La Loi du Seigneur
La Loi du Seigneur (Friendly Persuasion, litt. « Persuasion Amicale ») est un film américain de William Wyler, sorti en 1956. Il est adapté du roman The Friendly Persuasion (1945) de l'écrivaine Jessamyn West.
| Titre original | Friendly Persuasion |
|---|---|
| Réalisation | William Wyler |
| Scénario |
Michael Wilson Jessamyn West (roman) |
| Acteurs principaux |
Gary Cooper Dorothy McGuire Anthony Perkins Richard Eyer Robert Middleton |
| Sociétés de production | Allied Artists |
| Pays de production |
|
| Genre |
Drame psychologique Western Guerre |
| Durée | 137 minutes |
| Sortie | 1956 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Le film obtient la Palme d'or au Festival de Cannes 1957[1].
Synopsis
modifierLa famille Birdwell vit dans l'Indiana en 1862, alors que la guerre de Sécession fait rage. Jess, son épouse Eliza et leurs trois enfants (Mathilde, Josh et Nicolas), sont quakers. En tant que quakers, ils ont interdiction de recourir à toute forme de violence (physique ou verbale) alors qu'ils sont en pleine guerre. Ils se doivent d'aimer leur prochain, de le tutoyer et ils s'opposent à l'esclavage. Leur religion leur interdit également la musique, la danse et les jeux d'argent.
La foire de la ville est le lieu des choix et des tentations : Jess converse avec un musicien, tandis que Mathilde danse avec Gard, un soldat méthodiste. Quant à leur fils Josh, il est provoqué par des adolescents mais refuse de se battre. Nicolas le plus jeune prend part à un jeu d'argent. Très séduisant, Josh a beaucoup de succès auprès des trois filles de la veuve Hudspeth.
Quand l'arrivée des Sudistes est annoncée, Gard doit partir combattre mais promet à Mathilde de l'épouser à son retour. Pour la famille quaker un dilemme moral se pose : faut-il prendre les armes pour lutter contre l'esclavage ou s'opposer à toute forme de violence ? C'est le dilemme des objecteurs de conscience. Josh décide finalement de partir à la guerre malgré les supplications de ses parents. Lorsque le cheval de Josh revient seul à la ferme, Jess prend les armes à son tour pour lutter contre l'ennemi. Pourtant sur le champ de bataille, il épargne un Sudiste qui lui a tiré dessus, puis retrouve son fils vivant et le ramène à la ferme.
Pendant ce temps, Eliza se retrouve obligée de nourrir et d'accueillir ses ennemis (Sudistes). Eliza leur offre non seulement de prendre toute la nourriture qu'ils désirent et leur indique où se trouve le saloir et les produits entreposés mais leur donne à manger à volonté dans sa cuisine. Lorsqu'un des Sudistes essaie d'attraper l'oie domestique pour en faire un rôti, Eliza le frappe avec un balai jusqu'à ce qu'il abandonne le volatile. Les Sudistes décident finalement de reprendre leur chemin et ne mettent pas le feu à la ferme comme ils l'ont fait dans d'autres cas.
Fiche technique
modifier- Titre français: La Loi du Seigneur
- Titre américain: Friendly Persuasion
- Réalisation : William Wyler
- Assistant-réalisateur : Austin Jewell
- Scénario : Michael Wilson d'après le roman The Friendly Persuasion de Jessamyn West (1945)
- Musique : Dimitri Tiomkin
- Chanson du générique : Thee I love, musique de Dimitri Tiomkin, paroles de Paul Francis Webster, interprétée par Pat Boone.
- Chanson du générique de la version française : interprétée par Eddie Constantine
- Directeur de la photographie : Ellsworth Fredericks
- Décors : Joseph Kish
- montage : Robert Belcher, Edward A. Biery, Robert Swink
- Costume : Dorothy Jeakins
- Effets speciaux : Augie Lohman
- Producteur : Robert Wyler, William Wyler
- Société de production : Allied Artists Picture Corporation
- Société de distribution : Allied Artists Pictures (États-Unis) ; MGM (France et Europe).
