Le Manitoba ne répond plus

album de bande dessinée

Le Manitoba ne répond plus[a], d'Hergé (dessin et scénario), est le troisième album de la série de bande dessinée Jo, Zette et Jocko.

Le Manitoba ne répond plus
3e album de la série Les Aventures de Jo, Zette et Jocko
image

Auteur Hergé
Genre(s) Aventure

Personnages principaux Jo, Zette et Jocko
Lieu de l’action Océan Atlantique
Époque de l’action Années 1930

Langue originale Français
Éditeur Casterman
Première publication 1936 (noir et blanc)
1946 (couleur)
1952 (album)
ISBN 2-203-31103-7
Nombre de pages 52 (couleur)

Prépublication Cœurs vaillants (en France)
Le Petit Vingtième (en Belgique)
Albums de la série

L'histoire

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Résumé

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Le paquebot Queen Mary devant New York en 1936.
Les éléments de l'intrigue décrits ci-dessous concernent l'édition en couleurs de l'album de Le Manitoba ne répond plus.

Le paquebot transatlantique Manitoba est victime d'une mystérieuse affaire : alors qu'il effectue la traversée reliant New York à Liverpool, les moteurs et la radio tombent subitement en panne et les personnes à bord tombent endormies. À leur réveil, tous les objets de valeur ont disparu, et semblent avoir été volés par des pirates.

Au même moment Jo, Zette et Jocko passent leurs vacances au bord de la mer. En balade sur la plage avec une barque, ils se retrouvent égarés à cause de la brume et sont recueillis par le sous-marin des pirates en question. Quelques heures plus tard, ils sont amenés dans une base sous-marine par le pirate Hawk, et ils rencontrent un savant fou, dirigeant les pirates, qui a mis au point des appareils capables d'envoyer des rayons paralysants. Jocko puis Jo explorent discrètement la base secrète qui se révèle immense et découvrent les hangars du sous-marin et d'un char amphibie. Amenés devant le savant ils découvrent son projet : se servir d'eux comme cobayes en les liant à un robot, les vols des paquebots finançant ses inventions. Grâce à Jocko, le savant perd le contrôle du robot et à la suite d'un coup sur la tête, devient fou. Hawk prend alors le commandement et ordonne de se débarrasser des enfants.

Un U-Boot (U-36) en 1936.

Dans la confusion, le savant reprend ses esprits et Jo et Zette informent le paquebot Washington de l'intention des pirates de l'attaquer. Les autorités, averties, placent le croiseur Eagle en protection du paquebot. Mais le sous-marin pirate réussit malgré tout à piller le Washington, mais ne récupère que de la limaille de fer et non de l'or. Furieux, le savant souhaite s'en prendre aux enfants qui prennent la fuite dans le char sous-marin.

Hawk et le capitaine du sous-marin les pourchassent dans les abysses, mais Jo, Zette et Jocko arrivent à s'échapper, et ils débarquent sur une petite île. Ils sont rapidement attrapés par les indigènes, et il se révèle que ces derniers sont anthropophages. Ils sont donc engraissés avant de leur servir de repas. Mais grâce à l'intervention de Jocko et des autres singes de l'île, ils arrivent à se réfugier dans le char et, grâce à l'effet du rayon mystère, deviennent vénérés par les indigènes, mais n'ont aucune possibilité de quitter cette île.

Personnages

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  • Jo Legrand
  • Zette Legrand
  • Jocko
  • M. et Mme. Legrand
  • Hawk
  • Le capitaine du sous-marin
  • Le savant fou, chef des pirates

Bateaux

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MV Britannic

Le paquebot SS Manitoba est directement et étroitement inspiré des paquebots de la White Star Line (1930-1934), classe Britannic, reconnaissable à ses deux cheminées courtes et "tassées", très différentes des trois cheminées du paquebot Queen Mary.

USS Tennessee BB-43

Planches 33 et 34 : le bâtiment de combat chargé d'escorter et de protéger le paquebot SS Washington, designé comme le "croiseur" Eagle est étroitement inspiré des cuirassés de la classe Tennessee d'avant leur reconstruction de 1940-41.

Versions

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Le Rayon du mystère, autre nom de l'album, a été édité sous quatre versions :

  1. La version originale en bichromie noir et rouge parue dans Cœurs vaillants à partir du , et dans Âmes vaillantes à partir du  ;
  2. Suivie de la version parue dans Le Petit Vingtième à compter du , réédité sous le titre Jo et Zette, éditions en noir et blanc, vol. 1 ;
  3. La version en bichromie parue dans le Journal de Tintin entre 1946 et 1948 ;
  4. L'édition colorisée en album, parue en 1952.

