Magnifica humanitas
Magnifica humanitas (en français : « Magnifique humanité ») est une encyclique du pape Léon XIV signée le et publiée dix jours plus tard. Elle porte sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle ».
| Magnifica humanitas | ||||||||
| Encyclique du pape Léon XIV | ||||||||
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| Sujet | La protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Le pape inscrit cette encyclique dans la lignée de Rerum novarum de Léon XIII, et y exprime les inquiétudes liées à un usage de l'intelligence artificielle qui déshumanise l'être humain.
Synopsis
modifierMagnifica Humanitas propose une réflexion sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, en interprétant le développement technologique comme l’un des aspects décisifs du changement d’époque contemporain. L’encyclique place au centre la dignité de l’être humain, considérée comme un critère fondamental pour orienter le progrès technique et en évaluer les répercussions sociales, culturelles et morales. Dans cette perspective, elle rappelle les principes de la doctrine sociale de l’Église - en particulier le bien commun, la solidarité et la subsidiarité - comme outils d’interprétation de la transformation en cours. Face aux risques d’une culture marquée par la puissance, la domination et la guerre, le document propose l’horizon d’une civilisation de l’amour fondée sur la justice, le dialogue et la responsabilité partagée[1].
Contexte
modifierLa publication de l'encyclique a lieu environ un an après l'élection de Léon XIV ; à cette date, ce dernier a réalisé son voyage pastoral en Afrique. Durant ce voyage, il a notamment répondu aux critiques directes émises contre lui par Donald Trump et J. D. Vance, mais également par Peter Thiel qui n'apprécie pas que Léon XIV prône la paix contre la crise du multilatéralisme et la régulation de l'intelligence artificielle[2].
Le choix du 15 mai, jour anniversaire de Rerum novarum, revêt une valeur programmatique. En choisissant le nom de Léon, Robert Francis Prevost a manifesté sa volonté de situer son pontificat dans le sillage tracé par Léon XIII et par le magistère social inauguré par l’encyclique de 1891, communément considérée comme l’un des textes fondateurs de la doctrine sociale moderne de l’Église. Magnifica Humanitas s’inscrit dans cette ligne, en se référant à Rerum novarum et en réinterprétant son exigence sociale à la lumière des transformations engendrées par l’intelligence artificielle. Sa réflexion théologique s’enracine en effet dans les principes et les fondements de la doctrine sociale, pris comme critères pour discerner les défis du temps présent[3],[4].
Le thème de l’encyclique du pape Léon XIV, à savoir la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, s’inscrit dans la continuité des réflexions déjà engagées au sein du Saint-Siège sur ce sujet[5].
Une réflexion approfondie sur l’avenir de l’intelligence artificielle avait été proposée en janvier 2024, à travers le message du pape François pour la Journée mondiale de la paix, intitulé « Intelligence artificielle et paix »[6]. Dans ce message, François réfléchit aux progrès de la science et de la technologie comme voie vers la paix et aborde également la dimension éthique de l’IA, y compris les questions relatives à la vie privée, aux préjugés et à l’impact de l’IA sur la dignité humaine, et encourage à relever les défis de l’éducation et du développement du droit international[7].
Dès 2019, la Curie romaine avait entamé un débat sur les implications sociales, éthiques et politiques des changements induits par les technologies numériques, dont l’intelligence artificielle. À cette occasion, le Dicastère pour le service du développement humain intégral (DPIHD) et le Conseil pontifical de la culture (PCC) organisent un séminaire d’experts afin de promouvoir un débat approfondi sur le thème du bien commun à l’ère numérique[8]. Ces mêmes organismes avaient organisé, deux ans plus tôt, une conférence intitulée « Promouvoir le développement humain intégral et la paix à l’ère numérique. Les nouvelles technologies dans le monde post-Covid ». Au cœur du débat : comment la pandémie et le confinement qui s’en est suivi ont accéléré le processus de numérisation ; si, d’un côté, cela a permis l’accès à distance à divers services dans le domaine social, de l’autre, cela n’a pas laissé suffisamment de temps ni pour une réflexion éthique ni pour une réglementation législative exhaustive[9].
