Lucentum
Lucentum (en grec ancien : Λούκεντον, Loúkenton), appelée Lucentia par Pomponius Mela[1], est l'ancêtre romain de la ville d'Alicante, en Espagne[2]. Le terme désigne le site archéologique où se trouvent les vestiges de cette ancienne agglomération, à El Tossal de Manises, près du quartier Albufereta à Alicante.
| Nom local |
(la) Lucentum |
|---|
| Pays | |
|---|---|
| Communauté autonome | |
| Province | |
| Comarque | |
| Municipalité | |
| Altitude |
38 m |
| Coordonnées |
| Statut |
|---|
| Remplace |
|---|
| Site web |
|---|
Le site archéologique s'étend sur environ 30 000 m2 et est ouvert à la visite. Il présente notamment les vestiges de l'enceinte fortifiée (dont les fondations des tours de défense préromaines), les thermes, le forum, une partie d'une nécropole musulmane et de nombreuses maisons. Par ailleurs, une partie du Tossal de Manisses fait l'objet de fouilles, qui devraient permettre d'accroître la taille et l'importance du site.
L'influence de Lucentum est également présente dans la culture de la région, de nombreuses entreprises, associations et clubs sportifs de la région d'Alicante portant le nom de l'ancienne cité.
Histoire ancienne
modifier
Diodore attribue la fondation de Lucentum au chef carthaginois Hamilcar Barca[3]. Centre commercial méditerranéen et ibérique, la ville entretenait des relations d'affaires avec la Grèce, la Phénicie et Tartessos, cité méridionale ibérique, et s'imprégna de certaines de leurs influences. Ce mélange donna naissance à une culture que Pline l'Ancien et Strabon nomment Contestani. Ses ruines présentent plusieurs caractéristiques typiquement carthaginoises[4].
La ville punique était connue des Grecs sous le nom de « Promontoire Blanc » ou « Citadelle Blanche », et se présentait sous diverses formes : Ákra Leuká (en grec ancien : Ἄκρα Λευκά), Ákra Leukḗ (Ἄκρα Λευκή) et Leukḕ Ákra' (Λευκὴ Ἄκρα)[5]. Tite-Live a traduit en latin le second sens du nom grec, nommant la localité Castrum Album[6],[5]. Le Grec a probablement traduit le nom punique du site, bien que certains préfèrent imaginer qu'il s'agit de la transcription d'un toponyme ibérique contenant les mots lug (« eau ») et cant (« falaise »)[7].
La ville connut son apogée entre le Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C., et la majorité de ses vestiges portent l'empreinte romaine. Elle fut refondée sous le nom de Lucentum (du latin lucere, désignant le promontoire blanc)[5] après la conquête de la région par Publius Cornelius Scipio lors de la deuxième guerre punique. Au fil des siècles, elle acquit un caractère pleinement romain, avec ses thermes, forums, temples, égouts, etc. Elle fut l'une des principales villes de la province romaine d'Hispanie tarraconienne[8].
La ville commença à décliner au IIe siècle et fut pratiquement abandonnée à la fin du IIIe siècle. La principale cause de ce déclin fut la concurrence de la ville voisine d'Ilici (l'actuelle Elche), qui bénéficiait de meilleures voies d'accès terrestres et fluviales et commença à accaparer le commerce de Lucentum. Finalement, la localité fut entièrement dépeuplée et le site ne servit plus que de cimetière musulman aux Xe et XIe siècles[9].
Histoire moderne
modifier
Les premiers éléments modernes concernant la localisation de l'ancienne cité remontent à 1780, lorsque le comte de Lumiares, Antonio Valcárcel Pío de Saboya y Moura (es), suggéra que les ruines de Tossal de Manises, qu'il avait lui-même fouillées pendant plusieurs années, étaient en réalité celles de Lucentum[10]. Cette hypothèse contredisait l'opinion courante de l'époque, selon laquelle la ville romaine se situait bien au-delà d'Alicante. Plus tard, les ruines furent fouillées par José Lafuente Vidal et Francosco Pacheco Figueras, qui mirent au jour la cité carthaginoise plus ancienne. Dans les années 1930, elles furent de nouveau fouillées par le professeur José Belda Dominguez, et c'est à cette époque qu'une nécropole fut découverte lors de travaux routiers[11].

