Louis Grignon (militaire)
Louis Grignon, né le à Louerre et mort le à Angoulême (Charente), est un général de la Révolution française. Il est connu principalement pour ses exactions commises pendant les colonnes infernales, lors de la guerre de Vendée.
| Louis Grignon | |
| Naissance | Louerre |
|---|---|
| Décès | (à 77 ans) Angoulême |
| Origine | Français |
| Allégeance | |
| Grade | Général de division |
| Années de service | 1767 – 1810 |
| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerre de Vendée |
| Faits d'armes | Bataille de Coron Colonnes infernales |
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Biographie
modifierFamille
modifierLouis Grignon naît le [1]. Il est le fils de François Grignon de la Guiberdière, un riche marchand-fermier, et de Marie Anne Commeau[1]. La famille Grignon compte deux ancêtres anoblis en 1696 et est à la tête d'un patrimoine foncier très confortable[1].
Les parents de Grignon donnent naissance à une quinzaine d'autres enfants, dont huit — cinq garçons et trois filles — sont vivants en 1787[1]. Les garçons font leurs études au collège de Doué-la-Fontaine[1]. Après la mort de François Grignon en 1787, ses huit enfants se partagent les biens de l'indivision et conviennent de verser chaque année une rente de 2 000 livres à leur mère[1].
Louis Grignon a pour neveux Jean-François Honoré Merlet (1761-1830), baron de l'empire et avocat, ainsi que François-Alexandre Grignon, prêtre constitutionnel de Saint-Denis de Doué-la-Fontaine[1].
Le à Blaison, il épouse à l'âge de 29 ans, Perrine Louise Desportes, 22 ans, fille de Pierre Desportes, avocat au Parlement d'Angers, et de Louise Rabouin[1]. Le couple donne naissance à trois filles : Marie Perrine, née à Angers le ; Louise Françoise, née à Cersay le et Joséphine Pauline, née également à Cersay en 1783[1]. Le 10 janvier 1800, Marie Perrine épouse Jacques François Lousteau, secrétaire de la mairie de Saumur[2]. Le 30 juillet 1804, Louise Françoise épouse quant à elle Jean-François Cousineau, notaire public, neveu du général Pierre Quétineau[2]. Perrine Louise Desportes décède en 1807 au Puy-Notre-Dame[2].
Carrière militaire et début de la Révolution française
modifierAprès ses études au collège de Doué, Louis Grignon s'engage en 1767 dans l'armée royale, au sein du régiment des Gardes françaises[1]. En 1770, il est soldat au régiment de Poitou[1]. Élevé au grade de sous-lieutenant, il est chargé des recrues de la Légion du Luxembourg de 1781 à 1788[1]. L'année suivante, il ne semble plus être sous les drapeaux[1]
À la veille de la Révolution, Louis Grignon est fermier général de la métairie de Sanzay, près de Saint-Macaire-du-Bois et membre de la municipalité de cette commune[1]. En 1790, lors du redécoupage des provinces en départements, Grignon se rend à Niort, à la demande la municipalité, pour défendre le maintient de la commune de Saint-Macaire-du-Bois dans le département des Deux-Sèvres[1]. Cependant il échoue et Saint-Macaire est rattaché au Maine-et-Loire[1].
Louis Grignon reprend le métier des armes lors de la Révolution française. Le , il est sous-adjudant-général de la Légion du Midi[1]. En 1793, il devient adjudant-général, chef de bataillon provisoire de l'Armée des côtes de La Rochelle[1]. Le , il est nommé adjudant-général, chef de brigade provisoire à l'Armée de l'Ouest[1]. Le , il est promu général de brigade[3].
En 1793, Louis Grignon prend part à la guerre de Vendée, étant lui-même originaire d'une région située aux abords du territoire insurgé. Le 16 mars, il participe à la bataille de Coron[4]. Le 8 septembre, il brûle le bourg et plusieurs châteaux de la commune Thouarcé et fait évacuer sa population vers Saumur[5].
Actions au sein des colonnes infernales
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À partir de , il est chargé du commandement de la deuxième colonne infernale et fera appliquer les instructions du général en chef Turreau.
Dans son mémoire Joseph Lequinio rapporte le témoignage d'Aug. Chauvin-Boissavary, membre du comité de surveillance de la commune de Bressuire :
« Je dois dire d'abord, que le jour de son départ d'Argenton-le-Peuple, Grignon ayant réuni sa colonne, lui fit à peu près cette harangue : « Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé, je vous donne l'ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d'être brûlé et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d'habitants sur votre passage. Je sais qu'il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c'est égal, nous devons tout sacrifier »[6]. »
Le 21 janvier, la colonne massacre 30 personnes à Saint-Clémentin, 53 à Étusson et un nombre inconnu à Voultegon[7]. Le 22[8] ou le [7], elle entre à Saint-Aubin-du-Plain où, 79 personnes sont massacrées[8],[7]. Selon la tradition, les victimes sont conduites au champ de Mille-Hérons où elles doivent creuser leurs propres tombes[8]. Selon Lequinio, Grignon fait tuer la municipalité et les patriotes car un devant d'autel noir et blanc, découvert dans le clocher de l'église, est pris pour un drapeau de l'armée vendéenne[6],[9]. Turreau défend cependant son subordonné : « Les officiers municipaux de Saint-Aubin-du-Plain n'ont pas pu ignorer qu'il y avait un drapeau noir et blanc dans leur commune ; c'était un signe de rébellion ; ainsi ils sont coupables »[9].
Le , la colonne sort de Bressuire. Chauvin rapporte encore que « le jour de son départ, il répéta, à la tête de sa colonne, la harangue qu'il avait faite à Argenton-le-Peuple ; ce fut vraiment une armée d'exterminateurs qui sortit de Bressuire ; les paroisses comprises entre Bressuire et La Flocellière, sur une longueur de plus de deux lieues et demie, furent entièrement sacrifiées. Le massacre fut général, et on ne distingua personne ; et c'est surtout dans cette marche que Grignon brûla une immense quantité de subsistances[10]. » Dans les faits cependant, Grignon ne systématise pas le massacre et épargne parfois certaines populations qu'il fait évacuer[11],[12].
Grignon écrit alors à Turreau : « Nous en tuons plus de cent par jour »[13]. Le soir du 24 janvier, il campe à Cerizay[14],[15]. Le 25, son second, l'adjudant-général Lachenay, se dirige sur Montigny[13]. Le même jour, 20 personnes sont massacrées au Pin[7].
Le , Grignon épargne le bourg de Cerizay, ainsi que sa garde nationale, qui est cependant désarmée[7],[13]. En revanche, les fermes et les villages de la commune sont mis à feu et à sang[13]. Grignon annonce un bilan de 300 morts, mais ce nombre est probablement exagéré[7]. Le même jour, La Pommeraie-sur-Sèvre est également dévastée et sa garde nationale désarmée[16],[13]. Pendant ce temps, Lachenay détruit Saint-André-sur-Sèvre et massacre 65 de ses habitants[7], y compris les membres de la garde nationale[8],[15].

