Lat Soukabé Ngoné Fall

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Lat Soukabé[1] était un damel-teigne (dammeel-teeñ) – à la fois damel du Cayor et teigne du Baol, donc le souverain de deux royaumes pré-coloniaux qui font aujourd'hui partie du Sénégal[2].

Lat Soukabé
Titre
Teigne du Baol
–
(26 ans)
Prédécesseur Thié Yasin Demba Noudj Fall
Successeur Makodou Koumba Diaring
Damel du Cayor
–
(22 ans)
Prédécesseur Dé Tialao
Successeur Meïssa Tende Wedj
Biographie
Dynastie Guedj
Nom de naissance Lat Sukaabe Ngone Jey Fall
Lieu de naissance Lambaye, Baol
Date de décès
Père Thié Yasin Demba Noudj Fall
Mère Ngoné Dièye
Enfants Meïssa Tende Wedj

Au Cayor il succède à Dé Tialao devenu aveugle et règne pendant 22 ans, de 1697 à 1719. Sa mère, la linguère Ngoné Dièye du Saloum[3],[4], était la fondatrice de la dynastie maternelle Guedj (Géej) du Cayor et du Baol, une dynastie établie au Cayor et au Baol par la force après avoir fait lui-même roi[pas clair]. La dynastie Guedj a régné du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, quand les Français ont conquis le Cayor et le Baol et détrôné leurs rois respectifs. Par sa lignée paternelle, Lat Soukabé est issu de la maison royale de Thié Yassin Fall.

Son fils Maïssa (Maysa Tende Wéjj) lui succéda en 1719.

Sa mort est datée du [5].

Biographie

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Enfance et contexte

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Lat Soukabé Ngoné Dièye Fall était le fils cadet du Teigne de Baol, Thié Yasin Demba Noudj Fall, et de Ngoné Dièye du clan matrilinéaire Gej ou Guedj. Keur Thie Yasin était une branche mineure de la dynastie Fall qui dominait le Cayor depuis qu'Amary Ngoné Sobel Fall avait obtenu l'indépendance du royaume face à l'Empire du Djolof lors de la bataille de Danki en 1549.

À partir des années 1670, le mouvement Tubenan, un soulèvement multinational de marabouts musulmans, avait gravement déstabilisé les royaumes traditionalistes du Sénégal actuel, gouvernés par les rois ceddos et leurs guerriers esclaves. Le Cayor, en particulier, avait connu une série de conflits civils et d'assassinats, ainsi que l'intervention armée des Maad Saloum, qui avaient affaibli l'aristocratie.

À la mort de son père, Lat Soukabé combattit pour ses demi-frères aînés, Lat Kodou et Biram Kodou, lorsqu'ils revendiquèrent le trône. Blessés au cours du conflit, ils furent laissés sous la régence pendant leur convalescence. Il combla de présents les nobles du royaume, s'assurant ainsi leur soutien, si bien que lorsque ses frères revinrent affirmer leur droit au pouvoir, il les destitua, puis les fit assassiner lorsqu'ils commencèrent à rassembler des forces pour résister. Il fut officiellement élu Teigne peu après. À la bataille de Nganiane, il vainquit le Maad a Sinig (roi du Sine), étendant ses terres vers le sud-est. Il renforça encore son armée en achetant 300 mousquets à des marchands européens de Mbour. La noblesse du Cayor, constatant la puissance grandissante de Fall, l'invita à contrebalancer le pouvoir du Maad Saloum, et il usurpa bientôt le trône également dans ce royaume.

Lat Soukabé a fortement centralisé le pouvoir royal par divers moyens. Plutôt que de combattre les musulmans, il a confié aux marabouts des postes gouvernementaux importants et la responsabilité de la défense des frontières, tout en concluant des alliances matrimoniales. Il a ainsi allié une menace potentielle pour le pouvoir des ceddos au trône et semé la discorde entre ceux qui acceptaient d'être achetés et ceux qui refusaient tout compromis avec un roi qui n'était, au mieux, que nominalement musulman. Néanmoins, Lat Soukabé a dû faire face à une rébellion musulmane dans la province de Ndiambour, soutenue par l'émir de Trarza et des musulmans du Waalo. Il les écrase lors de la bataille de Ngangaram, où les forces waajor étaient menées par Ngoné Latir Fall, la fille aînée de Lat Soukabé, alors que son père était malade.

