Lois palatines
Les Lois Palatines ou Leges Palatinae sont un texte daté de 1337 et rédigé à l'initiative de Jacques III de Majorque.
Description
modifierCe texte, rédigé en latin, décrit minutieusement l'organisation des services de la cour et la vie au palais des rois de Majorque. Il est conservé sous la forme d'un manuscrit enluminé conservé à la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles, Ms.9169.
Le manuscrit compte 74 feuillets, formant un total de 148 pages écrites, en plusieurs couleurs, avec huit grandes représentations de scènes de la Cour.
Contexte de production
modifierLe livre des Lois palatines a longtemps été considéré comme élaboré sous l’influence du régent Felip (Philippe), voire rédigé par lui[réf. souhaitée]. Aujourd’hui, le véritable auteur semble bien avoir été le roi Jaume III (Jacques III). Écrit en latin, le livre a été réalisé à Palma de Majorque, probablement par la même équipe de copistes et d’enlumineurs qui ont déjà produit deux autres manuscrits : le Llibre de franqueses i privilegis del regne de Mallorca (daté de 1334 et conservé aux Archives del Reialme de Mallorca à Palma) et le Còdex de les Franquícies de Mallorca (Codex des Franchises, conservé aux archives de la Couronne d’Aragon à Barcelone). Des règlements concernant la Cour royale existent ailleurs, mais les Lois palatines de Jacques III sont marquantes, par la description minutieuse de chaque fonction, aussi modeste soit-elle.
L’objectif est de défendre et de conserver le royaume de Majorque en le mettant à l’abri des divisions internes et des périls externes. Du point de vue interne, Jacques a mal vécu pendant son enfance à Perpignan la rébellion contre le régent Philippe. Du point de vue externe, les appétits de conquête du roi de France sur Montpellier et ceux du souverain de Catalogne-Aragon sur tout le royaume de Majorque sont des menaces. Les Lleis Palatines de Jacques III représentent un acte politique, pour affirmer son autorité et son prestige.
Les Lois palatines sont promulguées dans la ville de Palma le . Dans l’introduction, Jacques III déclare que les Lois palatines ont été lues intégralement devant son Conseil royal, composé de nobles et de clercs, comptant quatorze membres ; il ordonne qu’elles soient observées strictement par chacun.
Le roi annonce qu’il a repris un grand nombre de règles déjà appliquées : il les confirme et il en ajoute d’autres. Puis, Jacques III fait une comparaison : selon lui, les fonctions et les métiers de la Maison royale peuvent être comparés au corps humain : tous les membres ont une fonction propre et doivent l’accomplir suivant un plan établi par le créateur. Le roi décrit les quatre services principaux : majordom, camarlenc, canceller, mestre racional. Le majordom et le camarlenc sont des nobles, ils exercent leur fonction uniquement lors des principales fêtes de l’année.
Contenu
modifierParmi toute la fourmilière qui s’active dans le Palau Reial (château royal), il faut distinguer deux groupes, d’abord le personnel qui habite sur place, puis les officiers de haut rang, chargés de missions honorifiques, et qui n’y résident pas en permanence.
Les quatre services de la cour du roi sont donc le service du Palau Reial sous les ordres du majordom (63 personnes à son service), celui du camarlenc (54 personnes), celui du canceller (30 personnes) et celui du mestre racional (6 personnes). La cour du roi se compose donc d’environ 150 personnes. En y ajoutant les familiers et les invités, ainsi que le personnel de la reine, on peut estimer que, lorsque le roi séjourne à Perpinyà ou à Palma, il est entouré d'environ 300 personnes.
Huit personnes sont affectées au transport du courrier à cheval et en bateau. Signe de méfiance, les serviteurs doivent goûter les aliments qui vont être présentés au roi, même l’hostie doit être partagée avec le prêtre lors de la communion à la chapelle du château. Jacques III, en plus de l’hommage traditionnel, exige de chacun de ses conseillers, un hommage particulier et personnel. Pour les fêtes de Noël, d’Épiphanie, de Pâques et de Pentecôte, sont organisés de grands festins où il apparaît serein et souriant au milieu de ses sujets.