Lachenay campe à Saint-Mesmin le soir du 27 janvier[17]. Les événements dans cette commune sont connus grâce au un long témoignage signé par le médecin patriote Barrion le 14 août 1794, qui est envoyé par sa municipalité pour rencontrer Grignon à Cerizay le 24 janvier[Note 1][18],[14],[15],[19]. Selon son récit, le général lui annonce son intention d'incendier Saint-Mesmin[18],[15]. Il lui déclare qu'il « n'y a que des brigands dans la Vendée », qu'il tient à « exterminer », et se vante d'avoir « fait fusiller plusieurs municipaux eu écharpe »[18],[15]. Barrion doit justifier sa présence dans la zone[15], mais Grignon accepte de l'épargner et de conserver jusqu'à nouvel ordre toutes les maisons contentant du blé[18],[17]. Lachenay fait son entrée à Saint-Mesmin trois jours plus tard et commence par faire désarmer la garde nationale de la commune[18],[17]. Trois patriotes, dont deux gardes nationaux, sont assassinés et de nombreuses femmes sont violées[18],[17]. Dans la soirée, un officier du 13e bataillon d'Orléans confie à Barrion que le général a donné l'ordre « d'égorger tout ce qui se trouvait dans le village à cinq heures du matin » et l'engage « à partir avec tous les patriotes »[18],[17]. Barrion et trois autres administrateurs se rendent alors auprès de l'adjudant-général Lachenay, mais celui-ci leur déclare : « Si vous ne voulez pas être témoins de l'incendie de vos maisons et du massacre qui va avoir lieu, vous ferez bien de vous en aller, car je vous avoue que je vais commencer de suite à faire fusiller, et je suis fort surpris de trouver des patriotes dans ce pays »[18],[17]. Lachenay accepte cependant de recevoir une liste des patriotes à épargner[18],[17]. Barrion et ces collègues s'exécutent et lui font parvenir une liste contenant les noms de 15 à 18 hommes et femmes[18],[17]. Cependant, Lachenay la rejette : « Vous êtes des gueux, vous voulez me tromper; il n'y a pas autant de patriotes ici ! [...] Je ne m'en mêle plus, retirez-vous ! »[18],[17]. Les administrateurs prennent alors la fuite par la route de La Forêt-sur-Sèvre, avec l'aide de deux officiers[18],[17]. Le lendemain, le bourg de Saint-Mesmin est incendié[18],[17]. Plusieurs cultivateurs sont assassinés dans leurs métairies, mais les habitants du bourg, aidés par « quelques soldats plus humains que leurs chefs », parviennent à s'enfuir, à l'exception d'un vieillard âgé de 92 ans, son épouse et son domestique « aussi très âgés », qui sont tous sabrés[18],[17].

