Licinianus Granius
Granius Licinianus est un historien romain du IIe siècle apr. J.-C., son activité semble être attestée sous le règne des empereurs Hadrien et Antonin [le pieux].
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Granii (en) |

La datation précise de sa vie reste incertaine.
Ses écrits en latin ont été découverts en 1853 sur un palimpseste dit Add no 17212, folio 1-8, et 10-13; conservé au British Muséum. Ce manuscrit semble provenir d'un monastère égyptien dédié à Marie.
Ce manuscrit, découvert en 1853, est difficile à lire, car il se présente comme un « double palimpseste » : une copie du Ve siècle a été en partie effacée au VIIe siècle par un traité de grammaire en lettres cursives « africaines », puis de nouveau surchargée, aux IXe – Xe siècle par l'inclusion d'une traduction en syriaque d'homélies de Jean Chrysostome. Malheureusement ce document, déjà fort délabré à sa découverte, a été déchiffré par les savants George et Karl Pertz en utilisant une méthode chimique trop invasive qui a ensuite causé des dommages au manuscrit[1].
Biographie
modifierConnu avant tout comme un historien et amateur de curiosités romaines, dite « archéologiques ».
Cité seulement par Macrobe (Sat. 1,16.30) et Servius (Aen Comm 1,737) dans son commentaire virgilien, Granius Licinius semble être un érudit actif à l'époque d'Hadrien. (il avait fait une référence à l'inauguration du temple de Zeus Olympien d'Athènes par l'empereur Hadrien (131 ap. J.-C.)).
Influence exercée et originalité de Granius
modifierIl est possible de déceler que cet historien semble se réclamer de Fronton (grammairien), son contemporain en transposant le principe de l'histoire dite utilitaire, que prônait le Maitre de l'empereur Marc Aurèle. Soit la collecte de faits dits " archéologiques" de realia (à la mode à l'époque antonine), mais dans un contexte républicain romain qu'aurait désavoué Fronton [2]. Car il s'agissait d'une époque historique choisie dans son récit par Granius, qu'il jugeait cependant secondaire. Son style semble au demeurant assez proche de celui de Fronton.
Par exemple, selon lui, Salluste ne doit pas être lu comme un historien, mais comme un orateur. Il semble faire état d'un jugement défavorable sur le style de Salluste, que partageait singulièrement Fronton.
Les fragments du palimpeste Brit Mus ads MS 17212, dépeignent Gracianius comme un historien plutôt scrupuleux, et concret, soucieux de précisions notamment militaires par endroit. il semble avoir fait usage en sources des écrits de Tite Live ( histoires ), et de Rutilius ( biographie et histoire ).
Histoire
modifierGranius a compilé un rapide épitomé en 40 livres de l'histoire romaine, s'appuyant principalement sur Tite-Live, Rutilius Rufus[3], et Salluste, qui s'étendait sur au moins 36 livres, riches en anecdotes et en détails légendaires. Seules des parties fragmentaires des livres XXVI, XXVIII, XXXIII, XXXV-XXXVI, de 163 à 78 av. J.-C., subsistent dans un palimpseste. Plus précisément, les fragments retrouvés mentionnent des événements de 165, 105 87 et 78 av. J.-C. Cet ouvrage semblait s'étendre dans son récit depuis les origines anciennes de Rome jusqu'à l'époque de Jules César.
Granius Licinianus reflète l'évolution de la pensée historique autour du IIe siècle, avec une tendance pour l'expression d'opinions assez claires, et ce, malgré le caractère un peu romancé parfois de son œuvre. Il tente d'offrir un vision de l'Histoire assez sobre, mais se voulant divertissante, à la manière de l'érudition qui avait cours à son époque sous les empereurs dits Antonins.
Si Granius reste ancré dans l'histoire politique romaine, sa perspective par endroits (ne pas oublier qu'on possède de lui que des fragments ce qui empêche une vision globale de son œuvre), englobe une narration détaillant aussi les infrastructures économiques, territoriales, et militaires romaines (avec le souci de détails sur les termes techniques militaires notamment). Son analyse de la crise républicaine intègre des paramètres plus fiscaux (reforme de portoria), logistiques (ravitaillement des armées), et cadastraux (centuriations syllaniennes). Cette approche semble faire de lui un historien de coloration plus économique et social. Pour les récits de batailles il utilise l'écrit historique de Rutilius.( fragment voir livre XXVI )[4]
Un analyse plus récente des fragments de son histoire par Guillaume Delachapelle révèle que Granius ne se contentait pas des seules sources écrites mais vérifiait en partie leur validité par l'observation des indices matériels sur l'espace romain. Cela semble être une méthode historique assez peu courante pour l'époque, plus attachée a la seule tradition littéraire de l'Histoire. La recherche récente semble pouvoir permettre de mieux percevoir l'originalité de cet historien dit « mineur » de l'époque antonine. Granius applique à l'histoire républicaine son souci du détail concret.
Granius a également écrit des Cenae Suae, un ouvrage encyclopédique à vocation antiquaire à la manière d'Aulus Gellius.