Rédaction
modifierPublication
modifierL'encyclique est annoncée dès octobre 2025, soit quelques mois après le conclave ; les premières spéculations envisagent alors une publication rapide, à la fin de l'année[12]. C'est néanmoins en mai 2026 que la publication intervient[13].
L'encyclique est signée par le pape le , soit 135 ans jour pour jour après Rerum novarum de son prédécesseur homonyme Léon XIII, et elle est publiée dix jours plus tard, le lundi de Pentecôte[14].
La présentation de l'encyclique le est effectuée par le pape lui-même, ce qui est une nouveauté, analysée par Mikael Corre de La Croix et par Sarah Belouezzane du Monde comme une attention particulière portée par Léon XIV à ce sujet[15],[11]. En outre, le pape est accompagné, pour cette présentation, du cardinal Fernández (préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi), du cardinal Czerny (représentant le dicastère pour le service du développement humain intégral), des théologiennes Anna Rowlands et Léocadie Lushombo (travaillant sur la doctrine sociale de l'Église), de Chris Olah (spécialiste de l'intelligence artificielle et fondateur de l'interprétabilité mécaniste), et enfin du cardinal Parolin (secrétaire d'État)[15],[16].
Titre
modifierLe titre Magnifica Humanitas évoque la grandeur et le caractère central de la personne humaine. L’encyclique relie cette dignité à son fondement théologique : l’être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est appelé à vivre son existence dans la relation et la communion. Dans cette perspective, l’expérience humaine et l’intelligence qui l’exprime ne peuvent être assimilées au fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle. Le document insiste donc sur la nécessité que ces systèmes soient développés et utilisés dans un cadre de responsabilité humaine, éthique et institutionnelle[17].
Le titre renvoie en outre à la responsabilité partagée de préserver l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle. Cette préservation implique la reconnaissance d’une communion plus large, dans laquelle la fraternité devient une responsabilité concrète envers les plus fragiles[18].
Le titre fait également référence au Magnificat, le cantique de louange prononcé par Marie dans l’Évangile de Luc (Lc 1,46-55). Cette référence introduit une dimension biblique et spirituelle : Marie est présentée comme une icône de foi humble et d’espérance. Dans le cadre de l’encyclique, la référence mariale invite les chrétiens à persévérer dans la prière et à devenir des « tisserands d’espérance » même dans les moments les plus sombres de l’histoire[19].
Les journalistes analysent le titre de l'encyclique comme une proclamation de la nature intrinsèquement magnifique de l'humain malgré les tentatives récentes, motivées notamment par la technologie, de redéfinir les limites de l'humanité[12].
Contenu
modifierDès octobre 2025, il est annoncé que l'encyclique abordera des thèmes liés aux nouvelles questions anthropologiques, avec une attention particulière sur le sujet de l'intelligence artificielle[12]. Durant son discours à Yaoundé, le pape avait déjà déploré que l'intelligence artificielle remplace progressivement « la réalité par sa simulation », ainsi que la mainmise des nouvelles technologies sur les ressources et notamment les terres rares[20]. Toutefois certaines sources vaticanes affirment que le texte ne se cantonnera pas aux sujets liés à la technologie, mais développera une réflexion globale sur les grands défis du XXIe siècle, s'inscrivant dans la doctrine sociale de l’Église[14].
Dès avant la publication, certaines analystes spéculent sur le fait que cette encyclique constitue pour Léon XIV l'équivalent de Rerum novarum pour son prédécesseur éponyme Léon XIII. De la même manière que l'encyclique du XIXe siècle avait posé certaines bases de la doctrine sociale de l'Église catholique, ces mêmes commentateurs estiment que l'encyclique prévue par Léon XIV doit devenir un texte fondateur pour l'ère numérique[12]. Des commentateurs s'attendent à un positionnement clair du pape sur les aspects négatifs et souvent éludés de l'intelligence artificielle : notamment son manque de rentabilité intrinsèque, ses externalités négatives sur le cerveau, sur l'environnement, sur le lien social, sur les libertés, sur l'égalité, sur la dévalorisation du travail ou celle de l'art[21].
