La Colonie (Framery)

opéra-comique de Nicolas-Étienne Framery

La Colonie est un opéra-comique en deux actes de Nicolas-Étienne Framery créé le au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne à Paris.

La Colonie
Édition princeps chez la Veuve Duchesne (1775).
Langue
Basé sur
L'isola d'amore (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Genre
Opéra comique (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Date de parution
Date de première
Lieu de première
Pays

Inspiration

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La Colonie est une parodie française adaptée de l’opéra italien L’isola d’amore, un dramma giocoso composé par Antonio Sacchini sur un livret d’Antonio Gori et été créé lors du carnaval de Rome de 1766[1].

Contrairement à une traduction fidèle, Framery a procédé à une adaptation de type pastiche : bien que s’inspirant de l’intrigue et du style de Sacchini, il a sélectionné et réorganisé des airs issus de diverses œuvres du compositeur italien, sans reprendre spécifiquement les arias de L’isola d’amore pour l’adapter l’œuvre aux gouts du public parisien de l’époque[2].

Intrigue

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Deux couples fuyant la tyrannie font naufrage sur une ile déserte, où ils tentent de reconstruire une micro-société en dehors des lois corrompues de la civilisation. Les barrières sociales et de genre qui les séparaient cèdent devant les difficultés de la survie et de l’isolement.

Distribution

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RôleTessitureCréateurs de la première représentation (16 aout 1775)
Fontalbe, gouverneur de l’ilehaute-contreM. Julien
Belinde, amante de FontalbesopranoMademoiselle Colombe Ainée (d)
Marine, jeune jardinièresopranoLouise-Rosalie Lefebvre
Blaise, jardinier, amant de Marinebasse-taillePierre-Marie Narbonne (d)

Argument

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La scène se passe aux Indes, dans une ile nouvellement habitée.

Fuyant la tyrannie de leur pays, deux couples, Fontalbe et sa maitresse Belinde, ainsi que le paysan Blaise et sa maitresse Marine, font naufrage sur une ile déserte. À peine arrivés, ils décident de fonder une nouvelle société. Porté par sa vision traditionnelle, Fontalbe entreprend dès son arrivée d’instaurer un ordre hiérarchique et d’assumer la direction de la colonie. Très vite, la discorde amoureuse et sociale s’installe. Blaise est jaloux de Fontalbe, tandis que Marine et Belinde refusent de se soumettre aveuglément à l’autorité des hommes. au D’un caractère affirmé, Marine incite Belinde à la résistance. Les conflits au sein des couples ébranlent la cohésion du groupe, pourtant indispensable à leur survie.

Acte II

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Face à l’obstination des hommes à vouloir régenter l’ile selon les vieux codes européens, Marine et Belinde décident de faire sécession. Elles rejettent l’autorité de Fontalbe et le comportement de Blaise, pour proclamer leur indépendance et leur autonomie sur une partie de l’ile. Restés seuls, Fontalbe et Blaise prennent conscience de leur impuissance. Sans la coopération des femmes, la survie matérielle et l’avenir de leur micro-société sont impossibles. Blaise, l’homme du peuple, mesure l’absurdité des distinctions de classe face à la nature. Comprenant que sans une égalité réelle, ils courront à leur perte, les hommes capitulent et acceptent de négocier. Les quatre protagonistes se réunissent et chacun renonce à ses privilèges de genre ou de classe pour signer un traité d’amour libre, de respect mutuel et de gouvernement partagé.

Historique

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Dans la foulée de la querelle des Bouffons[3], puis de la querelle des Gluckistes et des Piccinnistes[4], qui avait vu les Parisiens s’engouer pour l’opéra italien, Framery, fervent défenseur de la musique italienne, s’est fait une spécialité dans la parodie-traduction des opéras italiens en adaptant des paroles et des intrigues nouvelles sur des musiques préexistantes[5].

Contexte

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Louise-Rosalie Lefebvre dans le rôle de Marine.

En octobre 1779, Gluck avait quitté la France après l’insuccès de son Écho et Narcisse. La reine Marie-Antoinette avait reporté dès le premier jour la faveur dont elle avait honoré Gluck sur Sacchini, que lui avait présenté son frère. Celui-ci n’était néanmoins pas inconnu à Paris, où l’avait précédé sa renommée italienne, notamment dans l’Isola d’amore, jouée à Rome en 1766[6]. Pour autant, si ces parodies réemploient, à la façon de Favart, des airs préexistants, elles ne sont pas qu’un simple pastiche[7]. Elles constituent un exercice de réécriture musicale qui contribue explicitement à la querelle esthétique contemporaine. Framery annonce, dans la préface « au lecteur » de l’édition de l’œuvre, qu’il vise à « corriger » les défaillances structurelles caractéristiques des ouvrages dramatiques italiens de l’époque, qui sacrifiaient la cohérence dramatique à une simple succession d’airs plaisants[8].

