Notes et références

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  1. « Histoire de la protection judiciaire de la jeunesse » (exposition virtuelle), sur Ministère de la Justice et des Libertés (France), (version du sur archive.org)
  2. Joseph Kosma (Compositeur) et Jacques Prévert (Auteur du texte), Chasse à l'enfant, chanson. Paroles de Jacques Prévert. Chant et piano, Enoch, (BNF 43078463)
  3. « Histoire de la protection judiciaire de la jeunesse » (exposition virtuelle), sur Ministère de la Justice et des Libertés (France), (version du sur archive.org) — cf. 1920-1937 : la dérive des bagnes pour enfants
  4. Alfred de Montesquiou, « L’enfer des bagnes pour enfants », présentation de la BD Enfermé, Mathurin Reto, pupille à Belle-Île, de Julien Hillion et Renan Coquin, aux éditions Dargaud. Accès libre, sur Le Journal (consulté le )
  5. Jacques Prévert, Paroles, Paris, Gallimard, coll. « Le Point du jour », (1re éd. 1946) (lire en ligne sur Internet Archive Inscription nécessaire)

Liens externes

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