Le 27 janvier, la colonne arrive à Châteaumur, où Grignon fait exécuter 10 personnes[16]. Le 27[19] ou , des habitants de La Flocellière sont massacrés[16]. Le maire de la commune, Vincent Chapelain, écrit par la suite : « J'offris de lui donner une liste de grands coupables. [Grignon] me dit que c'était inutile, et fit égorger six hommes de ma Commune sans me consulter »[19].
Le lendemain, la colonne se rend au Boupère, Grignon hésite à ordonner le massacre des habitants, mais il se contente de faire désarmer les 150 gardes nationaux de la commune et fait exécuter 19 prisonniers[20].
Le , dans la petite ville de Pouzauges, 30 prisonnières sont violées par les officiers de la colonne avant d'être fusillées près du donjon du château[16]. La ville est incendiée et plus de 50 personnes sont encore fusillées dans le château de Pouzauges[20]. Le maire Vincent Chapelain écrit encore à cette occasion : « À Pouzauges, il y avait de jolies prisonnières au château. Après le dîner, Grignon et l'état-major allèrent prendre le café de concert avec elles. Des soldats, qui avait été, secondairement sans doute, de la partie, criaient en sortant, d'une manière dont je ne puis rendre l'énergie, qu'ils avaient joui de quatre filles. Elles furent fusillées ; mais l'une d'entre elles fut élargie »[19].
Le 30 janvier, un détachement commandé par l'adjudant-général Grammont se porte à La Meilleraie-Tillay. Les habitants, parmi lesquels se trouve bon nombre de patriotes, sont rassemblés dans l'église où ils sont fouillés et dépouillés de leurs richesses, puis les hommes sont conduits, un à un, dans le cimetière où ils sont fusillés : 24 ou 25 sont tués, dont le prêtre constitutionnel[21],[22].

