Luce Gauthier
Luce Gauthier, née à Montréal en , est une physicienne canadienne d'expression française. Elle est l'une des premières femmes francophone canadienne détenant un doctorat en physique[réf. nécessaire].
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Elle a travaillé dans l'enseignement et la recherche ; elle a publié de nombreux articles. Durant toute sa carrière, elle oeuvre pour que les femmes scientifiques soient reconnues sur le marché du travail.
Biographie
modifierLuce Gauthier est née à Montréal en 1943[1]. Ses parents sont des scientifiques. Sa mère, Claire Morin, et son père, Roger Gauthier, ont fait connaissance en suivant les cours du Frère Marie-Victorin à l’Université de Montréal. Sa mère, licenciée en sciences, est la fille de Victor Morin, auteur des Procédures des assemblées délibérantes, dit Code Morin. Son père, fils d'un commerçant de Verdun, a reçu le prix « Colin », lors de ses études collégiales ; après avoir obtenu sa licence en sciences à l'Université de Montréal, il a poursuivi des études de botanique à l' Université Cornell, dont il est diplômé. Il a été professeur à l'Université de Montréal.
Jeunesse
modifierLuce Gauthier est initiée dès son enfance aux sciences naturelles et à des théories scientifiques, particulièrement celle de l'Évolution, alors peu connues au Québec. Elle a, dans sa famille, des femmes instruites qu'elle voit régulièrement : sa mère, qui la soutiendra toujours, ses tantes, tant du côté maternel que paternel, qui ont fréquenté les universités, dans des domaines autres que scientifiques.
À trois ou quatre ans, elle fréquente l' École de l'éveil, une école maternelle orientée vers les sciences naturelles, fondée par Marcelle Gauvreau, située au Jardin botanique de Montréal. Ces cours s'insèrent dans la continuité des enseignements de ses parents. Elle reçoit la couronne de « Reine de l'École de l’Éveil », par le maire de Montréal, Camillien Houde, lors d'un spectacle de fin d’année, en 1948.
Elle fait ses études primaires dans le quartier Rosemont où elle habite. Elle entreprend ensuite ce qui se nomme alors le cours classique. Elle continue de s'intéresser aux sciences ; elle s'inscrit en plus à un cours d’entomologie, donné le samedi au Jardin botanique, et à un cours d'été de quelques semaines en géologie et botanique, donné non loin de Montréal. En tant que représentante de son Collège, Marie-Anne, elle fait un exposé et gagne un prix à l’une des premières « expos-science » organisées au Québec et tenue à l’Université de Montréal.
Études universitaires
modifierEn 1964, elle obtient « avec grande distinction », un baccalauréat ès arts (B.A.), option physique mathématique, au Collège Basile Moreau et reçoit un prix honorifique en sciences. Elle s’oriente définitivement vers la physique et les mathématiques ; en 1967, elle obtient un baccalauréat spécialisé en physique (B.Sc.), de l'Université de Montréal. Pendant l'été suivant, elle est engagée comme assistante de recherche par le professeur de mathématique A. Ronveau, de l'Université de Montréal. Après une année d'études en maîtrise, elle se dirige vers des études doctorales à l'Université de l'Alberta.
Au département de physique de cette université, elle est assistante d'enseignement, puis boursière du Conseil national de recherche du Canada, pendant trois ans. Elle se forme à la recherche auprès du Dr Abdul Naim Kamal[2] et du Dr Mohsen Razavy[3], deux théoriciens ; ils lui permettent de participer à des écoles d’été à l'Université McGill et à l'Université de Toronto. Son domaine d’expertise se développe en physique des hautes énergies ; elle fait paraître des publications scientifiques à partir de ses travaux en théorie de la diffusion. En 1973, elle obtient un doctorat (PhD.) en physique théorique de l’Université de l'Alberta. Le titre de sa thèse est : Test of Resonance Recognition Criteria[4] ; son directeur de thèse est le Dr A.N. Kamal[2]. Une publication de cette recherche en suivra une autre faite avec le Dr M. Razavy[3] et intitulée Multiple Scattering by Two Centers of Force[5].
Carrière
modifierDe 1973-75, elle est Boursière post-doctorat du Ministère de l'Éducation du Québec, d’abord à l'Université de Princeton, puis au Centre de recherche mathématique de l’Université de Montréal. Pendant l'été 1974, elle participe à l’École de physique du Centre de l'accélérateur linéaire de Stanford (SLAC) en Californie et en 1975, à l'Institut de physique théorique de juin des Houches, en France. En 1976-77, elle enseigne la physique quantique et la physique classique à l'Université de Moncton.