Le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, en Belgique. On y voit les quatre grands officiers et quelques-uns de leurs subordonnés dans l’exercice de leurs fonctions. Le majordom (maître d’hôtel), avec sa baguette, demande aux domestiques de disposer le couvert. Le camarlenc (grand chambellan), l’épée à la main, donne ses ordres, tandis que deux camerers apprêtent les habits du roi. La fonction de canceller (chancelier) est remplacée par le conseil royal que le souverain préside assis sur le trône. Le mestre racional (maître des comptes financiers) et ses secrétaires reçoivent des paiements et des sommes d’argent.
Extrait du texte (traduction en Français)[réf. souhaitée]
modifier« Le majordom, pris dans la noblesse, est chargé du service de la table : il porte une baguette en signe de commandement. Il s’occupe d’inviter et de placer les convives, précède le roi lorsqu’il se rend à table et lorsqu’il en sort, va chercher les plats à la cuisine avec un sergent d’armes et des écuyers, goûte chaque plat et le fait goûter par le camarlenc, fait goûter également le pain et le vin par le bouteiller, surveille les serviteurs, etc. Il exerce une juridiction et juge certaines causes. Il a sous ses ordres le personnel suivant (dont le rang est soigneusement fixé) : deux majordoms suppléants, nobles comme lui ; quatre écuyers pour servir à boire, dont l’un, noble, doit goûter les boissons et veiller à la propreté des coupes à boire ; un bouteiller et un sous-bouteiller, chargés notamment de distribuer aux pauvres le vin et le pain détériorés et de précéder le roi en voyage; un panetier ou boulanger, pour faire le pain et les pâtés ; plusieurs écuyers chargés de découper les aliments, dont un noble, pour trancher les viandes avec art, offrir le sel, le pain, l’eau, etc. ; quatre écuyers porte-assiettes, dont un noble, ayant mission de porter les assiettes dans un ordre déterminé et d’une certaine façon, recouvertes par une serviette blanche pendue à leur cou ; puis, plusieurs écuyers pour porter les plats, mais n’ayant pas le droit de les poser sur la table, soin réservé à d’autres ; un dépensier et un sous-dépensier, faisant les provisions; un certain nombre d’officiers de la cuisine de la bouche avec leurs auxiliaires, notamment deux bons coqs et un argentier ; des cuisiniers ordinaires pour les serviteurs, avec leurs argentiers particuliers ; un employé ou museum, tenant la clef du garde-manger; des porteurs d’eau ; des maîtres d’écurie, des chevaucheurs, un civadier, préparant la nourriture des chevaux, les selles, les harnais, et portant la mante du cheval du roi ; un maréchal-ferrant ; des valets d’écurie ; un grand fauconnier et des fauconniers ordinaires ; un veneur gardant la meute; un algotzir (alguazil), chargé d’arrêter et d’incarcérer les coupables ; un procureur fiscal, assistant le majordom dans l’exercice de sa juridiction ; un zemblier, s’occupant des bagages et des provisions de voyage, avec plusieurs, auxiliaires ; enfin cinq mimes ou jongleurs, dont deux jouant de la trompette, un autre du tambour, et deux autres jouant de divers instruments, afin d’animer les soldats en guerre et d’égayer les repas quotidiens, excepté les vendredis et durant le carême. En effet, le roi et ses convives doivent montrer un visage joyeux, surtout les jours de fête. Des festins sont donnés aux quatre grandes fêtes de l’année. Le nombre des plats est fixé à deux pour les repas ordinaires et à trois pour les festins ; mais cela doit s’entendre des grands plats ou des plats montés, auxquels s’ajoutent des petits plats en nombre indéterminé. Au dessert, une ou deux sortes de fruits, suivant la saison, sont mises sur la table, de même qu’au début du repas ; à leur défaut, des fromages. Toute la vaisselle est d’argent; les coupes à boire sont dorées ou en simple argent, suivant la qualité des convives; des vases d’argent servent à se laver les mains à la fin du dîner. »
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Jacques III de Majorque » (voir la liste des auteurs).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (de) Gottfried Kerscher, Gisela Drossbach (dir.), Utilidad Y Decor: Zeremoniell Und Symbolische Kommunikation in Den 'leges Palatinae' Konig Jacobs III. Von Mallorca (1337), Reichert Verlag, Wiesbaden, 2013 (ISBN 978-3-89500-926-6) [lire en ligne]
Liens externes
modifier- Notice du manuscrit sur le site de la bibliothèque
