Lari (peuple)
Les Lari (Laadi, Ladi, Laari, Balaadi, Baladi, Balaari ou Balari[1]) forment un groupe ethnolinguistique de la république du Congo et de la république démocratique du Congo qui est lui-même un sous-groupe Kongo à l’instar des Vili ou des Yombé. Il est apparu vers la fin du XIXe siècle[2],[3],[4],[5],[6],[7].
Histoire
modifierL'établissement par le colonisateur français de la capitale Brazzaville tout près des zones d'habitations des Kongos a entraîné la fusion de plusieurs sous-groupes kongos pour former un nouveau groupe doté d'une identité nouvelle. En effet, vers la fin du XIXe siècle. Le Ladi (prononciation : lari ou ladi) sont des personnes issues de différents sous-groupes Kongos (sous-groupes provenant de l'ancienne province du Royaume du Kongo « Nsundi »): Sundi, Buende, Manianga, Gangala (ou Hangala)[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14],[15],[16],[17],[18].
Face à la rapide expansion commerciale et démographique de ces derniers, le Ladi (prononciation : lari ou ladi) devient la langue vernaculaire kongo entre les différents rameaux (Sundi, Manianga, Kongo (ou Koongo) ba Nseke) remodelant l’identité kongo, suivant le chemin de fer colonial. Les délimitations nettes entre ces rameaux ne se définissent ainsi pas par la langue mais par les mvila et la région d’origine (Mpangala, Mvula Ntangu ou Mbula Ntangu, Manianga). À cela s’ajoute le voisinage ancien avec les Téké, qui se matérialise ici ou là par des alliances matrimoniales[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14],[15],[18],[17],[16].
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour l’origine du mot ladi ou lari, il semble qu’il est tiré du mot Nladi, Muladi, M'ladi (traduction : Celui ou celle qui disparaît (ou perd/se perd), mot tiré du verbe Lala disparaître/(se)perdre en kikongo, plus précisément en kimbata et kitsotso) ou de la rivière Luladi ou Lulari (appelée Lelali par les Téké-Yaka), rivière à proximité de Kimpanzu, village de Malonga Mi Mpanzu alias Bueta Mbongo ou Bweta Mbongo; Boueta Mbongo en français (environ 1860-1898). Ce dernier était un mfumu kanda et mfumu nsi/tsi (chef de clan et chef de terre), des mvila Mpanzu et Buende, ses gens et ses alliés étaient ainsi désignés bisi Buende, baBuende (en référence au luvila Buende/Bwende). Avec Mabiala ma Nganga (Nsundi, Sundi ou Suundi), il organisa une résistance armée contre l’installation coloniale française à partir de la fin des années 1880, puis devint la figure de proue de la résistance après la mort de Mabiala ma Nganga en 1896. Après sa mort en 1898, les mfumu signèrent une reddition en 1899, acceptant l’autorité française dans la région. Dans ces années là, l’ethnonyme Buende disparut peu à peu, laissant place à celui de Ladi, ces derniers ayant changé de dénomination commune. Ainsi les Ladis sont originellement les bisi Buende ou baBuende, un sous-groupe Sundi strictosensu et lato sensu. Par la suite d’autres Kongos (Haangala, Sundi/Nsundi, etc.) provenant de Nsundi s’y sont ajoutés. Des Tékés restés dans le Pool, s’y sont intégrés par alliances matrimoniales, cohabitation[8],[9],[10],[14],[15],[11],[12],[13],[18],[17],[16],…
Il est important de souligner que le terme kilari ou lari est mentionné dès le XVIIe siècle. Le missionnaire Joris Van Geel (Georges de Geel en français), en visite dans le royaume du Kongo en 1650, mentionne dans ses écrits plusieurs villages, dont l’un portait le nom de "Songa a Kilari"[19].
Clans
modifierComme chez les autres groupes Kongos, la descendance chez les Kongo-Ladi est matrilinéaire et est regroupée autour de lignages (mvila en kikongo)[20],[21],[22],[12].
