Ligue des anti-propriétaires

ligue anarchiste fondées en 1886

La ligue des anti-propriétaires est une des ligues anarchistes fondées en 1886 et actives jusqu'à la répression de 1894. Réunissant des militants franciliens proches de ceux de la ligue des antipatriotes, elle est connue pour avoir été centrale dans l'invention et la propagation de la pratique du squat.

Ligue des anti-propriétaires
Le chant des anti-proprios, hymne de la Ligue dans Le Père Peinard du 23 Mai 1893
Histoire
Fondation
août-décembre 1886
Dissolution
1894-1895 (?)
Organisation
Fondateur
Jean Couchot
Vittorio Pini (selon la police)
Idéologie

Fondée pour répondre à un besoin de structures à échelle nationale chez les anarchistes, elle réunit plusieurs figures du mouvement, comme Joseph Tortelier, le théoricien de la grève générale, ou éventuellement l'illégaliste Vittorio Pini. Elle est soutenue par des cercles syndicalistes anarchistes et la presse anarchiste de la période, comme La Révolte et Le Père Peinard. La Ligue s'engage surtout dans des déménagements à la cloche de bois, soit le fait de déménager en secret des locataires en défaut de paiement. La plupart de ces déménagements sont pacifiques, bien qu'il puisse y avoir des conflits dans certains cas. Médiatisant ses actions, elle parvient à faire du logement un sujet politique et à faire du droit au logement un sujet de lutte collectif, ce qui pousse certains historiens à l'identifier comme l'organisation à l'origine du squat moderne.

La Ligue disparaît pendant la répression de 1894, mais ses actions sont reprises par des groupes très divers et se propagent par la suite. Plusieurs artistes anarchistes écrivent des chansons à son sujet.

Histoire

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Contexte

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Le mouvement anarchiste naît vers le congrès de Saint-Imier (1872) avant de se propager. Au départ, les anarchistes sont réunis dans l'Internationale anti-autoritaire, qui évolue en Internationale noire au début des années 1880.

Cette organisation disparaît au cours des années 1880, comme les premières fédérations anarchistes en France, gravitant autour de Lyon et du Rhône, supprimées par ceux-ci pour échapper à la répression de 1883[1]. Cela laisse les anarchistes en France sans structures pouvant les fédérer au-delà de groupes locaux[1]. Cette situation ne tient pas longtemps car, dès 1883, les autorités remarquent que les anarchistes recommencent à se coordonner entre groupes d'une manière assez uniforme, malgré la suppression des fédérations[2]. Ils lancent ainsi le compagnonnage anarchiste[2].

Ligue des anti-propriétaires

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Fondation et membres : soutiens importants dans la presse anarchiste, chez les syndicalistes anarchistes et ancrage parisien

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En 1886, les anarchistes parisiens fondent deux ligues en réponse à la Ligue des patriotes[3]. D'abord, il s'agit de la ligue des antipatriotes, fondée par le groupe de la Jeunesse anarchiste de Belleville[2],[3]. Cette ligue, destinée à mener des activités de propagande anti-militariste et anti-patriote réunit un certain nombre de groupes parisiens et peut agir en province et à l'étranger[3].

Quelques mois plus tard, en décembre, le compagnon Jean Couchot fonde la Ligue des Anti-propriétaires avec d'autres anarchistes[4],[2],[3]. Selon le responsable policier Marie-François Goron, l'anarchiste italien Vittorio Pini aurait été l'un des fondateurs de la ligue[5]. Cette ligue n'a aucun statut, aucune existence légale, aucun siège officiel, aucun règlement et ses membres recoupent souvent ceux de l'autre ligue[4],[2],[3]. Parmi ceux-ci, on compte notamment Octave Jahn ou Joseph Tortelier, un des principaux théoriciens et inventeurs de la grève générale[6]. La police remarque que les syndicalistes anarchistes de la Chambre syndicale des hommes de peine se placeraient en soutien de la ligue voire en feraient aussi partie[4].

La ligue est par ailleurs soutenue par La Révolte et Le Père Peinard, deux titres de presse anarchistes centraux de cette période, lui permettant d'avoir une résonance médiatique nationale voire même plus large[7].

Actions : le déménagement à la cloche de bois et l'invention du squat

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Rapport de police sur la Ligue et sur Eugène Renard, un indicateur qui est aussi un de ses membres (Archives de la PP de Paris - Ba 1391 - Courtoisie d'Archives anarchistes)

La ligue s'engage principalement dans des actions illégalistes de l'ordre du déménagement à la cloche de bois. C'est-à-dire de déménager discrètement des locataires en défaut de paiement, souvent la nuit, afin d'empêcher les propriétaires de leur faire payer le terme[7]. À ce titre, à l'approche du terme, les membres de la Ligue proposeraient leurs services aux personnes intéressées pour faire appel à eux, selon la police[4].