Le , Lachenay gagne Le Boupère, dont la garde nationale a été désarmée par Grignon, et les administrateurs de la commune parviennent à le convaincre d'épargner la population[12]. La colonne se rend ensuite à Mouchamps où plusieurs habitants sont fusillés au château du Parc-Soubise.
Le même jour, Grignon rejoint le général Amey aux Herbiers. Au château de Boistissandeau, une femme de 84 ans et ses deux filles sont sabrées par cinq hussards[16]. Vincent Chapelain signale que tous les villages entre La Flocellière et Les Herbiers ont été incendiés, y compris les fourrages et les grains qui devaient être saisis. Marceteau, maire des Herbiers écrit dans son procès-verbal :
« Le général Grignon arrive avec sa colonne dans Les Herbiers. Nous allâmes le trouver pour conférer avec lui ; nous lui fîmes observer que la loi défendait expressément de brûler les grains et les fourrages. Nous l'engageâmes à les ménager pour les opérations ultérieures. Il nous dit que les ordres étaient tels, mais qu'ils n'étaient pas exécutés. Il ajouta, quant aux Herbiers, que nous étions heureux que son collègue Amey y fut, que sans cela tous les habitants sans distinction de patriotes ou autrement auraient été fusillés parce que les ordres du général en chef portaient de massacrer, fusiller et incendier tout ce qui se trouvait sur son passage, qu'il avait fait fusiller des municipalités entières, revêtues de leurs écharpes. Nous devons observer que la commune des Herbiers avait été entièrement purgée de tous les aristocrates et aux horreurs que nous avons décrites nous devons ajouter que les portefeuilles de tous les individus ont été pris, tous les volontaires allaient dans les métairies prendre des chevaux, moutons, volailles de toutes espèces[23]... »

