Loutre à pelage lisse

espèce de mammifères
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Lutra perspicillata, Lutrogale perspicillata · Simung

Loutre à pelage lisse
Description de cette image, également commentée ci-après
Loutre à pelage lisse à Kota Kinabatangan, Sabah, île de Bornéo, Malaisie.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Lutrinae
Genre Lutra

Sous-genre

Lutrogale
Gray, 1865

Espèce

Lutrogale perspicillata
(I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1826)

Statut de conservation UICN

( VU )( VU )
VU A2acd : Vulnérable

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 04/02/1977

Répartition géographique

Description de l'image Smooth-coated Otter area.png.

Synonymes

La Loutre à pelage lisse (Lutra perspicillata syn. Lutrogale perspicillata), également connue sous le nom de Simung, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés.

Cette loutre (sous-famille des Lutrinés), est le plus souvent classée dans son propre genre Lutrogale, mais des analyses génétiques suggère qu’elle ne compose qu’un petit groupe à part au sein du genre Lutra selon Mammal Diversity Database ()[2].

Elle habite les eaux douce des régions d'Asie du Sud et du Sud-Ouest, la majorité de sa population se trouvant en Asie du Sud-Est. Elle est classée comme vulnérable sur la Liste rouge de l'UICN depuis 1996, car elle est menacée par la perte de son habitat, la pollution des zones humides et le braconnage lié au commerce illégal d'espèces sauvages. Comme son nom l'indique, sa fourrure est relativement lisse et un peu plus courte que celle des autres espèces de loutres.

Dénominations

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Taxonomie

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Lutra perspicillata est le nom scientifique proposé par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en 1826 pour une loutre « brune » collectée à Sumatra[6]. Lutrogale a été proposé comme nom de genre par John Edward Gray en 1865 pour les loutres ayant un front et un nez plus convexes, en utilisant perspicillata comme espèce type[7]. Aux XIXe siècle et XXe siècle, plusieurs premiers spécimens types ont été décrits, notamment :

  • Lutrogale perspicillata sindica — proposée par Reginald Innes Pocock en 1940, lorsque sept peaux claires de loutres à pelage lisse ont été collectées et documentées dans les districts de Sukkur et de Khairpur dans la province du Sind, au Pakistan[8] ;
  • Lutrogale perspicillata maxwelli — proposée par Robert William Hayman en 1957, et nommée d'après le naturaliste et auteur britannique Gavin Maxwell, après qu'un mâle adulte de couleur brun foncé a été collecté sur les rives du Tigre, en Irak[9].

La loutre à pelage lisse est la seule espèce vivante du genre monotypique Lutrogale. Trois sous-espèces régionales sont actuellement reconnues[10] :

La loutre à pelage lisse, avec la loutre cendrée et les loutres à joues blanches, forme un clade frère du genre Lutra. La loutre à pelage lisse et la loutre cendrée ont connu une divergence génétique il y a environ 1,33 ± 0,78 million d'années. Une hybridation de mâles loutres à pelage lisse avec des femelles loutres cendrées s'est produite à Singapour. La progéniture résultante et ses descendants se sont ensuite reproduits au sein de la population de loutres à pelage lisse, tout en conservant les gènes de leurs ancêtres loutres cendrées. Aujourd'hui, une population urbaine d'au moins 60 loutres hybrides existe à Singapour[13].

En 2022, une étude génomique a démontré que le genre Lutrogale s'inscrit dans un clade monophylétique très cohérent avec le genre Lutra, tout comme les genres Amblonyx et Aonyx. Face au constat que la classification actuelle de la sous-famille des loutres est devenue d'une grande complexité taxinomique, comptant huit genres pour seulement treize espèces, dont cinq genres monospécifiques, les chercheurs recommandent de simplifier cette structure. Afin de mieux refléter l'histoire évolutive et la parenté de cette lignée d'Afrique et d'Eurasie, il est donc préconisé de regrouper ces espèces sous le seul genre Lutra. En suivant cette révision, le genre Lutrogale serait amené à devenir caduc (mis en synonymie) et la loutre à pelage lisse changerait de nom scientifique pour devenir Lutra perspicillata[14]. Mais même en 2025, l’UICN reconnaît encore Lutrogale comme étant un nom de genre valide selon ITIS ()[15].