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ETC. | |||||
Géographie
modifierAujourd’hui, leur nombre est estimé à 1,5 million d'individus en République du Congo[réf. nécessaire]. Ils vivent principalement à Brazzaville et dans le département du Pool ainsi que dans le secteur Balari, sur le territoire de Luozi. Ils sont également présents, dans une moindre mesure, à Pointe-Noire.
Langue
modifierLe lari (ou laadi, ladi, laari) est une langue bantoue appartenant au continuum kikongo, dont elle constitue l’une des variétés. Utilisé comme langue véhiculaire dans la région du Pool et à Brazzaville[23],[24], le lari a joué un rôle important dès la période coloniale en servant de relais aux administrations et aux services publics. Il était notamment parlé par les instituteurs, les infirmiers, les administrateurs civils, les militaires, les policiers et de nombreux commerçants[réf. nécessaire].
Le lari a également accompagné l’essor de la culture urbaine kongo. Celle-ci se distingue par le goût pour l’élégance, la musique, les arts populaires et surtout par la SAPE, un mouvement culturel emblématique, historiquement originaire de l’ethnie Lari, avant de s’étendre à l’ensemble du monde kongo puis à la diaspora[réf. nécessaire].
L’implantation ancienne et massive des populations lari dans les grandes villes du pays, en particulier Brazzaville et dans une moindre mesure, Pointe-Noire[24], a favorisé l’enracinement et le développement du lari comme langue urbaine et identitaire.
Politique
modifierLe premier président du Congo, Fulbert Youlou est issu du sous-groupe Kongo-Lari. Cependant, cette ethnie a finalement été marginalisé et avec la résurgence des antagonismes ethniques, est devenu la cible des exactions et de la répression, notamment entre 1993 et 2000[25],[26],[27],[28],[29],[30].
Aujourd'hui, s'il est toujours relativement majoritaire avec 20 à 25 % de la population totale du pays, il est peu représenté dans les hautes fonctions civiles et militaires[réf. nécessaire].
Diaspora
modifierLa diaspora Lari est principalement établie en France, en très grande majorité en Île-de-France, mais aussi en Centre-Val de Loire, notamment dans la ville de Blois[réf. nécessaire]. Une partie de la diaspora est aussi présente aux États-Unis[réf. nécessaire].
Personnalités laris
modifier- Mabiala ma nganga, héros national, époux de Mama Ngunga et meneur des Baladi contre les colons
- Mi Mpanzu alias Boueta Mbongo, héros national et s’est rebellé contre les colons français[31]
- Mama Ngunga, sœur de Bueta (Boueta en français) Mbongo, héroïne nationale et s’est rebellée contre les colons français[32]
- André Matswa (ou Matsua; Matsoua en français) homme politique congolais.
- Abbé Fulbert Youlou (Yulu) (le premier président de la république du Congo).
- Lazare Matsocota (Matsokota) : Premier procureur de la République congolais, dans les années soixante.
- Franklin Boukaka (Bukaka) (chanteur engagé), guitariste et auteur-compositeur.
- Auguste Roch Nkounkou (Nkunku) (le premier évêque catholique noir de la république du Congo).
- Cardinal Emile Biayenda (le premier cardinal catholique de la république du Congo).
- Barthélemy Batantu (Bantatu) (auteur et compositeur de plusieurs chansons religieuses).
- Rapha Bounzeki (Bunzeki) auteur compositeur.
- Jean Claude Nganga (ancien ministre de sport organisateur des premiers jeux olympiques au Congo).
- Sony Labou Tansi (écrivain)
- Bernard Kolelas (président du parti politique MCDDI, député et maire de Brazzaville, médiateur de la crise en 1977).
- Mbemba Tostao (ancien footballeur congolais. Champion d'Afrique en 1972).
- Zao (auteur compositeur et chanteur de la chanson Ancien combattant (reprise-adaptation de la chanson Petit l’imprudent d’Idrissa Soumaoro)).