Le pape impute la croissance fulgurante de l'intelligence artificielle à une « culture de pouvoir » qu'il dénonce, ainsi que les « nouvelles formes d'esclavage » qu'induit l'économie digitale, et qu'il impute plus particulièrement aux grandes entreprises des technologies numériques, critiquant notamment le fait qu'un pouvoir important était placé entre les mains de quelques acteurs, où ce pouvoir tendait à « devenir opaque et à échapper au contrôle public, [ce qui] augmente le risque d’un développement faussé qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités »[22].
Le paragraphe 110 interpelle particulièrement la presse, Léon XIV décrivant l'intelligence artificielle comme un « environnement dans lequel nous sommes immergés et un pouvoir avec lequel nous devons composer » ; à ce titre, « il ne suffit pas de la réglementer : elle doit être désarmée et rendue accessible ». Ce terme de « désarmement » fait l'objet d'une insistance du pape, qui précise qu'il lui « tient à cœur »[23],[24],[11].
Structure
modifierLe texte de l'encyclique est assez long, tenant en 45 000 mots et 245 paragraphes, soit une longueur comparable à Laudato si' et trois fois la taille de Rerum novarum[23].
Chapitres 1 et 2 : contexte
modifierLes deux premiers chapitres de l'encyclique rappellent le cheminement de la doctrine sociale de l'Église, depuis les pontificats de Léon XIII jusqu'à celui de François, et notamment le fait que cette doctrine soit un « discernement communautaire » permettant de s'adapter aux questions nouvelles. Ces deux chapitres précisent également les principes de cette doctrine — dignité inaliénable de la personne, bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, solidarité, justice sociale — en les liant aux défis liés au numérique et rappelant à l'Église que ces principes s'appliquent également à elle et en invitant cette dernière à un examen de conscience face notamment aux divers abus commis par des membres de l'Église[23].
Ce chapitre constitue également un rappel du fait que l'Église soit légitime à s'exprimer sur les questions sociétales, s'inscrivant notamment en cela dans les pas de son prédécesseur François. Le pape réaffirme même que c'est le devoir de l'Église et un service qu'elle rend à l'humanité de prendre la parole si la dignité humaine et l'avenir des populations sont remis en cause[25]. À ce propos, le pape rappelle que le principe soutenu par l'Église de la destination universelle des biens, matériels, immatériels et culturels, afin qu'ils ne soient pas confisqués par une minorité, principe déjà présent chez les papes précédents, mais également dans la théologie de Thomas d'Aquin, Augustin d'Hippone ou Ambroise de Milan[26].
Chapitre 3 : risques liés à l’intelligence artificielle
modifierLe chapitre 3 dénonce plus particulièrement les risques liés à l'intelligence artificielle, notamment son absence de neutralité morale (§ 104), sa gouvernance confisquée par une poignée de personnes (§ 107), la confiscation des données par le secteur privé (§ 108), les monopoles et l'« asymétrie épistémique » qu'ils créent[23]. De manière plus systématique, c'est le paradigme technocratique qui s'impose, notamment au nom de l'efficacité, qui est dénoncé ici, faisant craindre un asservissement de l'homme à la technique. En outre, le pape dénonce dans ce chapitre la tendance des acteurs de l'intelligence artificielle à définir eux-mêmes les critères éthiques de leur métier ; il estime que ces critères doivent venir d'une autorité extérieure[27].
Chapitre 4 : préserver l'humain
modifierLe chapitre 4 est le plus long du document, et celui qui aborde les aspects les plus concrets. Le pape aborde l'intelligence artificielle comme une nouvelle question ouvrière. Il y dresse un constat assez négatif des risques qu'est susceptible de générer un usage répandu de l'intelligence artificielle : déqualification des travailleurs, surveillance automatisée, ce qu'il n'hésite pas à qualifier de « nouvelles formes d'esclavage ». En réaction, il défend notamment une régulation étatique des outils d'intelligence artificielle, un rôle accru des syndicats, un respect de critères sociaux de l'innovation[23].