Phylogénie

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Phylogénie des espèces actuelles de loutres de l'Ancien Monde d'après les études de Koepfli et al. (2008)[16] et de Ferran et al. (2024)[17] :

Loutres de l'Ancien Monde

Enhydra lutris (Énhydre marine)



Hydrictis maculicollis (Loutre à cou tacheté)



Genre Lutra

Lutra lutra (Loutre d'Eurasie)



Lutra sumatrana (Loutre de Sumatra)





Genre Aonyx

Aonyx capensis (Loutre à joues blanches)



Aonyx cinerea (Loutre cendrée)



Aonyx congicus (Loutre du Congo)




Genre Lutrogale

Lutrogale perspicillata (Loutre à pelage lisse)






Caractéristiques

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La loutre à pelage lisse possède un pelage court et luisant, dont la couleur varie du brun foncé au brun roussâtres sur le dos, avec un ventre brun grisâtre plus clair. Elle se distingue des autres espèces de loutres par une tête plus « arrondie » et par sa truffe glabre en forme de losange. La queue est aplatie, contrairement aux queues plus rondes ou cylindriques des autres loutres. Les pattes sont courtes et puissantes, avec de larges pieds palmés dotés de griffes robustes et acérées pour manipuler les proies glissantes comme des poissons. Il s'agit d'une espèce de loutre relativement grande, pesant entre 7 à 11 kg et mesurant environ 59 à 64 cm de long (tête-corps) avec une queue de 37 à 43 cm. Les femelles possèdent deux paires de mamelles avec lesquelles elles allaitent des portées de plusieurs petits[10].

Répartition et habitat

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 Loutre à pelage lisse, rive de la rivière Tungabhadra, Hampi, Karnataka, Inde
Loutres à pelage lisse sur la berge de la rivière Tungabhadra, Hampi, Karnataka, Inde.

La loutre à pelage lisse a son aire de répartition au Pakistan, en Inde, au Népal, au Bhoutan, au Bangladesh, dans le sud de la Chine, au Myanmar, en Thaïlande, au Cambodge, au Viêt Nam, en Malaisie péninsulaire, à Singapour, ainsi que sur les îles de Bornéo, Sumatra et Java. Une population isolée vit dans les marais d'Irak[18].

Elle a souvent été observée en eau salée près des côtes, en particulier sur de petites îles, mais nécessite une source d'eau douce à proximité[19]. Elle habite les zones où l'eau douce est abondante, comme les zones humides, les marécages saisonniers, les rivières, les lacs et les rizières. Là où elle est la seule espèce de loutre présente, elle occupe presque n'importe quel habitat approprié. Cependant, lorsqu'elle est sympatrique avec d'autres espèces de loutres, elle évite les petits ruisseaux et canaux au profit de masses d'eau plus importantes[10].

Les groupes de loutres à pelage lisse étudiés dans la rivière Moyar préféraient les zones rocheuses près des segments de rivière à débit rapide, avec du sable meuble et peu de couverture végétale[20].

On craignait que la population des Marais de Mésopotamie n'ait péri, mais des traces de loutres ont été trouvées en 2009, suggérant que la population pourrait avoir survécu[21]. Des peaux de loutres à pelage lisse ont été trouvées lors d'enquêtes entre 2005 et 2012 à proximité des Marais de Hammar et de Hawizeh. Des traces et des épreintes trouvées dans la Province d'Erbil pourraient également provenir de ces Animaux[12].

Dans le Gujarat, des loutres à pelage lisse ont été documentées près de lacs, de canaux et de mangroves dans la périphérie de Surate en 2015[22]. À Singapour, elles se sont bien adaptées aux environnements urbains et utilisent des structures comme les espaces sous les bâtiments comme alternatives aux terriers. Elles utilisent également des escaliers et des échelles pour entrer et sortir des canaux en béton aux parois verticales[23]. Cette population est bien protégée et en augmentation constante, certaines familles, comme la famille de loutres de Bishan, devenant une vue commune et attirant l'attention des médias[24].

Comportement et écologie

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Loutres à pelage lisse, parc national de Nagarhole, Inde

La loutre à pelage lisse vit en groupes pouvant compter jusqu'à 11 individus. Elles se reposent sur les berges sablonneuses des rivières et établissent leurs tanières sous les racines des arbres ou parmi les rochers. Des observations dans la péninsule malaise indiquent qu'elles sont principalement actives durant la journée, avec une courte période de repos à la mi-journée. Elles marquent leur territoire en urinant et en laissant des épreintes sur les rochers ou la végétation[25],[26].

Elles communiquent par des vocalisations telles que des sifflements, des pépiements et des gémissements[10].

Alimentation

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Des loutres à pelage lisse ont été observées en train de chercher de la nourriture sur les berges des rivières, parmi les troncs d'arbres[25]. Elles se nourrissent principalement de poissons, notamment des genres Trichogaster, des Anabantidés et des poissons-chats. Pendant la saison de la plantation du riz, elles chassent également des rats dans les rizières. Les serpents, les amphibiens et les insectes constituent une petite partie de leur régime alimentaire[27]. Particulièrement dans les zones où elles partagent leur habitat avec d'autres espèces de loutres, elles préfèrent les poissons plus grands, mesurant généralement entre 5 et 30 cm de long[19],[28].