Depuis plusieurs années, elle pose sa candidature à des postes de professeur dans les universités de langue française du Québec ; elle n’est jamais retenue ; elle passe une année comme professeur invité à l’Université de Moncton, puis se retrouve sans emploi. En 1977, bien avant la mise en œuvre des mesures d’accès à l’égalité au Québec, les mentalités sont fermées à l’idée qu’une femme puisse être professeur de physique à l’université.
De retour à Montréal, elle occupe divers postes temporaires dans l’enseignement. Elle donne un cours de physique classique à l’Université du Québec à Montréal et un cours d'optique et structure de la matière au secteur technique du CEGEP Ahuntsic. Pendant l’été 1978, elle est invitée à l'Institut de physique théorique de l’Université de l'Alberta pour y faire de la recherche avec le Dr. M. Razavy[3].
Hydro-Québec l’engage comme Instructeur à son Centre de formation en techniques nucléaires. Ce travail constitue pour elle un retour dans le monde du travail ; elle s’installe à Trois-Rivières.
De 1980 jusqu'à sa retraite en 1997, elle sera employée d’Hydro-Québec. Première femme instructeur[réf. nécessaire], elle enseigne la physique nucléaire et la physique du réacteur au personnel de la Centrale nucléaire de Gentilly. Elle est ensuite Conseiller à la section Physique et analyste ; elle participe à la mise en service de la centrale nucléaire Gentilly II. Elle est, entre autres, chargée du test des barres liquides, l’un des systèmes servant à la régulation de la réaction nucléaire de fission à l’intérieur du réacteur. Elle rédige aussi des rapports de mise en service requis pour obtenir l’homologation de la centrale.
À partir de 1984, sa carrière se poursuit à l'Institut de recherche d'Hydro-Québec (IREQ) situé à Varennes, principalement à titre de chercheur en fusion thermonucléaire contrôlée, au Centre canadien de fusion magnétique (CCFM)[6]. Ce poste l’amène à l’étude de problèmes de propagation d’ondes dans un plasma, puis à celle du plasma de bord dans le Tokamak de Varennes et enfin à l’étude de la trajectoire de particules sous l’effet des champs électriques d’un Tokamak.
Luce Gauthier aura le souci de l’avancement des femmes et principalement des femmes de science. Elle publie plusieurs articles dans les revues de la Canadian Association of Physicists (Association canadienne des physiciens et physiciennes) et de l’American Physical Society. Elle est membre du conseil d’administration de l’Association des femmes diplômées des universités (University Women Association), pendant plusieurs années, puis membre de l’Association « Pour les droits des femmes du Québec », (PDF-Québec), pendant dix ans.
En 1994, elle est nommée membre de la Commission de l’enseignement collégial du Conseil supérieur de l’Éducation ; elle y fait deux mandats. Elle s’adresse aux jeunes et au public pour faire connaître les sciences, par des écrits et des conférences. Elle continuera après sa retraite, qu'elle prend en 1997[7]. Elle sera alors conseillère à l’ACFAS et guide bénévole au Jardin botanique de Montréal.
En 2024 elle publie un livre sur la mécanique quantique destiné à un public intéressé au sujet sans en être familier.
Dans le livre Propos d’une physicienne sur la situation de la femme de science, publié en 1999, aux Éditions Carte blanche, elle révèle les obstacles qu’elle a rencontrés[7]. Elle serait une des premières physiciennes canadiennes-françaises, détenant un PhD, qui aurait travaillé dans le domaine de la physique jusqu’à sa retraite.
Publications
modifierPublications scientifiques
modifierThèse de doctorat (Doctor of Philosophy in theoretical physics)
modifier- Luce Gauthier, Test of resonance recognition criteria in potential scattering, Université de l'Alberta, 1973[8],[9].
Première partie de carrière
modifier- L. Gauthier et M. Razavy, « Multiple Scattering by Two Centers of Force », Canadian Journal of Physics, vol. 51, no 12, , p. 1322–1334 (ISSN 0008-4204, DOI 10.1139/p73-176, lire en ligne, consulté le ).
- (en) Luce Gauthier et A. N Kamal, « Tests of resonance recognition criteria in coupled channel problems with separable potentials », Annals of Physics, vol. 88, no 1, , p. 193–241 (ISSN 0003-4916, DOI 10.1016/0003-4916(74)90402-3, lire en ligne, consulté le ).
