Le Fléau de Capistrano
Le Fléau de Capistrano (titre original : The Curse of Capistrano), aussi connu sous le titre La marque de Zorro (The Mark of Zorro), est un roman court américain publié en 1919 par Johnston McCulley. C'est la toute première aventure du célèbre personnage de Zorro.
| Le Fléau de Capistrano | |
Couverture de la première édition du Fléau de Capristrano (1919). | |
| Auteur | Johnston McCulley |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Roman court |
| Version originale | |
| Langue | Anglais américain |
| Titre | The Curse of Capistrano |
| Éditeur | Grosset & Dunlap |
| Date de parution | 1920 |
| Version française | |
| Type de média | Livre papier |
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The Curse of Capistrano est d'abord paru en feuilleton dans les pages du magazine pulp All-Story Weekly [1], et pose les fondations du mythe : un héros masqué, une Californie encore sauvage et espagnole, et une lutte flamboyante contre l’injustice. L’histoire est adaptée pour la première fois au cinéma en 1920 sous le titre Le Signe de Zorro. Suite à sa popularité, le feuilleton est publié en roman sous le titre du film, The Mark of Zorro, et devient un succès d'édition vendu à 50 millions d'exemplaires.
Le roman est traduit en France sous le titre Le Signe de Zorro [2], puis dans une version plus complète sous le titre La Marque de Zorro [3].
Synopsis
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- Zone des missions franciscaines en Haute-Californie
- Province mexicaine de Californie entre 1824 et 1848
- Territoire du Mexique entre 1824 et 1848
XIXe siècle. La Haute-Californie est encore rattachée à l'Empire espagnol. Los Angeles n'est qu'un pueblo isolé et poussiéreux, encore loin d'être la grande métropole que l'on connaît. Sous l’autorité brutale du Gouverneur Alvarado, soldats et fonctionnaires corrompus abusent de leur pouvoir et punissent arbitrairement. C’est dans ce climat d’oppression que surgit Zorro, un mystérieux résistant drapé de noir, le visage entièrement recouvert d'un masque, qui ridiculise les corrompus et protège les opprimés. Son nom, Zorro (« renard » en espagnol), symbolise son agilité et son esprit. Laissant sa marque en « Z » comme signature, il est aussi connu comme le « fléau de San Juan Capistrano ».
Don Diego Vega, fils de bonne famille et unique héritier du caballero (gentilhomme) Don Alejandro, refuse de s'adonner au passe-temps favori des jeunes de son âge : se battre en duel et courir après les filles. Il préfère plus volontiers passer ses journées dans son hacienda en robe de chambre, à lire des poèmes. Son père, consterné par ce manque de masculinité, le pousse à se prendre en main : Diego doit chercher une épouse et avoir une descendance, sous peine d'être déshérité. C'est ainsi qu'il commence à courtiser la señorita Lolita Pulido, fille de Don Carlos Pulido et de Doña Catalina.
Les Pulido sont tombés en disgrâce auprès du gouverneur, ce dernier a exercé des représailles en confisquant la majeure partie de leurs biens et en ruinant leur influence. Ils accueillent donc avec enthousiasme la visite de Don Diego, espérant qu'une alliance avec la famille Vega rétablira leur fortune. Le jeune noble se montre honnête : il avoue ne s'intéresser à leur fille que parce que son père l'y oblige. Il ne connaît rien aux femmes, se dit trop fatigué pour faire le trajet à cheval jusqu'à leur hacienda et trop épuisé pour en revenir. La jeune Lolita reste insensible au charme de ce soupirant bien terne. Ses parents tentent de donner un coup de pouce à la situation en suggérant timidement à Diego de se montrer un peu plus romantique.
Plus tard, les Pulido se retrouvent au cœur d’un affrontement entre les soldats et le mystérieux Zorro. Lolita s’éprend du combattant masqué, fascinée par son charme et son audace. Don Diego voit bientôt apparaître un nouveau rival : le sournois Capitaine Ramón, récemment nommé comandante, qui tombe lui aussi sous le charme de la fille Pulido. Le Capitaine se montre résolu à capturer Zorro, après avoir été humilié et ridiculisé devant la señorita et ses parents...
