Luis Barragán
Luis Ramiro Barragán Morfín, né le à Guadalajara (Mexique), décédé le à Mexico, est un architecte mexicain. Il est l'un des plus célèbres architectes mexicains connu pour son style unique, synthèse poétique entre l’architecture vernaculaire des haciendas et le mouvement Moderniste. Il théorise cette approche sous le nom d'« Architecture émotionnelle », privilégiant la beauté, le silence et la sérénité sur la simple fonction.
| Luis Barragán | |
| Présentation | |
|---|---|
| Nom de naissance | Luis Ramiro Barragán Morfín |
| Naissance | Guadalajara (Mexique) |
| Décès | (à 86 ans) Mexico (Mexique) |
| Nationalité | Mexicaine |
| Formation | Escuela Libre de Ingenieros (Guadalajara) |
| Œuvre | |
| Réalisations | Maison Barragán (Mexico) |
| Distinctions | Prix Pritzker 1980 |
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Son oeuvre se caractérise par l'usage de murs monumentaux, de jeux de lumière dramatique et de couleurs saturées (rose, bleu, jaune) qui sculptent l'espace. Il a été distingué par le prix Pritzker en 1980 et sa Maison-atelier est classée depuis 2004 au patrimoine mondial de l'humanité, seule résidence individuelle d'Amérique latine à avoir reçu cet honneur.
Biographie
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Jeunesse, formation et débuts
modifierLuis Barragán Morfín est né le à Guadalajara au Mexique. Il passe une partie de son enfance dans la hacienda familiale, près de Mazamitla[1], dont l'architecture rurale (murs épais, patios, fontaines) marquera sa mémoire. Après son diplôme d'ingénieur obtenu en 1923, il voyage à travers l'Europe et découvre à Paris les écrits de Ferdinand Bac, dessinateur français et créateur de jardins qui décrit ses aménagements paysagers dans deux ouvrages marquant et dont Barragan visitera le jardin des Colombières, près de Menton, en 1931. L'influence de Bac sera majeure : il lui enseigne que « le jardin est un lieu magique » voué à la méditation et à l'enchantement, bien plus qu'à la simple décoration[2].
À l'occasion de ce voyage, il visite aussi l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes à Paris, puis, en Espagne, les jardins de l'Alhambra à Grenade (espagne). Cette découverte est déterminante : il y puise son goût pour les murs clos qui protègent l'intimité, l'usage de l'eau pour le calme, et la séparation entre le monde extérieur bruyant et le monde intérieur.
De retour au Mexique en 1927, il s'installe à Guadalajara où il réalise ses premières œuvres architecturales, principalement des maisons pour des clients particuliers. Leur style est influencé par le style des architectures méditerranéennes, l'architecte y mettant en pratique les concepts de Bac[3]. Toujours en quête de savoir architectural, en 1931 il se rend en Europe où il assiste à une conférence de Le Corbusier, rencontre l'architecte et visite notamment la villa Savoye à Poissy et la villa Stein-de Monzie à Garches. Il rapporte aussi à Mexico de nombreux ouvrages sur l'avant-garde architecturale européenne (Gropius, Loos, Mallet-Stevens et les ouvrages de Le Corbusier). La même année, avant d'arriver un Europe, il avait fait étape à New York où il fréquente le muraliste José Clemente Orozco et l'architecte autrichien Frederick Kiesler, médiateur des idées d'Adolf Loos. En 1935, Barragan s'installe à Mexico.
Vers le Modernisme
modifierÀ Mexico, l'époque est à l'effervescence culturelle, le milieu intellectuel et artistique est dynamisé par l'arrivée de nombreux européens qui se rencontrent dans la 'casa azul' de Frida Kahlo. L'architecture est en pleine expansion grâce aux nombreux programmes de construction mis en place par le gouvernement de Lázaro Cárdenas. Dix ans plus tard, le fonctionnalisme, est à son apogée, porté par son chef de file José Villagrán García[4], et par Juan O'Gorman, concept à l'encontre duquel tendra Luis Barragán, cherchant une architecture "émotionnelle". Il se mue alors en architecte-promoteur, achètent des terrains pour y construire maisons de ville et immeubles locatifs dans les nouveaux quartiers à l'ouest de la capitale[5]. En 1943 il achète au Sud de Mexico des terrains où il crée le parc du Pedregal. La même année, il construit son atelier accolé à sa maison à Tacubaya, un quartier populaire de la ville. Manifestation emblématique de son langage architectural, cet ensemble sera classé en 2004 au patrimoine mondial de l'humanité. Les travaux des jardins du Pedregal débutent en 1945. Énorme chantier de 5,1 km2, c'est un projet majeur dans la carrière de Barragán. Ces terrains près de San Angel sont constitués d'affleurements de roches volcaniques. Le projet du Pedregal tient autant de l'architecture que de l'urbanisme et de l'aménagement paysager. Barragán y conçoit une partie des habitations, les circulations, les fontaines, les places, les plans d'eau.. . Barragan a reçu le prestigieux prix Pritzker en 1980. Il recompose et ordonne en une géométrie à la fois rigoureuse et savante les données naturelles des sites, avec des volumes dépouillés où interagissent lumière et couleur. En 1996, la Barragan Foundation a été créée à Birsfelden en Suisse, avec l'achat, par un industriel suisse, des archives de l'atelier Luis Barragán, le Mexique n'ayant pu éviter leur vente (entreprise Vitra). En 1997, une partie du fonds Armando Salas Portugal, le photographe attitré de Luis Barragán, a été également acquis en Suisse. L'ensemble de ces documents est géré par la Barragan Foundation. À Mexico DF, la Fundación de Arquitectura Tapatía Luis Barragán gère la maison-atelier de l'architecte, lieu d'élection des amateurs du monde entier.
