Les Enfants d'Hiroshima

film sorti en 1952

Les Enfants d'Hiroshima (原爆の子, Genbaku no ko?, litt. Les Enfants de la bombe atomique), est un film japonais écrit et réalisé par Kaneto Shindō, sorti en 1952, d'après le livre de 1951, Les Enfants de la bombe atomique d'Arata Osada.

Les Enfants d'Hiroshima
Description de cette image, également commentée ci-après
Nobuko Otowa face à un enfant.
Titre original 原爆の子
Genbaku no ko
Réalisation Kaneto Shindō
Scénario Kaneto Shindō
Arata Osada (ja) (roman)
Acteurs principaux Nobuko Otowa
Sociétés de production Kindai Eiga Kyokai
Pays de production Drapeau du Japon Japon
Genre drame
docufiction
Durée 97 minutes
Sortie 1952

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

modifier

Takako Ishikawa est une enseignante sur une île de la mer intérieure, au large de la côte d'Hiroshima, dans le Japon de l'après-guerre. Pendant ses vacances d'été, elle prend le ferry pour se rendre dans sa ville natale, Hiroshima, afin de se recueillir sur les tombes de ses parents et de sa petite sœur, tous tués lors du bombardement atomique. Elle aperçoit un mendiant et reconnaît en lui Iwakichi, un ancien serviteur de ses parents, désormais brûlé au visage et partiellement aveugle. Elle le suit jusqu'à sa cabane misérable, où une voisine s'occupe de lui, et l'interroge sur sa famille. Sa femme, son fils et sa belle-fille étant décédés, le seul parent survivant d'Iwakichi est son petit-fils Tarō, qui vit dans un orphelinat. Takako se rend à l'orphelinat et constate que les enfants ont à peine de quoi manger. Elle propose de ramener Iwakichi et son petit-fils avec elle sur son île, mais Iwakichi refuse et s'enfuit.

Takako rend ensuite visite à Natsue Morikawa, une ancienne collègue du jardin d'enfants où elle enseignait et qui est devenue sage-femme. Natsue est devenue stérile à cause des effets secondaires de la bombe et prévoit d'adopter un enfant avec son mari. Natsue et Takako visitent le site du jardin d'enfants, désormais détruit, et Takako décide de partir à la recherche de ses anciens élèves.

Le père du premier élève qu'elle visite, Sanpei, tombe soudainement malade d'une pathologie liée aux radiations et meurt juste avant son arrivée. Un autre de ses élèves est en phase terminale et meurt dans une église, où sont rassemblées de nombreuses personnes souffrant de blessures liées à la bombe.

Après avoir passé la nuit chez Natsue, elle se rend chez un autre élève, Heita. La sœur de ce dernier, blessée à la jambe, est sur le point de se marier, et Takako dîne avec elle. Elle discute avec Kōji, le frère aîné de Heita, au sujet des personnes mortes ou blessées pendant la guerre.

Elle retourne chez Iwakichi et lui demande à nouveau de la laisser emmener Tarō sur l'île. Il refuse d'abord, mais sa voisine finit par le convaincre de confier Tarō à Takako. Cependant, Tarō refuse toujours de quitter son grand-père. Le dernier soir avant le départ de Takako, Iwakichi invite Tarō pour un repas, lui offre des chaussures neuves qu'il a achetées pour lui et l'envoie rejoindre Takako avec une lettre. Il met ensuite le feu à sa maison. Il survit à l'incendie mais, gravement brûlé, il finit par succomber. Tarō quitte Hiroshima avec Takako, emportant avec lui les cendres de son grand-père.

Fiche technique

modifier
Scène du film avec Nobuko Otowa (à gauche).
Scène du film avec Nobuko Otowa et des enfants.
Scène du film.
Scène du film.

Distribution

modifier

Production

modifier

Le film a été commandé par le Syndicat des enseignants du Japon et s'appuie sur des témoignages directs recueillis par l'éducateur japonais Arata Osada, rassemblés dans le livre de 1951 intitulé Les Enfants de la bombe atomique[3]. La fin de l'occupation du Japon par les forces américaines après la guerre a permis la production d'œuvres traitant des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki[4].

Sélection

modifier

Prix et Récompenses

modifier

Réception

modifier

Le film a connu un grand succès au Japon lors de sa sortie initiale, cependant il n'a pas été produit par un grand studio, mais commandé par le Syndicat des enseignants du Japon (Nikkyōso). Leur objectif était de montrer l'impact réel de la bombe sur les écoliers, en réaction à la censure américaine (SCAP) qui venait de prendre fin en 1952. En revanche, le Syndicat des enseignants du Japon, a critiqué sa vision « extérieure » de la dévastation physique et personnelle du bombardement, et tout particulièrement l'absence de critiques politiques et sociales claires, se concentrant plutôt sur les récits de quelques individus. Le syndicat a ensuite commandé un autre film, Hiroshima (sortie en 1953) au réalisateur Hideo Sekigawa, qui était bien plus graphique dans sa description des séquelles du bombardement et bien plus critique envers les dirigeants américains et japonais qui avaient provoqué le désastre[4].

