Limousins de Paris
Les Limousins de Paris sont une communauté d'immigrés de nationalité française, originaires de la région culturelle ou administrative du Limousin et installés à Paris, principalement depuis le XVIIIe siècle.

Bien que numériquement moins significative que celle des Auvergnats, la communauté des Limousins de Paris constitue un groupe démographique notable, dont les sociabilités et l'identité économique marquent le fonctionnement de la capitale, et de façon encore plus durable les traditions et les représentations collectives des habitants du Limousin.
Les maçons de la Creuse en constituent la manifestation la plus emblématique.
Histoire
modifierDébuts et essor de la migration
modifierL'émigration des maçons de la Marche à Paris est déjà attestée au XVIIe siècle. Plusieurs d'entre eux se démarquent par leur implication dans d'éminents travaux, comme Michel Villedo, co-auteur du château de Vaux-le-Vicomte[1].
Elle est jugée encore plus importante dans la seconde moitié du XVIIIe siècle[2]. À cette époque, on évalue à 3 000 le nombre d'habitants de la Marche ou des Combrailles à avoir migré à Paris[1].
Elle s'amplifie dans la seconde moitié du XIXe siècle, à la faveur des grands travaux de modernisation de Paris menés par le préfet Haussmann[3]. Certains s'illustrent à nouveau dans certains chantiers, comme Léon Chagnaud, qui permet le percement de la ligne 4 du métro sous la Seine[4]. Jusqu'à la fin du siècle, les maçons demeurent migrants saisonniers, avant de se sédentariser, au moins partiellement, notamment autour de la Sorbonne ou dans le quartier Saint-Gervais[5].
Les Limousins s'impliquent dans la vie politique de Paris ; Martin Nadaud, célèbre « maçon de la Creuse », en devient conseiller municipal mais échoue à s'y faire élire député. Ils sont nombreux à prendre part à la Commune de Paris[6].
Tant que les migrations demeurent provisoires, il apparaît que les Limousins ne recherchent pas une insertion autre que professionnelle dans le tissu parisien[7].
L'époque des sociétés d'originaires
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La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle sont marqués par l'essor des « sociétés d'originaires » à Paris[8].
L'un des objectifs de ces regroupements est notamment d'améliorer l'image des provinces au cœur de la capitale, notamment en y valorisant l'image des figures républicaines nées dans les régions, comme Jean-Baptiste Jourdan ou Louis Joseph Gay-Lussac pour le Limousin[9]. À la même époque, l'écrivain et académicien d'origine limougeaude Jules Claretie s'implique dans l'animation de la communauté limousine de Paris. Il défend notamment l'entrée du clafoutis, gâteau typique de la région, dans le dictionnaire, et siège au banquet du même nom, qui fédère ses semblables dans la capitale[10]. L'époque est marquée par l'essor des « petites revues de patrimoine », publications périodiques à visée historique et régionaliste, qui font office de trait d'union entre la région d'origine où elles sont éditées, et les expatriés à Paris, parfois en se jumelant à une publication rédigée dans la capitale (c'est le cas de Lemouzi, associée à L'Écho de la Corrèze du collectif de la Ruche corrézienne de Paris, sous l'impulsion de Johannès Plantadis)[11].
La valorisation du folklore musical limousin, puis des danses régionales, s'accomplit largement dans la constitution de groupes à Paris, comme L'Orphéon limousin ou les Chanteurs limousins de Paris. Le répertoire, collecté en province, notamment en Charente limousine, et réinterprété voire réécrit à Paris, s'appuie en partie sur des emprunts aux Auvergnats[12].
La Chiraquie
modifierLa communauté limousine de Paris est à nouveau mise en évidence à partir des années 1970, en lien avec l'implication politique de Jacques Chirac, à la fois élu de Corrèze et maire de la capitale. Les amicales de Corréziens d'origine sont nombreuses et fournies à cette époque encore, tandis que le cabinet du maire comprend une « cellule Corrèze » chargée de veiller sur l'actualité du département et de répondre aux sollicitations des Corréziens, notamment sur le plan professionnel[13],[14]. L'entretien de ces liens privilégiés a des implications judiciaires, l'existence de cette « cellule », supposée favoriser les recrutements préférentiels, attirant l'attention de la justice dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris dont la procédure s'achève en 2011 par la condamnation de Jacques Chirac[15].
Aujourd'hui
modifierAu début du XXIe siècle, plusieurs collectifs d'expatriés perpétuent l'entretien des liens affectifs et économiques entre Paris et le Limousin[16],[17],[18]. L'Amicale19Ussel, héritière de l'Amicale des originaires de l'arrondissement d'Ussel fondée à la fin du XIXe siècle, en est la plus ancienne[19].
