Lydia Oswald

espionne suisse

Lydia Oswald est une espionne nazie, journaliste et auteure suisse, née à Saint-Gall le et morte à Zurich le .

Lydia Oswald
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Lydia Oswald (1906-1982). Collection privée.
Nom de naissance Lydia Greta Oswald
Alias
La Mata Hari suisse ou l'espionne aux yeux vert émeraude
Naissance
Saint-Gall
Décès (à 75 ans)
Zurich
Nationalité Suisse
Profession
Autres activités
Ascendants
Heinrich Oswald

Aventurière et demi-mondaine, la presse surnomme Lydia Oswald « la Mata Hari suisse ».

Biographie

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Contexte familial

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Lydia Greta Oswald est née à Saint-Gall le d'un père suisse et d'une mère allemande. La famille compte quatre enfants mais le père, Heinrich Oswald, abandonne le foyer en 1923[1].

Elle effectue un apprentissage dans une maison de couture zurichoise. Elle s'est ensuite rendue au Mexique via Marseille, Alger et San Francisco[1].

Espionne allemande

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En , elle est recrutée par l'Abwehr à Genève[2] et initiée probablement par Elsbeth Schragmüller, cheffe de l'espionnage allemand contre la France[3]. Lydia Oswald suit une formation d'espionne à Lindau, sur le lac de Constance. Le traité de Versailles et surtout celui des accords de Locarno interdisent toute activité d'espionnage de la part des Allemands, mais cela n'empêche pas les services de renseignements allemands de poursuivre leurs activités en secret[4].

Lydia Oswald séjourne à Paris, puis à Marseille, et à partir de 1935 dans les ports militaires de Toulon et de Brest, où elle arrive le . Ses différents voyages la font repérer par le service de contre-espionnage français[2].

À Brest, elle entame une relation avec un lieutenant de vaisseau, René Guignard, 29 ans, afin d'obtenir facilement le plus d'informations possible sur les installations militaires. Ce dernier lui présente un de ses amis, le lieutenant de corvette Jean de Forceville, 28 ans. Guignard doit partir en service pour les Antilles en . Pendant son absence, Jean de Forceville est à son tour sous le charme de Lydia Oswald et lui fait visiter des navires de guerre[2].

Les autorités décident de passer à l'action et le , Oswald est arrêtée à la gare de Brest[5]. Une perquisition dans sa chambre d'hôtel permet de retrouver sa correspondance, de nombreux documents et un bordereau de dépôt de 5 000 francs, vraisemblablement d'Allemagne. On retrouve également une note d'une certaine Fraulein Doktor, qui n'est autre qu'Elsbeth Schragmüller.

Son procès s'ouvre le à Brest[6]. Elle avoue sa mission d'espionne, mais affirme ne pas être une professionnelle. Lydia Oswald est surnommée par la presse : « la Mata Hari suisse » ou « l'espionne aux yeux vert émeraude ». Elle est condamnée à neuf mois de prison et une fois sa peine accomplie à la prison de Pontaniou, elle est expulsée vers la Suisse.

René Guignard et Jean de Forceville  placés en détention dans une enceinte militaire  sont finalement acquittés, mais la Marine décide leur retrait par une mise en non-activité. Forceville avait fait une tentative de suicide dans sa prison[7] .

Journaliste

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Photographie de Lydia Oswald et du réalisateur, Hans Leuenberger, vers 1937.

En 1936, Lydia Oswald fait la connaissance du réalisateur, scénariste, caméraman, producteur et sympathisant nazi Hans Leuenberger (1909-1979)[8]. Le couple a pour projet la réalisation d'un film, Traverser l'Asie en voiture[9]. Ils effectuent un long voyage de à qui les mène de la Suisse à travers la Turquie, la Syrie, l'Irak, l'Inde, la Birmanie, le Siam, l'Indochine, la Chine[10] et le Japon[11].