- Pays de production :
États-Unis - Langue : anglais américain
- Format : couleur par Deluxe — 1.75:1 — son monophonique (Westrex Recording System) — 35 mm
- Genre : drame psychologique, western, film de guerre
- Durée : 137 minutes
- Dates de sortie :
- États-Unis :
- France :
- Affiche : Roger Soubie (France)
Distribution
modifier- Gary Cooper (VF: Jean Davy) : Jess Birdwell (VO : Jess Birdwell)
- Dorothy McGuire (VF: Nadine Alari) Eliza Birdwell
- Anthony Perkins (VF: Michel François) : Jacques Birdwell (VO : Josh Birdwell)
- Richard Eyer : Nicolas Birdwell (VO : Little Jess Birdwell)
- Robert Middleton : Sam Jordan
- Phyllis Love : Mathilde Birdwell (VO : Mattie Birdwell)
- Peter Mark Richman (VF: Jean-Louis Jemma) : Charles Jordan (VO : Garner "Gard" Jordan)
- Walter Catlett (VF: Camille Guérini) : Waldo Quigley
- Richard Hale (VF: Louis Arbessier) : Purdy
- Joel Fluellen (VF: Georges Aminel) : Enoch
- Theodore Newton (VF: Jacques Beauchey) : Le major Harvey
- John Smith (VF: Jean Gournac) : Jérôme Cope (VO : Caleb Cope)
- Edna Skinner : Opale Hudspeth (VO : Opal Hudspeth)
- Marjorie Durant : (VF: Raymonde Devarennes) : Perle Hudspeth (VO : Pearl Hudspeth)
- Frances Farwell : Rubis Hudspeth (VO : Ruby Hudspeth)
- Marjorie Main (VF: Germaine Kerjean) : La veuve Hudspeth
- Acteurs non crédités (par ordre alphabétique)
- Mary Carr (VF: Cécile Didier) : Emma, une vieille quaker
- Everett Glass (VF: Richard Francœur) : Le frère Amos
- Charles Halton (VF: Jean Gournac) : Le frère Cope
- Earle Hodgins (VF: Fernand Rauzéna) : Le responsable du stand de tir
- Frank Jenks (VF: Louis de Funès) : Le bateleur prestidigitateur
- Don Kennedy (VF: William Sabatier) : Bernard, le rebelle sudiste (VO : Buster)
- Ivan Rasputin (VF: Paul Bonifas) : Billy Goat, le lutteur
- Russell Simpson (VF: Richard Francœur) : Le frère Griffith
Critique
modifierLe film est plutôt bien apprécié, même si certaines critiques pointent l'académisme. Il a cependant une critique plutôt défavorable dans le quotidien français "Le Monde", où Jean de Baroncelli déclare avoir aimé ses précédents films et y voit "un brillant exercice de style" mais pas suffisant pour décrocher la Palme d'Or à Cannes, pour qui il voit d'autres favoris.
Le film est "hybride, ambigu, mal composé, fâcheusement photographié", et "constitue un échec"[2], estime cet écrivain et journaliste « de droite »[3], souvieux de n'être « d'aucun clan, d'aucun a priori en isme »[4], et dont la pondération a permis dans les années 1950 d'asseoir la "respectabilité" du métier de critique[5].
Le journal affirme avoir vu en 24 heures trois des principaux favoris de la compétition cannoise, parmi lesquels aussi "Un condamné à mort s'est échappé", du Français Robert Bresson, dont rappelle avoir "longuement parlé" quand le film est sorti à Paris, car "triomphalement accueilli " et "un des plus beaux tournés en France depuis dix ans". Le critique déclare alors: "si j'avais personnellement à prendre une décision, j'avoue que j'hésiterais longtemps entre le film de Bresson et celui de Federico Fellini", "Les Nuits de Cabiria".
Sa critique sera également sévère l'année suivante, pour le western suivant de William Wyler, "Les Grands Espaces", une autre fresque épique à dimension sociale et humaniste, dotée elle aussi d'un héros pacifiste[6].
"La Loi du Seigneur" est aussi en compétition à Cannes avec "Le Septième Sceau", film suédois d'Ingmar Bergman, également sorti en 1957, considéré par les cinéastes comme l'un des plus grands films de tous les temps, qui a eu droit au Prix Spécial du Jury et qui aurait mérité la palme d'or, selon Raymond Lefèvre, professeur de philosophie et critique pour des revues spécialisées. Ce dernier dénoncera dans le rival américain "un académique pensum bien-pensant"[7].
Le critique et historien du cinéma français Jean-Pierre Coursodon et le cinéaste français Bertrand Tavernier se déclarèrent aussi, dans leur livre commun, admirateurs des débuts du cinéaste américain mais selon leur jugement, "par la suite Wyler ne cessa de décevoir avec des films médiocres dont l'épouvantable Friendly Persuasion", nom anglais de "La Loi du Seigneur", car alors chez lui, selon eux, "l'absence de style devient de plus en plus flagrante"[8].
