Louis Leplée
Louis Leplée, né le à Bayonne et mort assassiné le à Paris, est un directeur de salle de spectacle français, connu pour avoir découvert en 1935 Édith Piaf.
| Naissance |
Bayonne |
|---|---|
| Décès |
(à 52 ans) 16e arrondissement de Paris |
| Activité principale | Directeur de cabaret |
Biographie
modifierOriginaire de Bayonne, fils d'un boucher, Louis Leplée gagne Paris au temps de la Belle Époque[1],[2]. Il est d'abord vendeur (calicot) puis modéliste avant de devenir artiste de music-hall[2]. Neveu du chanteur Polin[2], il fréquente le monde du spectacle et le milieu homosexuel parisien[1].
Mobilisé durant la Première Guerre mondiale, il est blessé à une jambe et restera boiteux[2]. Il est fortement aidé à ses débuts dans le monde de la nuit par Oscar Dufrenne, l'empereur des nuits parisiennes au temps des années folles, homosexuel comme lui. Dufrenne lui confie en effet l'animation d'un dancing en sous-sol de la salle de spectacle qu'il lance en 1923, le Palace. Il y rencontre un danseur, homosexuel également, Robert (ou Georges ou Bob) Giguet, dit Bobette, qui sera par la suite son associé[3]. Il fut un temps animateur du cabaret le Canari, rue de Clichy (Paris 9e), avec son ami Giguet, également tenancier[4],[5].
Leplée tient à partir de 1927 un restaurant-bar, le Chiquito, rue du Colisée[6], qui ferme en 1929[7]. Avec Giguet, il anime ensuite le Liberty's bar, place Blanche, essentiellement fréquenté par des hommes. Il y donne un numéro de travesti [2].
Puis il reprend[8]en un restaurant de nuit, le Gerny's, 8 rue de Port-Mahon (2e)[2], avec là encore Giguet[9]. Alors que ce dernier rejoint à nouveau le Liberty's bar, qu'il va animer jusqu'en 1940[10] avec Jean d'Albret[11] (ce bar sera connu sous le surnom de Chez Bob et Jean[12]), Leplée migre en 1935 avec son établissement de nuit rue Pierre-Charron (8e)[4], à proximité des Champs-Élysées ; il le dirige désormais seul. Le restaurant de nuit-cabaret accueille une clientèle aisée qui ne regarde pas à la dépense[2]. Il est possédé par une SARL au capital de 75 000 francs[13] dont il est le gérant. En tant que tel, il a acquis le bail des locaux fin décembre 1934[14].
C'est là qu'il fait débuter Édith Piaf, en , après l'avoir entendue dans une rue (la rue Troyon) selon la légende ou bien avoir été mis en relation avec elle par le fils de la chanteuse Germaine Gilbert, vedette du Gerny's[2]. Leplée la convoque dans son cabaret et l'engage. C'est lui qui lui donne son nom de scène « la Môme Piaf »[15], nom inspiré de la fragilité physique d'Édith Gassion et qui signifie en argot « petite fille qui fait penser à un moineau ».
Louis Leplée meurt assassiné la veille de son 53e anniversaire le , à son domicile, avenue de La Grande Armée[16]. Ses funérailles se déroulent le samedi en l’église de Saint-Honoré d’Eylau (16e)[17] et son inhumation a lieu dans l’intimité au nouveau cimetière parisien de Saint-Ouen (8e division - 14e ligne Nord - 4e tombe).
Dans le film La Môme d'Olivier Dahan (2007), le personnage de Louis Leplée est interprété par Gérard Depardieu.