- Mav Cacharel (auteur compositeur chanteur)
- Cyrena Samba-Mayela (athlète française)
- Koba LaD (rappeur français)
- Bolémvn (rappeur français)
- IDS et L2B (rappeurs français)
- Dominique Malonga (joueuse de basket-ball franco-camerounaise)
- Yorssy (rappeur français)
- Cindy Bruna (mannequin français)
- Brice Samba (footballeur français)
- Dany Synthé (compositeur et réalisateur artistique français)
- Dieuveil Malonga (chef cuisinier congolais)
- Steve Malonga (Ancien rugbyman français)
- Madeleine Malonga (judokate française)
- Yann M'Vila (footballeur français)
- Robert Brazza (journaliste et animateur radio congolais)
- Francine Ntoumi (chercheuse et scientifique congolaise)
- Pasteur Ntumi (homme politique congolais)
- Aurlus Mabélé (chanteur congolais, surnommé "le roi du Soukouss")
- David-Pierre Fila (réalisateur franco-congolais)
- Corentin Fila (acteur français)
- Youlou Mabiala (auteur-compositeur interprète congolais)
- Pamélo Mounka (auteur-compositeur congolais)
- Kosmos Moutouari (chanteur auteur-compositeur interprète congolais)
- Guy Menga (romancier, dramaturge et journaliste congolais)
- Martial Sinda (poète et écrivain congolais)
- Eugène Malonga (peintre congolais)
- Aloïse Moudileno Massengo (homme politique et premier avocat congolais)
- Julien Boukambou (militant anti-colonialiste et homme politique congolais)
- Antoine Moundanda (chanteur et musicien congolais)
- Ange Diawara (homme politique congolais)
- Kito (artiste français)
Notes et références
modifier- ↑ Dans certains travaux, "lari" et "laari" sont également transcrits "lali" et "laali" pour désigner ce sous-groupe Kongo, car en kikongo, à l’écrit, la lettre R est généralement substituée par les lettres D et L.
- ↑ Jean-Pierre Missié, « Ethnicité et territorialité », Cahiers d’études africaines, no 192, , p. 835-864 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Henri NICOLAÏ, LUOZI: Géographie régionale d'un pays du Bas-Congo, l'Université libre de Bruxelles (CEMUBAC), 1961, p.38.
- ↑ Hilaire KATALAYI MUTOMBO, Urbanisation et fabrique urbaine à Kinshasa : Défis et opportunités d’aménagement, Université Bordeaux Montaigne, 2014, p.134.
- ↑ Van Bulck G., Les Recherches Linguistique au Congo Belge - Résultats acquis - Nouvelles enquêtes à entreprendre, Librarie Falk Fils, Bruxelles, 1948, p.366, p.388-389.
- ↑ Van Bulck G., Orthographie des noms ethniques au Congo belge suivie de la nomenclature des principales tribus et langues du Congo belge, Institut Royal Colonial Belge, Avenue Marnix 25, Bruxelles, 1954, p.61, p.79, p.108, p.128.
- ↑ JOSEPH ROOSEN, Les Catéchismes du diocèse de Matadi 1886-1986, Annales Equatoria 21(2000)53-67, 2000.
- 1 2 3 Georges Balandier, Sociologie actuelle de l'Afrique noire, Paris, Presses Universitaires de France, .
- 1 2 3 Côme Kinata, LES ETHNOCHEFFERIES DANS LE BAS-CONGO FRANÇAIS : collaboration et résistance, 1896-1960, Paris, L'harmattan, .
- 1 2 3 Côme Manckasa, La société ba-Kongo et ses dynamiques politiques, École pratique des Hautes études, .
- 1 2 3 J. Cuvelier, Nkutama a mvila za Makanda, Impr. Mission Catholique,
- 1 2 3 4 Abbé Emile Biayenda, Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville, Faculé Catholique, Lyon, 1968
- 1 2 3 R. P. J. VAN WING, S.J., Études Bakongo – Religion et magie, Bruxelles, Librairie Falk fils, GEORGES VAN CAMPENHOUT, Successeur, , p. 155.
- 1 2 3 Bruce Mateso et Talongokeno, « QUI SONT BALADI (BALARI) », sur Talongokeno, (consulté le ).
- 1 2 3 Auguste Miabeto, Témoignages oraux, république du Congo.