Leur périple connaît des mésaventures dès le commencement. Ils sont arrêtés au mois de en Turquie car Oswald et Leuenberger pénètrent dans une zone militaire. Lydia Oswald poursuivait-elle son activité d'espionne dans cette région[12] ? En Perse, leurs visas sont refusés. À Bombay, les amants sont jugés indésirables par les Britanniques et sont assignés à résidence.

Leurs récits de voyage sont financés et publiés par le magazine Schweizer Illustrierte Zeitung et connaissent un succès auprès du public. Cette notoriété va servir leurs idées politiques.

En 1938 est publiée une brochure d'Oswald, intitulée : « Encore d'autres mercenaires ? Expériences d'un national-socialiste suisse », contre laquelle le Journal suisse des enseignants met en garde, car il s'agit d'une publication de propagande national-socialiste destinée aux femmes suisses[13].

Ensuite, Oswald et Leuenberger réalisent le documentaire Ukraine 1943, « qui aurait fait la fierté de la propagande allemande » d'après le journaliste et dessinateur Carl Böckli[note 1],[14]. Le film étant soudainement devenu obsolète en raison de la guerre, il est projeté en Suisse par les associations cinématographiques de ce pays afin d'en amortir les coûts[14],[15].

Après-guerre

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Avec la chute du Troisième Reich, Hans Leuenberger et Lydia Oswald cessent momentanément leur activité journalistique. Aucun délit n'est retenu contre eux par les Alliés et ils ne sont pas inquiétés par la justice bien qu'ils soient des sympathisants et des agents de la propagande du nazisme. Lydia Oswald aurait également travaillé pour la Gestapo en 1941[16].

Dès 1946, Leuenberger et Oswald parcourent l'Amérique du Sud, puis le continent africain et réalisent plusieurs films documentaires. Le couple finit par se séparer à partir de 1950 et Lydia Oswald devient la secrétaire et la maîtresse du journaliste américain d'origine allemande Karl Henry von Wiegand (1874-1961)[note 2],[17], directeur pour l'Europe, du groupe de presse américain Hearst[18].

Karl von Wiegand a interviewé en 1921 un idéologue inconnu d'extrême droite, Adolf Hitler. Wiegand est l'un des premiers journalistes à prendre Hitler au sérieux. Son article est publié au mois de , un an avant le putsch manqué de Munich[19]. Le , Wiegand avec d'autres reporters américains, Hans von Kaltenborn (CBS) et Ludwig « Louis » Paul Lochner (Associated Press), sont reçus par Hitler au Nid d'Aigle à Obersalzberg[20],[21].

En 1940, un mois après l'invasion de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, Wiegand obtient un nouvel entretien avec Hitler[19].

Lydia Oswald accompagne Wiegand dans ses nombreux déplacements. En 1954, elle demeure à Rome avant de se retirer à Zurich où décède Wiegand, le . Elle meurt dans cette même ville, le [17].

Agent double ?

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Une enquête du Foreign Service des États-Unis mentionne dans un document confidentiel en date du et à destination du service de sécurité britannique, que[22] :

« Lydia Oswald, née le à Saint-Gall, en Suisse, est soupçonnée d'être un agent soviétique. Début 1951, elle se trouvait apparemment à Madrid, en Espagne, et de là, elle se serait rendue au Maroc avec Carl Heinz von Wiegand. »

Cette information est à situer dans le contexte du maccarthysme qui règne aux États-Unis pour cette période. Lydia Oswald était-elle un agent double ou après la guerre, s'est-elle mise réellement au service de l'Union soviétique ? Dans tous les cas, Lydia Oswald reste sous la surveillance constante des différents services de renseignements.

Représentations culturelles

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Documentaires

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  • 2020 : reportage historique, « Brest : L'espionne aux yeux vert émeraude » (Brest: Die Spionin mit den smaragdgrünen Augen), diffusé sur Arte, le dans la série, Culture et Pop Art[23].
    • L'édition française est présentée par Linda Lorin dans l'émission Invitation au voyage, sous le titre de : À Brest, l'espionne aux yeux d'émeraude.