Le Monthly Film Bulletin a écrit : « Bien que Les Enfants d'Hiroshima repose sur une intrigue répétitive et plutôt conventionnelle, son message est d'une clarté troublante. Le réalisateur, Kaneto Shindō (qui a également écrit le scénario), évite sagement l'approche sensationnaliste, et le récit est étonnamment exempt de récriminations et d'amertume ; on y trouve plutôt une sorte de colère désemparée et de regret que les événements d'il y a dix ans projettent, encore aujourd'hui, une ombre de mort sur la vie du peuple japonais. [...] Dans ces circonstances, les personnages et les situations dépassent rarement le stade de symboles du point de vue du film, le vieux mendiant, en particulier, appartenant à une convention trop familière. Il y a néanmoins un certain nombre de passages qui sont à la fois émouvants et conçus avec imagination, notamment le remarquable flashback de 1945 avec ses images crues de corps carbonisés et de visages hagards, le souper de mariage formel et étrangement triste, et le court dialogue sur le pont au-dessus de la rivière. La sympathie humaine évidente dans ces scènes doit quelque chose au jeu des acteurs qui, bien que jamais exceptionnel, possède la grâce naturelle et l'aisance de mouvement que l'on retrouve dans les films d'époque japonais. La partition musicale, avec ses voix douces et psalmodiantes, est également impressionnante. »

Sight & Sound a écrit : « Gembaku No Ko [...] est une tentative sincère et réfléchie d'aborder de manière dramatique un sujet d'une urgence horrifiante. Bien que ses réponses soient directes et authentiques, ce n'est cependant pas une œuvre très imaginative ou, en soi, mémorable. Le cadre dramatique est bon [...] Le ton est doux et délibérément contenu. Derrière les situations individuelles, le jeune réalisateur, Kaneto Shindō, vise à esquisser les schémas généraux liés à la vie quotidienne dans une ville brisée, et chaque fil remonte, directement ou indirectement, au 6 août 1945. C'est une ville d'orphelins, de deuils, de la "maladie". Rien n'est surchargé — à l'exception d'une séquence formalisée, sur fond de musique chorale, évoquant le cauchemar de la bombe elle-même, un tournesol instantanément brûlé et flétri, des corps nus et mutilés, la colonne de fumée qui s'élève, tout cela se détachant du reste comme une pièce maîtresse trop consciente d'elle-même. Pourtant, ce qui manque, c'est la véritable sensibilité personnelle qui aurait pu faire du film une œuvre d'art au lieu d'une tentative honorable. »

En 1959, l'historien du cinéma Donald Richie a perçu une faiblesse majeure dans le film, son « couplage du naturalisme le plus criant avec une sentimentalité véritablement excessive », mais a souligné qu'il « montrait les conséquences de la bombe sans aucune polémique haineuse ».

Les Enfants d'Hiroshima a été accueilli par des critiques positives lors de ses débuts américains en 2011. Dans une critique du film, où il commente également sa place dans la carrière de Kaneto Shindō, le critique du New York Times, A.O. Scott, remarque :

« M. Shindō combine austérité et sensualité pour un effet émouvant, parfois hypnotique. La beauté des compositions dans Les Enfants d'Hiroshima — la clarté de la mise au point, l'équilibre gracieux au sein des cadres — apporte un certain soulagement face à la noirceur de son sujet. [...] Il contemple l'expérience de guerre du Japon avec regret plutôt qu'avec indignation. »

Dans le Village Voice, J. Hoberman l'a qualifié de « mélodrame sombre » qui manque de subtilité mais possède « la capacité de blesser »[6]. Le chercheur en cinéma Alexander Jacoby a résumé : « il reste l'un des films les plus émouvants de Shindō, et un témoignage de l'esprit anti-guerre qui a pris racine au Japon après sa défaite »[7].

Le film obtient un score de 86/100 sur le site d'agrégation de critiques Metacritic[8].

Thèmes et Analyse

modifier

Le film commémore l'attaque atomique sur Hiroshima et les tragédies qui ont suivi, lesquelles avaient été censurées par les forces américaines pendant l'occupation du Japon, qui s'est achevée quelques mois seulement avant la sortie du film. L'œuvre rend hommage aux hibakusha (les survivants) et souligne la manière dont ils ont été ostracisés au sein de la société japonaise, à travers des personnages qui se voient refuser du travail en raison de leurs blessures visibles causées par les bombes et les radiations.

Cependant, le film véhicule également un sentiment de victimisation du Japon à travers la tragédie des attaques nucléaires. Il omet les souffrances des autres pays asiatiques pendant la guerre et la manière dont le Japon a lui aussi été un agresseur. Le film manque d'un contexte plus large sur le Japon en temps de guerre, car il dépeint le pays comme un lieu calme et prospère avant les bombes. La victimisation du Japon est mise en scène lors des flashbacks du bombardement, où des enfants pleurent sur les corps de leurs mères décédées, représentant une rupture du lien vital. L'accent mis par le film sur la destruction consécutive au bombardement fait écho aux messages anti-guerre et pro-démocratie de plusieurs groupes d'intérêt social, notamment le Syndicat des enseignants du Japon.

Notes et références

modifier
  1. (ja) Les Enfants d'Hiroshima sur la Japanese Movie Database
  2. « Les films japonais sortis en France en salle », sur www.denkikan.fr (version du sur archive.org)
  3. (en) « Translations of "Children of the Atomic Bomb" grow in number », sur 中国新聞ヒロシマ平和メディアセンター (consulté le )
  4. 1 2 (en) Kazu Watanabe, « A Tale of Two Hiroshimas », sur The Criterion Collection (consulté le )
  5. « En Compétition - Longs Métrages : Gembaku no ko (Les Enfants d'Hiroshima) », sur Festival de Cannes, (consulté le )
  6. J. Hoberman, « Surviving the Bomb in Children of Hiroshima » [archive du ], sur Village Voice, (consulté le )
  7. (en) « Classical virtues: Shindo Kaneto and Yoshimura Kozaburo » [archive du ], sur British Film Institute, (consulté le )
  8. (en) « Children of Hiroshima Reviews - Metacritic », sur www.metacritic.com (consulté le )

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :