Looksmaxxing
Le looksmaxxing (littéralement « maximisation de l'apparence »; l'Office québécois de la langue française propose comme équivalent maximâlisme[1]) est un terme apparu sur des forums masculins (parfois qualifiés d'incel) dans les années 2010, faisant référence à un processus d'amélioration de son physique selon des canons virilistes, dans l'espoir de se montrer plus attirant pour les femmes[2],[3],[4],[5]. Dans les années 2020, le terme a quitté les forums internet relativement obscurs et a été popularisé sur TikTok. Depuis 2024, il s'est répandu sur les réseaux sociaux, et est principalement utilisé par des hommes[2].

Ces critères de beauté (pouvant être racistes), impliquent pour être atteints des techniques superficielles (fitness intense, soins esthétiques…) pour améliorer l'apparence (softmaxxing) mais aussi des techniques plus radicales relevant de privations, de chirurgie esthétique et de chirurgie osseuse comme la chirurgie orthognathique (hardmaxxing), perçue comme un levier d'ascension sociale et de réussite « romantique », souvent dans un contexte d'un supposé humour dérivant vers des préconisations pseudo-scientifiques potentiellement très violentes, comme le fait de se fracasser la mâchoire pour améliorer son aspect.
Invoqué comme une norme par ceux qui revendiquant cette pratique, il suscite de nombreuses dérives et des discours sur les forums en ligne et est considéré comme source d'un fort risque anxiogène et toxique. Les personnes dont les caractéristiques notamment du visage s'écartent des critères physiques considérés peuvent faire l'objet de critiques allant jusqu'au harcèlement, voire à l'incitation au suicide dans les cas les plus extrêmes. Pour les adolescents, la dangerosité de la chose est d'autant plus grande à une période de leur développement où ils sont susceptibles de multiplier les complexes et d'avoir une perception déformée de leur apparence.
Histoire
modifierCette pratique est née dans les années 2010 dans certains espaces numériques affiliés à la manosphère, singulièrement les forums liés aux mouvements incel et au « lookisme » tels que Lookism.net et Incels.me [6],[7]. En 2015, un site de forum nommé Looksmaxxxer.com a été enregistré dans les archives Internet,[réf. nécessaire] inventant le terme looksmaxxing et inspirant son utilisation sur des sites web d'imageboard anonymes tels que 4chan. Le looksmaxxing quitte le milieu purement incel et devient une tendance TikTok dans les années 2020[8], touchant principalement des adolescents, public le plus suceptible d'avoir un manque de confiance en soi[9],[10], ce qui l'expose au risque de frustration par comparaison sociale tel que décrit par Festinger en 1957[11] et, en réaction à cette frustration, à des comportements de « virilité défensive » (Molinier, 2000)[12].
Aperçu
modifierSoftmaxxing
modifierLe softmaxxing, une variante du looksmaxxing, est une pratique dans laquelle les gens effectuent plusieurs routines de soins corporels dans le but d'améliorer leur apparence physique. Certaines de ces pratiques sont assez courantes et standard, comme éliminer l'acné du visage, aller à la salle de sport, se faire couper les cheveux ou d'hydrater sa peau. Les conseils en la matière trouvés sur depuis 2024 sur TikTok relèvent parfois de la simple hygiène[10]. Ces pratiques sont les plus populaires et sont considérées comme du softmaxxing. D'autres pratiques ont été associées au looksmaxxing, un exemple populaire étant l'acte de mewing, qui consiste à effectuer divers exercices avec la langue dans le but d'obtenir une « mâchoire carrée »[13],[10],[14]. Ces méthodes, prodiguées par des hommes, ont été popularisées par des magazines tels que GQ, Esquire et Men's Health partageant des conseils sur les soins de la peau et la coiffure. Certains adeptes du looksmaxxing considèrent qu'ils font des « gains faciaux »[10].
Hardmaxxing
modifierUne pratique courante dans ce milieu est la gym-maxxing (investissement dans le gymnase et la forme physique comme moyen principal d'améliorer l'attractivité et l'estime de soi)[15]. Certaines personnes qui pratiquent le looksmaxxing peuvent également utiliser des méthodes plus extrêmes. Ces méthodes peu éthiques ont été baptisées hardmaxxing, et ceux qui le pratiquent se qualifient eux-mêmes de hardmaxxers. Les pratiques associées au hardmaxxing sont entre autres la pose d'implants, la chirurgie d'allongement des membres, le retrait de côtes libres pour obtenir un abdomen en « V », le fait de se priver intentionnellement de nourriture (« starvemaxxing »), l'abus de stéroïdes anabolisants, l'utilisation de crèmes éclaircissantes pour tenter de paraître plus Blanc (« whitemaxxing ») et le refus d'avoir un orgasme sexuel « dans le but d'augmenter la testostérone » (« edging »)[9],[10]. Une méthode, initialement diffusée sous forme de satire visant à se moquer du looksmaxxing, connue sous le nom de bonesmashing (pl) (littéralement « broyage d'os »), fait référence à l'acte de frapper son visage contre des objets tels qu'un marteau afin de créer un « look ciselé »[14]. Bien que cette pratique soit considérée comme une satire et que peu de personnes l'aient réellement pratiquée, elle fut qualifiée de désinformation[16],[17],[18].