Bandes dessinées

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Deux albums du dessinateur Briac Queillé ont pour trame, l'affaire Lydia Oswald[24] :

  • Quitter Brest, Sixto éditions, Nantes, 6 novembre 2015
    Scénario : Yvon Coquil - Dessin : Briac Queillé - (ISBN 979-1-09093-911-0)
  • Avel reter, Nadoz-Vor Embannadurioù, Brest, 1er octobre 2016
    Scénario et dessin : Briac Queillé - (ISBN 979-1-09324-107-4)

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles

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  • Fabien Lostec, « Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald », En Envor, revue d'histoire contemporaine en Bretagne, Bruz, no 07, (ISSN 2266-3916, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Bernard Hautecloque, « Lydia Oswald : une Mata Hari venue de Suisse », Société française d'Histoire de la police, Paris, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Ouvrages

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  • Rémi Kauffer (dir.), Les femmes de l'ombre : l'histoire occultée des espionnes, Paris, Éditions Perrin, , 450 p. (ISBN 978-2-262-07731-0, lire en ligne), chap. 15 (« Sous le signe de la croix gammée : L'espionne aux yeux d'émeraude »), p. 139 et 140
  • Gérard Chauvy (dir.), L'Abwehr : 1939-1945, les services secrets allemands en France, Paris, Éditions Perrin, , 496 p. (ISBN 978-2-262-10362-0 et 978-2-262-07665-8, lire en ligne), chap. 2 (« Les renseignements militaires allemands s'attaquent à la France : Lydia Oswald, nouvelle Mata-Hari ? »)
  • (en) Norman Domeier (dir.), American Journalists in Hitler's Germany Des journalistes américains en Allemagne hitlérienne »], Rochester (État de New York), Éditions Camden House Inc., , 444 p. (ISBN 978-1-640-14168-1, lire en ligne), « Wiegand, The Hearst press and national-socialism [Wiegand, le groupe de presse Hearst et le national-socialisme] », p. 207 et 208
    Voir également la note no 164 à propos de Lydia Oswald, secrétaire, assistante et compagne de Wiegand.

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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Notices et ressources

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Notes et références

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  1. Carl Böckli est né le à Saint-Gall et mort le à Heiden. Il est un graphiste, professeur de dessin, caricaturiste, écrivain et éditeur suisse, connu notamment pour son travail dans le magazine suisse satirique Nebelspalter.
  2. Karl Henry von Wiegand est né le à Glaam, Hesse en Allemagne et mort le à Zurich. Il est un journaliste et correspondant de guerre américain. Wiegand est l'un des journalistes américains ayant exercé le plus longtemps à Berlin, en Allemagne. Il est passager du Graf Zeppelin lors de son premier vol transatlantique et de son premier tour du monde, ainsi que du Graf Hindenburg lors de son premier vol transatlantique. En 1942, il est interné avec sa collègue, Lady Drummond-Hay, dans un camp de prisonniers japonais alors qu'il couvre le théâtre d'opérations du Pacifique.