Caractéristiques de l'oeuvre
modifierContrairement aux modernistes qui prônent le blanc, Barragan utilise la couleur comme un matériau à part entière. Influencé par le peintre Chucho Reyes, il utilise des teintes saturées (rose mexicain, bleu indigo, jaune solaire) pour définir les espaces et provoquer une réaction émotionnelle immédiate. Pour lui, la couleur sert à « agrandir ou rétrécir un espace ² et à capter la lumière crue du Mexique [6].
Barragan scultpte la lumière, qu'il considère comme divine. Il utilise souvent des fenêtres hautes ou cachées pour créer des rais de lumière indirects, favorisant une ambiance de pénombre propice au recueillement. L'eau est omniprésente dans ses patios (fontaines, bassins, abreuvoirs), non pour le décor, mais pour le son qui apaise et isole du bruit urbain.
L'architecte rejette la maison ouverte sur la rue (vitrines). Il conçoit ses bâtiment comme des forteresses tournées vers l'interieur, protégeant des jardins luxuriants invisibles depuis l'extérieur. Il déclare : « Je crois qu'une maison doit être un jardin clos, pas une vitrine. » [7].
Principales réalisations
modifier- 1927 : Casa Robles León (sa première réalisation, un projet de restructuration)
- 1929 : Casa González Luna (aujourd'hui Casa ITESO Clavigero) à Guadalajara.
- 1948 : Maison Barragán à Tacubaya (Mexico) qui a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004 ;
- 1955 : Plan urbain de la Colonia Jardines del Bosque à Guadalajara.
- 1954 : Maison d'Antonio Galvez à San Ángel ; il en confie la création du mobilier à la designeuse Clara Porset[8] ;
- 1957 : Torres de Satélite à Mexico, en collaboration avec le sculpteur Mathias Goeritz;
- 1966-1968 : Cuadra San Cristobal (Les Ecuries) (Los clubes, Mexico). Un projet iconique conçu pour les chevaux. Des murs monumentaux rose fuchsia et violets se reflètent dans les bassins d'eau, créant une géométrie abstraite et surréaliste.
- 1975-1977 : Casa Gilardi
- Fuente de los Amantes, ranch San Cristobal à Los Clubes
- Torres Satélite
Distinctions
modifier- 1980 : Prix Pritzker
- 1984 : Membre honoraire de l'American Academy of Arts and Letters
- 1984 : Membre honoraire de l'Université de Guadalajara
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ Pauly 2002, p. 15
- ↑ Tim Street-Porter, « Architecture of Mexico: the houses of Luis Barragan », Mexconnect, (consulté le )
- ↑ Eggener 2001, p. 7
- ↑ Pauly 2002, p. 104
- ↑ Pauly 2002, p. 116
- ↑ « Luis Barragán, ou l’architecture émotionnelle en lumière », sur Light ZOOM Lumière - Portail de la Lumière et de l'Éclairage, (consulté le )
- ↑ UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Maison-atelier de Luis Barragán », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial (consulté le )
- ↑ (es) Ana Elena Mallet, « Clara Porset, diseño e identidad », Artelogie. Recherche sur les arts, le patrimoine et la littérature de l'Amérique latine, no 5, (ISSN 2115-6395, DOI 10.4000/artelogie.5487, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) Fondation Barragan
- (es) Page de la Maison Luis Barragán
- (en) Galerie photo de prix Pritzker
- (es) Page de la Maison Clavigero
- Article inspirationnel sur Luis Barragán https://www.westwing.fr/inspiration/lifestyle/voyage/luis-barragan-larchitecte-coloriste-mexicain/
Bibliographie
modifierBibliographie principale
modifier- Danièle Pauly, Barragan : l'espace et l'ombre, le mur et la couleur, Bâle, Birkhäuser, (réimpr. 2008), 1re éd., 231 p. (ISBN 3-7643-6680-X et 978-3-7643-6680-3, OCLC 57031162, BNF 38960673)Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre. Paru aussi en version anglaise sous le titre Barragan: space and shadow, walls and colour en version allemande sous le titre Barragan: Raum und Schatten, Mauer und Farbe.
- L'architecture moderne depuis 1900, William j.r. Curtis, 3ème édition
- René Burri (photographies) et Luis Barragán (citations) (trad. Frank Straschitz), Luis Barragán [« Luis Barragán »], Londres, Phaidon, , 80 p. (ISBN 0-7148-3960-4 et 978-0-7148-3960-8, BNF 37755232, LCCN 00690792)
- (en) Luis Barragán, Antonio Toca Fernández, José María Buendía Júlbez et al. (préf. Alvaro Siza, photogr. Mariana Yampolsky), Barragán : The Complete Works, New York, Princeton Architectural Press, , 232 p. (ISBN 1-56898-322-0 et 978-1-56898-322-6, OCLC 51861822, LCCN 2003006081)
- (es) Juan Molina y Vedia et Luis Barragán (ill. Rolando Schere), Luis Barragán : paraísos4, Madrid4, Kliczkowski4, , 1414 p. (ISBN 978-987-9474-02-0 et 987-9474-02-3, OCLC 462849172, BNF 4, lire en ligne)
Bibliographie annexe
modifier- (en) Keith Eggener (préf. Marc Treib), Luis Barragán's gardens of El Pedregal, New York, Princeton Architectural Press, , 1re éd., 161 p., 29 cm (ISBN 1-56898-267-4 et 978-1-56898-267-0, OCLC 45708095, BNF 39002704, LCCN 2001000170)