Le Mouvement perpétuel

recueil de poèmes de Louis Aragon

Le Mouvement perpétuel est le deuxième recueil de poèmes de Louis Aragon, publié en 1926, après Feu de joie (1920). Entre ces deux ouvrages, Aragon s’est consacré à la prose, notamment avec Anicet ou le Panorama et Les Aventures de Télémaque.

Le recueil se divise en deux parties : Le Mouvement perpétuel rassemble les poèmes écrits entre 1920 et 1924, et Les Destinées de la poésie regroupe ceux composés entre 1924 et 1926. Ce recueil s'inscrit dans un contexte : l'avant-garde poétique française du début du XXe siècle, marquée par le surréalisme naissant ; Aragon veut alors repenser les formes et les fonctions de la poésie.

Contexte et projet poétique

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Le contexte

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Les années 1920-1924 sont une période de transition entre l’influence dadaïste et le mouvement surréaliste[1]. En 1919, Aragon fonde avec André Breton et Philippe Soupault la revue Littérature, support des expérimentations du « Dada français »[2]. En 1924, Aragon s’éloigne du Dada et rejoint les surréalistes Breton, Soupault et Éluard. Les poèmes du suivent cette évolution.

Dans la poésie est en crise, causée entre autres par le « langage éclaté au début du siècle »[3], l'oxymore du titre illustre la volonté de l'auteur de renouveler le langage.

Le projet poétique

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Le projet d’un Mouvement perpétuel s'articule d'abord autour des formes poétiques. Aragon écrit, en 1922, que : « le mouvement perpétuel n’est peut-être plus une chimère ; [...] à l’époque où un physicien démontre l’existence d’une étoile, il est donné à des poètes de découvrir des domaines interdits à la poésie »[4]. Sur la couverture du recueil, les mots se disposent dans toutes les directions[5]. Le poète l’a voulue ainsi, pour donner « un effet de miroir, comme dans un mouvement perpétuel »[6].

Le Mouvement perpétuel peut évoquer aussi la modernité, le « mouvement » fourmillant des grandes villes et la vitesse du progrès technique[4].

Sur un plan politique, Aragon a critiqué certains intellectuels impliqués dans la propagande patriotique de la Première Guerre mondiale[7]. Il s'est promis de « rendre impossible la trahison des clercs »[8]. Il utilisera la dédicace : « Merde à ceux qui le liront ! ».

La poétique d'Aragon

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La parole en mouvement

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La langue accumule un lexique familier et des agrammaticalités, contribuant à « une écriture mouvante et mouvementée »[9].

Aragon privilégie une forme résolument orale (usage de l’épanorthose)[10]. Il affirme sa morale[11] : « Vous pouvez toujours me crier Fixe / (…) / Je m’échappe indéfiniment sous le chapeau de l’infini »[12].

Une entreprise de défigement

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La parole échappe à la fixité, lexicale ou prosodique. Il le dit : « Quel danger je cours Immobile »[13].

Les titres comme Villanelle, Le Dernier des madrigaux ou Pastorale sont des formes traditionnelles : elles ne sont pas respectées dans les poèmes.

Il déconstruit les vers et les strophes : des lettres majuscules soulignent ce qu'il appelle « l’artificialité de la prononciation poétique »[14] : « SE rEtirE dE dEvant mEs yEux »[15] ; un sonnet Un air embaumé rend cette forme traditionnelle révolue.

Il déconstruit les schémas traditionnels des rimes[16] : « Il est en perpétuel mouvement, toujours à la recherche de métriques, de formes et d'images nouvelles. »[17]. Plusieurs textes en prose[18] dans le recueil attestent que, selon le poète, « il n’existe pas de distinction fondamentale entre la prose et le vers »[19].

La perte du sens

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Certains passages du recueil accumulent les homophonies, les calembours et les paronomases, les répétitions phonétiques, comme un « bredouillement pseudo-enfantin »[11]. Un ton ironique traverse tout le recueil[20]. Le Mouvement perpétuel fait partie de la période aragonienne de « l’ironie reine »[21].

Le poème Persiennes répète vingt fois le mot « persienne », et finit sur un point d’interrogation. Aragon indiquera plus tard que cette répétition contribue à vider le mot de sa signification[22]. Pierre Jouquin y voit la persistance du « fou rire dadaïste »[23].