- (en) Luce Gauthier et A. N Kamal, « On the definition of the resonance with examples two-channel models », Annals of Physics, vol. 90, no 2, , p. 515–529 (ISSN 0003-4916, DOI 10.1016/0003-4916(75)90007-X, lire en ligne, consulté le ).
- (en) R. C. Brunet, L. Gauthier et P. Winternitz, « Possible ambiguities in $pi$N phase-shift analysis », Phys. Rev., D, v. 13, no 5, pp. 1390-1404, (lire en ligne, consulté le )
Deuxième partie de carrière
modifierAu cours de la deuxième partie de sa carrière, Luce Gauthier présente plusieurs publications internes chez Hydro-Québec, sur des sujets touchant la physique du réacteur de la centrale nucléaire de Gentilly II, et sur des sujets concernant le Tokamak de Varennes. Elle prend part aux publications externes suivantes :
- C. N. Lashmore‐Davies, V. Fuchs, G. Francis et A. K. Ram, « A theory of fast‐wave absorption, transmission, and reflection in the ion cyclotron range of frequencies », The Physics of Fluids, vol. 31, no 6, , p. 1614–1622 (ISSN 0031-9171, DOI 10.1063/1.866701, lire en ligne, consulté le ).
- (en) P. Couture, A. Boileau, R. Décoste et B. Gregory, « Biasing of closed double null poloidal divertor plates on TdeV », Physics Letters A, vol. 163, no 3, , p. 204–208 (ISSN 0375-9601, DOI 10.1016/0375-9601(92)90409-F, lire en ligne, consulté le )
- (en) « Plasma Physics and Controlled Nuclear Fusion Research 1994, Vol. 4 Proceedings of an International Conference held in Seville, Espagne, 26 Septembre -1 Octobre 1994 », sur www.iaea.org, (consulté le )
Autres ouvrages
modifierConférences
modifierConférences scientifiques
modifier- Diffusion multiple par deux centres de force, Centre de recherches mathématiques, Université de Montréal, 1973.
- Test des critères de résonances au moyen de modèles solubles à voies couplées, Centre de recherches mathématiques, Université de Montréal, 1974.
- Sur la définition d’une résonance, Réunion de la division régionale de l’est de l’Association canadienne des physiciens, CRM, Université de Montréal, 1974.
- La résonance 3-3 du système pN, Centre de recherches mathématiques (CRM), Université de Montréal, 1975.
- Test des critères de résonances au moyen de Modèles solubles à voies couplées, Collège de France, Paris, France,1975.
- Multiple Scattering by two Centers of Force, Royal Military College of Canada, Kingston, Ontario, 1976.
Invitations et publications de travaux relativement à la cause des femmes de science
modifier- Présentation d'un mémoire lors de la consultation qui a suivi la publication du Livre Vert : Pour une politique québécoise de la recherche scientifique. 1979[12]. Elle y traite entre autres de la situation des femmes en science.
- Sur invitation du Ministre d'État au développement culturel, participation à un atelier de travail sur La recherche universitaire, à la suite de sa présentation d’un mémoire dans le cadre de la consultation entreprise par le Gouvernement du Québec, après son Livre Vert, .
- Conférencière à la salle polyvalente Cavalier-de-LaSalle, dans le cadre d'une journée d'orientation organisée par le comité Carrières et attitudes, .
- Déléguée par Hydro-Québec au Premier sommet mondial sur les femmes et la multi-dimensionnatité du pouvoir, .
- Participation à l’émission Découverte animée par Pierre Maisonneuve, sur les ondes de Radio Canada, 1990.
- Répartition des inscriptions aux cours de physique du CEGEP selon la variable sexe. L. Gauthier et P. Lavoie-Ste-Marie, Bulletin de l’Association des femmes diplômées des universités, 1995.
- Luce Gauthier, « Réflexions en marge de l'éditorial de J.S.C. McKee : A Real Missing-Mass Problem (Un véritable problème de masse manquante) », La Physique au Canada, , p. 24 (lire en ligne).
- Propos d'une physicienne sur la situation de la femme de science, Québec, Carte blanche, , 62 p. (ISBN 978-2922291308, SUDOC 091480353).
- Participation à l'émission Réalités 1999, Radio Centre-ville, Montréal à la suite de la parution de son livre : Propos d’une physicienne sur la situation de la femme de science (1999).