Métiers
modifierJusqu'au milieu du XXe siècle, les Limousins ayant émigré à Paris se démarquent par leur implication dans certains corps de métiers en particulier, comme la maçonnerie (Creusois), ou les services de taxi (Haute Corrèze)[20]. Cafetiers et commerçants de fruits et légumes sont également répertoriés, sans qu'aucune statistique ne puisse attester et préciser la tendance[13].
Références
modifier- 1 2 Association Les Maçons de la Creuse, « « Les maçons de la Creuse ». Des origines à la fin du XVIIIe siècle », sur lesmaconsdelacreuse.fr (consulté le ).
- ↑ Annie Moulin, « Les maçons creusois de Paris. Ou comment l’on devient parisien dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », Siècles, , p. 9-17 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Archives départementales de la Creuse, « Les Maçons de la Creuse au XIXème siècle, un exode vers Paris », sur archives.creuse.fr (consulté le ).
- ↑ Arnaud Berthonnet, Léon Chagnaud et le Métro de Paris, Rueil-Malmaison, InSiglo, , 96 p. (ISBN 979-10-92796-27-8).
- ↑ Alain Faure, « Comment devenait-on Parisien ? La question de l’intégration dans le Paris de la fin du XIXe siècle », dans Jean-Louis Robert et Danielle Tartakowsky, Paris le peuple, Paris, Éditions de la Sorbonne, (lire en ligne).
- ↑ Michel Patinaud, « Les « Communeux » de la Montagne limousine dans la Commune de Paris (1871) », sur journal-ipns.org, (consulté le ).
- ↑ Christine Piette et Barrie M. Ratcliffe, « Les migrants et la ville : un nouveau regard sur le Paris de la première moitié du XIXe siècle », Annales de Démographie Historique, , p. 263–302 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Michel Winock, « Paris, Ville lumière », dans M. Winock, La Belle Époque, Perrin, (ISBN 9782262101282, lire en ligne), p. 435-449.
- ↑ Madeleine Rebérioux, « La capitale et le "Réveil des provinces": Paris-Province en 1900 », Le Mouvement social, no 160, , p. 3-10 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-François Julien, « L'académicien limougeaud Jules Clarétie a fait entrer le clafoutis limousin dans le dictionnaire », Le Populaire du Centre, (consulté le ).
- ↑ Arnaud Dhermy, « Les auteurs des petites revues de patrimoine, réseau pionnier ou circonstanciel ? 1880-1930 », dans Arnaud Hurel, La France savante, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, (ISBN 978-2-7355-0875-4, lire en ligne).
- ↑ Françoise Étay, « Le folklore limousin : genèse d'un répertoire de danses », dans Imaginaires Auvergnats : cent ans d’intérêt pour les musiques traditionnelles populaires (l’exemple du Centre France), Saint-Jouin-de-Milly, FAMDT éditions, (lire en ligne), p. 32-41.
- 1 2 Florence Haegel, « Le maire de Paris en représentation(s) », Politix, vol. 6, no 21, , p. 65-87 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Émilie Auffret, « Mais pourquoi la Corrèze fait-elle pousser les présidents de la République ? », sur La Montagne, (consulté le ).
- ↑ « La "cellule corrézienne" au cœur du procès Chirac », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Nicolas Blanzat, « "Les Corrézians" : à Paris, l'association des expatriés de Corrèze prend son envol », sur France Bleu, (consulté le ).
- ↑ Aline Combrouze, « Entretien avec Pierre Dumazeau, président de la nouvelle association des Limougeauds de Paris »
, Le Populaire du Centre, (consulté le ). - ↑ « association. Ces ambassadeurs creusois à Paris », La Montagne, (consulté le ).
- ↑ Estelle Bardelot, « Comment l'Amicale19Ussel créée voilà 135 ans peut aider l'implantation des haut Corréziens à Paris ? »
, La Montagne, (consulté le ). - ↑ Gwenola Beriou, « Dossier histoire : quand les chauffeurs de taxi parisiens venaient de Corrèze », sur france3-regions.franceinfo.fr, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Alain Corbin, « Les paysans de Paris. Histoire des Limousins du bâtiment au XIXe siècle », Ethnologie française, vol. 10, no 2, , p. 169-176 (lire en ligne, consulté le ).
- (en) Kiva Silver, « Building Communities: Immigration, Occupation, and the Boundaries of Limousin Solidarity in Nineteenth-Century Paris », French Historical Studies, vol. 35, no 1, , p. 61-92 (hhttps://doi.org/10.1215/00161071-1424929, consulté le ).
- Stéphane Trayaud, Oubliés de l'histoire : Les limousins de la Commune de Paris (1871), Mon Petit Éditeur, , 432 p. (ISBN 9782748379310).
- Pierre Vayre, De l'art à la science en chirurgie - trois Limousins à Paris au XIXe siècle, Glyphe, , 201 p. (ISBN 9782911119538).