Ligne du télégraphe Chappe de Metz à Mayence
La ligne de télégraphe aérien Metz–Mayence constitue la première ligne de télégraphie optique établie sur un territoire correspondant en grande partie à l'actuelle Allemagne, bien que son tracé se situe alors entièrement à l’intérieur des frontières du Premier Empire. Cette liaison est conçue comme le prolongement de la ligne télégraphique reliant Paris à Metz. Elle fut mise en service en et servit à peine plus de sept mois.
| Ligne Metz-Mayence Ligne Metz-Mayence (1813) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Carte de la ligne. |
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| Caractéristiques techniques | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Contexte historique
modifierEn 1813, alors que la Guerre de la Sixième Coalition faisait peser une menace croissante sur l’Empire français, Napoléon Ier ordonna, le , l’établissement rapide d’une ligne télégraphique entre Metz et Mayence afin d’assurer la transmission rapide des informations militaires[1]. Le Citadelle de Mayence était une place d’armes importante. La création de l’embranchement vers Mayence répond à la nécessité de relier efficacement la capitale du Département du Mont-Tonnerre, territoire annexé par la France en 1798. Cette liaison permet ainsi d’assurer des communications rapides entre Paris et l’une des principales villes administratives des territoires situés sur la rive gauche du Rhin.
Première ligne provisoire
modifier« Il n’est pas possible que la Ramification soit prête à marcher avant la fin du mois, il n’y a dans Metz un seul morceau de bois de charpente convenable. Les ouvriers ne veulent pas travailler sans argent et le temps qu’ils demandent est très long. D’ailleurs on ne peut pas espérer établir en vingt jours 25 stations qui demandent au moins 20 jours avant que leur position soit connue.... »
Dépêche de Abraham Chappe à l’Administration Télégraphique.

Abraham Chappe, le plus jeune frère de Claude Chappe, était allé à Sarrebruck le pour accélérer l’établissement des relais dans le département de la Sarre. Sous la direction d’Abraham Chappe, une première ligne provisoire de 22 stations fut mise en service dès le pour un coût de 105 000 francs[2].
Utilisée pour transmettre dépêches officielles, informations stratégiques et communications impériales, elle se révéla toutefois rapidement peu fiable en raison de son exécution précipitée, des conditions climatiques et des contraintes du relief[1]. La majorité des stations de la ligne étaient basées sur le principe des télégraphes ambulants avec des toiles de tentes pour tout abri pour les opérateurs.
Néanmoins, l’empereur, étant sur le terrain, pouvait garder grâce à cette ligne une liaison rapide pour l’époque vers Paris. On s'aperçut vite que cette ligne fonctionnait très mal à cause des conditions climatiques et de la topographie du terrain[2]. Tout en la gardant en service, une seconde ligne, un peu plus à l’Ouest de la première, fut mise en construction (celle qui figure sur la carte ci-contre).
« Je suis arrivé aujourd’hui à midi à Metz où j’ai appris que vous n’aviez encore envoyé que 4 mécanismes. À quoi donc sert de me recommander tant de promptitude qui devient maintenant plus nuisible qu’utile... »
Dépêche de Abraham Chappe à l’Administration Télégraphique.
Deuxième ligne
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Afin d’améliorer les communications, un second tracé, plus occidental et mieux adapté, fut alors étudié pour remplacer la ligne initiale. Les retards d’approvisionnement empêchèrent l’achèvement de la seconde ligne, qui ne fut jamais mise en service. Jusqu’à la mi-janvier 1814, ce système de communication est utilisé à des fins administratives et militaires. Il permet la transmission rapide de messages au moyen de signaux optiques sur une distance d’environ 225 kilomètres à vol d’oiseau. La ligne comprend jusqu’à 22 stations télégraphiques, équipées de mâts à signaux et de longues-vues. Les télégraphistes y déchiffrent le Code Chappe émis par la station précédente avant de les retransmettre immédiatement au relais suivant.
Interruption définitive
modifierCependant, tandis que cette dernière continuait à fonctionner difficilement, l’avancée des armées de la Sixième Coalition entraîna l’interruption définitive des transmissions : le fonctionnement de la ligne est interrompu dans la nuit du [1], lorsque le corps d’armée du général Ludwig Yorck von Wartenburg, avant-garde des forces commandées par le maréchal Gebhard Leberecht von Blücher, atteint Bad Kreuznach et coupe les communications en direction de Mayence. Environ deux semaines plus tard, l’exploitation de la ligne cesse définitivement à la suite du Siège de Mayence de 1814.