Production
modifierLe tournage a été freiné quand le maccarthysme a émergé aux États-Unis. Un budget important de 1,5 million de dollars avait été prévu en 1947 par Monogram Pictures Corporation, un studio hollywoodien travaillant plutôt avant-guerre sur de petits budgets, pour qui Frank Capra a recruté un scénariste et un metteur en scène dès 1946, année de publication du livre dont il s'inspire. C'était ainsi devenu le premier projet de film en couleur de William Wyler même s'il avait en 1947 tourné le documentaire Thunderbolt, en couleur. Il a fini par coûter plus de 3 millions de dollars, obligeant Monogram Pictures Corporation à vendre les droits de distribution étrangers à MGM pour lever plus de fonds[9]. Le lieu de tournage a été déplacé passant du sud de l’Indiana vers à un studio et au recours à un domaine de la vallée de San Fernando[10].
Inspiration et scénario
modifierLe film est adapté d'un roman de Jessamyn West, écrit en 1946, et dépeignant quarante ans d’histoire de la famille Birdwell. Il a été publié dix ans avant le tournage.
L'intrigue a repris l'histoire mais en compressant le tout sur une seule année, celle de 1862, au cœur de la guerre de Sécession. Le producteur Frank Capra décide à la fin des années 1940 d'abandonner la mise en œuvre immédiate du projet d'adaptation car il estime que "ce serait un mauvais moment pour produire une image qui pourrait être interprétée comme étant anti-guerre", mais décide aussi de laisser le scénariste Michael Wilson "travailler dessus jusqu’à ce qu’il ait terminé"[11].
Jessamyn West a passé un an à la production du film comme scénariste et conseiller technique. Elle a créé de nouveaux personnages pour remplacer d’autres et entièrement réécrit le parcours à l'écran de Laban, le fils aîné.
Gary Cooper a échangé avec elle, pour exprimer des réserves sur le scénario, en rappelant que son image au cinéma fait qu'à partir d'un certain moent "les gens qui regardent s’attendent à ce que je fasse quelque chose". Elle lui a répondra qu'il donnera à son public, via le scénario "l’image rafraîchissante d’un homme fort qui se retient". Selon l'historien du cinéma Joseph McBride en 2002, "ce qui est arrivé au scénario pacifiste après son abandon" par Capra "refléte le climat politique de la guerre froide" à ce moment-là aux États-Unis"[11] . Selon lui, le scénariste a dû faire changer l’histoire pour que le jeunesse quaker joué par Anthony Perkins devienne un tueur"[11].
Selon Pauline Kael, critique de cinéma américaine, qui a travaillé notamment pour le magazine The New Yorker, dans le scénario remanié, les quakers ne sont plus là "que pour viole leurs propres convictions" mais "une partie de la force" du scénario original de Michael Wilson a survécu, "comme dans une scène d’un officier de l’armée de l’Union estropié défiant respectueusement les Quakers inébranlables sur le pacifisme"[11].
En 1953, le syndicat des scénaristes de Hollywood a amendé ses règles permettant aux sociétés de production de refuser le crédit d'un scénario aux personnes inscrites sur liste noire, mais sans pouvoir empêcher William Wyler de recommander que son frère Robert et Jessamyn West, qui tous deux avaient simplement modifié le travail de Michael Wilson soit crédités du scénario [11].
Michael Wilson a alors engagé en 1954 une procédure devant syndicat des scénaristes, qui lui a accordé le seul crédit du scénario[11]. Malgré ces changements et le succès de sa procédure, Michael Wilson est absent au générique et a exposé quelques heures avant la projection du film au Festival de Cannes, les raisons de cette absence. Selon lui, William Wyler a redouté que la mention de son nom "ne nuise à la carrière commerciale du film", bien que le syndicat des scénaristes, deux mois plus tôt, en mars 1957, lui ait décerné le prix du meilleur scénario[2] . Le réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain Jules Dassin, ainsi que Pierre Laroche et Carlo Rim sont intervenus pour assurer de leur soutien à Michael Wilson, qui a intenté un procès aux Artistes associés, producteurs du film[12]. Selon l'historien du cinéma Joseph McBride en 2002, l'affaire s'est conclue par un discrêt arrangement à l'amiable[11].