L'affaire Louis Leplée
modifierLouis Leplée a été assassiné dans son appartement situé avenue de la Grande-Armée par quatre hommes, qui ont opéré à visage découvert, selon la domestique de Leplée, retrouvée ligotée, et lui ont tiré une balle dans la tête. Le corps de Leplée a été retrouvé allongé sur son lit. Il n'a pas été volé ; une somme d'argent a été retrouvée à son domicile. Le ou les assassins n’ont jamais été retrouvés et l'affaire reste non résolue. La police soupçonne l'action du « milieu », qui pratique le racket des propriétaires d'établissement de nuit, ou bien une vengeance liée à la vie privée de Leplée, qui avait l'habitude de faire venir chez lui des jeunes hommes, prostitués ou non. Des rafles sont opérées dans divers lieux fréquentés par des homosexuels. Cela rappelle l'assassinat également non élucidé d'Oscar Dufrenne en [2],[18]. La presse rend compte de l'assassinat, du témoignage de la domestique de Leplée et de l'enquête[19],[20]. Des journaux évoquent la piste du milieu homosexuel[21]. Le Canard enchaîné s'amuse de certains homosexuels mis en cause[22].
Édith Piaf n’a pas été directement soupçonnée, mais elle a été interrogée par la police judiciaire au quai des Orfèvres, car on suspectait les mauvais garçons de son entourage, des proxénètes et des petits truands de Pigalle, dont Henri Valette, un proxénète qui fut effectivement l’un des amants d’Édith (alors âgée de 20 ans) : devenu l’un des principaux suspects, il disposait d’un alibi irréfutable et fut disculpé[2],[19].
La relation d’Édith Piaf et de Leplée, auquel elle doit beaucoup, était quasi fusionnelle. Elle l’appelait « papa Leplée »[23],[24],[15] et elle fut sincèrement chagrinée à sa mort. Elle avait aussi peur que sa carrière naissante en souffre car les médias soulignaient que son nom était cité dans l'affaire[25].
Sources
modifier- Détective, n° 389, 9 avril 1936, p. 6-7
- Détective, n° 390, 16 avril 1936, p. 1-5
- Pierre de Régnier, Chroniques d'un patachon. Paris 1930-1935, La Table ronde, 2014
- Emmanuel Bonini, Piaf la vérité, Pygmalion, 2008
- Paris-Soir, 7 avril 1936
Notes et références
modifier- 1 2 Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, 7 avril 1936
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Robert Belleret, Piaf, un mythe français, Fayard, 2013 (chap. 3, « Le miracle, le baptême, le soupçon (1935-1936)»).
- ↑ Emmanuel Bonini, op. cit. Giguet a été arrêté lors d'une rafle au Maurice's bar, en 1908 : Le Radical, 20 mai 1908, La Petite République, 27 mai 1908
- 1 2 Florence Tamagne, Le Crime du Palace, Paris, Payot, 2017, p. 157-160.
- ↑ L'Intransigeant, 18 février 1925
- ↑ Excelsior, 2 janvier 1928, L'Intransigeant, 9 décembre 1928
- ↑ Cyrano, 10 avril 1936
- ↑ Le restaurant-bar de nuit était auparavant dirigé par Gilbert Bataille.
- ↑ L'Intransigeant, 5 février 1931, Les Nouvelles littéraires, 14 mars 1931, La Vie parisienne, 10 octobre 1931
- ↑ Le bar est alors repris par Gaston Baheux.
- ↑ Qui a repris le bar : L'Intransigeant, 8 novembre 1929, Cyrano, 16 octobre 1932
- ↑ L'Intransigeant, 24 novembre 1934, L'Intransigeant, 25 décembre 1934, Marianne, 14 avril 1937
- ↑ Archives commerciales de la France, 15 octobre 1936 (Elle est alors déclarée en faillite).
- ↑ Archives commerciales de la France, 7 janvier 1935
- 1 2 Confessions, 8 avril 1937
- ↑ Le Petit Parisien, 12 avril 1936, en ligne.
- ↑ Le Petit Parisien, 12 avril 1936
- ↑ L'Intransigeant, 19 juillet 1937
- 1 2 Le Matin, 7 avril 1936
- ↑ Paris-soir, 7 avril 1936
- ↑ « Et l'affaire Louis Leplée ? », L'Oeuvre, 20 avril 1936
- ↑ « Le spahi prend la parole », Le Canard enchainé, 15 avril 1936, « Faux-Spahi-Kaï », Ibid., 22 avril 1936
- ↑ Comoedia, 8 avril 1936
- ↑ Paris-presse, L'Intransigeant, 29 juillet 1954
- ↑ « TSF », Le Canard enchainé, 15 avril 1936