La Place Royale ou l'Amoureux extravagant
La Place Royale ou l’Amoureux extravagant est une comédie en cinq actes écrite par Pierre Corneille en , créée au théâtre du Jeu de paume du Marais en et publiée en chez Augustin Courbé.
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Augustin Courbé |
Sujet
modifierSixième pièce de Corneille et la dernière de sa série de comédies de jeunesse avant qu’il ne se tourne vers la tragédie, cette pièce traite de l’amour et de la liberté, à travers la rupture par Alidor de son engagement envers Angélique.
Contexte
modifierLa pièce met en scène l’espace mondain de la Place Royale, lieu de sociabilité parisienne très en vogue à l’époque.
Personnages
modifier- Alidor, amant d’Angélique
- Cléandre, ami d’Alidor
- Doraste, amoureux d’Angélique
- Lysis, amoureux de Phylis
- Angélique, maîtresse d’Alidor et de Doraste
- Phylis, sœur de Doraste
- Polymas, domestique d’Alidor
- Lycante, domestique de Doraste
Trame
modifierBien qu’Alidor et Angélique s’aiment d’un amour partagé, le jeune homme vit sa passion comme une aliénation. Terrifié à l’idée que le mariage ne scelle la perte de sa liberté, il conçoit un projet paradoxal : céder sa maitresse à son ami Cléandre. Pour y parvenir, il simule une infidélité via une fausse lettre, poussant Angélique, blessée, à s’éloigner de lui.
Le plan d’Alidor dérape rapidement lorsque Angélique s’éloigne, comme prévu, mais pour se tourner vers Doraste et non vers Cléandre. Contraint de la reconquérir pour mieux la céder, Alidor la séduit à nouveau et organise un faux enlèvement par Cléandre, lors d’un rendez-vous. Un quiproquo fait échouer cette machination lorsque Cléandre enlève par erreur Phylis, l’amie d’Angélique, qui se mariera finalement avec lui.
Lorsque Angélique découvre la supercherie de la promesse de mariage qu’Alidor lui avait remise était en réalité signée par Cléandre, elle comprend qu’elle n’a cessé d’être manipulée. Elle refuse le retour ultime de son amant, préférant la retraite spirituelle à un amour jugé indigne. Elle entre au couvent, laissant Alidor à sa solitude conquise de haute lutte, mais vide de sens.
Analyse
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La grande profondeur psychologique d’Alidor, l’amant extravagant, confère également à la pièce une complexité qui la distingue des simples farces de l’époque[1]. Son refus du mariage et de l’aliénation amoureuse, autant que ses machinations pour éprouver et manipuler Angélique, sont inclassables[2]. Le caractère extravagant d’Alidor détermine, en retour, un dénouement inhabituel, lorsque Angélique, déçue par les manipulations d’Alidor, refuse sa demande de mariage tardive et préfère entrer au couvent, tandis que Cléandre épouse Phylis. Cette transgression subversive annonce le Misanthrope de Molière[3].
Par son affranchissement des conventions théâtrales et sa liberté créatrice, la pièce bouscule les codes de la comédie traditionnelle de son époque. La modernité de l’intrigue, mouvementée, riche de rebondissements, de quiproquos et de feintes, a profondément influencé le théâtre baroque en opérant une rupture décisive avec la tradition, avec un personnage hybride de héros de tragédie égaré dans une comédie, qui ouvre la voie à la tragi-comédie. Dans la Place royale apparait pour la première fois la structure conflictuelle génératrice du dilemme cornélien. La mise en scène d’un personnage pleinement conscient de ses actes marque un tournant vers un théâtre d’analyse psychologique, espace de débat d’idées plutôt que de simple divertissement[4].
Réception
modifierLa pièce a connu un vif succès lors de sa création. Confiée aux comédiens de Montdory, qui tenait le rôle principal d’Alidor, elle a été bien accueillie par le public parisien. Ce succès s’inscrit dans la continuité des premières œuvres de Corneille qui l’ont imposé sur les scènes parisiennes[5].
Le choix du décor a particulièrement plu au public : Corneille exploitait l’intérêt des spectateurs pour des lieux qu’ils connaissaient et fréquentaient. La Place Royale était alors le quartier à la mode où les jeunes gens élégants se croisaient, ce qui créait une proximité immédiate avec l’action dramatique[6].
Postérité
modifierReconnue pour la vivacité de ses dialogues, la finesse de ses analyses psychologiques et sa mise en scène innovante d’un lieu public comme révélateur social, La Place Royale a contribué à établir la réputation de Corneille comme un dramaturge capable de mêler réflexion morale et plaisir dramatique. Sans cesse reprise et corrigée par son auteur, elle est souvent présentée aujourd’hui comme la comédie la plus moderne de Corneille[7].
Mises en scène notables
modifier- : mise en scène d'Éric Vigner, CNSAD, Paris.
- : mise en scène de Brigitte Jaques, théâtre de la Commune, Aubervilliers, Extrait sur le site de l’INA
- : mise en scène d'Éric Vigner, CDDB-Théâtre de Lorient.
- 2011-2012 : mise en scène d'Émilie Rousset, La Comédie, Reims.
- 2012-2013 : mise en scène d'Anne-Laure Liégeois, théâtre du Vieux-Colombier, Paris.
Éditions
modifier- La Place royalle : ou L’amoureux extravagant, comédie, Paris, Augustin Courbé, , 4 ff. non ch.-112 p., in-4º (OCLC 251630025, lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
modifier- ↑ Céline Candiard, « La Place Royale et le matériau héroïque », Fabula, Paris « Les colloques, Trois comédies de Corneille (dir. Olivier Leplatre, Maxime Cartron) », (lire en ligne).
- ↑ Mathieu Bermann, « Désir et concession dans La Place Royale de Corneille », Fabula, Paris « Les colloques, Trois comédies de Corneille (dir. Olivier Leplatre, Maxime Cartron) », (lire en ligne).
- ↑ Boris Donné, « D’Alidor à Alceste : La Place Royale et Le Misanthrope, deux comédies de l’extravagance », Littératures classiques, Toulouse, no 58, , p. 155-75 (ISSN 0992-5279, lire en ligne).
- ↑ Johns D. Lyons, « Le Mythe du héros cornélien », Revue d’histoire littéraire de la France, Paris, vol. 107, no 2, , p. 433-48 (ISSN 2105-2689, lire en ligne).
- ↑ Alan Howe, « Corneille et ses premiers comédiens », Revue d’histoire littéraire de la France, Paris, vol. 106, , p. 519-542 (lire en ligne).
- ↑ Cynthia B. Kerr, « Violence et obstacle dans La Place Royale », The French Review, Paris, vol. 49, no 4, , p. 496-504 (ISSN 2329-7131, lire en ligne).
- ↑ (en) Jacqueline Lichtenstein et Dobie Madeleine, « What is the subject of La Place Royale? », Yale French Studies, Paris, no 80, , p. 41-69 (ISSN 0044-0078, lire en ligne).
Liens externes
modifier- Ressource relative au spectacle :