- Recherche, rédaction et présentation de la brochure Notre héritage un tremplin pour demain pour le cinquantième anniversaire de l’AFDU-Montréal, (Association des femmes diplômées des universités-Montréal), 12 pages, .
- Participation à l’émission scientifique Les années-lumière, Radio-Canada, Montréal (), à la suite de la parution de son livre : Propos d’une physicienne sur la situation de la femme de science.
- (en) Luce Gauthier, « Women in Science or Women Scientist ? », American Physical Society News, août - septembre 2001 (lire en ligne).
- Présentation de la communication, Women in Physics at McGill University during the 20th Century, au 12e congrès de la ICWES (International Conference of Women Engineers and Scientists), Ottawa, 27-[13].
- Présidence de la session, Technical Papers Engineering/Physics au 12e congrès de la ICWES (International Conference of Women Engineers and Scientists), Ottawa, 27-[13].
- Conférencière invitée, Colloque sur Les femmes et les sciences, Congrès de l’ACFAS, Québec, .
- Participation au colloque : Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques : des réflexions et des actions pour la relève. Université du Québec à Trois-Rivières. Octobre 2003.
- (en) Luce Gauthier, « Women in Physics at McGill University during the 20th Century », Physics in Canada, , p. 313 (lire en ligne).
- (en) Luce Gauthier, « Response to the letter of Dr E.J.Stansbury », Physics in Canada (La physique au Canada), , p. 4 (lire en ligne), 60, no 1, janvier/.
- Invitée à l'émission Pensée libre, animateur Serge Bouchard, Radio-Canada, .
- (en) Luce Gauthier, « Critique du livre Out Of The Shadows, Contributions of Twentieth-century Women to Physics », Physics in Canada/La physique au Canada, , p. 244 (lire en ligne).
Notes et références
modifier- ↑ Pascale Dubé, « Entrevue avec Luce Gauthier sur Propos d'une physicienne sur la situation de la femme de science » (entretien avec Luce Gauthier puis résumé de son ouvrage), Bulletin de l'Association de la francophonie à propos des femmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (AFFESTIM), , pp. 13-17 (lire en ligne)
- 1 2 (en) Suzette Chan, « Remembering AN Kamal », sur Université de l'Alberta, (consulté le )
- 1 2 3 (en) « M. Razavy »
- ↑ (en) Luce Gauthier, « Test of Resonance Recognition Criteria », Annals of Physics, Volume 88, Issue 1, November 1974, Pages 193-241,
- ↑ (en) Luce Gauthier, « Multiple scattering by two centers of force », Canadian Journal of Physics. Vol. 51, p.1322,
- ↑ « Centre canadien de fusion magnétique » (consulté le )
- 1 2 3 Alison Prentice, « A Blackboard in Her Kitchen: Women and Physics at the University of Toronto », Scientia Canadensis, vol. 29, no 2, , p. 17–44 (ISSN 1918-7750 et 0829-2507, DOI 10.7202/800518ar, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Gauthier, Luce (auteure) », sur Worldcat (consulté le )
- ↑ (en) Luce Gauthier, Test of resonance recognition criteria in potential scattering, Edmonton (Alberta), , 124 p. (lire en ligne)
- ↑ Université de Laval (Canada), « Références : Tables des matières de livres » (pdf), Références, mise à jour du 2 mars 2005 (lire en ligne)
- ↑ Luce Gauthier, Propos d'une physicienne sur la situation de la femme de science, Carte blanche, (ISBN 978-2-922291-30-8, OCLC 46488643, lire en ligne)
- ↑ Ministre d'état au développement culturel, « Pour une politique québécoise de la recherche scientifique », (consulté le )
- 1 2 (en) Women Engineers and Scientists (INWES), « 12th international conference of women engineers and scientists »
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Annie Cloutier, « Propos d'une physicienne sur la place de la femme en science », Les matins éphémères, Radio CKVL, .
- Luce Gauthier, entrevue par Pascale Dubé, Littérature scientifique : Entrevue avec Luce Gauthier sur Propos d’une physicienne sur la situation de la femme de science, Bulletin de l'AFFESTIM, (consulté le ).
- (en) Alison Prentice, « A Blackboard in Her Kitchen: Women and Physics at the University of Toronto », Scientia Canadensis - Revue canadienne d'histoire des sciences, des techniques et de la médecine, vol. 29, no 2, , p. 17-44 (lire en ligne).
Liens externes
modifier- Ressource relative à la recherche :