Le 13 et le , sur ordre du général Turreau, la ville de Bressuire, considérée comme indéfendable, commence à être évacuée par ses habitants et sa garnison qui se retirent sur Doué[24],[25]. Plus de 180 détenus de la prison sont envoyés à Niort, mais le commandant de la garnison, l'adjudant-général Augé, ordonne l'exécution sur place de plusieurs chefs présumés des insurgés[25]. Le 24 février, Bressuire est prise par Stofflet, qui se retire ensuite pour attaquer Argenton-Château[25]. Le , Grignon incendie Bressuire et fait évacuer le reste de sa population[24],[25]. Le 21 mars, Marie-Gabriel-Paul Jarry, administrateur de Bressuire, dénonce les actions de Grignon à la Société populaire de Niort : « la colonne de Grignon, partie d'Argenton-le-Peuple, a traversé notre district, a dévasté, incendié et fusillé tout ce qui se trouvait sur son passage. Des officiers municipaux en écharpe et à la tête de leurs communes, étant allés au-devant de cette colonne, ont par elle, été fusillés. [...] Plusieurs femmes, après avoir servi à assouvir la brutalité des soldats, ont par eux, été massacrés ; les enfants même n'ont pas été épargnés »[19]. Il fait également valoir qu'avant l'arrivée de Grignon, un calme relatif régnait dans la région, où l'ont pouvait voyager « librement et en sécurité » et l'on « ne comptait pas, dans toute l'étendue du district de Bressuire, un seul rassemblement de cinquante rebelles »[19].
Le 27 mars, selon Chavin-Boissavary, Grignon fait fusiller plusieurs patriotes à Airvault[19]. Le , il disperse des petites bandes de rebelles et incendie Saint-Lambert-du-Lattay et Gonnord, puis il se replie sur Doué-la-Fontaine, il écrit à Turreau qu'il a « fait tuer quantité d'hommes et de femmes »[26]. Le , l'adjudant-général Dusirat se plaint de Grignon à Turreau, écrivant que « Grignon a eu l'impudence de proclamer, à son arrivée, la défaite de six cents brigands qui, selon lui, m'avaient battu la veille, tandis qu'il était à plus de deux lieues de moi et qu'il est prouvé qu'il n'a tué que quelques femmes dans quelques villages, et qu'il n'a pas livré de combat[27]. ». Début août, Grignon commande le camp républicain de Thouars[28].
Fin de vie
modifierLe 9 août, à Niort, le représentant en mission François Pierre Ingrand dénonce les actions de Grignon dans un lettre adressée à la Convention nationale[2]. Le 16, Grignon est suspendu par un arrêté du Comité de salut public[29] mais sa suspension n'est appliquée que le . Le , il est mis en état d'arrestation et emprisonné à Blois[29]. Pour sa défense, il produit le même mois une lettre signée par douze communes — notamment Brissac, Doué, Vezins, Nueil-près-Passavant, Thouars, Noirlieu, Argenton-le-Peuple et La Fougereuse — qui réclament son retour pour « exterminer, dans un cours délai, les brigands »[2]. Jugé à Paris[29], Grignon reconnait les exactions mais affirme n'avoir fait qu'obéir aux ordres[8]. Il est finalement acquitté[29]. Il réintègre l'armée le .
Au début des années 1800, Grignon s'établit au Puy-Notre-Dame[2]. En 1806, il est marchand de tabac à Angoulême[2]. Il est admis à la retraite le .
Devenu un paria dans sa propre famille[2], il meurt le à Angoulême.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑
« Le 4 pluviose (23 janvier 1794), nous eûmes des avis certains que des colonnes républicaines parcouraient les districts de Cholet et de Bressuire, incendiaient et massacraient tout ce qui se trouvait sur leur passage. Ne sachant à quel but attribuer cette marche, la commission municipale envoya de suite une ordonnance à la municipalité de Pouzauges, pour la prévenir de ce qui se passait, et en même temps pour recevoir d'elle des renseignements, si elle en avait. Elle nous répondit qu'elle n'avait aucune connaissance de ce qui se passait et qu'elle ne croyait pas que ces colonnes franchissent la Sèvre, vu que le district de la Châtaigneraie était entièrement soumis, et qu'à l'aide des gardes nationales, organisées dans presque toutes les communes, la plus grande tranquillité y régnait. Cependant cela ne nous rassura pas sur le sort qui nous menaçait. Le 5 au soir, nous apprimes qu'une de ces colonnes, commandée par le général Grignon, était arrivée à Cerizay. Nous fûmes députés, Girard, mon collègue, et moi, auprès de ce général pour savoir de lui quels étaient ses ordres relativement à notre commune, et quel était le parti que nous avions à prendre. Nous arrivâmes à Cerizay sur les huit heures. Il était à souper. Le maire nous annonça et on nous fit entrer. Il nous demanda d'abord ce que nous voulions. Nous lui dîmes que notre mission était de lui demander s'il se portait sur notre commune. Il nous répondit que oui, et que, le 7 du courant, sa colonne gauche s'y rendrait coucher. Nous lui demandâmes s'il incendierait; il nous répondit affirmativement que ses ordres le portaient expressément. Son souper fini, il me retira seul auprès du feu et me demanda qui j'étais et ce que je faisais à Saint-Mesmin. Je lui dis que j'étais chirurgien et, dans ce moment, membre de la commission municipale. Il me dit qu'il était fort surpris de trouver un jeune homme comme moi, me disant patriote, dans un pays proscrit et où pas un honnête homme n'habitait, et que, puisque j'y étais rentré, il fallait de toute nécessité que j'eusse des amis parmi les rebelles, desquels j'étais protégé; et, sans me donner le temps de répondre, il me demanda quelle