Madeleine De Meulemeester
Madeleine De Meulemeester, née le à Bruges et morte le à Lincé, est une avocate belge. Militante catholique, elle joue un rôle important dans le développement du guidisme catholique belge. Sa participation au sauvetage d'enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale lui vaut le titre de Juste parmi les nations.
Biographie
modifierEnfance
modifierMadeleine De Meulemeester est née à Bruges le . Elle est l’ainée d’une famille de six enfants.
Son père, l’avocat Alphonse De Meulemeester (1826 – 1927) s’est occupé de la brasserie familiale De Arend, située à Bruges et qui appartient à la famille depuis le XIXe siècle[1]. Sa mère, Marie-Jeanne Bruylant (1879 – 1936) est née à Bruxelles dans une famille impliquée dans le monde de l’édition. Ils s’installeront à Sint-Kruis (commune de Bruges) où Madeleine passera ses premières années.
Durant la Première Guerre mondiale, la famille se réfugie en Angleterre. Cet exil jouera un rôle déterminant dans la vie de Madeleine. C’est là qu’elle va découvrir les premiers mouvements de scoutisme féminin (les Girl Guides). Cette expérience va guider son engagement futur au sein du guidisme catholique en Belgique.
En Angleterre, Madeleine va aussi découvrir une autre culture et va acquérir une bonne maîtrise de l’anglais. Bien qu’élevée par une gouvernante flamande, Hélène Vandenbril, elle évoluera principalement dans un monde bilingue, francophone et anglophone[2].
Éducation
modifierDe retour en Belgique après la guerre, Madeleine va suivre la trace de son père, Alphonse De Meulemeester, en entamant des études de droit et obtient son doctorat à l'Université libre de Bruxelles, en 1930.
Forte de ce bagage académique, elle s’investit dans des initiatives éducatives et veut être socialement active, étant très investie dans le catholicisme social de l’entre‑deux‑guerres. Dès 1929, avec le chanoine Joseph Leclercq, elle fonde la Jeunesse Universitaire Catholique féminine (JUC) et 5 ans plus tard, elle participe à la création de l'Association des Femmes Universitaires Catholiques (AFUC). Ces organisations ont pour but de promouvoir le développement des femmes en les encourageant à vivre leur vocation chrétienne tout en s’engageant dans des actions sociales.
Au décès de sa mère en 1936, Madeleine s'installe à Bruxelles avec sa sœur cadette Marcelle De Meulemeester, avec qui elle partage le même engagement social. Toutes deux continueront leur action commune pendant de nombreuses années.
Deuxième Guerre Mondiale
modifierAprès l'occupation de la Belgique par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle rejoint la résistance avec sa sœur Marcelle de Meulemeester[3]. Elles collaborent avec la baronne Marie-Thérèse van der Elst, directrice de « L’Entraide des Travailleuses », dite Kliniekske, un centre médico-social situé rue des Tanneurs dans les Marolles. Ce quartier abritait une importante communauté juive, issue de l'immigration des années 1920[4].
Toutes les deux organisent un réseau caritatif pour sauver et cacher des enfants juifs menacés de déportation, tels que Jacky Borzykowski, Henri Szlamowics ou les frères Gabriel et Edouard Zimmerman[5]. Elles les hébergent temporairement dans leur maison de Boitsfort et les dispersent ensuite dans des familles d’accueil. Leurs frères, Charles, Georges et Jean, les aideront en cachant plusieurs d’entre eux dans le domaine familial situé à Sainte-Croix-lez-Bruges[6].
Leur domicile de Boitsfort sert également de base pour pour la diffusion d'émissions de radio clandestines. Outre les enfants, les sœurs y accueillent des adultes clandestins, comme le couple de réfugiés russes Popov. Malgré une importante présence d’officiers allemands dans leur quartier, les sœurs parviennent à éviter la réquisition de leur maison. Une anecdote rapporte que des officiers allemands renoncèrent à s’y installer car elle ne comptait qu'une seule salle de bain. Cela leur a permis de préserver leur voiture Ford cachée dans le garage et les activités clandestines qui s'y déroulaient[3].