Une partie importante des matériaux et des équipements fut ultérieurement récupérée et réemployée sur d’autres installations du réseau télégraphique[1]. Ce fut la fin de la ligne de télégraphe Chappe[2].
Après la destruction de la ligne de Metz-Mayence, il faut attendre près de dix-huit ans avant que la Prusse ne mette à son tour en œuvre un système de télégraphie optique. À partir de 1832, elle développe ainsi une ligne télégraphique optique d’État reliant Berlin à Coblence, inspirée des réalisations françaises.
Héritage
modifierSur le Hoxberg, une reconstitution du mât de signalisation du télégraphe Chappe a été érigée en 1973. Cette reproduction a notamment été représentée sur un cachet postal commémoratif.
Par ailleurs, une Tour Chappe de Napoleonsturm a été construit en 2014 sur la Napoleonshöhe[3], au nord-est de Sprendlingen. Conçu comme un monument consacré à l’histoire des techniques, il vise à rappeler les débuts de la transmission des informations sur de longues distances grâce à la télégraphie optique. L’ouvrage sert également de tour d’observation panoramique[4].

Non loin de la commune de Nalbach, sur le mont Litermont (de), se trouve actuellement une Tour Chappe de Litermont reconstruite[5] en 2003[6]. À la suite de la conquête de la région rhénane par la Prusse, le réseau cessa d’être utilisé dès 1814 et tomba progressivement en désuétude[7],[8],[9].
Liste des stations
modifierL'emplacement des stations est aujourd’hui relativement bien documenté. Les cadastres établis à l’époque en attestent l’existence et en indiquent la localisation[10]. Toutefois, la qualité variable des relevés cartographiques historiques limite parfois la précision de ces informations, d’autant que de nombreux vestiges ont depuis totalement disparu[10].
Les stations sont généralement désignées d’après le relais de poste à chevaux le plus proche. En revanche, la localisation exacte des mécanismes mobiles associés à certaines ramifications du réseau demeure parfois sujette à incertitude[10].
Liste des stations de la deuxième ligne
modifier| Lieu | Commune actuelle | Coordonnées | Altitude ü. NN | Remarques | |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Metz n°3 | 49° 07′ 03″ N, 6° 10′ 15″ E | Emplacement confirmé[11]. | ||
| 2 | Grimont, "Fort de Saint-Julien" | 49° 08′ 27″ N, 6° 12′ 47″ E | Emplacement probable. | ||
| 3 | Vigy | 49° 13′ 29″ N, 6° 19′ 41″ E | |||
| 4 | Saint Bernard | 49° 15′ 33″ N, 6° 23′ 21″ E | 351 m | ||
| 5 | Freistroff | 49° 17′ 25″ N, 6° 30′ 12″ E | |||
| 6 | Tromborn, site du « Théâtre » | 49° 15′ 45″ N, 6° 36′ 16″ E | 384 m | « Théatre » désigne vraisemblablement le mont de Tromborn. | |
| 7 | Lognon, Ihn, Gisingen, Site Scheidberg | 49° 19′ 21″ N, 6° 39′ 29″ E | 385 m | ||
| 8 | Rehlingen-Siersburg, Lognon, mont "Gauberg" | 49° 22′ 16″ N, 6° 39′ 51″ E | 308 m | localisation « Am Telegraph » | |
| 9 | Nidermonde, Nalbach, Düppenweiler, mont « Litermont » | 49° 24′ 06″ N, 6° 47′ 11″ E | 413 m | Relais restitué[12] | |
| 10 | Lebach, Eidenborn, mont « Hoxberg » | 49° 23′ 29″ N, 6° 52′ 53″ E | 411 m | ||
| 11 | Humes, mont « Wackenberg » | 49° 23′ 18″ N, 6° 59′ 14″ E | 405 m | ||
| 12 | Urexweiler, mont « Schalksberg » | 49° 25′ 20″ N, 7° 05′ 24″ E | 410 m | « Schalksberg » est aussi désigné par « Hammersberg » sur les cartes récentes. | |