Origines

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Pré-publication

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Bien qu'il soit aujourd'hui le 3e album de la collection Les Aventures de Jo, Zette et Jocko, Le Manitoba ne répond plus fut le premier à être publié. En 1930, les éditions Fleurus publient Tintin dans Cœurs vaillants. Fin 1935, Hergé reçoit la visite des abbés Gaston Courtois et Jean Pihan. Ils reprochent à Tintin l'absence de cellule familiale et demandent ainsi à Hergé de concevoir une nouvelle série. Hergé s'acquitte de cette commande en imaginant Jo, Zette et Jocko. Jo porte le diminutif de Georges, le vrai prénom d'Hergé. Zette, porte, elle, le diminutif de la mère d'Hergé, Elizabeth. Enfin, le singe Jocko était la peluche favorite de Germaine, la femme d'Hergé[3].

Le , paraît ainsi dans Cœurs vaillants les premières pages de Le Rayon du mystère (qui deviendra le diptyque Le Manitoba ne répond plus et L'Éruption du Karamako). Les dernières pages de l'actuel album sont publiées le , l'histoire se clôturant le . À partir du , l'histoire est publiée dans le Le Petit Vingtième jusqu'au , ainsi que dans l'hebdomadaire Âmes vaillantes (sous le nom Le Rayon invisible) du au .

Un album redessiné

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Contexte historique et scientifique

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Un Macchi M.67, proche des hydravions de la chasse américaine[4].

L'album est publié en 1936 : à cette époque, le transport maritime transatlantique se fait par paquebots, certains étant de véritables villes pourvues de « beaux quartiers » et de boutiques de luxe (le Rex, le Normandie, le Queen Mary) sur lesquels prenaient passage une clientèle de milliardaires, de têtes couronnées et de célébrités de la scène et de l'écran ; les avions n'ont en effet pas encore le rayon d'action nécessaire (même avec une escale en Islande ou à Terre-neuve pour se ravitailler en carburant) pour assurer un service commercial transatlantique fiable au quotidien. Les vols transatlantiques sans escale de Lindbergh ou du tandem Costes et Bellonte sont avant tout des exploits technico-sportifs, une préfiguration de l'avenir (le thème du vol transatlantique se retrouvant dans un autre opus de la série Jo et Zette : Destination New-York[5]).

L'arme sous-marine, déjà une menace redoutable durant la Première Guerre mondiale, a progressé en efficacité et en létalité et pose d'épineux problèmes d'adaptation aux marines de surface traditionnelles (US Navy, Royal Navy, Marine nationale). En violation du traité de Versailles, l'Allemagne hitlérienne a créé des écoles de sous-mariniers et relancé la production de sous-marins modernes dans ses chantiers navals[6]. La presse de l'époque s'en fait naturellement l'écho.

La robotique, c'est-à-dire la création de machines humanoïdes capables de suppléer ou de remplacer l'homme est un thème à la mode : le mot « Robot » est une création relativement récente (1921) de deux fameux auteurs de théâtre et de science-fiction tchèques - Karel Capek et son frère Josef - qui ont écrit une pièce de théâtre à succès, R.U.R. (Les Robots Universels de Rossum) traduite et jouée dans le monde entier[7]. Trois ans seulement après la parution de l'album, lors d'une exposition universelle à New York, la puissante firme d'ingénierie américaine Westinghouse présente un robot humanoïde fonctionnel (ou presque), nommé Elektro, assez semblable au robot sorti de l'imagination de Hergé, et doté de quelques fonctionnalités étonnantes pour l'époque : parler (7 000 mots préenregistrés), se déplacer (il promène un chien robot nommé Sparko), fumer une cigarette, etc[8].

Le thème du savant fou, mégalomane, cherchant à dominer le monde est ancien, mais les démonstrations volontairement spectaculaires et médiatisées de Nikola Tesla, inventeur de l'alternateur (mort à demi fou en 1943) ont donné un nouvel élan à ce thème dans la littérature populaire, en particulier aux États-Unis.

Le thème du rayon paralysant, capable de stopper toute espèce de machine ou de moteur, ou du « rayon de la mort » est aussi très présent dans les années de « montée des périls » qui précèdent la Seconde Guerre mondiale. Des rumeurs parties d'Allemagne selon lesquelles des touristes britanniques auraient vu leur voiture paralysée par des ondes radio à haute densité, jusqu'à ce qu'un policier donne le signal de la fin de l'expérience, circulent avec tant d'insistance que les services de renseignement britanniques s'en saisissent et consultent leurs savants, dont le jeune et brillant physicien Reginald Victor Jones, lesquels concluent à une impossibilité (la densité d'énergie radiante est techniquement inatteignable à grande échelle). Toutefois ces rumeurs auront une descendance féconde : les savants britanniques, dont Robert Watson Watt, stimulés par ce défi, perfectionnent le radar (déjà inventé à cette date - le paquebot Normandie lancé en 1936 était ainsi équipé d'un détecteur d'icebergs basé sur ce principe) et en font un moyen de détection militaire valable[9].

