Lois Defferre
Les lois Defferre sont un ensemble de trois lois votées entre 1982 et 1983 en France, durant la première présidence de François Mitterrand. De première importance dans l'histoire des institutions françaises, elles confèrent aux communes, aux départements et aux régions une autonomie jamais atteinte jusque-là.

Constituant un jalon initial majeur dans l'histoire récente de la décentralisation en France, elles sont rétrospectivement mentionnées comme en formant « l'acte I », suivi de plusieurs autres à partir des années 2000.
Elles doivent leur nom à Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation de 1981 à 1984.
Histoire
modifierContexte
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La présidence de Valéry Giscard d'Estaing est marquée par le renforcement de débats concernant une nécessaire décentralisation de la France, jusqu'alors restée très centralisée.
En 1975, Olivier Guichard se voit confier l'animation d'une mission visant à préparer une réforme des institutions. L'année suivante, cette mission aboutit à la publication du rapport Vivre ensemble, qui préconise de repenser le rôle de l'État « englué dans le quotidien » et n'ayant plus « ni le temps ni le recul suffisant pour jouer le jeu que la collectivité attend de lui »[1].
En 1979, le principe de la dotation globale de fonctionnement entre en vigueur.
Un projet de loi s'appuyant sur les conclusions du rapport Guichard et les remontées d'un questionnaire complété par les maires en 1977, préparé par le ministre de l'Intérieur Christian Bonnet passe l'étape du Sénat mais ne parvient pas à l'Assemblée nationale[2].
Élaboration
modifierDès l'arrivée de Gaston Defferre au ministère de l'Intérieur, une équipe chargée de préparer une première loi est constituée, autour de plusieurs techniciens fonctionnaires (Éric Giuily, François Roussely, Pierre Richard, lequel était directeur général des collectivités au ministère sous Giscard et a été conservé à ce poste). L'objectif affirmé est de faire aboutir au plus vite ce texte, en bénéficiant de « l'état de grâce » consécutif à la victoire de la gauche en [3],[4]. Gaston Espinasse, impliqué dans la rédaction de la loi-cadre de 1956 sur l'outre-mer, participe aussi aux travaux.
Pour des raisons politiques, le socle que constitue le projet de loi de Christian Bonnet n'est pas réutilisé. Le recours au décret-loi est envisagé dans un premier temps, avant que la voie parlementaire ne soit préférée[4]. Le débat, y compris entre les députés socialistes et le gouvernement, est parfois âpre ; plusieurs propositions venant des parlementaires sont refusées, comme le transfert des sous-préfectures aux conseils généraux. Les échanges à l'Assemblée sont encore plus vigoureux avec l'opposition. Le texte est finalement adopté par les députés dans la nuit du [4].
Détail législatif
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Les trois lois réunies sous l'appellation de « lois Defferre » sont les suivantes :
- loi du relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions (loi n°82-213) ;
- loi du relative à la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l'État (loi n°83-8) ;
- loi du complétant la loi n° 83-8 du (loi n° 83-663).
Les changements qu'elles introduisent relèvent pour certains de véritables bouleversements. Les principaux sont les suivants[6] :
- la suppression de la tutelle exercée par le préfet. Le contrôle de l'État sur les décisions locales se fait désormais a posteriori, avec l'appui du tribunal administratif (contrôle de légalité) et de la chambre régionale des comptes (contrôle budgétaire). L'exécutif départemental est transmis du préfet de département au président du conseil général ;
- la région (dont la carte reprend celle des circonscriptions d'action régionales) devient une collectivité territoriale de plein exercice. Le conseil régional est élu au suffrage universel (le premier scrutin de ce type est organisé en 1986) ;
- l'État transfère un ensemble de compétences aux trois niveaux de collectivités, moyennant en parallèle un ensemble de dotations financières.
Parmi les compétences transférées, sur trois années, figurent notamment :
- aux communes, la planification en matière d'urbanisme, notamment la délivrance des autorisations d'utilisation du sol sur la base des plans d'occupation des sols, la gestion des ports de plaisance et des locaux de l'enseignement primaire ;
- aux départements, les opérations de remembrement, la gestion des prestations sociales et de l'aide sociale à l'enfance, la prévention sanitaire, la gestion des ports maritimes de commerce et de pêche et des transports scolaires, la gestion des collèges, des chemins de randonnée ;
- aux régions, la formation professionnelle et l'apprentissage, les lycées.
Les collectivités se voient également attribuer un certain nombre de compétences en matière d'équipements culturels (bibliothèques, musées, services d’archives).
Suites
modifierLe chambardement administratif que constituent les lois Defferre est relayé en 1984 par la création de la fonction publique territoriale (loi n° 84-53 du ), qui unifie les différents statuts et modalités de gestion en vigueur jusqu'alors[7].
La décentralisation se traduit ensuite dans d'autres temps forts législatifs :
- la loi relative à l'administration territoriale de la République (1992), qui crée notamment les communautés de communes, puis la loi relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale (1999), qui rationalise et définit les structures intercommunales ;
- l'acte II de la décentralisation (2003-2004), qui renforce l'autonomie financière des collectivités et leur octroie de nouvelles compétences ;
- l'acte III de la décentralisation (2013-2015), qui redécoupe les régions et les cantons, clarifie le partage des compétences et réforme le processus de création des métropoles.
- l'acte IV de la décentralisation, entamé par la loi 3DS en 2022.
Analyse
modifierLes lois Defferre ouvrent un grand mouvement de décentralisation qui se poursuit encore plus de quarante ans plus tard. Néanmoins, certains observateurs estiment qu'elles ne sont pas parvenues à créer la confiance nécessaire entre l'État et les collectivités, l'un considérant souvent les autres comme des exécutantes, et les élus locaux peinant à ne pas imputer au premier l'ensemble de leurs maux[8].
Les lois Defferre n'investissent que peu le sujet des finances locales, ne touchent pas au mode de scrutin ni ne rationalisent la carte des communes, et peinent à préparer l'articulation entre les départements et les régions[3].
Références
modifier- ↑ Direction Générale des Finances Publiques et Direction Générale des Collectivités locales, « Historique de la décentralisation », sur collectivites-locales.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Thomas Beurey, « "Grande loi" de décentralisation : 40 ans après, le rapporteur Alain Richard se souvient », sur banquedesterritoires.fr, (consulté le ).
- 1 2 Michel Cotten, « Décentralisation: les lois Defferre, 30 ans après », sur slate.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 Éric Giuily, « Dans les coulisses de l’élaboration de la loi du 2 mars 1982 », sur conseil-constitutionnel.fr, (consulté le ).
- ↑ Dominique Ganibenc, « L’Hôtel de Région en Languedoc-Roussillon (1986-1989) un chantier de recherche », Patrimoines du Sud, no 3, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Les lois Defferre, premières lois de décentralisation », sur vie-publique.fr, (consulté le )
- ↑ Christelle de Gaudemont, « Les grandes lois de décentralisation », sur actu.dalloz-etudiant.fr, (consulté le ).
- ↑ Patrick Roger, « Vincent Aubelle : « Il ne peut y avoir de décentralisation sans qu’une réflexion approfondie sur l’Etat soit conduite » »
, Le Monde, (consulté le ).