Avec Hélène de Bie, née Van Den Bril, gouvernante, elles participent entre autres au sauvetage du bébé Henri Szlamovicz. La mère d’Henri, Sura Gola, est arrêtée le 13 octobre 1943. Son père, Abraham Szlamowicz reste seul avec Henri, bébé. Il demande de l’aide au curé Buisseret de la paroisse Sainte-Alène. Cependant, le curé ne sait pas l’aider, celui-ci demande alors de l’aide à son vicaire, Balthasar, aumônier de la troupe scoute locale où se trouve Gabriel. C’est ainsi que Marcelle et Madeleine vont chercher Henri Szlamowicz. Elles effectuent le trajet avec un landau pour bébé et Gabriel qui les précède sur sa bicyclette en éclaireur. Les deux sœurs prennent rapidement le bébé et repartent sans un mot. Sur le trajet du retour, une sentinelle allemande passe. Gabriel le distrait tandis que les deux sœurs passent sur le pont derrière lui avec le landau. Elles confient alors le bébé à leur gouvernante, Hélène de Bie, qui va élever l’enfant jusqu'à ce que son père, Abraham Szlamovicz, rescapé, puisse à nouveau le prendre en charge, en 1948. Entre-temps, Hélène avait épousé Benoît de Bie, qui éleva Henri comme son propre enfant[4].
Guidisme
modifierMadeleine De Meulemeester rencontre le guidisme lorsqu’elle et sa fratrie sont réfugiés en Angleterre durant la Première Guerre mondiale, où se développent les premiers mouvements de girls scouts. Cet épisode marquera sa vision du guidisme et la direction qu’elle donnera aux Guides catholiques de Belgique-Katholieke meisjes gidsen van België. Dès la fin de leurs études, elle et sa sœur Marcelle De Meulemeester prennent part aux activités la jeune organisation, fondée sous l’occupation allemande en 1915 sous le nom de Baden-Powell Belgian Girl-Scouts (BPBGS)[7].
Elles continuent ces activités durant la Deuxième Guerre mondiale, malgré l’interdiction progressive des mouvements de jeunesse par l’occupant, en organisant entre autres des camps d'Aide aux enfants de prisonniers (AEP)[8] et des week-ends de formation auxquels participent de nombreuses guides[9].
Madeleine De Meulemeester avait été élue cheftaine de district par le conseil des cheftaines et des assistantes, choix renouvelé le 9 octobre 1945. À cette même occasion, Marcelle De Meulemeester est élue membre du conseil de district en tant que cheftaine éclaireuse[10].



Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’association des guides commence à louer à l’évêché de Liège un bâtiment à Lincé appelé Le Trait d’Union, afin d’y organiser des camps de lutin, de guides et des camps de formation. Madeleine de Meulemeester en devient la gardienne dès 1949. Elle le rachète avec sa sœur Marcelle en 1963 et continue d’y accueillir des activités jusqu’à ce que l’association obtienne l’accès au domaine de Mozet en 1964, qui deviendra le lieu central de la section francophone des guides[14]. Elle y vivra jusqu’à son décès en 1996[15].

De 1945 à 1954, Madeleine De Meulemeester est commissaire générale de l’association, une époque caractérisée par plusieurs mutations de la structure du mouvement. Suivant l’évolution de la question linguistique en Belgique, l’association alors adopte une double structure linguistique, où deux commissaires générales, néerlandophone et francophone, assument à tour de rôle le poste de commissaire nationale[17]. Durant ses années de présidence, chaque branche de l’organisation sera dotée d’un conseil directeur, et l’accent sera mis sur la formation des animateurs, l’animation à la foi et l’ouverture sur l’internationale[3]. Elle assiste entre autres à la conférence internationale des guides qui a lieu du 30 juin au 9 juillet 1951 à Vucht aux Pays-Bas.
