Labeobarbus aeneus
Bar jaune à petite bouche
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Actinopterygii |
| Ordre | Cypriniformes |
| Famille | Cyprinidae |
| Genre | Labeobarbus |
Labeobarbus aeneus, le Bar jaune à petite bouche, est une espèce de poissons à nageoires rayonnées cypriniformes, de la famille des Cyprinidés. Il est présent dans le système fluvial Orange-Vaal, en Afrique australe. Il est devenu une espèce envahissante dans plusieurs rivières du Cap-Oriental (Afrique du Sud), comme la rivière Mbhashe.
Description
modifierLe Bar jaune à petite bouche est une espèce robuste et adaptable, largement répandue dans son aire de répartition naturelle. Il peut atteindre une masse d'environ 9 kg. Il est considéré comme un prédateur opportuniste et se nourrit d'une variété d'aliments allant des végétaux aux insectes aquatiques, aux crabes, aux crevettes et aux petits poissons.
Les juvéniles présentent un ventre argenté et un dos vert olive caractéristique, tacheté de noir. Ils se regroupent en petits bancs dans les habitats favorables.
Répartition
modifierHabitat
modifierLe système fluvial Orange-Vaal est l'un des rares systèmes d'Afrique du Sud à présenter une dimension internationale. L'Orange prend sa source au Lesotho et le Vaal sur le Highveld, dans le Mpumalanga, tandis que leurs affluents s'étendent sur la plupart des provinces d'Afrique du Sud, ainsi qu'au Botswana et en Namibie. L'Orange se jette dans l'océan Atlantique à Oranjemund, sur la côte ouest, à la frontière entre l'Afrique du Sud et la Namibie.
Le fleuve draine une grande diversité d'habitats terrestres, allant des prairies, des montagnes et du Karoo au désert. Il en résulte une grande variété d'habitats fluviaux : ruisseaux de montagne limpides, eaux troubles du cours moyen de l'Orange, eaux colorées et riches en nutriments dans les cours inférieurs des deux fleuves. Plusieurs barrages ont modifié le débit naturel des cours supérieurs afin de le réguler dans les cours moyens et inférieurs.
Labeobarbus aeneus préfère les eaux claires et courantes des grands fleuves à fond sableux ou rocheux. Il se développe également bien dans les grands bassins de retenue[1].
Biologie et écologie
modifierAlimentation
modifierLes individus de grande taille sont omnivores, en fonction de la disponibilité des ressources. Leur régime comprend des invertébrés benthiques, parmi lesquels des mollusques bivalves, de la végétation, des algues et des détritus[1].
Reproduction
modifierLe bar jaune à petite bouche est une espèce à croissance lente, avec une faible fécondité relative. Il ne devient sexuellement actif qu'à une longueur à la fourche d'environ 30 cm. Les mâles atteignent cette taille vers l'âge de sept ans.
Pendant la période de reproduction, leur peau se couvre de papilles sensorielles, ce qui lui donne une texture rugueuse au toucher. Ce phénomène existe aussi chez les femelles, mais dans une moindre mesure. Il est donc recommandé de se mouiller les mains avant de manipuler un poisson, car des mains sèches peuvent retirer la couche de mucus qui protège sa peau et ses écailles.
Lorsque la température de l'eau dépasse 19 °C au printemps, puis atteint environ 20 °C, de petits bancs migrent vers des zones rocheuses peu profondes pour frayer. Le frai peut se poursuivre de façon intermittente d'octobre à février. Cette longue période de reproduction constitue une adaptation à la vie fluviale et permet à l'espèce de pondre lorsque les conditions deviennent favorables.
Les œufs, relativement gros et à double enveloppe, permettent la reproduction dans des rapides et des remous. Les eaux vives sont bien oxygénées et constituent des zones productives pour les algues, les diatomées et les larves et nymphes d'insectes aquatiques.
