La Lune de Shanghai

film japonais de Mikio Naruse sorti en 1941

La Lune de Shanghai (上海の月, Shanhai no tsuki?) est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1941. Ce film, considéré comme perdu[1], a été retrouvé en partie, 53 minutes du film original de 114 minutes[2].

La Lune de Shanghai
Titre original 上海の月
Shanhai no tsuki
Réalisation Mikio Naruse
Scénario Yūsaku Yamagata (ja)
Keiji Matsuzaki (ja)
(idée originale)
Musique Ryōichi Hattori
Acteurs principaux Isuzu Yamada
Den Obinata
Hideo Saeki (ja)
Sociétés de production Tōhō
Pays de production Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Genre Drame
Film de propagande
Durée 114 minutes (durée originale)
Sortie 1941

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

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Le film n'est conservé que partiellement : environ 53 minutes sur 114. Les parties manquantes sont connues par les cartons de la version numérisée et par le synopsis du Nihon gekijō nyūsu (n° 259)[3].

Shanghai, 1937. Pour contrer la propagande anti-japonaise diffusée depuis les concessions étrangères, Daisuke Egi et ses collègues japonais créent une station de radio. Ils engagent deux speakerines chinoises : Xu Lina, une jeune femme sans emploi, puis son ancienne camarade d'études Yuan Lusi. Nièce d'un intellectuel pro-japonais assassiné, Yuan affirme avoir renoncé à la cause anti-japonaise.

Les attentats contre la station se multiplient, et un complice des terroristes semble agir de l'intérieur. Les soupçons se portent sur les deux femmes : Xu a caché un passage dans la police, Yuan se rapproche d'Egi. Egi enquête en secret.

Yuan est en réalité un agent des terroristes. Quand Xu découvre que le groupe veut faire sauter la station, Yuan lui tire dessus pour l'empêcher de prévenir Egi. Elle avertit pourtant Egi par une lettre d'adieu. La plupart des terroristes sont arrêtés, et Egi exhorte Xu à œuvrer avec les Japonais pour combler le fossé entre les deux peuples.

Selon le synopsis de 1941, Yuan, qui a trahi son groupe, est exécutée par ses anciens camarades, sous la lune, et Egi part pour le front.

Fiche technique

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Distribution

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Autour du film

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Conservation du film

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Le négatif original est perdu ; en 2006, Jean Narboni signale un contretype conservé par la Tōhō[6]. Selon un carton de la version numérisée, la version complète, longue de 114 minutes en douze bobines, a disparu dans le désordre de la fin de la guerre. En 2008, Catherine Russell compte encore le film, avec Jusqu'au jour de la victoire (勝利の日まで, Shōri no hi made?) (1945), parmi les deux films non conservés sur les treize que Naruse a réalisés entre 1938 et 1945[1].

Une copie 35 mm incomplète de 53 minutes est pourtant conservée au National Film Archive of Japan[2]. Elle fait partie des films restitués (返還映画, Henkan eiga?) : environ 1 400 copies nitrate de films japonais d'avant-guerre et de guerre détenues par la Bibliothèque du Congrès, rendues au Japon en quatre fois, de 1967 à 1984[7]. Ce fonds comprend notamment des films saisis pendant la guerre auprès des personnes d’origine japonaise aux États-Unis, ainsi que des longs métrages interdits après la guerre par une note de la Section de l'information et de l'éducation civiles (C.I.E. (en)) de l'occupation sur l'« élimination des films non démocratiques »[7].

La copie a été projetée en décembre 2023 dans le cycle consacré aux longs métrages de fiction du premier de ces retours[2]. Une version numérisée, avec des cartons résumant les bobines manquantes, a été diffusée pour la première fois à la télévision en juillet 2025 sur la chaîne satellite Eisei Gekijō (ja), avec Jusqu'au jour de la victoire, pour le 120e anniversaire de la naissance de Naruse[8].