Les gaz paralysants et / ou mortels sont aussi un thème fréquent dans la science-fiction et dans l'actualité de l'époque : Mussolini n'a pas hésité à s'en servir dans sa conquête de l'Abyssinie (1935-1936), et le souvenir de leur utilisation lors de la Grande guerre est encore dans toutes les têtes.

La conquête des grands fonds (thème exploré par Jules Verne dans Vingt Mille Lieues sous les mers, puis exploité par Arthur Conan Doyle dans Le Gouffre Maracot)[10] est en marche ; il n'existe pas encore de bathyscaphes fonctionnels (inventés par le professeur Auguste Piccard en 1948), mais les savants américains Beebe et Barton ont déjà atteint des profondeurs de quasiment 1 000 mètres dans leur bathysphère descendue dans les grands fonds au bout d'un câble au large des Bermudes.

Hergé, passionné par l'actualité scientifique et technique, et conscient de l'esprit de l'époque (fascination mais aussi inquiétude concernant la vitesse, les records, les inventions et les armes nouvelles), a introduit dans cet album des thèmes qui sont typiques de la bouillonnante période qui précède la Seconde Guerre mondiale en s'efforçant de les mettre à portée de ses jeunes lecteurs, faisant ainsi œuvre de vulgarisation scientifique... avec une touche de fantastique. Les dernières séquences sont malheureusement moins originales et suffisent à rendre l'album obsolète aujourd'hui, sauf pour les collectionneurs et les historiens. L'épisode final, en particulier, reprend un imaginaire particulièrement stéréotypé, celui de l'aventurier-roi analysé par Gilbert Soubigou en référence au récit d'aventures européen de l'entre-deux-guerres, non dénué d'un fort racisme.

La suite s'appelle L'Éruption du Karamako, 1952, (ISBN 2-203-31104-5).

Adaptation

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Les Aventures de Jo, Zette et Jocko n'ont jamais été adaptées au cinéma ou à la télévision. Néanmoins pour le scénario du film d'animation Tintin et le Lac aux requins, Greg a avoué s'être inspiré de l'album Le « Manitoba » ne répond plus. Tintin et deux enfants rencontrés au début du film (Niko et Nouchka) se retrouvent prisonniers d'un savant fou dans une cité sous-marine, et utilisent notamment un char sous-marin[11].

Notes et références

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  1. La graphie avec guillemets — Le « Manitoba » ne répond plus — figure sur la page de couverture[1]. Ils ont été transformés en guillemets français selon les conventions propres à Wikipédia ; néanmoins, il n'y a pas lieu de reproduire ces guillemets dans le titre de l’article car il s'agit d’un titre d’œuvre, déjà en italique, où il n’est pas nécessaire de marquer l'italique propre aux noms de navires[2].

Références

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  1. « Notice bibliographique avec image de la première de couverture », sur catalogue.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
  2. Jean-Pierre Lacroux, « Orthotypographie, entrée « Italique », sous-entrée no 7 », sur orthotypographie.fr, (consulté le ).
  3. «Avec Jo, Zette et Jocko, Hergé se montre animé par une fantaisie plus débridée que dans Tintin», sur Le Figaro, (consulté le )
  4. Une histoire illustrée des avions d'Hergé: De Tintin à Jo, Zette et Jocko, de F Griese et R Humberstone
  5. « Le Ruban bleu, un instrument de soft power », sur enenvor.fr (consulté le )
  6. « La carrière du Grand Amiral Dönitz », sur www.anciens-cols-bleus.net (consulté le )
  7. « R.U.R. : Rossum's Universal Robots - Karel Capek », sur Babelio (consulté le )
  8. « Elektro, the Most Famous Robot of the 1930s : History of Information », sur historyofinformation.com (consulté le )
  9. R. V. Jones, Most secret war, Hamish Hamilton, (ISBN 978-0-241-89746-1, lire en ligne)
  10. « Le monde perdu sous la mer (Le gouffre Maracot) », sur Babelio (consulté le )
  11. Philippe Lombard, « Tintin et le lac aux requins (1972) », Histoires de tournages, sur www.devildead.com, .

Annexes

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