La transposition de styles révélant une complexité dépassant la simple substitution esthétique, Framery décide de confier à Arlequin un « compliment théâtral » mimé, dispositif prologique servant à excuser par anticipation les faiblesses imputées au nouveau livret :

« Arlequin est venu faire avant un petit compliment au public en lazzis, à sa manière, et comme il est fort aimé, il a été gracieusement accueilli. Le résultat de cette Arlequinade était d’insinuer aux spectateurs que la comédie avait besoin de leur indulgence, mais que la musique les dédommagerait de la médiocrité de la première ; que si cette transposition, la seconde avec la Buona Figliuola, réussissait, on en hasarderait incessamment une troisième. Tout ce qu’il a dit s’est trouvé très juste[9]. »

Réception critique

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Le décalage entre la musique italienne et transposition librettique n’a pas échappé aux rédacteurs des Mémoires secrets : « Le drame est triste et médiocre, mais la musique, quoique monotone en beaucoup d’endroits relativement aux situations de la pièce, point assez variées, a paru d’une abondance, d’une richesse dans les accompagnements, et surtout délicieuse malgré le savant qui y règne. Il y a entre autres choses un quatuor de la plus grande beauté[9]. »

Si La Harpe manifeste un vif enthousiasme pour la dimension musicale de l’œuvre : « jamais musique ne m’a fait autant de plaisir ; jamais je n’ai senti si vivement la magie de cet art ; c’est toute l’expression de Gluck, avec bien plus de richesse et de mélodie[10] », son jugement se fait nettement plus réservé, voire critique, dès lors qu’il aborde la qualité du livret : « Quant aux paroles de la Colonie, c’est un mauvais canevas italien, une fable sans vraisemblance et sans conduite, mais qui amuse comme farce, et qui attache même quelquefois, pour peu qu’on s’y prête[10]:228. »

Réception

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Lors de sa création en 1775, La Colonie a rencontré un immense succès public[11]. Ce succès phénoménal a duré pendant deux décennies[5]. Cinq ans après la première, l’œuvre « attire toujours l’affluence des spectateurs, quoiqu’il ait été représenté plus de deux cents fois[12]. » La Borde l’appelle « un des plus jolis ouvrages en ce genre[12] ».

La plus réussie de toutes ses œuvres théâtrales de Framery[8], elle a été jouée à la Comédie-Italienne jusqu’à la décennie révolutionnaire[5]. Joué en juin 1792, ce sera le seul opéra que Framey fera jouer dans les premières années de Révolution[13]. Au siècle suivant, le Moniteur écrit que la Colonie « fit à cette époque une sorte de révolution dans l’art musical[14]. »

Analyse

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Tout en fuyant la tyrannie de l’Europe, les quatre personnages en ont amené avec eux ses préjugés de classe, entre le noble Fontalbe et le paysan Blaise, et les rapports de domination homme-femme. Ils n’ont d’autres choix, s’ils veulent survivre et vivre heureux sur l’ile, que de renoncer à leurs privilèges d’Ancien Régime. La situation n’est donc résolue que un consentement mutuel d’égal à égal, sorte de contrat social, où l’individu abandonne sa liberté naturelle au profit d’une liberté civile juste consacrant l’égalité des partenaires au sein d’une interdépendance des classes. Le nouveau contrat social de l’ile, qui efface la hiérarchie féodale pour la remplacer par un modèle de coopération citoyenne où chacun trouve sa stricte utilité, est validé par la permanence de l’utopie insulaire[15]. L’ordre ancien ne sera pas rétabli. Les quatre personnages actent que l’ile est leur nouvelle patrie en ne chercheront pas à rentrer en Europe.

Postérité

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Repris à plusieurs reprises à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, cet opéra est tombé dans l’oubli, avant d’être redécouvert par les musicologues et les historiens du théâtre au XXIe siècle.

