Lisbeth Birman-Oestreicher

artiste textile autrichienne

Lisbeth Birman-Oestreicher, née le à Karlovy Vary (anciennement Carlsbad) et morte le à Amersfoort, est une artiste textile autrichienne établie en Allemagne puis aux Pays-Bas et formée au Bauhaus. Internée dans le camp de Westerbork pendant la Seconde Guerre mondiale, elle échappe à la déportation grâce à ses tricots. En plus de ses créations en tricot, elle crée des pièces uniques : nappes, couvre-lits, tentures murales et tissus d'ameublement.

Lisbeth Birman-Oestreicher
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 87 ans)
Amersfoort (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Bauhaus (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Période d'activité
Fratrie
Felix Hermann Oestreicher (d)
Maria AustriaVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Otto Birman (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Conflit
Maîtres
Lieu de détention

Biographie

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Enfance et famille

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Alzbeta Oestreicher, dite Lisbeth, est née à Carlsbad (maintenant Karlovy Vary en République Tchèque) le . Elle est la troisième enfant d'une famille juive. Son père, Karl Oestreicher, est médecin. La famille parle allemand et passe souvent l'hiver à Vienne. En 1911, son plus jeune frère meurt lors d'une baignade dans la mer Baltique à l'âge de treize ans. Son père décède en 1915 durant la Première Guerre mondiale, peu avant la naissance de sa sœur Maria, la quatrième enfant de la famille[1].

Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires en 1918 à Carlsbad , elle fréquente des écoles d'art à Munich et à Vienne. A Berlin, elle suit les cours de la peintre Maria May qui est responsable de l'atelier textile de l'école privée Reiman[2] Pendant les vacances, elle travaille à la maison, dessinant et confectionnant des ouvrages en tricot[1],[3].

Le Bauhaus

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Au cours d'une visite de famille à Berlin en 1925, elle assiste à une conférence de Walter Gropius où elle découvre les idées du Bauhaus. L'année suivante, elle entre à l'école du Bauhaus récemment ouverte à Dessau. Après avoir suivi les cours préliminaires avec Josef Albers, elle étudie notamment auprès de Vassily Kandinsky (éducation artistique), Paul Klee (dessin de nu), Marcel Breuer (design). Comme la plupart des étudiantes, elle intègre la classe de tissage dirigée alors par Gunta Stölzl,avec laquelle elle se spécialise dans les techniques de tissage industriel et de teinture[1].

A Dessau, elle expérimente les assemblages de couleurs, les matériaux et les structures. En plus du matériel et de la couleur, la structure du tissu est très importante pour Lisbeth Oestreicher. Elle étudie de nouveaux matériaux comme les fibres synthétiques, les mélanges de cellophane ou le crin de cheval et teste leurs fonctionnalités : qualité acoustique, réflexion de la lumière ou résistance au lavage. Elle combine les techniques : tissage, tricot, crochet, broderie [1],[2]...

Lors de sa dernière année au Bauhaus, elle devient l'assistante de Gunta Stölzl, plus spécialement chargée de la teinturerie[4]. Pour parfaire sa connaissance de la teinture des textiles, elle suit une formation au département de teinture de la société chimique Hoechst à Francfort pendant plusieurs mois. Elle fait également un stage dans une usine de coton et expérimente également l'impression sur tissu dans l'atelier d'imprimerie du Bauhaus[3].

Dès 1928, elle réalise des commandes pour la firme Polytex à Berlin, notamment des tissus d'ameublements, et effectue un stage chez « Mecanische Weberei Pausa » à Mössingen où, entre autres, elle conçoit des échantillons de fine soie artificielle basés sur des bandes de couleurs vives et plusieurs tissus imprimés[3].

Après l'obtention du diplôme du Bauhaus en 1930, elle réussit l'examen de compagnon de la Chambre des métiers le , puis elle dirige la teinturerie du Bauhaus pendant deux ans[4],[3].

