Lagune de Cotonou

Chenal reliant le lac Nokoué à l'océan Atlantique traversant la ville de Cotonou au Bénin

La lagune de Cotonou est un cours d'eau côtier du Bénin. Situé en Afrique de l'Ouest, ce chenal relie le lac Nokoué à l'océan Atlantique et divise la capitale économique du pays en deux sections distinctes. Cet écosystème joue un rôle dans l'économie locale.

Lagune de Cotonou
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Situation géographique

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La lagune de Cotonou est un canal naturel d'une longueur d'environ 4,5 kilomètres[1]. Cette voie d'eau mesure 350 mètres de largeur dans ses sections supérieure et médiane, tandis que sa partie inférieure atteint 520 mètres[2].

La profondeur moyenne s'établit à environ 4 mètres[2]. Cet hydroosystème comporte des fosses d'affouillement locales où les mesures de profondeur excèdent les 10 mètres[3].

Au nord, la lagune communique avec le lac Nokoué, l'un des plans d'eau majeurs du littoral béninois[4].

Au sud, elle débouche directement sur l'océan Atlantique, permettant ainsi l'échange entre les eaux douces de l'hinterland et les eaux marines[5],[6].

La ville de Cotonou elle-même s'étend sur un cordon littoral étroit, compris entre le lac Nokoué au nord et l'océan Atlantique au sud[7],[8].

Histoire et création du chenal

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Avant le creusement du chenal, la communication naturelle entre le lac Nokoué et l'océan Atlantique s'effectuait par la lagune de Porto-Novo, située à l'est[9].

Une flèche littorale de sable obstrue cette entrée naturelle depuis des périodes géologiques anciennes[10]. À partir de 1885, l'administration française entreprend le perçage d'une tranchée à travers le cordon littoral sableux[11],[12].

L'objectif était de créer une issue d'urgence pour l'évacuation des crues annuelles du lac Nokoué. Les travaux s'effectuent initialement à l'aide d'outils rudimentaires, la pelle et la pioche façonnant une rigole de 2 mètres de largeur[13].

Confrontée à la puissance de l'écoulement des eaux lacustres, la tranchée s'élargit spectaculairement en quelques jours. L'énergie cinétique du flux d'eau douce provoque un élargissement du canal, qui passe de 2 mètres à environ 400 mètres de largeur en une période très brève[13].

Durant les décennies suivantes, le chenal connaît des phases d'obstruction répétées. Les mouvements du cordon littoral entraînent l'ensablement partiel de la passe, interrompant temporairement la communication avec l'océan[12].

La situation se transforme à la fin des années 1950, lors de la construction du port en eau profonde de Cotonou[12]. L'aménagement portuaire provoque une nouvelle réouverture du chenal et stabilise sa configuration actuelle. Le canal atteint une largeur de 450 mètres environ en sa partie la plus large[12],[14].

Caractéristiques hydrologiques et physiques

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Le système lagunaire reçoit ses apports d'eau douce du fleuve Ouémé, qui prend sa source dans le nord du Bénin à une distance de 450 kilomètres de l'embouchure[13]. Une rivière plus courte, la Sô, contribue également aux apports hydrologiques, particulièrement dans la section septentrionale du lac[15].

La section méridionale de la lagune, en contact avec l'océan Atlantique, subit l'influence de l'intrusion saline marine[4].

L'ensemble du système lagunaire inclut les marais périphériques et représente une zone d'inondation saisonnière qui s'étend au-delà du chenal durant les périodes de crues[16].

Biodiversité et écosystème

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Les essences végétales dominantes appartiennent à la famille des palétuviers[17]. Le palétuvier rouge (Rhizophora racemosa) et le palétuvier blanc (Avicennia germinans) sont les deux espèces principales, formant des peuplements denses qui structurent l'écosystème[18].

Au-delà de ces deux essences caractéristiques, d'autres espèces ligneuses se développent dans cet habitat. Le Drepanocarpus lunatus et le Raphia hookeri se développent aussi dans cet habitat[19],[20].

Les inventaires scientifiques réalisés entre 2000 et 2001 au niveau du lac Nokoué voisin révèlent la présence de 51 espèces de poissons distinctes[21],[22]. Ces espèces se répartissent entre trois grandes catégories écologiques : les espèces véritablement marines, les espèces dulcicoles d'eau douce, et les espèces lagunaires spécialisées.