Statut et menaces
modifierLe bar jaune à petite bouche est classé comme « préoccupation mineure », car il reste largement répandu dans le système fluvial Orange-Vaal et demeure abondant dans la plupart des habitats qui lui conviennent. Toutefois, les mortalités massives de poissons observées dans le cours moyen de la rivière Vaal et dans certains de ses affluents sont préoccupantes, car elles peuvent nuire à la pêche récréative.
La pollution de l'eau, sous forme d'effluents provenant des stations d'épuration municipales, de l'agriculture et des rejets d'eaux minières (en), constitue probablement la menace la plus sérieuse pour l'espèce dans le cours moyen et inférieur de la rivière Vaal et dans plusieurs de ses affluents. Même lorsque ces effluents ne sont pas directement toxiques, l'enrichissement de l'eau favorise la prolifération d'algues, ce qui peut réduire la concentration d'oxygène dissous à des niveaux mortels.
Les bactéries qui décomposent les déchets organiques produisent aussi des sous-produits tels que l'ammoniac et les nitrites. À fortes concentrations, ces composés azotés sont très toxiques pour les poissons ; à des concentrations sublétales, ils peuvent endommager gravement les branchies.
Le prélèvement excessif d'eau dans les affluents durant la saison sèche hivernale entraîne l'assèchement de certains tronçons de rivière, provoquant la mort des poissons et la destruction de leurs ressources alimentaires. Dans des cours d'eau comme le Vaal et le Gariep, les barrages constituent des obstacles à la migration et modifient les débits nécessaires aux déplacements reproducteurs.
La pêche illégale au filet est pratiquée dans l'ensemble des deux bassins fluviaux, souvent à proximité des zones d'habitat informel. Des propriétaires terriens ou entrepreneurs peuvent aussi être impliqués dans la vente de poisson. Des opérations de police, auxquelles participe le Service de police sud-africain, sont en cours.
Plusieurs espèces de poissons exotiques sont désormais communes dans certaines parties des rivières Orange et Vaal. L'achigan à grande bouche, prédateur, prospère dans plusieurs barrages sur les affluents de la Vaal et dans le barrage situé en aval du barrage de la Vaal. La carpe est répandue dans le système et entre en compétition avec le bar jaune à petite bouche pour l'alimentation, tout en se nourrissant de ses œufs au moment de la reproduction. La prolifération de la carpe herbivore dans les barrages du cours moyen de la Vaal est considérée comme une menace potentiellement sérieuse, car cette espèce prolifique atteint plus de 20 kg et constitue un concurrent alimentaire.
Le passage à gué dans les frayères, en particulier par les pêcheurs à la mouche, peut également menacer la survie du bar jaune à petite bouche dans les zones de pêche intensive. La plupart des provinces disposent d'une législation interdisant toute perturbation des poissons pendant la période de frai.
Conservation et gestion
modifierLes réserves naturelles sont des aires protégées terrestres gérées par les services de conservation dans certaines provinces. Lorsqu'elles englobent des cours d'eau, elles constituent un dispositif informel de protection des rivières. Leur efficacité dépend toutefois de la sensibilisation des propriétaires fonciers aux enjeux liés aux rivières et aux poissons, ainsi que de leur accompagnement dans la mise en œuvre de mesures adaptées.
L’Association pour la conservation et la gestion du yellowfish des rivières Orange et Vaal regroupe environ 700 personnes intéressées par la conservation du yellowfish. Fondée sur les rives de la rivière Vaal en 1996, l'association poursuit ses objectifs autour de trois principes : aménager une zone de conservation gérée, relâcher les poissons jaunes capturés et éduquer les personnes concernées.
Il existe un ensemble important de lois nationales et provinciales permettant aux autorités de lutter contre les activités illégales sur les cours d'eau, comme la pollution, la pêche au filet, les perturbations liées à la reproduction ou l'introduction d'espèces exotiques. Les ordonnances provinciales de conservation de la nature permettent également une gestion du bar jaune à petite bouche et de son habitat par des réglementations sur la taille minimale, les quotas de pêche, la période de frai et les zones de frai. Le manque de moyens de conservation de la nature, aux niveaux provincial et national, reste cependant un problème majeur pour la gestion efficace des cours d'eau et des populations de poissons d'eau douce.