Réception et republications

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Le recueil est publié en 1926. Quelques poèmes ont été publiés dans des revues littéraires (notamment Suicide, dans Cannibale le et Persiennes, dans Proverbe le ). Il est tiré à 286 exemplaires. Le succès du Paysan de Paris l’éclipse[24].

En 1970, Gallimard republie Le Mouvement perpétuel en même temps que Feu de joie et Écritures automatiques[25]. En 1989, le recueil est de nouveau édité dans le cadre de l’Œuvre poétique entreprise par Aragon. Dans cette édition, les deux sections, Le Mouvement perpétuel et Les Destinées de la poésie sont dans deux volumes distincts[26].

Bibliographie

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Éditions

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  • Louis Aragon, Le Mouvement perpétuel , Paris, Gallimard, 1926
  • Louis Aragon, Le Mouvement perpétuel, précédé de Feu de joie et suivi de Écritures automatiques, Paris, Gallimard, Poésie/Gallimard, édition d'Alain Jouffroy, .
  • Louis Aragon, L'œuvre poétique, tome I, livre I, Paris, Messidor/Livre Club Diderot, .
  • Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes, t. 1, Gallimard, édition publiée sous la direction d'Olivier Barbarant avec la collaboration de Daniel Bougnoux, François Eychart, Marie-Thérèse Eychart, Nathalie Limat-Letellier et Jean-Baptiste Para. Préface de Jean Ristat, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », .

Références

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  1. ↑ Pierre Juquin, Un destin français, tome I, Paris, Editions de la Martinière, , p. 245
  2. ↑ Pierre Juquin, Un destin français, tome I, Paris, Editions de la Martinière, , p. 211
  3. ↑ Nedim Gürsel, Le mouvement perpétuel d’Aragon, L’Harmattan, , p. 13
  4. 1 2 Louis Aragon, « « Le dernier été » », Littérature n° 6,‎
  5. ↑ Louis Aragon, Le mouvement perpétuel, Paris, Gallimard,
  6. ↑ Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes, tome I, édition de la Pléiade, Gallimard, , p. 1233.
  7. ↑ Louis Aragon, "Ecrits aux seuils", L’œuvre poétique, Tome I, Livre club Diderot, 1974-1981, p 30
  8. ↑ Louis Aragon, « Ecrits au seuil », L’œuvre poétique, tome I, Paris, Livre club Diderot, p. 29
  9. ↑ Louis Aragon, Le Mouvement perpétuel, Edition Stock,
  10. ↑ Catherine Rouayrenc, « Figures et oralité », Pratiques. Linguistique, littérature, didactique, nos 165-166,‎ (ISSN 2425-2042, DOI 10.4000/pratiques.2527 Accès libre, lire en ligne, consulté le )
  11. 1 2 Olivier Barbarant, Aragon : La mémoire et l’excès, Champ Vallon, , p. 62
  12. ↑ Louis Aragon, O. P. C., « Les débuts du fugitif »
  13. ↑ Louis Aragon, O.P. C, « Sommeil de plomb »
  14. ↑ Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes, tome II, Gallimard, , p. 1231
  15. ↑ Louis Aragon, O. P. C., « Un Accent de l'éternité »
  16. ↑ Nedim Gürsel, Le mouvement perpétuel d'Aragon, L'Harmattan, , p. 126
  17. ↑ Jean Ristat, "Préface", Oeuvres poétiques complètes, tome I, Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard, , p. XIII
  18. ↑ Louis Aragon, O. P. C., « Samedis », « Le Chien qui parle », « Louis », « Une fois pour toutes », « Les Barres », « Le Roi fainéant »
  19. ↑ Louis Aragon, Aragon parle avec Dominique Arban, Seghers, , p. 158
  20. ↑ Olivier Barbarant, Aragon : La mémoire et l'excès, Champ Vallon, , p. 61
  21. ↑ Olivier Barbarant, Aragon : La mémoire et l’excès, Champ Vallon, , p. 42
  22. ↑ Louis Aragon, Aragon parle avec Dominique Arban, Seghers, , p 24-25
  23. ↑ Pierre Jouquin, Aragon. Un destin français, Editions de la Martinière, , p. 251
  24. ↑ Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes, tome I, Gallimard, édition de la Pléiade, , p. 1232
  25. ↑ Louis Aragon, Le Mouvement perpétuel, précédé de Feu de joie et suivi de Écritures automatiques, Paris, Gallimard, Poésie/Gallimard, édition d'Alain Jouffroy,
  26. ↑ Louis Aragon, L'Oeuvre poétique, tomes 2-3, Livre Club Diderot,