Lièvre à courte queue
Lepus brachyurus
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Lagomorpha |
| Famille | Leporidae |
| Genre | Lepus |
Répartition géographique
Le Lièvre à courte queue (Lepus brachyurus), plus connu sous le nom de Lièvre du Japon (日本野兎, Nihon-nousagi)[2], est une espèce de mammifères Lagomorphes de la famille des Léporidés appartenant au genre Lepus. Il est endémique de l'archipel japonais[3].
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Lepus brachyurus Temminck, 1844, selon Mammal Diversity Database ()[4] et ITIS ()[5] ;
- Nom normalisé japonais : ニホンノウサギ (Nihon-nousagi)[6] ;
- Nom normalisé anglais : Japanese Hare[4][5][7] ;
- Noms vulgaires : Lièvre à courte queue[8][9] (nom technique), Lièvre du Japon[10] ;
- Nom vernaculaire japonais : ノウサギ、野兔 (Nousagi) ;
- Noms vernaculaires : Lièvre ;
Son nom vulgaire et son épithète spécifique brachyurus proviennent du Grec ancien et se composent de brachys (βραχύς) signifiant « court » et de oura (οὐρά) signifiant « queue »[11], faisant directement référence à la taille particulièrement réduite de son appendice caudal.
Classification et sous-espèces
modifierL'espèce a été décrite pour la première fois en 1842 par le zoologiste néerlandais Coenraad Jacob Temminck à partir des écrits de Philipp Franz von Siebold, dans Fauna Japonica[12]. Sa localité type était dite « dans tout l’empire, mais surtout à Jezo » selon l’ouvrage[12], mais en réalité, l’espèce ne vivant pas à Hokkaidô, elle a été localisée à Nagasaki[13].
Selon la communauté scientifique et les analyses morphologiques, le lièvre à courte queue est classiquement divisé en quatre sous-espèces géographiques distinctes[6],[14] :
- L. b. brachyurus, Temminck, 1845 : présent sur la façade pacifique du centre et du sud d'Honshū, ainsi que sur les îles de Shikoku et Kyūshū ;
- L. b. angustidens, Hollister, 1912 : occupant la façade nord et ouest d'Honshū, le long de la mer du Japon ;
- L. b. lyoni, Kishida, 1937 : strictement endémique de l'île de Sado ;
- L. b. okiensis, Thomas, 1906 : strictement endémique des îles Oki.
La validité de la sous-espèce L. b. angustidens fait l'objet de débats au sein de la communauté mammalogique japonaise. Les limites géographiques de sa zone de répartition restent floues et ses variations de pelage dépendent fortement des micro-climats et de la photopériode locale plutôt que d'une divergence génétique stricte[13].
Description
modifierLe lièvre à courte queue est un léporidé de taille relativement modeste. Il mesure de 45 à 54 cm de long (corps et tête) pour un poids variant de 1,3 à 2,5 kg[6]. Ses oreilles mesurent entre 7 et 8 cm, ses membres postérieurs (pattes arrière) font de 12 à 15 cm de long, tandis que sa queue, particulièrement atrophiée, ne mesure que 2 à 5 cm[15].
Le pelage d'été standard affiche une coloration rousse à brun-grisâtre sur le dessus, tandis que la zone ventrale est d'un blanc pur bien délimité[6]. L'extrémité externe de ses pavillons auriculaires est marquée d'un liseré de poils noirs[6].
Dimorphisme saisonnier
modifierL'une des caractéristiques phares de cette espèce est son hétérochronie de pelage, par des mues saisonnières adaptatives, particulièrement marquée chez les populations soumises aux forts enneigements (la sous-espèce *angustidens* de la mer du Japon et la sous-espèce *lyoni* de l'île de Sado)[6]. Dans ces régions, l'animal mue à l'automne pour adopter une livrée entièrement blanche, ce qui lui assure un parfait camouflage dans la neige. Seule l'extrémité de ses oreilles conserve sa coloration noire distinctive[16].
Le blanchissement débute dès le mois de septembre sous l'effet de la baisse de la température et de la réduction de la durée du jour. Le pelage blanc d'hiver est pleinement établi en novembre. La mue inverse, permettant le retour à la livrée estivale rousse, s'amorce à la fin du mois de janvier et s'achève progressivement en mai à mesure que la couverture neigeuse fond[17].
- Pelage d'été.
- Pelage d’Hiver, naturalisé au Musée national de la nature et des sciences de Tokyo.
Écologie et comportement
modifierAlimentation
modifierLe lièvre à courte queue est un herbivore généraliste et opportuniste dont le régime alimentaire englobe plus de 150 espèces végétales. En été, il consomme principalement des herbes folles, des graminées et des plantes de prairie cultivées. Durant la saison hivernale, il se rabat sur les bourgeons, les jeunes pousses et l'écorce tendre des arbres ligneux. Il cible tout particulièrement le cèdre du Japon (Cryptomeria japonica), l'érable du Japon (Acer japonicum), les paulownias ainsi que diverses essences de légumineuses forestières[18].