Dans la grande majorité des cas, ces déménagements s'effectuent en silence et pacifiquement dans la nuit, mais il peut arriver que des conflits émergent pendant l'action entre les concierges ou policiers et les anarchistes en train de s'extraire du logement[8]. Par exemple, en 1887, Paolo Chiericotti et deux autres anarchistes italiens tentant de le faire se battent avec leur propriétaire[9]. À la suite de sa plainte et de la condamnation d'un des trois, son commerce est visé par un attentat dans la nuit[10]. Pini est ensuite l'un des suspects principaux pour l'attentat, sans que la police ne puisse prouver son implication outre mesure[11].

Le fait que presque toutes les actions soient peu conflictuelles sur le terrain s'explique par le fait que le droit français de la période n'empêche un locataire de fuir qu'à condition qu'un huissier soit présent, ce qui rend impossible ou complique l'action des concierges ou des autorités dans la plupart des situations[7]. Il ne s'agit donc pas de coups de force violents la plupart du temps[7].

En tous cas, la ligue s'engage dans de très nombreux déménagements à la cloche de bois[7]. Ce faisant, ils font du logement un sujet politique et, aidés par La Révolte et surtout Le Père Peinard, médiatisent leurs actions[7]. Pour l'historienne du squat, Cécile Péchu, il s'agit là véritablement de la naissance du squat, car la ligue parvient à transformer un mode d'action individuel en mode d'action collectif, médiatisé, célébré dans la presse anarchiste, et en fait une action politique[7]. Elle écrit à ce sujet que :

« Les modes d’action trouvent toujours leur origine dans l’expérience quotidienne. L’occupation de logements provient des « déménagements à la cloche de bois » opérés par les anarchistes à la fin du XIXe siècle, une pratique qui consiste à partir sans payer son loyer. Au départ forme clandestine et individuelle de résistance, le squat devient progressivement un mode collectif de contestation.[7] »

Répression et déclin

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La ligue disparaît pendant les répressions de 1894 mais quelques groupes continuent d'effectuer des déménagements à la cloche de bois jusqu'en 1897 au moins[7].

Postérité

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Squat et chansons

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Outre l'influence de la ligue sur la naissance et la trajectoire du squat, qui est considérable, la pratique des déménagements à la cloche de bois étant reprise plus tard par les Pieds Plats, la Confédération générale du travail (CGT) ou encore l'Union syndicale des locataires ouvriers et employés de la Seine, elle est aussi célébrée dans l'art[7].

Ainsi, plusieurs chansons anarchistes rendent hommage à ses activités, dont une écrite par Jules Jouy et publiée en 1897[7].

Rôle de coordination et d'unification du mouvement anarchiste

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La Ligue apparaît à un moment où les anarchistes français cherchent à établir des structures sur des espaces plus importants que des groupes locaux[12]. Elle répond à ce besoin et participe, selon l'historien Vivien Bouhey, à coordonner et à unifier l'action et la pensée des militants pendant cette période[12].

Références

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  1. 1 2 Bouhey 2008, p. 43.
  2. 1 2 3 4 5 Bouhey 2008, p. 48.
  3. 1 2 3 4 5 Maitron 1955, p. 124-128.
  4. 1 2 3 4 Autorités françaises, « La Ligue des Anti-propriétaires. Paris 1887 », sur Archives anarchistes, (consulté le )
  5. Marie-François Goron, « La police et les anarchistes », dans Les Mémoires de M. Goron, Paris, , 156–209 p. (lire en ligne), p. 167
  6. Notice DIMA, « TORTELIER, Joseph, Jean-Marie », sur Dictionnaire international des militant.e.s anarchistes, (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Péchu 2010, p. 23-25.
  8. Autorités françaises, « La Ligue des Anti-propriétaires. Paris 1887 », sur Archives anarchistes, (consulté le )
  9. « L'explosion de la rue Berthe », sur Gallica, Le Figaro, (consulté le )
  10. « Dynamite et pétards », La Lanterne, , p. 1
  11. « PINI, Vittorio, Achillo », sur Dictionnaire international des militants anarchistes (consulté le ).
  12. 1 2 Bouhey 2008, p. 442-444.

Bibliographie

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