Dans le paragraphe 176, le pape demande pardon au nom de l'Église pour son rôle dans l'esclavage[28]. Il estime en effet, dans la droite ligne de François, que l'Église ne peut être crédible que dans la mesure où elle est exemplaire en mesure de justice[26].
Chapitre 5 : guerre et multilatéralisme
modifierCe chapitre s'attaque notamment au concept de la guerre juste, en montrant les limites de cette conception. Par ailleurs, le pape détaille assez précisément la question des armes autonomes en posant des principes à leur usage : traçabilité des décisions, contrôle humain effectif si décision létale et règles internationales communes[23]. La justification de l'opposition à ce concept de guerre juste est innovante : le pape s'inquiète en effet de la capacité de l'intelligence artificielle de « brouiller les frontières entre le vrai et le faux », ce qui fait écho à son discours de Yaoundé quelques semaines plus tôt, où il accusait l'intelligence artificielle du « remplacement progressif de la réalité par sa simulation ». Dans ce contexte, Léon XIV estime que l'usage de l'intelligence artificielle peut entretenir des « récits simplistes, la logique ami-ennemi, la désinformation et la peur »[29].
Inspiration du texte
modifierL'encyclique s'emploie à dénoncer le « paradigme technocratique » déjà dénoncé dans les années 1950 par Romano Guardini[30] et à nouveau par François, notamment dans Laudato si'. En revanche, paradoxalement, la note Antiqua et Nova publiée en janvier 2025 par les dicastères pour la doctrine de la foi et pour la culture et l’éducation, jusqu'alors texte de référence du Vatican sur la question de l'intelligence artificielle, n'est citée que cinq fois[27].
Par ailleurs, les précédents papes sont abondamment cités ou évoqués : 63 fois pour François, 50 pour Jean-Paul II, 29 pour Paul VI, 20 pour Benoît XVI, 14 pour Léon XIII, 8 pour Pie XII, 4 pour Pie XI et pour Jean XXIII[30]. L'Humanité estime que le texte se réfère particulièrement à l'encyclique Quadragesimo anno de Pie XI, écrite en 1931 dans un contexte de crise économique généralisée[31]. Outre les papes, l'encyclique cite également le Concile Vatican II, et notamment la constitution apostolique Gaudium et Spes[25].
La Croix analyse l'absence de neutralité de la technique comme une référence implicite à la pensée de Jacques Ellul, qui réfute l'idée que l'outil ou la technique soient neutres et que seul l'usage détermine le bien ou le mal[32].
Certains commentateurs font également un lien entre ce texte et les tentatives de dialogue initiées entre communistes — notamment Jacques Duclos et Maurice Thorez — et catholiques en 1936 en France, et notamment l'éditorial de La Croix du , écrit par Léon Merklen. Ce texte propose que, « d'un commun accord, catholiques et communistes [dénoncent] les abus, les scandales du néocapitalisme, les déficiences de l’état social contemporain ». Merklen y affirme notamment qu'« une société où la richesse afflue d’une façon opulente et exclusive vers une fraction qui devient maîtresse absolue du commerce et de l’industrie n’est pas conforme au plan de Dieu et marche à sa ruine », ce qui trouve un écho dans le paragraphe 67 de Magnifica humanitas[33].
Une des surprises des commentateurs est de trouver dans l'encyclique une assez longue référence au Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, plus particulièrement au chapitre 9 du livre V, dans Le Retour du roi. Dans ce chapitre, le magicien Gandalf déclare « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver ». Le choix de cette référence n'est pas anodin, l'œuvre de Tolkien étant fréquemment citée par la droite libertarienne américaine et les acteurs techno-économiques de la Silicon Valley, notamment J. D. Vance et Peter Thiel[34].
Réception
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L'équipe éditoriale du Monde y voit un « retentissant avertissement », mais déplore « qu’il faille une autorité religieuse pour rappeler avec force des principes humanitaires, qui devraient être défendus par tous les régimes démocratiques »[35]. Le Wall Street Journal qualifie l'encyclique de « texte appelé à définir le pontificat de Léon », affirmant qu'elle était « attendue depuis longtemps » en tant qu'enseignement moral utile pour les décideurs politiques et les groupes confessionnels[36]. Le New York Times analyse le texte comme illustrant le contraste entre les religions traditionnelles et une tendance croissante, dans la Silicon Valley, à parler de l'intelligence artificielle sur un ton quasi religieux[37]. La BBC décrit « un message clair et direct adressé aux détenteurs du pouvoir concernant leurs responsabilités dans la lutte contre les « menaces » qu'elle représente »[38].