Autres concepts
modifierLes personnes participant au looksmaxxing recherchent souvent à faire évaluer leur apparence par des tiers et tombent facilement dans un contexte de « bro-pédagogie » (système d'apprentissage informel caractérisé par un soutien entre pairs au ton brutal et à la critique agressive)[15] ; et les algorithmes de recommandation de TikTok leur proposent des liens vers des sites incel après seulement une demi-dizaine de consultations de pages de conseils, qui les engagent facilement dans des forums de messages anonymes associés à la sous-culture incel.
Cette évaluation, ainsi que le statut perçu et la richesse, ont été considérés comme la « valeur marchande sexuelle » (VMS)[9],[16]. Ceux qui cherchent à déterminer l'attractivité d'une personne vérifient généralement une variété de traits du visage différents. L'une des caractéristiques les plus importantes recherchées chez les hommes est le « hunter eyes », ou « regard de chasseur », qui fait référence à des paupières en amande avec une inclinaison canthale neutre/positive — la commissure interne de la paupière étant dirigée vers le bas — et à des sourcils bas, faisant ressembler la zone oculaire à celle d'un animal prédateur. Les caractéristiques supplémentaires recherchées comprennent des joues creuses, une mâchoire anguleuse et proéminente et des « lèvres pincées »[10],[16]. Afin d'obtenir ces caractéristiques, certains effectuent des actes tels que le mewing mentionné précédemment, se frottant la zone orbitaire, ou même ont recours à la chirurgie[16],[17],[19].
Ceux qui reçoivent une mauvaise note, appelée black pill sont parfois harcelés en raison de leur apparence. Certaines formes de harcèlement incluant l'encouragement au suicide (connu dans certaines juridictions sous le nom d'« incitation au suicide ») par l'utilisation de termes tels que « it's over » (« c'est fini ») ou « ropemaxx » (jeu de mots avec la corde faisant référence à la pendaison)[9]. Des termes supplémentaires ont été inventés par ces communautés dans le but de « dominer les autres ». Ces expressions incluent « mogging », qui fait référence au fait d'affirmer sa domination sur une autre personne en fonction de son apparence, et Y-pilled, qui fait référence au fait de se considérer comme plus masculin que l'autre et qui est une variante de l'expression « redpilled »[10],[17].
Critiques
modifierLe looksmaxxing a été lié à la sous-culture incel depuis ses origines[9],[10],[16]. L'idéal de beauté qu'il promeut (être grand, avoir une mâchoire carrée, un torse en « V », la peau blanche dans le cas d'une logique raciste) peut être considéré comme relevant de l'eugénisme[8].
Dans un article pour The Conversation, Jamilla Rosdahl, maître de conférences et chercheuse à l'Australian College of Applied Psychology, a considéré la pratique consistant à convertir les jeunes hommes en incel comme le résultat des algorithmes de TikTok[20]. À propos de la popularité du looksmaxxing parmi les jeunes en général, elle a écrit que « lorsque les jeunes ont l'impression qu'ils ne peuvent pas contrôler leur environnement, ils peuvent se tourner vers des tendances telles que le looksmaxxing comme quelque chose qu'ils peuvent contrôler », attribuant aussi au phénomène plusieurs problèmes du monde réel tels que les instabilités économiques ou l'augmentation de la solitude de nombre de jeunes hommes[9].
Une équipe de sociologues et d'anthropologues a analysé plus de 5 000 commentaires présents sur différents sites consacrés au sujet en 2023. Ils concluent que ces sites, au-delà des discours misogynes de la manosphère, nuisent à la masculinité et aux hommes eux-mêmes en prônant un discours de la masculinité hégémonique, par exemple dans leurs critiques des asymétries faciales ou des arcades sourcilières. La dévalorisation des hommes ne correspondant pas aux critères et les appels à l'automutilation pour remédier à ce qui est décrit comme une masculinité défaillante ne peut qu'être démoralisante et nocive à la santé des membres de ces communautés[21].
En dépit d'un recours fréquent à une nomenclature médicale, ces communautés manifestent une défiance envers la science conventionnelle, privilégiant des savoirs hybrides mêlant témoignages anecdotiques, approches pseudo-scientifiques et revendications idéologiques. Le corps masculin, lequel devient le siège de luttes identitaires face au sentiment d'exclusion sociale et aux théories relatives à une supposée misandrie[15]. Pour le médecin Stuart Murray, directeur de clinique à l'Université de Caroline du Sud, et spécialisé dans l'étude des troubles alimentaires spécifiques aux hommes, les adolescents vulnérables qui grandissent avec les réseaux sociaux sont particulièrement exposés à l'auto-marchandisation et à l'obsession de l'apparence, susceptibles d'entrainer une dysmorphie musculaire. Le cadre de pensée du lookmaxxing est intrinsèquement néfaste, car il encourage l'intériorisation d'idéaux de beauté inatteignables, ce qui peut engendrer une insatisfaction corporelle[22].
