Louis Feutren, né en 1922 et mort en 2009, est un ancien membre du mouvement nationaliste breton Bezen Perrot, rattaché à une formation ayant collaboré avec la Waffen-SS, tout en exerçant par ailleurs la fonction d’enseignant de français.

Louis Feutren
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Française
Irlandaise
Allégeance
Activité
Professeur de languesVoir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

modifier

Début de la vie

modifier

Louis Feutren naît en 1922. Dès son enfance, il manifeste un intérêt marqué pour les courants relevant du mysticisme celtique ainsi que pour les représentations idéologiques et culturelles associées aux nations celtiques, notamment en Irlande, en Écosse, au pays de Galles, en Cornouailles, sur l’île de Man et en Bretagne. Au cours des années 1930, il adhère au Bezen Perrot, organisation bretonne séparatiste de faible effectif, engagée dans la revendication d’une rupture politique avec la France et dans la perspective de la constitution d’un État breton indépendant[1].

Occupation de la France

modifier

Durant la période de l'occupation allemande de la France, le groupe Bezen Perrot s’inscrit dans une dynamique de collaboration avec la Waffen-SS[2]. L’unité assume la gestion d’un dispositif de centre d’interrogatoire établi à Rennes et adopte les uniformes réglementaires de la SS[3]. Au sein de cette formation, Feutren accède au rang d’officier subalterne, dans la hiérarchie des Oberscharführer[2].

Après la libération de la France

modifier

Au lendemain du conflit, lui-même ainsi que l’ensemble de son unité se voient condamnés à la peine capitale pour des exactions imputées à l’encontre de résistants et de personnes de confession juive ; toutefois, il prend la fuite, transite par le pays de Galles, puis gagne la république d’Irlande[3],[2].

En , il se marrie avec Maura Martin[4]. Il poursuit ses études supérieures à l’University College de Galway, où il obtient une licence ès arts ainsi qu’un diplôme d’aptitude à l’enseignement[4].

Enseignement

modifier

Il assure l’enseignement de la langue française au sein du St Conleth’s College de 1957 jusqu’à son départ à la retraite en 1985[2].

Il meurt en à Bray[4].

Controverses

modifier

Accusations de violences

modifier

Il est accusé par d'anciens élèves de violences[5],[2].

Acceptation d'un legs par la Bibliothèque nationale du pays de Galles

modifier

En 2011, la Bibliothèque nationale du pays de Galles agrée un fonds archivistique accompagné d’une libéralité testamentaire d’un montant de 300 000 £, émanant de la succession de Louis Feutren[3]. Une fraction de cette donation est alors destinée à mettre en exergue les effets délétères de la guerre et des régimes fascistes[3]. Dans ce contexte, Huw Lewis formule une critique à l’encontre de l’institution, portant sur la décision d’accepter cet apport successoral[3].

Refus du legs par l'université de Bretagne-Occidentale

modifier

Une libéralité testamentaire d’un montant de 50 000 euros, affectée à l’Université de Bretagne-Occidentale afin d’y soutenir la valorisation de la langue bretonne, fait l’objet d’un refus de la part de l’établissement, celui-ci invoquant le comportement de la personne donatrice au cours de la Seconde Guerre mondiale comme motif de décision[4].

Campagne menée par d'anciens élèves

modifier

En 2023, Uki Goñi entreprend une campagne visant à mettre en lumière les agissements de l’enseignant, ainsi que la matrice culturelle qui tend à les légitimer, en y intégrant également l’examen de sa trajectoire biographique[2]. L’intéressé a fréquenté l’établissement scolaire entre 1968 et 1971[2]. Il y apprend, dès son premier jour de présence, que Feutren est un ancien nazi[2].

Une campagne de revendication sollicite également que l’établissement concerné présente des excuses publiques pour les agressions imputées à Freutren à l’encontre d’élèves[2]. Kieran Owens, scolarisé dans l’institution de 1966 à 1974, rapporte à son sujet que nul n’osait s’opposer à sa personne, décrite comme un « volcan prêt à entrer en éruption à tout moment » ; il ajoute qu’au moindre manquement disciplinaire, celui-ci faisait preuve d’une violence d’une particulière intensité, affirmant l’avoir vu frapper un élève, lequel est alors projeté à l’extrémité opposée de la salle de classe[2]. D’autres anciens élèves le perçoivent également comme une figure hautement intimidante, y compris après l’abolition des châtiments corporels dans les établissements scolaires irlandais en 1982[2].

St. Conleth’s énonce un communiqué que le journaliste Uki Goñi qualifie de « non-excuses », qu’il considère comme relevant de schèmes discursifs davantage caractéristiques des années 1970 que de ceux en vigueur en 2023[6].

Références

modifier
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Louis Feutren » (voir la liste des auteurs).
  1. Harry Leech, « Furore over library's gift from Nazi collaborator », Sunday Independent, (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Rory Carroll, « Former pupils demand apology from Irish school over Nazi teacher's bullying », The Guardian, (lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 « National Library of Wales row over SS man's legacy », BBC News, (lire en ligne, consulté le )
  4. 1 2 3 4 Paul Melia, « French college rejects €50k bequest from Nazi collaborator who fled here », Irish Independent, (lire en ligne, consulté le )
  5. « Irlande. Un ancien officier nazi français a enseigné pendant 28 ans dans une école de Dublin : "Il nous faisait vraiment peur" », sur www.ledauphine.com, (consulté le )
  6. Conor Feehan, Adrianna, « Dublin private school expresses 'shock' and 'profound regret' over allegations of abusive Nazi teacher », Irish Independent, (lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

modifier