Notes et références

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  1. ↑ Adolphe Jullien, La Cour et l’Opéra sous Louis XVI : Marie-Antoinette et Sacchini, Salieri, Favart et Gluck, d’après des documents inédits conservés aux Archives de l’État et à l’Opéra, Paris, Didier et Cie, , ix, 369 p., in-16 (OCLC 78126216, lire en ligne sur Gallica), p. 15.
  2. ↑ Béatrice Didier, « Poursuivre le voyage », dans Enserrer la musique dans le filet des mots, Paris, Hermann, , 357 p., in-8º (ISBN 978-2-70569-530-9, OCLC 1082405084, lire en ligne), p. 69-78.
  3. ↑ Claude Dauphin, « La Querelle des Bouffons : crise du gout musical et scission du royaume sous Louis XV », Synergies, Montréal, no 4 « Espagne »,‎ , p. 139-153 (ISSN 1710-9876, lire en ligne).
  4. ↑ (en) Mark Darlow, Dissonance in the Republic of Letters: : the Querelle des Gluckistes et des Piccinnistes, Londres, MHRA, , 229 p., illustr. ; in-4º (ISBN 978-1-90797-554-7, OCLC 775416341, lire en ligne), p. 62-3.
  5. 1 2 3 Philippe Bourdin et Gérard Loubinoux, La Scène bâtarde : entre Lumières et romantisme, Clermont-Ferrand, Presses Univ Blaise Pascal, , 334 p., in-8º (ISBN 978-2-91332-391-9, OCLC 238894305, lire en ligne), p. 136.
  6. ↑ Jules Alexis Carlez (d), « Framery littérateur-musicien (1745-1810) », dans Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres, Mémoires de l’Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, t. 22, Caen, Henri Delesques, (OCLC 764001559, lire en ligne sur Gallica), p. 62-117.
  7. ↑ (en) Mark Darlow, Nicolas-Etienne Framery and Lyric Theatre in Eighteenth-century France, Oxford, Voltaire Foundation, , xi, 400 p., in-8º (ISBN 978-0-72940-836-3, OCLC 1170191574, lire en ligne), p. 137.
  8. 1 2 (en) Derek F. Connon et George Evans, Essays on French Comic Drama from the 1640s to the 1780s, Oxford, P. Lang, , 236 p., in-8º (ISBN 978-3-90675-839-8, OCLC 44509403, lire en ligne), p. 196.
  9. 1 2 « 17 Aout », dans Pidansat de Mairobert et Moufle d’Angerville, Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres en France depuis 1762 jusqu’à nos jours : ou Journal d’un observateur... par feu M. de Bachaumont, t. 8, Londres, J. Adamson, , 39 vol. in-12 (OCLC 9693246, lire en ligne sur Gallica), p. 148.
  10. 1 2 Jean-François de La Harpe, « Lettre xxx », dans Œuvres de La Harpe, de l’Académie française : accompagnées d’une notice sur sa vie et sur ses ouvrages, t. 10, Paris, Verdière, , 16 vol. : portr. et pl. gravés ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 226.
  11. ↑ Philippe Bourdin, « La Comédie italienne à Paris sous la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, Paris, no 394,‎ , p. 25-50 (ISSN 1952-403X, lire en ligne)
  12. 1 2 Jean-Benjamin de La Borde, Essai sur la musique ancienne et moderne, t. 4, Paris, Philippe-Denis Pierres (d), , 476 p., 4 vol. : illustr., pl., mus. ; in-4º (OCLC 5033968, lire en ligne sur Gallica), p. 133.
  13. ↑ Michel Biard, « Abandonner le théâtre pour la politique… », Annales historiques de la Révolution française, Paris, no 332,‎ , p. 10 (lire en ligne).
  14. ↑ « La classe des beaux-arts… », Gazette nationale, Paris, Charles-Joseph Panckoucke, no 334,‎ , p. 4 (ISSN 2539-8008, lire en ligne sur Gallica).
  15. ↑ Sylvie Bouissou, « La Parodie d’opéra ou comment accéder à l’opéra sans aller à l’opéra », dans Mathieu Touzeil-Divina, Geneviève Koubi, Droit et opéra, Presses universitaires juridiques de Poitiers, , x, 374, illustr. ; in-8º (ISBN 978-2-27502-800-2, OCLC 295556106, lire en ligne), p. 73.

Éditions

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  • La Colonie : comédie en deux actes imitée de l’italien & parodiée sur la musique du sig. Sacchini, représentée pour la premiere fois par les Comédiens italiens le 16 aout 1775, Paris, Veuve Duchesne, 6-44 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica).
  • La Colonie : musique, opéra-comique en 2 actes, imité de l’italien et parodié sur la musique del S.gr Sacchini, représenté pour la 1re fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi, le 16 aoust 1775, et à Fontainebleau, devant leurs Majestés, le 4 novembre, Paris, d’Enouville, , 211 p., in-f° (lire en ligne sur Gallica).

Liens externes

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