Parmi les représentants les plus courants figurent le tilapia du Niger (Coptodon zillii), le tilapia à menton noir (Sarotherodon melanotheron) et le poisson-chat africain (Clarias gariepinus)[23].

La lagune abrite aussi plusieurs espèces de crabes, dont le Cardiosoma armatum, l'Aratus pisoni et l'Ucides cordatus[24]. Les crevettes contribuent également à la biomasse aquatique et forment une ressource alimentaire secondaire pour les communautés humaines[24].

Les zones humides adjacentes abritent environ 233 espèces d'oiseaux comme les canards d'eau, les poules d'eau, les hérons et divers oiseaux d'eau migrateurs[25].

La lagune et ses zones adjacentes offrent un habitat pour des mammifères aquatiques menacés, notamment le lamantin d'Afrique (Trichechus senegalensis) et l'hippopotame commun (Hippopotamus amphibius)[25],[26].

Le crocodile nain (Osteolaemus tetraspis) complète cet ensemble de mégafaune aquatique[27].

Importance économique et ressources halieutiques

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Le lac Nokoué et le système lagunaire fournissent environ 70% de la production halieutique totale du Bénin et mobilisent environ 15 000 pêcheurs exerçant leurs activités de capture[4].

La pêche à l'épervier, filet lancé manuellement à la surface des flots, est une technique de pêche utilisée sur cette lagune[4]. D'autres méthodes d'exploitation sont utilisées, comme les acadja, système ingénieux de capture qui combine les pratiques culturelles locales et l'écologie du milieu[28].

La production de sel est également une activité génératrice de revenus qui utilise l'eau saumâtre de la lagune pour l'évaporation et la cristallisation[25].