Un adulte consomme quotidiennement 200 à 500 g de matière végétale sèche, soit l'équivalent de 10 à 20 % de sa masse corporelle[15]. Pour optimiser l'assimilation des nutriments et récupérer un maximum d'azote (nitrogène) issu des fibres végétales coriaces, il pratique la caecotrophie en ingérant ses excréments mous directement à la sortie de l'anus[17].
Reproduction et cycle de vie
modifierLa phénologie de la reproduction dépend étroitement de la latitude et des contraintes climatiques :
- **Dans les régions du Nord (zones enneigées) :** La reproduction est saisonnière et s'étend de l'hiver au milieu de l'été (généralement de février à juillet). Les femelles donnent naissance à 3 ou 5 portées par an, étalées d'avril à août. La gestation dure de 42 à 43 jours pour des portées de 1 à 4 jeunes (généralement 2), nissant avec un poids de 77 à 165 g[15].
- **Dans les régions du Sud (zones tempérées) :** La reproduction se déroule de manière continue tout au long de l'année. Les portées y sont légèrement plus petites (1 à 3 jeunes) mais les levrauts naissent plus lourds (125 à 150 g) après une gestation plus longue, s'étendant de 45 à 48 jours[15].
Une femelle mature produit en moyenne une dizaine de jeunes par an[15]. Le lièvre à courte queue ne forme pas de couples stables, les femelles s'accouplant de manière polyandre avec plusieurs mâles au cours d'un même cycle[17].
Les levrauts naissent entièrement formés et nidifuges au sein d'un gîte rudimentaire. Ils se révèlent aptes à se déplacer seulement une heure après leur naissance. La mère ne leur rend visite pour les allaiter qu'une seule fois par jour, aux alentours de minuit[17]. Les jeunes intègrent des végétaux à leur alimentation dès l'âge d'une semaine et deviennent totalement indépendants (sevrés) au bout d'un mois[16]. La maturité sexuelle est atteinte entre 8 et 10 mois. L'espérance de vie dans la nature est faible, oscillant en moyenne entre 1 et 2 ans, bien que la longévité maximale théorique de l'espèce atteigne 4 ans[15].
Comportement et prédateurs
modifierLe lièvre à courte queue est un animal strictement solitaire et nocturne[6]. Il ne possède pas de terrier permanent mais se déplace au sein d'un domaine vital d'un rayon moyen de 400 mètres autour de ses zones de repos de prédilection (gîtes aménagés sous les fourrés ou les racines d'arbres). Pendant la journée, il demeure immobile pour éviter d'être repéré. C'est une espèce silencieuse qui n'émet de puissants glapissements qu'en cas de capture ou de détresse extrême.
Ses principaux prédateurs naturels sont les carnivores terrestres de l'archipel, notamment le renard roux du Japon, la martre à pieds noirs et l'Itatsi. Il constitue également une proie de choix pour les grands oiseaux de proie comme l'aigle royal, l'aigle montagnard et l'autour des palombes[15].
Habitat et répartition
modifierLe lièvre à courte queue occupe les trois îles majeures du Sud et du Centre de l'archipel nippon : Honshū, Shikoku et Kyūshū, ainsi que plusieurs territoires insulaires adjacents incluant l'île de Sado, les îles Oki, Awaji-shima, Shōdoshima, l'archipel de Gotō et les îles Amakusa[3]. Il est en revanche totalement absent de la grande île septentrionale d'Hokkaidō, où la niche écologique est occupée par le lièvre variable (*Lepus timidus*).
Il colonise une large variété d'écosystèmes, depuis les plaines littorales jusqu'aux zones subalpines de haute montagne à plus de 2 700 m d'altitude[18]. Il affectionne particulièrement les prairies ouvertes, les lisières forestières, les zones de fourrés denses et les jeunes parcelles forestières en cours de régénération. Faisant preuve d'une bonne synanthropie, il s'est bien adapté aux paysages anthropisés et fréquente régulièrement les zones agricoles et les parcs périurbains.
Menaces et conservation
modifierÀ l'échelle internationale, l'espèce est classée en « Préoccupation mineure » (LC) sur la liste rouge de l'UICN en raison de sa large distribution géographique et de sa résilience écosystémique[3]. Cependant, les populations locales font face à une baisse généralisée de leurs densités depuis les années 1970 et 1980. Ce déclin est principalement lié à la fermeture du milieu forestier (les vieilles forêts denses offrant moins de végétation basse à brouter) et à l'urbanisation croissante.
De plus, l'espèce a longtemps été classée comme un animal nuisible par l'industrie forestière japonaise. Durant les grandes campagnes de reforestation d'après-guerre (notamment dans les années 1960), les lièvres causaient d'importants dégâts économiques en rongeant l'écorce des jeunes plants de cèdres et de cyprès (jusqu'à 61 000 hectares de forêts touchés en 1967)[19]. Bien que ces conflits se soient fortement atténués (seulement 71 hectares endommagés documentés en 2014), des campagnes de piégeage ont localement affaibli l'espèce.