À l’occasion du Thinking Day, le 22 février 1947, Madeleine De Meulemeester, alors commissaire nationale de la GCB, écrit dans le journal des guides et des lutins nommé “Semailles” un texte où elle exprime une ligne directrice caritative dirigée vers l’entraide internationale du guidisme.
« Voulons-nous que les Guides et éclaireuses de Belgique contribuent à aider le guidisme dans les camps des populations déplacées en Europe centrale ? Voulons-nous efficacement aider les Guides d’Italie, d’Autriche et d’ailleurs dans leur effort de tout recommencer après leur suppression ? Voulons-nous que nos centres internationaux, comme Notre Chalet et Our Ark, puissent vivre et se multiplier ? Voulons-nous l’organisation des trainings internationaux ? Et l’entrée de nouveau pays comme ceux de l’Amérique du Sud dans notre fraternité mondiale ? Si oui, que chacune – commissaire, cheftaine, éclaireuse, guide et lutin – s'unisse au geste de toutes les Guides du monde pour verser 2 francs à l’occasion du Thinking Day, 22 février 1947. Guides, aidez spontanément vos Cheftaines. Cheftaines amies, sur ce “front” international et chrétien, ne laissez pas la contribution d’un mouvement de chez nous se révéler moins généreuse que celle de nos sœurs hors de Belgique. »[18]
De 1954 à 1963, Madeleine De Meulemeester devient membre du Comité mondial de l'Association mondiale des guides et des éclaireuses[14]. De plus, elle assume en 1958 la fonction de commissaire trainer à la section francophone de la GCB[17].
Fin de vie
modifierMadeleine De Meulemeester ne s’est jamais mariée et n’a pas eu d’enfants : Marcelle et Madeleine ont décidé consciemment de ne pas fonder de famille. C’était une personnalité assez discrète, la fin de sa vie reste donc floue. Elle décède à Lincé le 3 septembre 1996.
Réception
modifierJuste parmi les Nations
modifierLe 8 novembre 1999, elle est reconnue Juste parmi les nations par Yad Vashem avec sa sœur Marcelle De Meulemeester. D’autres membres de la famille sont reconnus comme tel le 3 septembre 2001, dont Jean De Meulemeester et son épouse Betty De Meulemeester-Tempêtes, Georges De Meulemeester et Josane Sigart ainsi que Charles De Meulemeester. Les différents membres de la famille élargie De Meulemeester ont subvenu à tous les besoins des enfants. Gabriel Zimmerman et Jacky Barkan ont témoigné que la famille De Meulemeester, très nombreuse, avait pris grand soin d’eux.
De même, Benoît de Bie et Hélène Vandenbril sont eux aussi reconnus comme Justes parmi les Nations par Yad Vashem le 22 avril 2002[6].
Archives
modifierLes archives de Madeleine De Meulemeester sont conservées dans le Fonds De Meulemeester aux Archives du monde catholique de l’Université catholique de Louvain. Malgré sa grande implication dans le scoutisme belge, il n’existe pas d’archives la concernant chez les Guides catholiques de Belgique. Sa biographie se trouve sur le site du Centre Historique Belge du Scoutisme (CHBS). Cependant, Madeleine était fort discrète et n’a laissé que peu d’archives. On peut retrouver quelques archives au CHBS et aux Archives du monde catholique (ARCA) concernant des festivités pour ses anniversaires ou ses funérailles.