- 1 2 3 Vincent Jeanne-Françoise, Le travail des femmes à Tonkama, village lari Dans: Annales du Centre d’Enseignement Supérieur de Brazzaville 2 : 17-31, Orstom,
- 1 2 3 Alain AUGER, KINKALA: ETUDE D’UN CENTRE URBAIN SECONDAIRE AU CONGO-BRAZZAVILLE, Orstom,
- 1 2 3 MARCEL SORET, LES KONGO NORD-OCCIDENTAUX, Orstom,
- ↑ Joris van Geel, Le plus ancien dictionnaire bantu = Het oudste Bantu-woordenboek : vocabularium p. Georgii Gelensis, éd. par J. Van Wing & C. Penders, J. Kuyl-Otto (Louvain), 1928, p.8
- ↑ Mgr. Jean Cuvelier, Nkutama a mvila za Makanda, Impr. Mission Catholique,
- ↑ Georges Balandier, Sociologie actuelle de l'Afrique noire, Paris, Presses Universitaires de France,
- ↑ Alphonse SITA, LES INSTITUTIONS SOCIALES ET POLITIQUES DES BAKONGO DU POOL (CONGO) CHEFFERIES TRADITIONNELLE ET ADMINISTRATIVE 1905-1946, THÈSE DE DOCTORAT NOUVEAU REGIME EN CONNAISSANCE DES TIERS-MONDES, 1988, p.269
- ↑ Jean de Dieu Nsonde, Parlons kikongo - Le lari de Brazzaville et sa culture, Editions L'Harmattan., 1999, p.13–14.
- 1 2 Jean Baka, Problématique pour une meilleure gestion du multilinguisme social de type afro-européen en Afrique au Sud du Sahara, Africa Focus 18(1-2): 95-118., 2005, p.99, p.107.
- ↑ Remy Boutet, Les Trois glorieuses ou La chute de Fulbert Youlou, L'harmattan, .
- ↑ Jérôme Ollandet, Tchicaya, Opangault, Youlou : vie politique au Congo Brazzaville 1945-1960, Brazzaville, La Savane, .
- ↑ GROWup - Geographical Research On War, Unified Platform (EPR Atlas), « Congo », sur Growup.
- ↑ Mathilde Joncheray et Elisabeth Dorier, « L'ÉDUCATION EN CRISE AU SUD DU CONGO-BRAZZAVILLE : QUEL RÉINVESTISSEMENT DE L'ÉTAT », sur Cairn, Presses de Sciences Po, , p. 6.
- ↑ Elisabeth Dorier-Apprill et Robert Ziavoula, « GÉOGRAPHIE DES ETHNIES, GÉOGRAPHIE DES CONFLITS A BRAZZAVILLE », sur Horizon.
- ↑ ACAPS, « REPUBLIC OF CONGO - Conflict in Pool department », sur ACAPS.org, .
- ↑ Isidore Leroy Louengo, Boueta Mbongo, héros des premières heures, Paari-éditeur, 2020.
- ↑ Didier Gondola, Matswa vivant: Anticolonialisme et citoyenneté en Afrique-Équatoriale française, Éditions de la Sorbonne, 2021.
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Dia Nkuka Diamoneka, Subjectivité et interrelationnalité dans une société négro-africaine : lecture herméneutique du mukisi des Koongo-Lari, Université de Strasbourg 2, 1989 (Thèse)
- Pascal Makambila, Croyances et pratiques magiques des Kongo-Lari de la République populaire du Congo, "Kindoki", Université de Bordeaux 2, 1976, 338 p. (Thèse)
- Pascal Makambila, L'imaginaire dans la vie sociale des Kongo-Lari de la République du Congo des origines à nos jours, Université de Bordeaux 3, 1995 (Thèse)
- Estelle Nkounkou-Hombessa, Le développement psycho-moteur du bébé Kongo-Lari : environnement culturel et aspects cognitifs, Université de Paris 5, 1988 (Thèse)
- Isidore Leroy Louengo, Boueta Mbongo, héros des premières heures, Paari-éditeur, 2020
Discographie
modifier- Congo : Lari, Mbochi (enregistrements réunis et commentés par Charles Duvelle), Universal Division Mercury, Collection Prophet, vol. 18, 2000, 1 CD (55 min 39 s) + 1 brochure (19 p.)