Le Programme national de santé des rivières est le principal outil de surveillance des populations de poissons en Afrique du Sud. Les provinces de l'État-Libre, du Mpumalanga et du Gauteng disposent de programmes actifs, contrairement à d'autres provinces. Le yellowfish est généralement utilisé comme espèce indicatrice sur les rivières Orange et Vaal afin d'informer les gestionnaires de l'état écologique de ces cours d'eau. La présence d'un grand nombre de yellowfish à petite et à grande bouche en bonne santé témoigne de la bonne santé écologique des rivières.
La recherche est essentielle pour permettre aux gestionnaires de comprendre l'espèce et ses interactions avec son environnement. Elle permet de prendre des décisions concernant les débits d'eau, les normes de pollution et les protocoles de gestion des pêches. Plusieurs programmes de recherche sont en cours sur le yellowfish dans le système Orange-Vaal, en particulier sur la migration, la conservation, la génétique et la valeur socio-économique de la ressource.
Utilisations
modifierLe bar jaune à petite bouche est un poisson de sport très prisé. Sa proximité avec le Gauteng a contribué au développement de la pêche à la mouche du yellowfish en Afrique du Sud. Le tourisme de pêche centré sur la rivière Vaal représente un chiffre d'affaires estimé à 1,2 milliard de rands par an, incluant les coûts directs, comme le matériel de pêche, et indirects, comme le transport, l'hébergement et la restauration.
Toutes les formes de pêche ont permis de cibler cette espèce avec succès, et la pêche organisée a soutenu les mesures de conservation des deux espèces de yellowfish présentes dans ce système fluvial. La pêche compétitive pour les deux espèces a été interdite.
Les pêcheurs de subsistance capturent facilement le bar jaune à petite bouche avec des appâts naturels tels que des vers, des crabes et des vairons. Ils ciblent parfois les poissons en période de frai, lorsque ceux-ci deviennent plus vulnérables. Il est donc utile de les orienter vers la capture de la carpe, du poisson-chat africain, espèce introduite plus abondante, et du barbeau.
La pêche de subsistance et la pêche commerciale, utilisant des chaluts, des sennes et des filets maillants pour cibler la carpe, le poisson-chat et le moggel (Labeo umbratus), ont été pratiquées pendant de nombreuses années dans certains barrages désignés des rivières Vaal et Orange. La réglementation a changé : seuls les chaluts et sennes sont autorisés, sauf circonstances exceptionnelles. Une autorisation temporaire peut alors être délivrée pour la mise en place de filets maillants dans des habitats spécifiques où la carpe, le moggel et le poisson-chat sont les plus abondants.
Le Département du tourisme, de l'environnement et des affaires économiques de l'État-Libre fournit des bars jaunes à petite bouche pour l'empoissonnement des étangs piscicoles, comme alternative aux espèces de poissons exotiques. La pisciculture d'État du barrage de Gariep fait appel à des pêcheurs de subsistance pour capturer ces poissons, qui sont ensuite élevés dans les étangs de la pisciculture. Ils sont ensuite fournis aux propriétaires fonciers du bassin versant du fleuve Orange pour l'empoissonnement de leurs étangs.
Cette méthode est considérée comme préférable à l'élevage direct de bars jaunes, qui peut produire des hybrides indésirables ou des poissons au patrimoine génétique inadapté à la réintroduction dans les milieux naturels. Ce protocole s'appuie sur les principes élaborés lors des conférences du Groupe de travail sur le yellowfish, selon lesquels la fourniture de poissons jaunes ne doit pas être laissée à la seule initiative du secteur privé. Le transport de yellowfish à destination ou à l'intérieur d'une province est également interdit sans autorisation de l'autorité de conservation compétente.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Smallmouth yellowfish » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 Paul H. Skelton, A Complete Guide to the Freshwater Fishes of Southern Africa, Southern Book Publishers, , 168-169 p. (ISBN 1-86812-350-2)