Bibliographie
modifier- « De Meulemeester, Madeleine (1904-1996) », dans Eliane Gubin, Catherine Jacques, Valérie Piette et Jean Puissat, Dictionnaire des femmes belges. XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Éditions Racine, (ISBN 2-87386-434-6, lire en ligne), p. 179-180
- Joost Loncin, Rafle dans les Marolles : quatre enfants juifs sauvés de la Shoah, Louvain-la-Neuve, Versant Sud, (ISBN 978 2 930358 154, lire en ligne)
- Jacky Barkan collection (récit du sauvetage de l'enfant Jacky Barkan par les Madeline et Marcelle De Meulemeester), Caserne Dossin Lire en ligne
- « La révolution tranquille de l’après-guerre : L’Abbé Gillet, Madeleine de Meulemeester, Marie-Louise Somville et Lya Hostie », dans Brève histoire des Guides catholiques de Belgique (1915–2000), (lire en ligne)
- Sophie Wittemans, « Madeleine De MEULEMEESTER » [PDF], sur Centre Historique Belge du Scoutisme, Les biographies du CHBS (consulté le ).
- Henri Goldberg (éd.), « Approfondissement », Traces de Mémoire. Pédagogie et Transmission, no 23, (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- « De Meulemeester Madeleine ; Sœur : Marcelle », sur Yad Vashem. The World Holocaust Remembrance Center.
- Geneviève Iweins d'Eeckhoutte, « De l’œuvre aux fédérations. Le guidisme catholique en Belgique, 1915-1960. Chronique d’un mouvement », dans Thierry Scaillet, Sophie Wittemans et Françoise Rosart (dir.), Guidisme, scoutisme et coéducation. Pour une histoire de la mixité dans les mouvements de jeunesse, Louvain-la-Neuve, ARCA – Academia Bruylant, coll. « Sillages » (no 8), , p. 211-269.
Liens externes
modifierRéférences
modifier- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Madeleine de Meulemeester » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (nl) E. Beakaert et Colenbier, « Heemkunde Brugs Ommeland », sur heemkundebrugsommeland.be, s.d. (consulté le ).
- ↑ Sophie Wittemans, « Madeleine De MEULEMEESTER » [PDF], sur Centre Historique Belge du Scoutisme, Les biographies du CHBS (consulté le ).
- 1 2 3 « De Meulemeester, Madeleine (1904-1996) », dans Eliane Gubin, Catherine Jacques, Valérie Piette et Jean Puissat, Dictionnaire des femmes belges. XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Éditions Racine, , p. 179-180.
- 1 2 Loncin 2003.
- ↑ Henri Goldberg (éd.), « Approfondissement », Traces de Mémoire. Pédagogie et Transmission, no 23, , p. 6 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- 1 2 « De Meulemeester Madeleine ; Sœur : Marcelle », sur Yad Vashem. The World Holocaust Remembrance Center
- ↑ Iweins d'Eeckhoutte 2007, p. 213.
- ↑ Iweins d'Eeckhoutte 2007, p. 242.
- ↑ Loncin 2003, p. 110-111.
- ↑ « Au District de Bruxelles », Le Soc. Revue du guidisme catholique, vol. 11, , p. 24 (lire en ligne).
- 1 2 Photo à l’attention de Suzanne Vandenschrick.
- ↑ Droit de la photo à l’attention de Suzanne Vandenschrick, fille de Rachel Deraymaeker.
- ↑ Henri Goldberg (éd.), « Approfondissement », Traces de Mémoire. Pédagogie et Transmission, no 23, , p. 8 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- 1 2 Iweins d'Eeckhoutte 2007, p. 266.
- ↑ (nl) « Internationale conferentie van de katholieke meisjesgidsen te Vucht (Nederland) », Onder Ons. Parochieblad van Bierbeek, vol. 6, no 22, , p. 1.
- ↑ Geneviève Iweins, « Le guidisme catholique en Belgique, 1915-1960 », Cahiers d’histoire belge du scoutisme, Bruxelles, Centre historique belge du scoutisme, no 18, , p. 26.
- 1 2 Iweins d'Eeckhoutte 2007, p. 253.
- ↑ Madelein De Meulemeester, « Les 2 fr. du Thinking Day », Semailles. Journal des guides et des lutins, vol. 2, , p. 14 (lire en ligne).