Thierry Breton estime que l'encyclique « ne parle pas d’abord de machines, il parle de l’homme, de sa fragilité, de sa liberté, de sa vocation à la relation ». Il juge que, dans son analyse de l'intelligence artificielle comme non neutre, Léon XIV ajoute cette dernière à la « liste des puissances qui peuvent sauver ou défigurer l’homme ». Il encourage ainsi « tous les géants de la tech [à] lire Magnifica humanitas » pour mieux percevoir que « l’homme ne se laisse pas réduire à ce qu’une machine sait calculer de lui »[39]. Le journal L'Humanité estime que l'encyclique constitue un « message fort », faisant écho à l'appel de l'ONU en 2025 sur le « vide dangereux » que constitue l'absence de régulation ; le quotidien fait l'hypothèse que Magnifica humanitas pourrait trouver le même succès que Laudato si' onze ans plus tôt[31]. Simon Willison (en) évoque pour sa part « un document très intéressant, […] l'un des textes les plus clairs […] sur l'éthique de l'intégration de l'IA dans la société moderne »[40].
Les grandes entreprises du numérique, notamment les dirigeants des GAFAM et des entreprises de la Silicon Valley ne commentent pas le texte, à l'exception d'Anthropic, dont le président Chris Olah participait à la présentation de l'encyclique. David Sacks affirme que la régulation étatique de l'intelligence artificielle souhaitée par Léon XIV crée des risques de surveillance généralisée, faisant notamment référence au roman 1984. Les analystes estiment que les magnats de la haute technologie ont conscience de devoir réagir au texte, ne serait-ce que pour des raisons de marketing et d'image, même si l'encyclique a peu de chance de peser sur leurs décisions[41].
À l'inverse, certains commentateurs estiment que le pape n'a pas été assez loin dans sa critique. Ainsi, la journaliste et essayiste Celia Izoard estime que les formulations prudentes du pape sur les risques de déshumanisation décrivent en réalité des situations déjà avérées, et que « la fabrication de l’IA repose sur une brutalité inouïe », en particulier l'extraction du coltan au Kivu[42]. D'autres estiment que si le principe du « désarmement » de l'intelligence artificielle est souhaitable, sa mise en œuvre s'avère très complexe, notamment du fait que le modèle économique des géants de l'intelligence artificielle ne tient que parce que tous les participants à la chaîne de valeur seraient exploités, sous-payés ou pillés ; et que par ailleurs les structures associatives de l'Internet libre n'ont pas les moyens de développer des grands modèles de langage[43].
De même Timnit Gebru estime que le pape « aurait pu demander à Anthropic de cesser de voler des données, d'exploiter la main-d'œuvre, de détruire l'environnement, de nous tromper avec des designs anthropomorphiques et de mentir sur les “capacités” de ses produits »[40].
Commission interdicastérielle sur l'IA
modifierParallèlement à la publication de sa première lettre encyclique sur l’intelligence artificielle, le pape Léon XIV a approuvé la création d’une commission sur l’IA au sein du Vatican, qui sera coordonnée par le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, le cardinal Michael Czerny, et composée de membres d’autres dicastères et académies pontificales. L’objectif est de faciliter l’échange d’informations et de projets sur le thème de l’IA, y compris « les politiques relatives à son utilisation au sein du Saint-Siège »[44].