Souvenirs d'Isuzu Yamada

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Isuzu Yamada a raconté le tournage dans un court texte, « Shanhai kara kaette » (« De retour de Shanghai »), publié en 1941 dans Eiga junpō, alors que le tournage se poursuivait en studio à Tokyo[9]. Elle part pour Shanghai le 14 février 1941 et rentre à Tokyo le 30 avril, après près de trois mois de journées chargées. Le 18 février, elle se rend à Nankin pour présenter ses respects au « président Wang » (Wang Jingwei), une visite qu'elle dit inoubliable. C'est son premier rôle de Chinoise, une speakerine qu'elle nomme encore Yuan Xuena (袁雪娜). D'abord espionne pour le camp anti-japonais, celle-ci prend conscience de « la grande mission de la construction d'une nouvelle Asie orientale » et finit tuée par ses anciens camarades. Pour s'y préparer, Yamada prend des leçons de mandarin avec M. Zhang, qui avait travaillé à la légation de Chine au Japon, et avec une jeune actrice, Mlle Guo. Elle rapporte que le tournage dans les concessions britannique, américaine et française, présenté comme le premier depuis le début des hostilités, s'est déroulé sous la stricte surveillance de la police militaire et lui a valu quelques frayeurs. Elle juge enfin ce rôle « marquant » (画期的) à bien des égards, au point d'en avoir un peu peur[10].

Commentaires

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Audie Bock relève que le film confie à Isuzu Yamada, « la star la plus populaire du moment », le rôle d'une jeune Chinoise, dans un film dont Naruse estimait que le sujet n'était pas pour lui. Selon elle, le cinéaste supportait mal les contraintes du temps de guerre, au moment même où il commençait à trouver sa voie[11].

Dans The Cinema of Naruse Mikio (en) (2008), Catherine Russell, qui tient alors le film pour perdu, le range avec Jusqu'au jour de la victoire (勝利の日まで, Shōri no hi made?) (1945) parmi les exemples « probablement » les plus manifestes de films de politique nationale (国策映画, kokusaku eiga?) dans l'œuvre de Naruse. Ces deux films suffisent selon elle à montrer que le cinéaste, même si certains de ses autres titres s'écartent des directives officielles, n'était « nullement en dehors de la sphère de l'idéologie militariste ». Le postulat mélodramatique de La Lune de Shanghai montre comment il adapte à l'effort de guerre les conventions du cinéma hollywoodien, à l'instar d'autres réalisateurs auteurs de « films d'espionnage » inspirés de modèles américains et européens. Russell rapporte toutefois, d'après Peter High, que Naruse prit ses distances avec la ferveur militariste lors du tournage à Shanghai : il parlait des films américains qu'il y avait vus et regrettait, à rebours de l'orthodoxie du kokutai, l'absence de films étrangers sur les écrans japonais[1].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 (en) Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio : Women and Japanese Modernity : 3. Not a Monumental Cinema: Wartime Vernacular, 1938-1945, Durham, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4312-7), p. 135-137
  2. 1 2 3 4 (ja) NFAJ, « Collection de films restitués (1) - Première série de longs métrages », (consulté le )
  3. ↑ Synopsis du Nihon gekijō nyūsu (n° 259), cité dans (ja) « 映画「上海の月」・・・ピンルーがモデルの映画 », sur 1930年代上海-李香蘭をきっかけとして,‎ (consulté le ).
  4. ↑ (ja) [vidéo] « 『上海の月』のキャスト・スタッフ・公開日 | 映連データベース » (consulté le )
  5. ↑ (ja) « 清川荘司 Sōji Kiyokawa (1903-1984) : Dictionnaire biographique des Japonais des ères Meiji à Heisei (XXe siècle) », sur コトバンク (consulté le )
  6. ↑ Jean Narboni, Mikio Naruse : Les Temps incertains, Paris, Cahiers du cinéma, (ISBN 978-2-86642-283-7), p. 260
  7. 1 2 (ja) « NFAJ 【国立映画アーカイブ】上映企画「返還映画コレクション(4)――文化・ニュース・漫画映画篇」開催のお知らせ : Projection: collection de films restitués (4) », Lumière et ombre du cinéma en temps de guerre, sur PR TIMES, Agence pour les affaires culturelles,‎ (consulté le )
  8. ↑ (ja) « 「上海の月」Shanhai no tsuki 「勝利の日まで」Shōri no hi made : Diffusés pour le 120e anniversaire du maître metteur en scène Mikio Naruse », sur 財経新聞,‎ (consulté le )
  9. ↑ (ja) « 映画「上海の月」 Shanhai no tsuki (1941) : (Extrait d’Eiga Junpō) », sur 1930年代上海-李香蘭をきっかけとして (consulté le )
  10. ↑ (ja) Isuzu Yamada, « 上海から帰つて » [« De retour de Shanghai »], Eiga junpō,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ (en) Audie Bock, Japanese Film Directors, New York, Kodansha International, (ISBN 0-87011-304-6), p. 127

Liens externes

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