Les débuts professionnels

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Après des séjours à Vienne et au Karlsblad, Lisbeth Oestreicher travaille comme créatrice de motifs indépendante jusqu'à son installation à Hengelo (Twente). en 1932.

Là, en réaction à la menace que les nazis font peser sur le Bauhaus, elle fait publier une lettre de soutien dans un quotidien berlinois le . Sous le titre « Pour le Bauhaus – contre la réaction culturelle », elle raconte comment le Bauhaus lui a appris à penser par elle-même, à toujours défendre ses convictions, à aborder les nouvelles missions avec ouverture d'esprit et à assumer ses responsabilités[1]. L'école est fermée en 1933.

A Hengelo, elle travaille d'abord comme dessinatrice dans un atelier de tissage de laine mais perd cet emploi en raison de la crise économique[1]. Elle s'installe alors à Amsterdam en 1935, où elle ouvre un atelier sur la Merwedeplein. Sous le nom de « Model Austria », elle crée des modèles de tricot pour des particuliers, des fabriques de laine et pour des magazines féminins comme Libelle (nl) [3],[2],[1].

Au départ, Eva Besnyö photographie les modèles, mais lorsque la sœur de Lisbeth, Marie Austria, la rejoint en 1937 après une formation de photographe à Vienne, elles travaillent ensemble avec succès sous le nom « Model en Foto Austria »[1],[2],[5].

Le camp de Westerbork

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En , les Pays-Bas sont occupés par l'Allemagne et, en 1942, les nazis demandent aux Juifs de se regrouper dans le camp de transit de Westerbork. Lisbeth Birman-Oestreicher obéit à l'injonction et de présente au camp le . Sa sœur Maria rejoint la résistance[1].

Dans ce camp, la plupart des personnes sont rapidement acheminées vers des camps de concentration, mais d'autres constituent une sorte de population «permanente» qui n'est pas déportées pour des raisons variées. Les Allemands encouragent pour eux des activités «normales» comme le travail du métal, les services de santé, et des activités culturelles. Cependant, vers la fin de la guerre, tous ont été finalement déportés[6].

La maîtresse du commandant du camp Albert Konrad Gemmeker apprécie beaucoup les modèles de Lisbeth et lui demande de lui en confectionner. Lisbeth Oetreicher s'arrange pour qu'aucun de ces tricots de soit terminé au moment des transports vers l'Allemagne. De ce fait, elle et son futur mari Otto Birman, un ingénieur chimiste viennois, échappent ç la déportation vers l'est et aux chambres à gaz[5],[7].

À partir de , sa mère et son frère, ainsi que sa femme et leurs deux filles, sont également internés à Westerbork (une autre enfant, malade, est restée à Amsterdam et a pu se cacher par la suite). Ils sont transférés au camp de concentration allemand de Bergen-Belsen le [1].

Après la guerre

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Lisbeth Oestreicher épouse Otto Birman (1899-) à Westerbork le , peu après la libération du camp[5]. En 1947, Otto et Lisbeth recueillent les trois filles de son frère Felix, décédé avec son épouse de la fièvre typhoïde peu après la libération du camp de Bergen Belsen. Ils s'installent à Amersfoort. Lisbeth continue à créer des tricots qui seront vendus à Amsterdam par Metz & Co qui vend des meubles futuristes, des tissus, des vêtements et autres objets ménagers depuis les années 1920[2],[3],[8].

Accaparée par l'éducation des enfants, Lisbeth Birman-Oestreicher abandonne progressivement son activité commerciale autour du textile mais continue à créer pour sa famille et ses amis et se consacre à l'action sociale[1],[3].

Elle devient active à l'UNICEF puis Amnesty International, espérant contribuer à un «monde meilleur»[9],[1].

