Le Jeune Maître Brown
Le Jeune Maître Brown (Young Goodman Brown) est une nouvelle fantastique de Nathaniel Hawthorne, publiée en 1835 dans le magazine littéraire The New-England Magazine. Elle est reprise en 1846 dans le recueil Mosses from an Old Manse.
| Le Jeune Maître Brown | |
Première page dans le New-England Magazine d'avril 1835. | |
| Publication | |
|---|---|
| Auteur | Nathaniel Hawthorne |
| Titre d'origine | Young Goodman Brown
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| Langue | Anglais américain |
| Parution | 1835 |
| Recueil | Mosses from an Old Manse
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| Traduction française | |
| Traduction | Marie Canavaggia |
| Parution française |
1947 |
| Intrigue | |
| Genre | Fantastique |
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Tout comme dans son roman La Lettre écarlate, Hawthorne situe le récit de sa nouvelle dans la société puritaine de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, dont il entend dénoncer l'hypocrisie morale.
Résumé
modifierAu crépuscule, dans la forêt entourant Salem, au Massachusetts, le jeune maître Brown, qui a laissé Faith, son épouse au foyer, chemine vers un lieu inconnu. Il ne tarde pas à croiser un homme plus âgé que lui, mais dont les vêtements et quelques traits physiques s'avèrent étrangement faire écho à sa propre ressemblance. L'inconnu, qui tient un bâton en forme de serpent noir, aborde le jeune héros d'un ton amical et, après deux rencontres dans les bois avec des notables du village, laisse entendre qu'il est le Diable. Brown, sidéré de découvrir que depuis longtemps des villageois aux mœurs irréprochables sont en fait de mèche avec le démon, accepte néanmoins de s'envoler, grâce au bâton magique du Malin, vers sa destination au cœur de la forêt.
Pendant son déplacement par la voie des airs, Brown entend la voix de Faith entre les branches des arbres. Il l'appelle, mais elle ne lui répond pas.
Brown arrive bientôt à une clairière, où, à minuit, se trouvent assemblés tous les habitants de Salem. Cette nuit-là, tous participent à une messe noire, sûrement un sabbat de sorcières. Lors de la cérémonie satanique, dont le centre est un autel de pierres où s'élève un brasier, Brown et Faith sont appelés à se convertir à la secte du démon. Ils sont les deux seuls villageois à ne pas s'être encore soumis aux rites sataniques de la forêt. Or, dans un dernier sursaut de sa foi chrétienne, Brown appelle le ciel à le sauvegarder et, parce qu'il a résisté ne serait-ce qu'un seul instant, toute la scène disparaît.
De retour à son domicile de Salem, le lendemain matin, Maître Brown hésite à considérer les événements de la nuit précédente comme réels ou rêvés, mais comme sa foi religieuse et la confiance en la pureté morale de la communauté chrétienne où il vit sont profondément ébranlées, il devient hostile, amer et taciturne. Son amour pour sa femme s'éteint. Son respect envers les habitants de Salem se mue en cynisme. Les soupçons le rendent aigri, méfiant et soupçonneux à l'égard de tous ceux qui l'entourent. Et dans cette détresse morale et cette incapacité à aimer son prochain se révèle toute l'étendue de la victoire du Malin sur son âme.
Thèmes et analyse
modifierNathaniel Hawthorne, dont l'histoire familiale est marquée par le puritanisme et la chasse aux sorcières, place son récit dans ce contexte pour les critiquer. L'histoire s'ouvre à Salem, à la fois ville sacrée du puritanisme nord-américain et théâtre des procès des sorcières, notamment en 1692[1]. Le jeune Maître Brown incarne l'extrémisme puritain et la conscience du mal. Son cheminement initiatique dans la forêt lui révèle les failles de la religion et de la société en laquelle il croit[2]. La forêt occupe une place centrale. L'obscurité, les peurs du jeune Maître Brown, la présence du diable et de la messe noire traduisent les idées reçues des puritains sur la forêt associée au diable[1].
Enfin, Hawthorne expose également dans cette nouvelle les stéréotypes sexistes prêchés par les puritains de cette époque. Faith, dont le nom signifie « foi » en anglais, apparaît comme la femme jeune, belle et obéissante qui reste à la maison attendant son mari. Elle incarne la pureté dévote attendue dans cette communauté. En contraste, la messe noire qui semble être un procès de sorcières dans la forêt punit les femmes qui ont pêché et remet en question l'innoncence de Faith[3].
Réception
modifierAlors que Hawthorne n'estime guère sa nouvelle, Herman Melville la considère, en dépit de sa brièveté, comme aussi « profonde que tout l'œuvre de Dante », et Henry James, comme un « magnifique petit récit »[4]. Edgar Allan Poe voit dans cette nouvelle un « pur produit d'imagination intellectuelle »[5]. Quant à Stephen King, il place Le Jeune Maître Brown parmi « l'une des dix meilleures nouvelles écrites par un Américain »[6] et la meilleure de Nathaniel Hawthorne.
Traduction en français
modifier- « Le jeune maître Brown », dans Monsieur du miroir, traduction Pierre Leyris, José Corti, Collection romantique n° 36, 1992
Adaptations
modifierAu cinéma
modifier- 1972 : Young Goodman Brown, court métrage américain réalisé par Donald Fox, avec Mark Bramhall
- 1993 : Young Goodman Brown, film américain réalisé par Peter George, avec Tom Shell
À la télévision
modifier- 1959 : La Nuit de Tom Brown, téléfilm français de Claude Barma, avec Michel Piccoli, Jean-Marc Tennberg, Roger Carel et Jean-Pierre Cassel
Adaptation radiophonique
modifier- 2017 : Maître Brown fils, Fiction / Samedi noir - France Culture, adaptation d’Hélène Frappat, réalisation de Michel Sidoroff, d’après la traduction de Muriel Zagha[7]
Notes et références
modifier- 1 2 Marina Boonyaprasop, Hawthorne's wilderness: nature and Puritanism in Hawthorne's the Scarlet letter and "Young Goodman Brown", Anchor Academic Pub, (ISBN 978-3-95489-544-1)
- ↑ (en) Steven Olson, « A History of the American Mind: "Young Goodman Brown" », Journal of the Short Story in English. Les Cahiers de la nouvelle, Presses universitaires de Rennes, no 52, 2009/juin/01 (ISSN 0294-0444[à vérifier : ISSN invalide], lire en ligne, consulté le )
- ↑ Elizabeth Reis, Damned women: sinners and witches in Puritan New England, Cornell University Press, (ISBN 978-0-8014-2834-0, OCLC 36143607, lire en ligne)
- ↑ Miller, Edwin Haviland, Salem Is My Dwelling Place: A Life of Nathaniel Hawthorne, Iowa City, University of Iowa Press, 1991, p. 119 (ISBN 0-87745-332-2)
- ↑ Quinn, Arthur Hobson, Edgar Allan Poe: A Critical Biography, Baltimore: The Johns Hopkins University Press, 1998, p. 334 (ISBN 0-8018-5730-9)
- ↑ King, Stephen, Everything's Eventual, New York: Pocket Books, 2007 p. 69–70.
- ↑ « Maître Brown fils de Nathaniel Hawthorne », sur France Culture, (consulté le )