| 13 | Leitersweiler | 49° 29′ 08″ N, 7° 12′ 29″ E | |||
| 14 | Reichweiler, ligne de crête des "Preußische Berge" | 49° 33′ 00″ N, 7° 17′ 24″ E | |||
| 15 | Ulmet, Orberalden, mont "Steinerner Mann" | 49° 34′ 50″ N, 7° 25′ 22″ E | 460 m | ||
| 16 | Kirrweiler, Homberg bei Lauterecken, mont « Husarenbusch » | 49° 38′ 36″ N, 7° 29′ 40″ E | 456 m | « Husarenbusch » est aussi désigné par « Husarenpötsch » sur les cartes récentes. | |
| 17 | Desloch, Lauschied, Site « Deslocher Höhe » | 49° 44′ 02″ N, 7° 36′ 50″ E | 383 m | ||
| 18 | Boos, mont « Gangelsberg » | 49° 47′ 32″ N, 7° 44′ 10″ E | 342 m | ||
| 19 | Bad Kreuznach, site « Hungriger Wolf » | 49° 51′ 51″ N, 7° 50′ 32″ E | 223 m | situation exacte : entre Hargesheim et Winzenheim pas encore connue ; coordonnées du point culminant ; "Hungriger Wolf" est un vignoble. | |
| 20 | Apisheim, Zotzenheim, site « Napoleonshöhe » | 49° 53′ 13″ N, 8° 00′ 18″ E | 270 m | Relais restitué | |
| 21 | Schwabenheim/Selz, « Windhäuserhof », « Heidenhof » | 49° 55′ 53″ N, 8° 08′ 04″ E | |||
| 22 | Drais | 49° 58′ 31″ N, 8° 11′ 29″ E | |||
| 23 | Drais, Mayence, Église Saint-Étienne de Mayence | 49° 59′ 44″ N, 8° 16′ 07″ E |
Liste des stations de la première ligne
modifierLes emplacements exacts de ces premiers postes demeurent inconnus. Cette incertitude s'explique par le caractère provisoire des installations : le télégraphe était simplement implanté au sol, sans bâtiment permanent[2]. Une toile de tente servait d'abri à la fois pour le mécanisme télégraphique et pour l'agent chargé de son exploitation[2].
Références
modifierLiens externes
modifierBibliographie
modifier- Marc Gocel, La télégraphie aérienne, t. 1 : La Télégraphie Aérienne de A à Z, Les Presses du Tilleul, Florange, 2001, (ISBN 2-9517739-0-0)
- Marc Gocel, La télégraphie aérienne, t. 2 : Atlas, Les Presses du Tilleul, Florange, 2001, (ISBN 2-9517739-1-0) édité erroné (BNF 39010662)
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Les lignes Metz-Mayence (1813)
- 1 2 3 4 5 6 Association Mont Saint-Quentin Télégraphe de Chappe, Hier et Aujourd'hui, supplément N°20.
- ↑ Napoleonsturm
- ↑ Les bras de signalisation installés au sommet de cette tour reproduisent le système imaginé par Claude Chappe. Toutefois, pour des raisons de sécurité, ils ont été réalisés sous forme d’éléments fixes et non mobiles. Sur la plateforme d’observation, des repères directionnels indiquent l’emplacement des anciennes stations voisines du réseau : Hungriger Wolf, près de Bad Kreuznach en direction de Metz, et Heidenhof, près de Schwabenheim an der Selz en direction de Mayence.
- ↑ « Weidendom & optische Telegrafenstation - Gemeinde Nalbach », sur www.nalbach.de (consulté le )
- ↑ « L'Association à l'heure européenne : Pose de la première pierre de la station de Nalbach | Litermont » (consulté le )
- ↑ Georg Colesie: Geschichte des Nalbacher Tales, Eine saarländische Heimatgeschichte. Nalbach 1990, S. 170.
- ↑ Lehnert, Aloys: Geschichte der Stadt Dillingen Saar, Druckerei Krüger, Dillingen 1968, S. 563–564.
- ↑ Artikel „Ein Piesbacher erbaute das Nalbacher Wahrzeichen“, Saarbrücker Zeitung vom 7. August 2002.
- 1 2 3 Les lignes de l'Est
- ↑ La station de télégraphe est visible su la lithographie au milieu de cette page.
- 1 2 Le relais restitué sur le mont « Litermont » (page en Allemand)
- ↑ Lignes Metz Mayence