Contexte historique
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L’auteur Johnston McCulley propose une version romantisée de la période hispanique (1804‑1821), lorsque la « Nouvelle‑Californie » est encore sous domination de la couronne espagnole. Il transforme cette province en un territoire fortement militarisé, dirigé par un Gouverneur Alvarado tyrannique à la tête de vastes casernements de soldats.
Dans la réalité, la Californie n’est alors qu’un ensemble de hameaux agricoles dispersés, avec peu de troupes, souvent mal payées, livrées à elles‑mêmes, et dépendantes des envois irréguliers de fonds depuis l’Espagne [4]. Dans le roman, l'administration coloniale est bien plus puissant que son équivalent historique, ce qui pousse Don Diego Vega, riche héritier d'un empire familial, à prendre les armes pour défendre les opprimés.
En réalité, la véritable concentration de richesses appartient à cette époque aux missions franciscaines, et non à l'aristocratie locale. Les missionnaires contrôlent les récoltes, le bétail et la main‑d’œuvre, ce qui en fait les acteurs économiques dominants du territoire. Ce n’est qu’après la sécularisation et la redistribution des terres des missions, bien plus tard, que les familles californiennes s'enrichissent. Le personnage de Don Diego Vega ne pourrait donc ni être aussi fortuné, ni mener la vie paisible et désabusée que McCulley lui prête à cette époque [5].
Inspirations
modifierSelons les sources, McCulley s'est basé sur la légende de Joaquín Murietta, un mineur mexicain devenu bandit et défendeur des opprimés[6],[7]. Le neveu de Murrieta, connu sous le nom de Procopio, est aussi l'un des bandits les plus notoires de la Californie des années 1860 et 1870 [8].
Autre inspiration fort probable, celle de William Lamport au XVIIe siècle. Irlandais installé au Mexique, cet aventurier est indigné par la façon dont les indigènes sont traités et va défendre leur cause. En volant les aristocrates, ils marquent ses méfaits avec la lettre “Z”, symbole du mot hébreu Ziza (« splendeur »). Il meurt en 1659 [9].
L'auteur de Zorro fait également référence aux évènements de novembre 1831, quand une insurrection de nobles s'emparent de Los Angeles et de San Diego sous le régime mexicain [10]. Cet épisode résonne particulièrement dans les derniers chapitres du roman, où Zorro exhorte la noblesse de Californie à se rebeller contre la tyrannie du Gouverneur[11].
Si McCulley situe les premiers exploits de Zorro juste avant l'indépendance du Mexique de 1821, les adaptations préfèrent se dérouler bien avant (dans le film Le Masque de Zorro, Don Diego est déjà un Zorro âgé en 1821, de même que dans la série Zorro avec Jean Dujardin).
Particularités de l'œuvre
modifier- Don Diego porte le nom de famille Vega, et non « de la Vega ».
- Zorro grave sa célèbre marque sanglante du « Z » sur le front de ses ennemis, entre les deux yeux. Il porte aussi un pistolet pour intimider ses ennemis. Les adaptations transformeront ces méthodes de « bandit de grand chemin » pour un code d’honneur, plus élégant.
- Zorro porte ici un masque noir qui cache entièrement son visage et ses expressions, et non un bandeau (qui laisse voir son sourire). L'idée du masque noir sera abandonnée par la suite, à l'exception de quelques adaptations comme le film Le Fils de Zorro de 1947, le comics Django/Zorro écrit par Quentin Tarantino [12], ou encore la bande dessinée Don Vega en 2020 [13].
- Le Sergent corpulent et moustachu porte le nom de Pedro Gonzales, et non Garcia (inventé par les studios Disney pour la série télévisée de 1957).
- L’identité de Zorro (Don Diego Vega) n’est dévoilée qu'au tout dernier chapitre. Le lecteur n'a donc pas droit à la psychologie du héros jonglant entre ses aventures et sa vie privée, et doit se contenter de suivre Zorro et Don Diego comme deux personnages indépendants l'un de l'autre.