Arrestation d'André Brue par ordre du damel en 1701 (récit de J. B. L. Durand, 1802)

Lat Soukabé entretenait des relations souvent tumultueuses avec les Français, importants partenaires commerciaux basés sur l'île de Gorée. Dominant la quasi-totalité du littoral entre Saint-Louis et le delta du Saloum, il s'estimait en droit d'imposer ses conditions aux Européens. Les Français, quant à eux, cherchaient à instaurer un monopole commercial contre la volonté du Damel-Teigne et à réduire les droits de douane. Sa mère, linguère Ngoné Dièye, servait parfois d'intermédiaire entre eux. En 1699, après la capture par les Français d'un navire britannique qui tentait de commercer avec le Cayor, Lat Soukabé ordonna un blocus commercial. En 1701, il captura et emprisonna le directeur général de la Compagnie du Sénégal, André Brue, et pilla même Gorée. Ce dernier fut libéré douze jours plus tard après le paiement d'une rançon. Grâce à cette habile politique, il contraignit les Européens à tenir compte du Cayor.

Il tenta, sans succès, de soumettre les Lébous de la presqu'île du Cap-Vert, qui profitaient largement du commerce et des loyers que les Français payaient pour Gorée.

Héritage

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À sa mort, Lat Soukabé laissa le Cayor à son fils aîné, Meïssa Teinde Wedj Fall, dont la mère était waajor, et le Baol à un fils né d'une épouse Baol-Baol. Sans son autorité, le conflit entre les deux royaumes frères reprit immédiatement. Les Français, ayant compris combien l'union de Cayor et de Baol pouvait s'avérer problématique, intervinrent sans cesse pour les maintenir séparés. Les guerres incessantes entre eux assurèrent un approvisionnement constant en esclaves et un marché florissant pour les armes européennes.

Lat Soukabé assura la domination de la lignée maternelle Guedj pendant une grande partie des deux siècles suivants, supplantant les Dorobe et les Guelwar. Sa lignée paternelle se maintint au pouvoir jusqu'en 1763. L'importance relative de la lignée maternelle augmenta au détriment de la lignée paternelle, reflétant peut-être un rejet des coutumes islamiques au profit des coutumes traditionnelles.

  1. ↑ Son nom était Lat Soukabé Ngoné Dièye Fall, mais on l'appelait Lat Soukabé. Les Langues nationales au Sénégal : réalités et perspectives, Centre de linguistique appliquée de Dakar, 1977-1978, nos 1-2, p. 19)
  2. ↑ Le Jihad de l'âme. Ahmadou Bamba et la fondation de la Mouridiyya au Sénégal, par Babou Cheikh Anta
  3. ↑ IFAN (1976), Bulletin de l'Institut français d'Afrique noire: Sciences humaines, Volume 38, p. 480
  4. ↑ Diome, Fatou, Les Veilleurs de Sangomar, ALBIN MICHEL (2019), p. 153, (ISBN 9782226445063)
  5. ↑ Lettre du directeur Saint-Robert citée par Jean Boulègue, « Étude et représentation chronologique d'une tradition orale : la chronique du Kajoor », in Journal des africanistes, 1980, tome 50 fascicule 2. p. 128

Voir aussi

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Bibliographie

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  • « Recueil sur la Vie des Damel », par Tanor Latsoukabé Fall. Introduit et commenté par C. Becker et V. Martin », Bulletin de l'Institut fondamental d'Afrique noire, tome 36, série B, n° 1, (téléchargeable sur le site de l'Université Cheikh Anta Diop)
  • Fall, R., Les souverains sénégambiens et la traite négrière: Lat Sukaabe Ngoné Dièye et André Brue,
  • (en) Barry, Boubacar, Senegambia and the Atlantic slave trade, Cambridge, UK, Cambridge University Press,
  • (en) Andrew Francis Clark et Lucie Colvin Philips, Historical Dictionary of Senegal, Londres, , p. 132
  • (en) Douglas H. Thomas, Sufism, Mahdism, and Nationalism: Limamou Laye and the Layennes of Senegal, Bloomsbury, (ISBN 9781472528025, lire en ligne), p. 60
  • Lucie Gallistel Colvin, « ISLAM AND THE STATE OF KAJOOR: A CASE OF SUCCESSFUL RESISTANCE TO JIHAD », Journal of African History, vol. xv, no 4,‎ , p. 598 (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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