Dans le parc naturel de Kuala Selangor, un groupe de loutres a été observé en train de chasser. Elles formaient une ligne ondulante, légèrement en forme de V, pointant dans la direction du mouvement et presque aussi large que le ruisseau. Les individus les plus grands occupaient la section centrale. Dans cette formation, elles ondulaient vivement à travers le ruisseau, provoquant la panique des poissons qui sautaient hors de l'eau quelques mètres devant elles. Elles plongeaient soudainement pour saisir les poissons avec leur museau. Ensuite, elles rejoignaient la rive, lançaient un peu le poisson sur la partie boueuse de la berge et l'avalaient d'un seul coup, la tête la première[29].

Dans les agroécosystèmes traditionnels d'eau saumâtre appelés « terres Khazan » dans l'estuaire de la Zuari à Goa, l'analyse de 815 échantillons d'épreintes a révélé un régime dominé par les poissons, suivis par les crevettes, les crabes, les mollusques, les oiseaux et les amphibiens, avec une plus grande dépendance aux crustacés pendant la mousson pour s'adapter aux changements de salinité et de disponibilité des proies[30],[31].

Reproduction

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Jeunes loutres à pelage lisse au Wingham Wildlife Park, Angleterre.
Cri d'une loutre à pelage lisse.

Les loutres à pelage lisse forment de petits groupes familiaux composés d'un couple reproducteur et de jusqu'à quatre descendants des saisons précédentes[32]. L'accouplement a lieu dans l'eau et dure moins d'une minute[33].

Tant que les ressources alimentaires sont suffisantes, elles se reproduisent tout au long de l'année, mais là où elles dépendent des précipitations de la mousson, elles se reproduisent entre octobre et février. La plus grande portée enregistrée à l'état sauvage, composée de sept loutrons, a été observée à Singapour en novembre 2017[34].

Les petits naissent après une période de gestation de 60 à 63 jours, avec une taille de portée habituelle allant jusqu'à cinq petits. Les mères mettent bas et élèvent leurs jeunes dans un terrier près de l'eau. Elles construisent elles-mêmes ce terrier ou en occupent un abandonné. À la naissance, les petits sont aveugles et sans défense, mais leurs yeux s'ouvrent après 10 jours. Ils sont sevrés vers l'âge de trois à cinq mois et atteignent leur taille adulte vers un an, ainsi que leur maturité sexuelle à deux ou trois ans[10].

Interactions avec l'Homme

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Menaces

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Panneau au Jardin botanique de Singapour avertissant les visiteurs de la présence de la population locale de loutres.

La loutre à pelage lisse est menacée par le braconnage, la perte et la destruction des zones humides, car celles-ci sont converties pour les habitations, l'agriculture et des projets hydroélectriques. Les cours d'eau sont pollués par des pesticides tels que les hydrocarbures chlorés et les organophosphates. Ces facteurs entraînent une réduction de la base de proies. Les loutres sont tuées sans discernement, en particulier sur les sites d'aquaculture. Le piégeage des loutres est répandu en Inde, au Népal et au Bangladesh[18].

Le long de la Chambal, en Inde, les loutres à pelage lisse sont les plus vulnérables en hiver, lorsqu'elles élèvent leurs jeunes. Durant cette saison, elles sont dérangées par les humains qui récoltent les cultures et ramassent du bois le long des étendues rocheuses de la rivière[35].

Six juvéniles ont été découverts dans un sac abandonné à l'Aéroport international de Bangkok en janvier 2013. Il s'agissait du premier cas de loutres à pelage lisse soupçonnées d'être destinées au commerce illégal d'animaux de compagnie[36]. Entre 2016 et 2017, au moins sept loutres à pelage lisse ont été proposées à la vente sur des sites web par des commerçants en Thaïlande et en Malaisie[37].

Conservation

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La loutre à pelage lisse est une espèce protégée dans la plupart des pays de son aire de répartition et elle est classée mondialement comme espèce vulnérable. Elle était inscrite à l'Annexe II de la CITES depuis 1977[18]. Depuis août 2019, elle est incluse dans l'Annexe I de la CITES, renforçant ainsi sa protection face au commerce international[38].

Importance culturelle

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Dans le sud du Bangladesh, les loutres à pelage lisse sont utilisées pour la pêche commerciale. Elles sont élevées en captivité et entraînées à chasser les poissons vers les filets de pêche. En 2011, cette technique de pêche était utilisée par environ 300 pêcheurs, et 2 000 personnes supplémentaires dépendaient indirectement de cette pratique pour leur subsistance[39].


Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
  2. ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
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Voir aussi

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Liens externes

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