L'impact des espèces introduites représente également un défi de conservation majeur. La sous-espèce de l'île de Sado (*Lepus brachyurus lyoni*) a subi un déclin drastique à la suite de l'introduction artificielle de la martre du Japon entre 1959 et 1963 pour lutter contre les rats. De ce fait, le lièvre de Sado est désormais classé comme « Quasi-menacé » (NT) sur la liste rouge nationale du ministère de l'Environnement du Japon[20] et protégé localement au sein de la préfecture de Niigata[21].
Le lièvre dans la culture japonaise
modifierLe lièvre occupe une place importante dans la culture et le shintoïsme. La figure mythologique la plus célèbre est le Lièvre d'Inaba, un conte consigné au VIIIe siècle dans le Kojiki. Ce lièvre rusé y joue un rôle pivot dans les aventures de la divinité shintoïque Ōkuninushi.
Notes et références
modifier- (en)/(ja) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Japanese hare » (voir la liste des auteurs) et en japonais « ニホンノウサギ » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- 1 2 3 UICN, consulté le .
- 1 2 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- 1 2 Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- 1 2 3 4 5 6 7 阿部永 (Hisashi Abe) dir., 日本の哺乳類 (« Les Mammifères du Japon »), Tokai University Press, 2008, 2e éd. révisée, p. 151. (ISBN 9784486018025).
- ↑ UICN, consulté le .
- ↑ Temminck 1842-1845, p. 45.
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- ↑ (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p. (ISBN 978-84-16728-66-4)
- ↑ Roland Wilbur Brown, *The Composition of Scientific Words*, Smithsonian Institution Press, Washington, D.C., 1956, p. 708.
- 1 2 Temminck 1842-1845, p. 44.
- 1 2 川道武男 (Takeo Kawamichi) et 山田文雄 (Fumio Yamada), « 日本産ウサギ目の分類学的検討 » (Examen taxonomique des lagomorphes japonais), Mammalian Science, vol. 35, Société mammalogique du Japon, 1996, p. 197-198.
- ↑ Satoshi Ōdachi (dir.), *The wild mammals of Japan*, Kyoto, Shoukadoh, 2009, 1re éd. (ISBN 978-4-87974-626-9).
- 1 2 3 4 5 6 7 山田文雄 (Fumio Yamada), « わが国のノウサギ2種の生態的特徴と被害およびその対策と管理 » (Caractéristiques écologiques, dommages, mesures et gestion des deux espèces de lièvres au Japon), *Tree and Forest Health*, vol. 24, n° 3, 2020, p. 176-182.
- 1 2 小宮輝之 (Teruyuki Komiya), *日本の哺乳類* (Les Mammifères du Japon), Gakken, 2002, p. 66-67.
- 1 2 3 4 日高敏隆 (Toshitaka Hidaka) dir., *日本動物大百科1 哺乳類I* (Encyclopédie des Animaux du Japon : Mammifères I), Heibonsha, 2002, p. 54-64. (ISBN 4582545513).
- 1 2 Joseph A. Chapman et John E. C. Flux (dir.), *Rabbits, Hares and Pikas: Status Survey and Conservation Action Plan*, Gland, UICN, 1990, p. 69–70. (ISBN 978-2-8317-0019-9).
- ↑ 森林野生動物研究会 (Société de recherche sur la faune forestière), *国土緑化20年の歩み* (20 ans de progrès dans la reforestation nationale), 1970, p. 53.
- ↑ Ministère de l'Environnement du Japon, レッドリスト2019:哺乳類 (Liste rouge 2019 : Mammifères), 2019.
- ↑ Préfecture de Niigata, *レッドデータブックにいがた -新潟県の保護上重要な野生生物-* (Red Data Book Niigata : Espèces sauvages importantes pour la conservation), 2001, p. 36.
Document original
modifier- Coenraad Jacob Temminck, Philipp Franz von Siebold et Hermann Schlegel, Fauna japonica, sive, Descriptio animalium, quae in itinere per Japoniam, jussu et auspiciis, superiorum, qui summum in India Batava imperium tenent, suscepto, annis 1823-1830 : Aperçu général et specific sur les mammifères qui habitent le Japon et les îles qui en dépendent, vol. 5 : Mammalia, Lugduni Batavorum, Apud Auctorem / Arnz et socios, coll. « Museum of Comparative Zoology--Biodiversity Heritage Library », 1842-1845, 59, 26 (OCLC 2719985, DOI 10.5962/bhl.title.124951, lire en ligne
)
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Lepus brachyurus (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Lepus brachyurus Temminck, 1845 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Lepus brachyurus Temminck, 1845 (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Lepus brachyurus (consulté le )
- (en) NCBI : Lepus brachyurus (taxons inclus) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Lepus brachyurus Temminck, 1845 (consulté le )