Médaillon de Cavillargues

Le médaillon de Cavillargues est un médaillon d'applique en terre cuite d'époque romaine, découvert en 1845 à Cavillargues, dans le Gard, et conservé au musée de la Romanité de Nîmes. Daté entre 125 et 250 apr. J.-C., il ornait à l'origine un vase fermé avant d'être remployé comme couvercle d'une urne funéraire. Il représente un combat de gladiateurs opposant le rétiaire Xanthus au secutor Eros, entourés de plusieurs personnages liés au déroulement du spectacle.

Le médaillon de Cavillargues.

La présence de dix personnages, des noms et du palmarès des deux combattants ainsi que de l'inscription latine stantes missi, indiquant l'issue de leur affrontement, en font un témoignage particulièrement détaillé sur la gladiature romaine.

Description

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Le médaillon est réalisé en argile orange épurée, moulée et recouverte d'un engobe orangé. Il mesure 16,6 cm de hauteur sur 16,1 cm de largeur et 3,5 cm de profondeur, pour un poids d'environ 300 grammes. Il constituait à l'origine un décor appliqué sur la panse d'un vase fermé, probablement une cruche ou une olla[1].

La scène principale représente deux gladiateurs face à face. À gauche se trouve un rétiaire, identifié par l'inscription comme Xanthus. Il porte notamment une manica protégeant son bras et un galerus à l'épaule et combat avec un trident ; son filet n'est pas représenté. À droite, le secutor Eros, figuré de dos et en mouvement vers son adversaire, est équipé d'un casque, d'un grand bouclier rectangulaire (scutum), d'une jambière et d'une protection au bras droit[2],[3].

Les gladiateurs évoluent au-dessus d'une structure matérialisée par des croisillons. Celle-ci est interprétée comme un pontus, une estrade accessible par des plans inclinés sur laquelle pouvaient se dérouler certaines variantes des affrontements entre rétiaires et secutores. Les combattants participant à ce type de duel sont parfois désignés comme des pontarii[3].

Deux personnages placés de part et d'autre du combat portent sur leur épaule des pancartes, ou tabellae, donnant le nom et le palmarès des gladiateurs. Deux autres personnages sont interprétés comme les arbitres du combat[2], le summa rudis et le secunda rudis[3].

Dans la partie supérieure du médaillon figure un second groupe composé de quatre personnages. Le musée de la Romanité y reconnaît les deux gladiateurs après leur affrontement, accompagnés de deux musiciens lors de leur sortie de l'arène. Ce groupe est associé à l'inscription stantes missi[2],[3].

Inscriptions

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Trois inscriptions figurent sur le médaillon :

  • XANTHVS CAES XV, associée au rétiaire Xanthus[2] ;
  • EROS CAES XVI, associée au secutor Eros[2] ;
  • STANTES MISSI, relative à l'issue du combat[2].

Les chiffres XV et XVI indiquent respectivement quinze victoires pour Xanthus et seize pour Eros. Éric Teyssier interprète la mention Caes(aris) commune aux deux combattants comme l'indication de leur appartenance au même ludus, qu'il désigne comme l'« école des Césars », sans considérer pour autant qu'il s'agisse nécessairement d'une école impériale[2]. La notice Joconde propose pour sa part une lecture de Caesaris comme indiquant que les deux hommes sont des « esclaves de Caesar ».

L'expression stantes missi signifie que les deux gladiateurs ont été « renvoyés debout » : aucun des combattants n'ayant réussi à obtenir la décision sur son adversaire, tous deux ont pu quitter l'arène vivants sans être déclarés vaincus[2]. Le musée de la Romanité présente une telle issue comme aussi prestigieuse qu'une victoire.

Interprétation du combat

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Selon l'interprétation proposée par Éric Teyssier, la position des combattants correspond à un moment très précis de leur affrontement. Eros serait représenté en train de gravir la rampe permettant d'accéder au pontus, tandis que Xanthus cherche à profiter de son mouvement pour atteindre sa jambe avec son trident[2].

Le secutor neutralise toutefois l'attaque en abaissant son scutum sur le manche du trident. Le poids du bouclier immobilise alors momentanément l'arme contre l'estrade. Xanthus doit choisir entre abandonner son trident afin de reprendre ses distances ou risquer de voir son arme brisée tandis qu'Eros poursuit son mouvement vers lui. Teyssier considère que l'artiste a précisément choisi de représenter cet instant de bascule dans le combat[2].

Cette lecture rejoint les travaux d'archéologie expérimentale consacrés au médaillon, qui interprètent également la posture d'Eros et la structure située sous les gladiateurs comme les indices d'un combat de pontarii.

Le geste de l'un des arbitres est également mis en relation avec l'issue du combat. Celui-ci détourne son regard des gladiateurs et lève la main droite. Teyssier interprète cette attitude comme une demande adressée à l'éditeur des jeux afin que les deux combattants bénéficient d'une double missio[2]. L'inscription stantes missi et le registre supérieur montrant les deux hommes quittant l'arène donneraient ainsi simultanément l'issue de l'affrontement et sa représentation[2].

Découverte et conservation

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Le médaillon est découvert en 1845 sur le territoire de Cavillargues. Il se trouvait alors en remploi comme couvercle d'une urne funéraire, circonstance qui a contribué à sa conservation.

Il est étudié dès le milieu du XIXe siècle. En 1851, l'archéologue Auguste Pelet lui consacre un mémoire intitulé Essai sur un bas-relief découvert en 1845 dans le territoire de Cavillargues, près Bagnols (Gard). Pelet indique alors que Léon Alègre, professeur de dessin à Bagnols, possède le bas-relief et en a envoyé un moulage à l'Académie du Gard afin d'en obtenir une interprétation.

L'objet entre ensuite dans les collections du musée archéologique de Nîmes. Il est aujourd'hui exposé au musée de la Romanité.

Étude et postérité

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Le médaillon a fait l'objet de nombreuses études depuis sa découverte. Pierre Wuilleumier et Amable Audin l'intègrent notamment en 1952 à leur étude des Médaillons d'applique gallo-romains de la vallée du Rhône. Il est également utilisé dans les travaux contemporains consacrés à la gladiature, notamment par Brice Lopez et Éric Teyssier.

Sa représentation particulièrement détaillée du personnel de l'arène, de l'équipement des gladiateurs, du déroulement de leur affrontement et de son issue permet d'étudier non seulement l'iconographie des combats mais également leur organisation et leurs règles[2].

Références

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  1. ↑ « Médaillon de Cavillargues - POP », sur pop.culture.gouv.fr (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Teyssier 2024, p. 200.
  3. 1 2 3 4 « Vivez un combat de gladiateurs ! - Google Arts & Culture », sur Google Arts & Culture (consulté le )

Bibliographie

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