Apport du texte de Licinianus Granius à l'histoire des cadastres romains
modifierL'examen de certains fragments de l'histoire de Granius permet désormais de mieux reconstituer les paysages antiques[5]. En effet le projet Ager Campanus de l'Université de Naples, a pu utiliser cette source pour réinterpréter d'une meilleure manière les traces de centuriation syllanienne près de Capoue [6]
Le fragment 35.2-3 [7] décrit la limitatio (bornage) des terres confisquées par Sylla en 82 av JC. Granius note en effet des détails ignorés par Appien ou Cicéron : "agros per centurias divisit [...] terminosque lapideos cum titulis posuit" (En français : "il divisa les terres en Centuries (...) et posa des bornes de pierre avec inscriptions"). Certaines bornes syllaniennes, déposées par des commissaires agraires, ont bien été depuis retrouvées près de Capoue portent des inscriptions cohérentes avec le récit de Licinus Granius (ex CIL x 3826); cette méthode de répartition de l'espace est par ailleurs bien décrit, bien plus tard, par Hygin le Gromatique dans son ouvrage de limitibus. De son côté l'historien Appien confirme bien une politique de confiscation des terres à l'époque Syllanienne, dans un contexte de conflit de propriété.
Licinius Granius aurait pu ainsi consulter des archives des commissaires agraires romains -comme le suggère le chercheur Guillaume DELACHAPELLE- dans le but de montrer le caractère systématique des confiscations syllaniennes (en contraste avec les réformes augustiniennes). Cependant ce témoignage de l'histoire ne peut pas, pour l'instant, être généralisé a l'ensemble des terres des citoyens romains dans l'Empire. Elle ne s'applique de manière avérée qu'a la Campanie.
Cette information historique, que Granius est le seul a mentionner si explicitement, confirme ainsi indirectement que la politique agraire de Sylla a bien préfiguré celle plus tardive de l'Empereur Auguste et permet de mieux reconsidérer l'histoire sociale et économique de l'époque républicaine romaine.
Apport du texte dans la guerre de Rome contre les Cimbres
modifierPour cet évènement historique, Granius semble offrir un texte original et assez précis des premières phases de cette guerre qui généra une grande inquiétude a Rome.
Livre XXXIII
" Et les cimbres mirent l'ancien consul Aurelius Scaurus a bas de son cheval et le firent prisonnier. Quand ils l'eurent convoqué à comparaître devant leur conseil, il ne fit ni ne dit rien qui fût indigne d'un romain qui avait exercé de si hautes fonctions. C'est la raison pour laquelle il fut tué, alors même qu'il avait la possibilité de s'enfuir. Sa honte a l'idée de survivre ainsi, alors que son armée avait été anéantie, lui interdit de s'offrir à eux pour les conduire, malgré leurs requêtes en ce sens." livre 33,2[8].
" Bien que le consul Mallius, terrifié par cette victoire des Cimbres, eût dans une lettre suppliante, prié Caepio qu'ils résistent ensemble au Gaulois après avoir uni leurs troupes et ainsi grossi l'armée, il ne put obtenir satisfaction. Après avoir traversé le Rhône et s'être fait fort, auprès des soldats, d'envoyer de l'aide au consul apeuré, Caepio ne consentit même pas a partager avec lui ( Mallius ) son plan de guerre, et ne daigna pas écouter les députés envoyés par le Senat, porteurs de la requête que les deux généraux coopèrent et servent de concert les intérêts de l' Etat. Les ambassadeurs des Cimbres voulaient la pais, et demandaient des terres et du blé pour l'y semer: il les renvoya eux aussi de façon si injurieuse que désespérant d'obtenir la paix, ils prirent les armes." livre 33,6.
" le lendemain son camp, établi loin loin de celui de Mallius fut pris ( par les cimbres). On ne put pourtant le résoudre, bien qu'il ne fut pas loin, à joindre son armée à celle de Mallius. Et la plus grande partie de son armée fut anéantie." livre 33,9.
On voit bien que Granius est détaillé sur les premiers conflits , et l'absence de coordination pour raison personnelle des généraux romains en territoire de Gaule Narbonnaise.
Cet historien, pour cet épisode apporte d'utiles précisions.
Références
modifier- ↑ Jules Wankenne, note sur l'ouvrage de N Criniti, in L'antiquité classique, tome 52, 1983, p. 395.
- ↑ Fronton ad caesarem 4,3 mépris théorique de l'histoire, Principia Historiae autres fragments édition van den hout 1988, et ad Verum conseil sur la guerre parthique
- ↑ historien, juriste et homme d'Etat romain né vers 154 av JC/ mort vers 80 av JC; auteur d'une histoire romaine, rédigée en Grec pour un public d'Asie Mineure ( Smyrne ou il a fini sa vie)
- ↑ texte édité par N Criniti in Granius Licinianus reliquiae Leipzig B G Teubner 1981
- ↑ CHOUQUER & FAVORY les arpenteurs romains 2001
- ↑ Guillaume Delachapelle maitre conférence de littérature latine, « projet du laboratoire Ausonius programme human rest GPR 5 action3 »
, sur ausonius.u-bordeaux-montaigne.fr, (consulté le ) - ↑ édition Licinius Granius de Nicola Critini 1981, page 72-73
- ↑ Guillaume Flamerie de Lachapelle, « La traduction des textes », dans Lemaire, Panckoucke, Nisard : trois collections d'auteurs latins sous la Restauration et la monarchie de Juillet, Ausonius Éditions, , 205–253 p. (ISBN 978-2-35613-776-0, lire en ligne)
Bibliographie
modifier- Granii Liciniani reliquiae, Editit Nicola Criniti, Leipzig, bibliotheca Teubner, 1981.
- M Flemisch licinanus ré-édition 1967
- Chouquer G. les transformations des cadastres romains tardifsédition Errance 2008.
- Pierre Hamblenne recension du texte latin avec divers compléments & précisions in Revue Belge de philologie et d'histoire, tome 62, fasc 1, 1984, p. 166.
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