Références

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  1. 1 2 Bernard Hautecloque, Lydia Oswald : une Mata Hari venue de Suisse, 2019, chap. « Une Fräulein voyageuse », p. 2.
  2. 1 2 3 Bernard Hautecloque, Lydia Oswald : une Mata Hari venue de Suisse, 2019, chap. « Le sphinx aux yeux d'émeraude », p. 3.
  3. Fabien Lostec, Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald, 2016, chap. « Une espionne formée par un mythe », p. 4.
  4. Fabien Lostec, Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald, 2016, chap. « Le renseignement nazi et la France », p. 3.
  5. Fabien Lostec, Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald, 2016, chap. « De la Suisse alémanique à Brest : l'itinéraire singulier d'une espionne », p. 3.
  6. Fabien Lostec, Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald, 2016, chap. « Un procès de genre », p. 7.
  7. Bernard Hautecloque, Lydia Oswald : une Mata Hari venue de Suisse, 2019, chap. « Une arrestation de 1re classe », p. 4.
  8. (de) « Hans Leuenberger (° 10 janvier 1909 - † 10 octobre 1979) », sur Filmportal.
  9. (de) E. H., « Association technique SIA Winterthour : compte rendu de la 64e Assemblée générale », Schweizerische Bauzeitung, Zurich, vol. 113, no 02, , p. 26 (conférence filmée : « Traverser l'Asie en voiture », lire en ligne).
  10. (de + fr) Lydia Oswald et Hans Leuenberger, « La guerre à l'Est et à l'Ouest », Zürcher Illustrierte, 13e année, Zurich, no 41, , p. 1288 et 1289 (1937, Chine, lire en ligne).
  11. (de + fr) Lydia Oswald, « Une choucroute tassée dans un restaurant chez Leuenberger à Tokyo », Zürcher Illustrierte, 13e année, Zurich, no 50, , p. 1613 (1937, Japon, Tokyo, lire en ligne).
  12. Fabien Lostec, Une espionne nazie en rade de Brest : l'affaire Lydia Oswald, 2016, chap. « Des verdicts différenciés », p. 10.
  13. (de) Comité de rédaction, « Groupe de travail, Femmes et démocratie : résultats et lignes directrices de la Conférence d’automne de Bâle », Schweizerische Lehrerinnen-Zeitung, 43e année, Berne, no 10, , p. 148 et 149 (Lydia Oswald : « Encore d’autres mercenaires ? », lire en ligne).
  14. 1 2 (de + fr) Carl Böckli, « Toujours avides de friandises étrangères : les petits poissons ne voient souvent pas les hameçons ! », Nebelspalter, 70e année, Horn (Thurgovie), no 10, , p. 19 (illustration : Ukraine 1943, lire en ligne).
  15. (de) Comité de rédaction, « Annonces du club, section officielle : association bernoise du cinéma culturel », Berner Schulblatt (L'École Bernoise), 76e année, Berne, no 43, , p. 666 (Ukraine 1943, lire en ligne).
  16. Voir la note biographique des Archives nationales du Royaume-Uni : (en) « Greta Lydia Oswald, contexte du catalogue », sur The National Archives
    Note intégrale : « Greta Lydia Oswald, Suissesse. Emprisonnée en France en 1935 pour espionnage au profit de l'Allemagne, Oswald aurait travaillé pour la Gestapo en 1941 ».
  17. 1 2 Bernard Hautecloque, Lydia Oswald : une Mata Hari venue de Suisse, 2019, chap. « L'air du large », p. 7.
  18. (en) Norman Domeier (dir.), American Journalists in Hitler's Germany Des journalistes américains en Allemagne hitlérienne »], Rochester (État de New York), Éditions Camden House Inc., , 444 p. (ISBN 978-1-640-14168-1, lire en ligne), « Wiegand, The Hearst press and national-socialism », p. 207 et 208.
  19. 1 2 (en) « New Material Added To The Papers Of Karl H. Von Wiegand, The Most Read Hearst Journalist », sur Hoover.org
    Traduction : « [Wiegand] rencontre Adolf Hitler pour la première fois en 1921 et publie une interview de ce dernier (l'une des premières) en novembre 1922 […] En 1940, un mois après l'invasion de la France par l'Allemagne, von Wiegand interviewe Hitler une seconde fois et poursuit sa couverture de la Seconde Guerre mondiale ».
  20. (en) Hans von Kaltenborn, « An Interview with Hitler : August 17, 1932 », The Wisconsin Magazine of History, Madison (Wisconsin), vol. 50, no 4, , p. 283 à 290 (ISSN 0043-6534, présentation en ligne).
  21. (en) « Photographie de journalistes américains rencontrant Adolf Hitler », sur Hoover Institution, library and archives.
  22. (en) « Greta Lydia Oswald », sur The National Archives.
  23. (de + fr) « Brest : L'espionne aux yeux vert émeraude », sur Arte.
  24. Yann Lagadec, « Vent d'Est sur Brest », En Envor, revue d'histoire contemporaine en Bretagne, Bruz, no Hors série, (ISSN 2266-3916, Archives Bandes dessinées, lire en ligne).