Domaine public
modifierUn « flou juridique » existe autour de Zorro pour savoir si le personnage appartient au domaine public ou s'il reste la propriété exclusive de la société américaine Zorro Productions Inc [14].
Techniquement, le roman original de Johnston McCulley de 1919 est libre, les droits d'auteur ayant expiré [15]. Cependant le nom et l'image de « Zorro » constituent une marque commerciale déposée. La société Zorro Productions Inc profite de ce « flou juridique » et engage de nombreuses actions en justice. Elle continue, lors de fastidieux procès, de revendiquer l'exclusivité de l'exploitation commerciale de Zorro dans le monde.
Adaptations
modifierCinéma et télévision
modifier- 1920 : Le Signe de Zorro , avec Douglas Fairbanks. Ce premier film muet conserve les personnages du roman comme Lolita Pulido, le capitaine Juan Ramón et le sergent Pedro Gonzales.
- 1940 : Le Signe de Zorro, avec Tyrone Power. Don Diego séduit à la fois Lolita Pulido et Inez Quintero, l'épouse de l'alcade Don Luis Quintero. Le capitaine Ramón du roman est remplacé par le capitaine Esteban Pasquale.
- 1974 : Le Signe de Zorro, téléfilm avec Frank Langella.
- 1975 : Zorro, avec Alain Delon. L'action est déplacée dans le Nueva Aragón au Mexique. Don Diego est ici Don Miguel Vega de la Serna, le nouveau gouverneur de la province. Le capitaine Ramón du roman est remplacé par le Colonel Joaquin Huerta. La señorita Pulido est une aristocrate rebelle.
Audio
modifier- 1997 : The Mark of Zorro, diffusé sur BBC Radio 4.
- 2011 : The Mark of Zorro, avec Val Kilmer. Cette adaptation fidèle au texte original a été officiellement nommée lors de la 54e cérémonie des Grammy Awards en 2012 [16].
Notes et références
modifier- ↑ Archives de The All-Story Magazine, 1905-1920, Frank Munsey.
- ↑ (Hachette, coll. « Bibliothèque verte »)
- ↑ (Gallimard, coll. « Folio junior » no 813, 1997 (ISBN 2-07-059511-0))
- ↑ The Californios: A History, 1769-1890, Hunt Janin & Ursula Carlson, 2017.
- ↑ De Zorro à la ruée vers l'or, Emmanuelle Perez Tisserant, Presses Universitaires de Rennes, 2022.
- ↑ "The Real Zorro, Unmasked" Desert Magazine http://dezertmagazine.com/the-real-zorro-unmasking-the-myth/
- ↑ "El Bandito Joaquin Murrieta" Desert Magazine https://federicodecalifornia.wordpress.com/2009/12/30/the-legend-of-joaquin-murrieta-el-bandido-de-california/
- ↑ "Review: Roaring Camp: The Social World of the California Gold Rush", American Scholar, 1 January 2000, p. 142 Vol. 69 No. 1
- ↑ The Irish Zorro: The Extraordinary Adventures of William Lamport, Gerard Ronan, 2004 (ISBN: 086322329X, 9780863223297).
- ↑ L'Histoire, no 225, octobre 1998, p. 27.
- ↑ Le Signe de Zorro (The Curse of Capistrano), chapitre 25 : Une ligue est formée.
- ↑ Django/Zorro, Dynamite Entertainment, DC/Vertigo, 2014
- ↑ Don Vega, Pierre Alary, Éditions Dargaud, 2020
- ↑ La malédiction du Petit Prince ou le domaine public un jour dissous dans le droit des marques ?, Lionel Maurel, 2014.
- ↑ Zorro : le cavalier surgit hors du domaine public, Nicolas Gary, 2013.
- ↑ The Mark of Zorro : meilleur album spoken word (inclus poésie, livres audio & narration, Grammy Awards, 2012.
- (pt) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en portugais intitulé « The Curse of Capistrano » (voir la liste des auteurs).