Plusieurs actes associés au looksmaxxing ont été critiqués par les médecins et rejetés comme de la désinformation, notamment le mewing et le bonesmashing[23],[24].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Looksmaxxing » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « maximâlisme », Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le )
- 1 2 (en) Riley Farrell, « Inside looksmaxxing, the extreme cosmetic social media trend » [archive du ], BBC, (consulté le )
- ↑ (en) Allie Conti et Lia Kantrowitz, « Inside the Disturbing Forum Incels Use to Brutally Criticize Each Other's Faces » [archive du ], Vice, (consulté le )
- ↑ « Coups de marteau dans le visage, régimes drastiques et masculinisme : la tendance du "looksmaxxing" sur les réseaux sociaux », sur franceinfo, (consulté le )
- ↑ « C’est quoi le « looksmaxxing », la tendance plus que limite sur TikTok ? », sur 20 Minutes, (consulté le )
- ↑ (en) Joseph Bernstein, « Young Men Seek Answers to an Age-Old Question: How to Be Hot », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-GB) Alicia Miller, « The Origins and Detrimental Effects of the Looksmaxxing Trend » [archive du ], The Oxford Blue, (consulté le )
- 1 2 « Des « incels » aux « looksmaxxers », quels sont les différents courants du masculinisme en ligne ? », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en-US) Jamilla Rosdahl, « 'Looksmaxxing' is the disturbing TikTok trend turning young men into incels » [archive du ], The Conversation, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en-US) Katie Notopoulos, « 'Looksmaxxing' is the new TikTok trend for young men who want to be hot » [archive du ], Business Insider (consulté le )
- ↑ Festinger L (1957) Social comparison theory. Selective Exposure Theory, 16(401), 3.
- ↑ Pascale Molinier, « Virilité défensive, masculinité créatrice », Travail, genre et sociétés, vol. 3, no 1, , p. 25–44 (ISSN 1294-6303, DOI 10.3917/tgs.003.0025)
- ↑ « La dangereuse tendance du looksmaxxing envahi TikTok », sur Mouv' - Radio France, (consulté le )
- 1 2 Laura Berthuin, « Le «looksmaxxing», une version relookée du masculinisme sur les réseaux sociaux », sur Libération (consulté le )
- 1 2 3 (en) Ozan Félix Sousbois, « Incels, Looksmaxxing, and the Surgical Design of the ‘Chad’-vertised Body », Body & Society, vol. 31, no 4, , p. 33–62 (ISSN 1357-034X et 1460-3632, DOI 10.1177/1357034X251363787)
- 1 2 3 4 5 (en) Ruchira Sharma, « Women Want One Thing in Men, and It's 'Hunter Eyes' » [archive du ], Vice, (consulté le )
- 1 2 3 (en-US) Abderrahemane Nejam, « 'The majority of looksmaxxers are in their late teens': Inside the bizarre trend that's exploding in popularity among young men » [archive du ], The Daily Dot, (consulté le )
- ↑ (en-US) Nicky Zizaza, « What is bone smashing? The dangerous TikTok beauty trend surgeons are warning against - CBS Baltimore » [archive du ], www.cbsnews.com, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Simon Usborne, « From bone smashing to chin extensions: how 'looksmaxxing' is reshaping young men's faces », The Guardian, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Jamilla Rosdahl, « ‘Looksmaxxing’ is the disturbing TikTok trend turning young men into incels », The Conversation, (consulté le )
- ↑ (en) Michael Halpin, Meghan Gosse, Katharine Yeo et Ingrid Handlovsky, « When Help Is Harm: Health, Lookism and Self‐Improvement in the Manosphere », Sociology of Health & Illness, vol. 47, no 3, (ISSN 0141-9889 et 1467-9566, PMID 40069550, PMCID 11896937, DOI 10.1111/1467-9566.70015, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Riley Farrell et M. Agrawal, « Inside looksmaxxing, the extreme cosmetic social media trend » (consulté le )
- ↑ (en-US) Nicky Zizaza, « What is bone smashing? The dangerous TikTok beauty trend surgeons are warning against - CBS Baltimore » [archive du ], www.cbsnews.com, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Carmen Bellot, « Can TikTok Tips Really Create a More Defined Jawline? » [archive du ], Esquire, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Ozan Félix Sousbois, « Incels, Looksmaxxing, and the Surgical Design of the ‘Chad’-vertised Body », Body & Society, vol. 31, no 4, , p. 33-62 (ISSN 1357-034X et 1460-3632, DOI 10.1177/1357034X251363787)
- Sarah Ashley O'Brien, « Le "looksmaxxing" : des peptides pour atteindre la perfection », Courrier international, no 1868, 20-26 août 2026, p. 34-35, traduction d'un article paru dans le The Wall Street Journal le 11 mai 2026.