Notes et références
modifierTraduction du tweet de Donald Trump
modifier- ↑ Traduction : « Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère. Il parle de la « peur » de l’administration Trump, mais il ne mentionne pas la PEUR que l’Église catholique et toutes les autres organisations chrétiennes ont éprouvée pendant le COVID, alors qu’on arrêtait des prêtres, des pasteurs et tout le monde pour avoir célébré des offices religieux, même en plein air et en respectant une distance de trois ou même six mètres. Je préfère de loin son frère Louis à lui, car Louis est un fervent partisan de MAGA. Lui, il a tout compris, contrairement à Léon ! Je ne veux pas d’un pape qui trouve OK que l’Iran ait l’arme nucléaire. Je ne veux pas d’un pape qui trouve terrible que l'Amérique ait attaqué le Venezuela, un pays qui envoyait d’énormes quantités de drogue aux États-Unis et, pire encore, qui déversait dans notre pays la population de ses prisons, y compris des meurtriers, des trafiquants de drogue et des assassins. Et je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis, car je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, À UNE MAJORITÉ ÉCRASANTE, à savoir faire baisser la criminalité à des niveaux historiquement bas et créer le plus grand marché boursier de l’histoire. Léon devrait être reconnaissant car, comme tout le monde le sait, il a été une surprise de taille. Il ne figurait sur aucune liste de candidats au poste de pape, et n’a été choisi par l’Église que parce qu’il était américain, et qu’ils pensaient que ce serait la meilleure façon de traiter avec le président Donald J. Trump. Si je n’étais pas à la Maison Blanche, Léon ne serait pas au Vatican. Malheureusement, la position de Léon, trop laxiste face à la criminalité et aux armes nucléaires, ne me convient pas, pas plus que le fait qu’il rencontre des sympathisants d’Obama comme David Axelrod, un LOSER de gauche, qui fait partie de ceux qui voulaient faire arrêter les fidèles et les ecclésiastiques. Léon devrait se ressaisir en tant que pape, faire preuve de bon sens, cesser de se plier aux exigences de la gauche radicale et s’attacher à être un grand pape, pas un politicien. Cela lui nuit gravement et, plus important encore, cela nuit à l'Église catholique ! »
Références
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- ↑ (it) Alessandro Scassellati, « L’arma della pace e l’illusione dell’onnipotenza: Leone XIV contro il trumpismo », Casa dei Diritti Sociali, (consulté le ).
- ↑ (en-US) Maciej Bazela, « From Rerum Novarum to Magnifica Humanitas: The Vatican’s Warning Against Technological Determinism », sur Fair Observer, (consulté le )
- ↑ (en) « Pope Leo and the ‘Babel Syndrome’ | Commonweal Magazine », sur www.commonwealmagazine.org, (consulté le )
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- ↑ Giovanni Tridente, « Chiesa e intelligenza artificiale: l’eredità che Papa Francesco lascia a Leone XIV (prima parte) », sur Anima digitale, (consulté le )
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- ↑ Mélinée Le Priol, Vincent de Féligonde, Céline Hoyeau, Arnaud Bevilacqua et Valérie Lion, « “Texte puissant” ou “trop prudent” ? Théologiens, philosophes et entrepreneurs réagissent à l’encyclique de Léon XIV sur l’IA », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Mélinée Le Priol, « Une intelligence artificielle “désarmée” est-elle possible ? », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Commission Interdicastérielle sur l’Intelligence Artificielle », sur www.humandevelopment.va (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Léon XIV, Magnifica Humanitas - Magnifique Humanité : Encyclique sur la protection de la personne humaine à l'âge de l'intelligence artificielle,préface de Mgr Olivier Leborgne, suivi de deux commentaires de Gaultier Bès et Jean-Pierre-Dupuy, La Onzième Heure, , 268 p. (ISBN 979-1098524318)
- Léon XIV, Magnifica Humanitas - Magnifique Humanité : Encyclique sur la protection de la personne humaine à l'âge de l'intelligence artificielle, Artège Éditions, , 224 p. (ISBN 979-1033617624).
- Léon XIV (préf. Pierre-Yves Lambert), Magnifica Humanitas, Éditions Emmanuel, , 150 p. (ISBN 978-2384334810).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Magnifica humanitas : L'encyclique de Léon XIV sur l'intelligence artificielle », lecture commentée intégrale en 7 épisodes (podcast), sur Vatican News, Rome, Dicastère pour la Communication
- Léon XIV, « Magnifica humanitas » (encyclique), sur vatican.va, (consulté le ).