Le site recèle des vestiges des époques ibérique et romaine, mais l'influence romaine (surtout à partir du Ier siècle apr. J.-C.) prédomine, tant par le matériel mis au jour que par les ruines subsistantes. La ville romaine fut construite par-dessus la cité ibérique, dont il ne reste pratiquement rien, hormis les remparts. Le niveau inférieur est contemporain d'une nécropole fouillée dans les années 1930 pour la construction d'une route, et dont le matériel est aujourd'hui conservé au Musée archéologique d'Alicante. Parmi les objets découverts, se trouvent plusieurs chaudrons, ainsi que des céramiques ibériques ornées de motifs géométriques, d'oiseaux et de poissons, des sculptures, des bijoux, des amulettes d'origine égyptienne, des poteries et des armes. Parmi les bijoux retrouvés, un type de pendentif, probablement à usage masculin, est particulièrement remarquable car il suggère l'existence d'un atelier local dont la production se retrouvait dans d'autres sites funéraires de la région. Enfin, la « Kore de Alicante », actuellement conservée au Musée d'archéologie de Catalogne, pourrait provenir de ce site[12].
Après la Seconde Guerre mondiale, le site, bénéficiant d'une situation privilégiée avec une vue imprenable sur l'ancienne lagune et la baie, était menacé de disparition, victime de la spéculation immobilière. Cependant, les efforts de ses défenseurs, notamment de l'archéologue suédoise Solveig Nordström, ont permis de le préserver. Ces efforts ont abouti en 1961 à son classement comme « Monument artistique et historique », lui conférant une certaine protection juridique. Malheureusement, le mouvement de préservation n'a pas pu empêcher l'urbanisation galopante autour du site, si bien que les ruines sont aujourd'hui entourées d'immeubles et perdent toute pureté visuelle[13].
Malgré les protections légales obtenues pour les ruines, celles-ci ont souffert de négligence et d'exposition aux intempéries pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que des efforts soient enfin entrepris dans les années 1990 pour les conserver. Ces efforts ont abouti à des travaux de construction récents, dirigés par l'architecte Rafael Pérez Jiménez et l'archéologue Manuel Olcina Doménech, visant à la conservation définitive et irréversible des vestiges. Une telle restauration représente un jalon culturel pour Alicante[14].
Notes et références
modifier- ↑ Pomponius Mela, De situ orbis, vol. 2.6.6.
- ↑ Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, T. 2, Ch. Delagrave, 1883, p. 1652.
- ↑ Diodore de Sicile, Bibliotheca historica, vol. 25.2.
- ↑ Antonio Valcarel, Lucentum oy la ciudad de Alicante en el reyno de Valencia reacion de las inscriptiones, estatuas, medallas, idolos, lucernas, barros, y demás monumentos antiguos hallados entre sus ruinas representados en laminas Lucentum oy la ciudad de Alicante en el reyno de Valencia reacion de las inscriptiones, estatuas, medallas, idolos, lucernas, barros, y demás monumentos antiguos hallados entre sus ruinas representados en laminas, 1780, p. 11.
- 1 2 3 Roman Policy in Spain, Harvard Studies in Classical Philology, p. 209.
- ↑ Tite Live, Ab urbe condita Libri, vol. 24.41.
- ↑ Jacques R. Pauwels, Beneath the Dust of Time: A History of the Names of Peoples and Places, Londres, 2009.
- ↑ William Smith (ed.), Acra Leuce in Dictionary of Greek and Roman Geography, Londres: John Murray, 1854-1857.
- ↑ Pierre Rouillard, Laurent Costa, Jesús Moratalla Jávega, Des carrières en archipel au pays de la Dame d'Elche (Alicante, Espagne), 2020, p. 59.
- ↑ Juan Manuel Abascal Palazón, Rosario Die, Rosario Die Maculet, Antonio Valcárcel Pío de Saboya, conde de Lumiares (1748-1808) apuntes biográficos y escritos inéditos, 2009, p. 90.
- ↑ Miquel Tarradell, Gabriela Martín, Els Antigons-Lucentum una ciudad romana en el casco urbano de Alicante, 1970, p. 27.
- ↑ Archivo de prehistoria levantina, volume 33, 2020, p. 163.
- ↑ Solveig Nordström, La céramique peinte ibérique de la province d'Alicante, 1969, p. 64.
- ↑ Frédérique Horn, Ibères, Grecs et Puniques en Extrême-Occident les terres cuites de l'espace ibérique du VIIIe au IIe siècle av. J.-C., 2011, p. 330.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Enrique Llobregat Conesa, Ilucant : un cuarto de siglo investigación histórico-arqueológica en tierras de Alicante, 1991.
Liens externes
modifier- Site officiel
- Ressource relative à la géographie :