A la mort du scénariste, William Wyler a émis des regrets sur cette omission et affirmé que la décision n'était pas vraiment la sienne, mais sans convaincre, d'autant que les historiens ont découvert dans ses archives un mémorandum, écrit le 8 avril 1954, mentionnant qu’il avait parlé au dirigeant de la Paramount, Y. Frank Freeman, à propos de l’achat du script à Wilson et avait reçu l’assurance de ce dernier, lors de cette conversation, qu’il pouvait refuser le crédit à Wilson[11].
Cependant, pour faire face à la Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines, du sénateur Joseph McCarthy, William Wyler avait co-fondé le Comité pour le premier amendement, qui milite en faveur de la liberté d'expression, avec Myrna Loy, John Huston et Philip Dunne[13].
Galerie
modifierDistinctions
modifierRécompense
modifierNominations
modifier- 29e cérémonie des Oscars () :
- Meilleur film : William Wyler, producteur
- Meilleur réalisateur : William Wyler
- Meilleur scénario adapté : Michael Wilson
- Meilleur acteur dans un second rôle : Anthony Perkins
- Meilleur mixage de son : Gordon R. Glennan et Gordon E. Sawyer
- Meilleure chanson : Thee I Love, musique de Dimitri Tiomkin, paroles de Paul Francis Webster
La nomination de Michael Wilson fit polémique en son temps. Wilson avait des sympathies communistes, ce qui en ces temps de maccarthysme, fait qu'il est inscrit sur la liste noire de Hollywood. L'Academy of Motion Picture Arts and Sciences avait proposé une solution à PricewaterhouseCoopers, l'entreprise qui organise le vote : le film serait éligible dans cette catégorie, mais serait cité dans le ballot, en dernier, sans Wilson. Cela ne se fit pas, il n'y eut que quatre nommés dans cette catégorie. La nomination fut officiellement rétablie en 2002[14].
Autour du film
modifier- Ronald Reagan a montré une vidéo du film à Mikhaïl Gorbatchev lors d'une rencontre au sommet marquant le dégel des relations diplomatiques entre l'Union Soviétique et les États-Unis[15].
Notes et références
modifier- 1 2 « La Sélection - 1957 - Palmarès », site officiel du Festival de Cannes
- 1 2 « GRACE À ROBERT BRESSON la France pose sa candidature à la Palme d'or », sur Le Monde,
- ↑ Thomas Sotinel, « Les 80 ans du Monde. Entre « Le Monde » et le cinéma français, une histoire de critiques », lemonde.fr, 18 mai 2024
- ↑ Bertrand Poirot-Delpech, « Jean de Baroncelli », Le Monde, 4 août 1998
- ↑ Fiche auteur sur le site de la Bibliothèque du film, consultée le .
- ↑ Critique du film, peu après sa sortie, dans "Le Monde"
- ↑ Biographie d'Ingmar Bergman publiée par le critique de ciné Raymond Lefèvre en 1983 à la maison d'édition Edilig
- ↑ Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain, Paris, NATHAN, , 1250 p. (ISBN 2092410024), p. 995-996.
- ↑ Article dans Variety, datant de 1956
- ↑ Nixon, Rob. "Friendly Persuasion (1956)". 150th Anniversary of the Civil War. Turner Classic Movies. Retrieved October 6, 2011.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Article de l'historien du cinéma Joseph McBride en 2022, titré "A Very Good American" The undaunted artistry of blacklisted screenwriter Michael Wilson
- ↑ « MICHAEL WILSON s'élève contre " LA LOI DU SEIGNEUR " », sur Le Monde,
- ↑ « Connaissez-vous le cinéma ? », Le Monde hors-série jeux, 2011, page 27.
- ↑ Academy Awards Database
- ↑ Dmohowski 2002.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Philippe Gunet, « Cas de conscience », Télécâble Sat Hebdo N° 1415, SETC, Saint-Cloud, p. 24, (ISSN 1280-6617)
- Joseph Dmohowski, « The Friendly Persuasion (1956) Screenplay Controversy: Michael Wilson, Jessamyn West, and the Hollywood Blacklist. », dans Historical Journal of Film, Radio and Television, vol. 22, (ISBN 978-0156029094), p. 491–514
- (en) Guy Westwell, « Peace Cinema: Religious Pacifism and Anti-War Sensibility in Friendly Persuasion (1956) », Open Screens, vol. 2, no 1, , p. 1 (ISSN 2516-2888, DOI 10.16995/os.11, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :