Le Temps des colonies
Le Temps des colonies est une chanson de Michel Sardou parue en 1976 sur l'album La Vieille et sortie en single la même année. Elle est écrite en collaboration avec Pierre Delanoë et composée par Jacques Revaux[1],[2].
| Face A | Le Temps des colonies |
|---|---|
| Face B | Je vous ai bien eus |
| Sortie | 1976 |
| Enregistré | 1976 |
| Durée | 3:06 (version album) |
| Genre | Chanson française |
| Auteur | Michel Sardou, Pierre Delanoë |
| Compositeur | Jacques Revaux |
| Producteur | Régis Talar |
| Label | Tréma |
| Classement | No4 (France) |
Singles de Michel Sardou
Pistes de La Vieille
Évoquant les colonies françaises sous un prisme conservateur et raciste, la chanson se voit refusée par les radios à sa sortie. Le Temps des colonies fait partie des chansons polémiques du chanteur. Celui-ci se défend de porter cette vision, arguant de jouer un rôle.
Contenu de la chanson
modifierLa chanson prend la forme du récit, par la voix supposée un ancien colon européen (probablement officier des troupes coloniales françaises comme le suggère la mention d'un grade sur son « képi » dans les paroles[3]), de sa vie dans l'Afrique coloniale française.
De nombreux marqueurs, surtout géographiques, de la colonisation française en Afrique sont évoqués : Dakar, Conakry, Bamako, l'AOF, les tirailleurs sénégalais, Colomb-Béchar, Tombouctou, le Niger, l'Oubangui.
Les couplets sont adressés à un inconnu appelé « Monsieur », tandis que le refrain, vraisemblablement répondu par des Africains contemporains, est adressé à « Bwana », interpellé par le chœur : « On pense encore à toi, ô Bwana / Dis-nous ce que t'as pas, on en a ».
Classements
modifierRéception
modifierControverses
modifierLa chanson est considérée comme l’une des plus controversées de Michel Sardou[4],[5],[6] (à la suite de Les Ricains, Je suis pour[5],[7], Vieux mariés, Villes de solitude[7], etc.) et précédant d'autres chansons qui feront aussi polémique[7].
Frank Lipsik, lors de la première diffusion du Temps des colonies sur RMC, la qualifie de « facho », et signale que le titre ne sera plus diffusé à l'antenne[4]. La plupart des radios refusent de diffuser le titre[5]. En raison des polémiques causées par la chanson lors de sa parution, la majorité des 400 000 disques initialement produits par Tréma a été finalement détruite par le label[1].
Les critiques, étalées sur plusieurs décennies[7], reprochent à Michel Sardou d'exalter le passé colonial français, la qualification du « temps béni des colonies » ponctuant chaque couplet à deux reprises[3]. Il lui a aussi été reproché d’y tenir des propos racistes et xénophobes (« Autrefois à Colomb-Béchar / J’avais plein de serviteurs noirs / Et quatre filles dans mon lit / Au temps béni des colonies »)[6]. La chanson est rapprochée d'autres chansons destinées à justifier la colonisation, qui ont été publiées en France entre 1870 et la fin des années 1950[8]. La chanson de Sardou serait alors un pastiche qui viendrait clore ce cycle de chansons désuètes[8].
Le chanteur s’est toujours défendu de ces accusations, considérant qu’il faut distinguer ses propres opinions de celles des personnages qu’il incarne ou qu'il caricature dans ses chansons (ici, un nostalgique de la France coloniale), et plaide le second degré[7]. En 1989, il rapproche sa démarche de celle d'un comédien et affirme que la réception de sa chanson a fait l'objet d'un malentendu :
« Le ciel m'est tombé sur la tête. Je croyais camper un de ces personnages de bistrot qui racontent toute leur vie la bataille d'Indochine. J'ai en partie échoué. Certains journalistes ont compris l'opposé : je sublimais les années coloniales ! J'incitais à la haine raciale ! J'aime chanter à la première personne. J'entre ainsi dans un rôle comme le ferait un comédien. L'engagement est joué. La scène n'est pas un lieu où je me confesse. Le malentendu vient toujours de ceux qui n'écoutent pas. On leur dit : « Sardou chante les colonies, c'est honteux ! » Alors c'est un scandale ! »[9]
Le 26 novembre 2016, dans les colonnes du JDD, il maintient le fait de jouer un rôle tout en assumant la provocation : « Je jouais juste le rôle d’un mec à la Audiard, qui balance sa nostalgie du bon vieux temps. Mais je savais que ce texte allait provoquer, et ça m’amusait[5]. »
Il renouvelle cette explication du comédien en 2017, sur le plateau de Quotidien : « Je ne suis pas plus fasciste que je suis humaniste ou colonialiste. Je suis moi, je suis un comédien »[6],[10].
Une chanson de Philippe Clay, intitulée Sidi bel Abbès, sortie en 45 tours en 1971 et figurant sur l'album Mes universités, comporte aussi un narrateur nostalgique de la colonisation mais n'avait suscité aucune polémique.
Postérité
modifierRéférences
modifier- 1 2 « Encyclopédisque - Disque : Le temps des colonies », sur www.encyclopedisque.fr (consulté le )
- ↑ « Le Temps des colonies », sur Wiki Michel Sardou (consulté le )
- 1 2 « Paroles Le temps des colonies par Michel Sardou - Paroles.net (lyrics) », sur www.paroles.net (consulté le )
- 1 2 hdcfabrice, « MICHEL SARDOU – Le temps des colonies », sur histoiredeschansons.com, Histoires des chansons, (consulté le ).
- 1 2 3 4 « Michel Sardou : ses chansons polémiques », sur nostalgie.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 Alice Dutray, « Michel Sardou est-il vraiment réac ? », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « Michel Sardou a 75 ans : femmes, colonies, homosexuels... 8 chansons polémiques expliquées », sur RTL.fr, (consulté le ).
- 1 2 GEO Histoire (n° 24) : « L'Afrique au temps des colonies », https://www.geo.fr/voyage/l-afrique-au-temps-des-colonies-chantons-sous-les-tropiques-161072
- ↑ Michel Sardou, La Moitié du chemin, Nathan, 1989
- ↑ « Michel Sardou : « Le Temps des colonies, c'était humoristique. Je me foutais de sa gueule au mec qui avait fait les colonies » », sur BFMTV, (consulté le )