Références

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  1. ↑ Daouda Mama, Véronique Deluchat, James Bowen, Waris Chouti, Benjamin Yao, Baba Gnon, Michel Baudu, « Caractérisation d’un Système Lagunaire en Zone Tropicale: Cas du lac Nokoué (Bénin) » [PDF], sur https://unilim.hal.science/,
  2. 1 2 FAO, « RAPPORT D'ETUDE PRELIMINAIRE SUR L'AMENAGEMENT D'UN ABRI POUR LA PECHE MARITIME ARTISANALE A COTONOU » [PDF], sur fao.org,
  3. ↑ Amoussa BADAHOUI, Emile Didier FIOGBE et Michel BOKO, « Les causes de la dégradation du chenal de Cotonou » [PDF], sur semanticscholar.org,
  4. 1 2 3 4 « La salinité fluctuante de la lagune Nokoué | IRD le Mag' », sur lemag.ird.fr, (consulté le )
  5. ↑ Kodjo Jules Honfo, « Modélisation hydrodynamique de la lagune Nokoué située au sud-est du Bénin », theses.fr, Université de Toulouse (2023-2025),‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ Amoussa BADAHOUI, Emile Didier FIOGBE et Michel BOKO, « Les causes de la dégradation du chenal de Cotonou » [PDF], sur https://scispace.com/,
  7. ↑ Christophe Okou, « L'urbanisation face aux systèmes naturels : le cas de Cotonou », Les Cahiers d'Outre-Mer, vol. 42, no 168,‎ , p. 425–437 (DOI 10.3406/caoum.1989.3322, lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ Direction de la Prospective et du Développement Municipal (DPDM), « PLAN DE DEVELOPPEMENT DE LA VILLE DE COTONOU (PDC - COTONOU) » [PDF], sur fsmtoolbox.com,
  9. ↑ SOHOU Zacharie, Centre de Recherches Halieutiques et Océanologiques du Bénin (CRHOB), PhD., Chercheur Océanographe, « Site de Lac Nokoué » [PDF], sur cbd.int
  10. ↑ Adoté Blivi, Edward Anthony et Lucien Oyédé, « Sand barrier development in the bight of Benin, West Africa », Ocean & Coastal Management - OCEAN COAST MANAGE, vol. 45,‎ , p. 185–200 (DOI 10.1016/S0964-5691(02)00054-6, lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ « COTONOU », sur Ministère de la Décentralisation et de la Gouvernance Locale (consulté le )
  12. 1 2 3 4 Pierre Vennetier, « Aménagements littoraux et évolution d'un système lagunaire : étude de cas au Bénin », Les Cahiers d'Outre-Mer, vol. 44, no 176,‎ , p. 321–332 (DOI 10.3406/caoum.1991.3409, lire en ligne, consulté le )
  13. 1 2 3 « Le lac Nokoué », sur Site de l'association Grand-Lieu/Nokoué - Coopération entre le lac Nokoué et le lac de Grand-Lieu (consulté le )
  14. ↑ M. Boko, « Les causes de la dégradation du chenal de Cotonou », International Journal of Biological and Chemical Sciences,‎ (DOI 10.4314/IJBCS.V3I5.51077, lire en ligne, consulté le )
  15. ↑ (en) « Figure 1: Carte du système lac Nokoué-Rivière Sô-Rivière Djonou », sur ResearchGate (consulté le )
  16. ↑ « Memoire Online - Etude de l'influence du lac Nokoué et du chenal sur les inondations dans la ville de Cotonou au Bénin - Liliane Philippine ASSOGBA », sur Memoire Online (consulté le )
  17. ↑ Vincent O.A. Orekan, Hermann Plagbeto, Emile Edea, Mariano Sossou, « Évolution actuelle des écosystèmes de mangrove dans le littoral béninois » [PDF], sur https://hal.science, 19 jullet 2019
  18. ↑ Makpondéou Makponse, « Pollution esthétique dans la ville de Cotonou au Bénin : quels aménagements pour une urbanisation durable ? », Revue Internationale du Chercheur, vol. 5, no 3,‎ (ISSN 2726-5889, lire en ligne, consulté le )
  19. ↑ Bees-ONG Réseau Mondial des Zones Humides (WWN)., « Le Lac Nokoué Dernier refuge du Héron Bihoreau » [PDF], sur www.bees-ong.org
  20. ↑ CEDED-ONG, « IDENTIFICATION ET DESCRIPTION DES AIRES MARINES A PROTEGER AU BENIN » [PDF], sur https://iwlearn.net/,
  21. ↑ P. Laleye, Niyonkuru C., Jacques Moreau et GG Teugels, « Spatial and seasonal distribution of the ichthyofauna of Lake Nokoué, Bénin, west Africa », African Journal of Aquatic Science, vol. 28,‎ , p. 151–161 (DOI 10.2989/16085910309503779, lire en ligne, consulté le )
  22. ↑ P. Gnohossou, « La faune benthique d'une lagune ouest Africaine (le lac Nokoue au Bénin), diversite, abondance, variations temporelles et spatiales, place dans la chaine trophique », ResearchGate,‎ (lire en ligne, consulté le )
  23. ↑ Prudencio Agbohessi, Léa Guedegba, Rodrigue Pelebe et Ibrahim IMOROU Toko, « Exposition de la faune ichthyenne et autres animaux aquatiques aux polluants organiques, chimiques et biologiques dans le lac Nokoué au Sud du Bénin: Synthèse documentaire », Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires, vol. 11, no 3,‎ , p. 360–372 (ISSN 2550-4401, DOI 10.5281/zenodo.8287762, lire en ligne, consulté le )
  24. 1 2 Myriam Favre, Erik Zigterman, « Rapport Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES) Annexe Technique : Evaluation Environnementale et Sociale préliminaire » [PDF], sur aiib.org,
  25. 1 2 3 « Basse Vallée du Couffo, Lagune Côtiere, Chenal Aho, Lac Ahémé | Service d’information sur les Sites Ramsar » [archive du ], sur rsis.ramsar.org (consulté le )
  26. ↑ (en) « Benin extends two Ramsar Sites to cover entire coastal area », sur Smart Water Magazine (consulté le )
  27. ↑ Christophe Assogba, « Bénin : les crocodiles entre survie et extinction » [archive du ], sur fr.mongabay.com (consulté le )
  28. ↑ Jeanne-Marie Principaud, « La pêche en milieu lagunaire dans le sud-est du Bénin. L'exemple de l'exploitation des acadjas (en danger) sur le lac Nokoué et la basse Sô », Les Cahiers d'Outre-Mer, vol. 48, no 192,‎ , p. 519–546 (DOI 10.3406/caoum.1995.3582, lire en ligne, consulté le )