avait été la conduite que j'avais tenue depuis l'insurrection. Je lui dis que j'avais toujours été réfugié depuis le commencement, que j'avais pris les armes au mois de septembre et avais suivi l'armée jusqu'après la prise de Cholet, Beaupréau et Saint-Florent; qu'alors, ma commune étant libre, j'avais reçu ma commission de l'administration de la Châtaigneraie et que je m'étais rendu à mon poste; que, depuis que j'y exerçais, nuit et jour j'étais sur pied, ainsi que mes collègues; que nous avions organisé une petite garde nationale, composée de vrais sans-culottes, à l'aide de laquelle nous étions parvenus à désarmer presque en totalité les habitants de la commune; que déjà 72 fusils, dont les trois quarts de munition, étaient rendus et que plus de 30 scélérats, des plus coupables de cette commune, avaient été pris et envoyés, tant à la commission militaire établie à Fontenay-le-Peuple qu'à Bressuire, où ils ont été condamnés et mis à mort. Il me dit alors que le district n'avait point d'ordre à me donner et qu'il ne connaissait aucune autorité constituée dans la Vendée. Je lui répondis que je me serais cru très coupable si j'avais refusé de me rendre au poste où l'administration m'avait appelé. Tout cela n'est rien, dit-il; il n'y a que des brigands dans la Vendée, je veux tous les exterminer, et aujourd'hui j'ai fait fusiller plusieurs municipaux eu écharpe. Il me dit ensuite qu'il fallait que j'eusse à sortir de ce pays, et il m'offrit même sa protection pour me faire avoir une place de chirurgien-major dans un bataillon qui s'organisait à Thouars. Le voyant aussi favorablement disposé en ma faveur, je profitai de ce moment pour lui demander s'il ne serait pas possible de sauver de l'incendie les maisons des patriotes. Il me répondit qu'elles étaient en si petit nombre, si même il en existait, qu'elles ne méritaient pas qu'on y fit attention; que, cependant, si j'avais du blé dans la mienne, elle ne serait pas brûlée. Je lui dis que oui. Alors il me dit qu'il fallait en prévenir le général Lachenay, commandant de la colonne, qui devait passer dans ma commune 1. Il me demanda si je connaissais quelques attroupements dans le pays; je l'assurai qu'il pouvait être tranquille, qu'il n'en existait aucun dans cette partie; que, dès qu'on en connaissait quelques-uns, les gardes nationales des différentes communes se réunissaient à la garnison de Pouzauges, et qu'on les dissipait facilement; que, depuis que les autorités constituées avaient repris leurs fonctions, tout était rentré dans l'ordre; l'habitant était tranquille chez lui et les lois s'exécutaient. — Cette tranquillité n'est que factice, me répondit-il; c'est pour recommencer au printemps[18]. »
— Récit de Barion, signé à Fontenay-le-Comte le 14 août 1794
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Maudet et Aumond 2023, p. 382-384.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Maudet et Aumond 2023, p. 189-191.
- ↑ Maudet et Aumond 2023, p. 171.
- ↑ Gabory 2009, p. 115-116.
- ↑ Candé 2022, p. 193-196.
- 1 2 Nicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, p. 104.
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- ↑ Nicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, p. 105.
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- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Clénet 1993, p. 165-171.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Chassin, t. IV, 1895, p. 266-272.
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- 1 2 Reynald Secher, La Vendée-Vengé, p. 166.
- ↑ Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, p. 349.
- ↑ Clénet 1993, p. 172.
- ↑ Reynald Secher, Vendée : du génocide au mémoricide, p. 130.
- 1 2 Hussenet 2007, p. 292-294.
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- ↑ Savary, t. III, 1825, p. 383.
- ↑ Savary, t. III, 1825, p. 393.
- ↑ Maudet et Aumond 2023, p. 184.
- 1 2 3 4 Maudet et Aumond 2023, p. 184-185.
Bibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Philippe Candé, La guerre de Vendée en pays angevin : une mémoire interdite, Centre vendéen de recherches historiques, , 432 p. (ISBN 978-2491575137).

- Charles-Louis Chassin, La Vendée Patriote 1793-1795, t. IV, Paris, Paul Dupont, éditeur, , 699 p. (lire en ligne).

- Louis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, Perrin, collection Vérités et Légendes, , 327 p.

- Nicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, Éditions Pays et Terroirs, , 159 p.

- Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, Robert Laffont, 1912-1931 (réimpr. 2009), 1476 p.

- Jacques Hussenet (dir.), « Détruisez la Vendée ! » Regards croisés sur les victimes et destructions de la guerre de Vendée, La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, , 634 p.

- Richard Lueil, Moi Grignon : Général de Colonne infernale, Le lys et le Lin, , 230 p. (ISBN 978-2-490-23615-2, EAN 9782490236152) .

- Xavier Maudet et Bernard Aumond (préf. Jean-Clément Martin), Patriotes et crimes de guerre en Vendée militaire : le district de Châtillon 1789-1799, Nueil-les-Aubiers, Claude Le Mastin, , 412 p.

- Jean Julien Michel Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française, t. III, Baudoin frères, Libraires-éditeurs, , 588 p. (lire en ligne).

Liens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 7 YD 192, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Louis Grignon, ses origines.