Lisbeth Birman-Oestreicher garde son intérêt pour les arts et la littérature toute sa vie et conserve son amitié avec Gunta Stölzl, sa professeure de tissage et avec ses camarades du Bauhaus Andor et Eva Weininger. Elle reste aussi en contact avec les designers néerlandais Andries Copier et Kitty van der Mijll Dekker. Tut Schlemmer, l'épouse de Oscar Schlemmer, Gertrud Arndt, Gunta Stölzl et les Weininger lui rendent souvent rendu visite à Amersfoort.

Lisbeth Birman-Oestreicher décède chez elle à Amersfoort en 1989, âgée de 87 ans. Elle est incinérée à Utrecht[1].

Après son décès, Beate, Helly et Maria Oestreicher trouvent une boîte contenant des copies carbone du journal de guerre et de lettres de leur père, Felix Oestreicher mort à Bergen Belsen. Elles publient une sélection de ces documents dans un livre, (de) Felix Oestreicher, 3lingnieuws Brieven 1937-1943, (ISBN 9789493332010) [10].

Postérité

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Lisbeth Birman-Oestreicher est considérée comme l'une des figures emblématiques de l'art textile néerlandais. Son travail est considéré comme une illustration de la théorie enseignée au Bauhaus et des expérimentations qui y furent menées. Selon l'historienne de l'art Marjan Unger (nl), sa plus grande force réside « dans ses créations les plus simples, dans ses tricots domestiques et surtout dans les tissus “ordinaires” qu'elle a développés pour l'industrie textile à la fin des années 1920. »[11]

Les œuvres de Lisbeth Oestreicher ont en grande partie disparues pendant la guerre mais certaines sont conservées au Stedelijk Museum à Amsterdam, au musée du textile à Tilbourg et au Bauhaus-Archiv à Berlin.

Expositions

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  • 1991 : Model en Foto Austria musée du textile, Tilbourg
  • 2020 : Die ganze Welt ein Bauhaus, Zentrum für Kunst und Medien, Karlsruhe
  • 2019 : Bauhaus & Modern textiles in the Netherlands, musée du textile, Tilbourg[12]

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (nl) Pauline Micheels, « Oestreicher, Alzbeta (1902-1989) » [archive du ], sur Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 (nl) Marjan Groot, Vrouwen in de vormgeving in Nederland, 1880-1940, 010 Publishers, (ISBN 978-90-6450-521-8, lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (nl) Caroline Boot, Lisbeth Oestreicher. De invloed van de Bauhaus op haar leven en werk, Textielhistorische Bijdragen, (lire en ligne), p. 94-108
  4. 1 2 (de) « Oestreicher, Lisbeth - Grunddaten », sur bauhaus.community (consulté le )
  5. 1 2 3 (nl) « Otto Birman & Lisbeth Oestreicher - Westerbork Portretten », sur westerborkportretten.nl (consulté le )
  6. (en) « Westerbork », sur encyclopedia.ushmm.org (consulté le )
  7. (nl) « Familie Oestreicher », sur ‘Drillingsberichte’ 1937-1943 (NL) (consulté le )
  8. « Lisbeth Birman-Oestreicher », sur lisbeth.oestreicher.nl (consulté le )
  9. (nl) « Otto Birman & Lisbeth Oestreicher – Bevrijdingsportretten » (consulté le )
  10. (nl) « Nu ook in de boekhandel », Het Parool, (lire en ligne)
  11. (nl) Marjan Unger, « Lisbeth Oestreicher », Vormgeving en Kunst, vol. 18, no 2, , p. 8-11
  12. (en-US) Stef, « Bauhaus& | Modern textiles in the Netherlands », sur TextielMuseum | TextielLab (consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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  • (nl) Caroline Boot, Modern textiel in Nederland, Tilbourg, Musée du textile, (ISBN 978-90-70962-65-4)
  • (nl) Marjan Groot, Vrouwen in de vormgeving in Nederland 1880-1940, Publishers, (ISBN 978-90-6450-521-8), p. 516-517
  • (de) Wolfgang Wangler, Bauhaus-Weberei am Beispiel der Lisbeth Oestreicher, Cologne, Symbol, (ISBN 978-3980035064)

Liens externes

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